13 octobre 2007

Un jour, je serai grande !

Na !

unjourJ'ai mis trois livres sur les étagères de ma chambre. Ils trônent, comme des trophées. Le soir, je regarde leurs tranches abîmées et je me raconte leurs histoires, avant de m'endormir.
Un jour, quand je serai grande, j'en aurai des centaines ; ils encombreront mon salon ; ils seront mon trésor.

Un jour, je serai grande...

Pour l'instant, lire est un plaisir "autorisé". Ma mère réfléchit longuement lorsque, juchée sur sa chaise, elle sort un livre jauni du haut de son placard. "Oui, celui-ci tu peux le lire !", me dit-elle en me tendant l'objet précieux.

Un jour, quand je serai assez grande. Moi aussi, debout sur sa chaise, j'atteindrai le placard interdit. Alors, il n'y aura plus de barrières entre moi et le monde, entre moi et les pages jaunies.
Je lirai du matin jusqu'au soir, à m'en fatiguer la tête, à m'en faire bouillir le cerveau. Et s'il n'y a plus de livres à lire, et bien j'en écrirai.

"Bon, tu éteins. Je veux dormir. Tu fais quoi, là, à regarder tes étagères ?"

Je pose mon quatrième livre sur ma table de nuit.

Quand je serai grande, jamais je dormirai !

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12 octobre 2007

Tire le fil de ta vie

fil

Tire, doucement, dessus.

Regarde ce qui vient : toutes ces faiblesses, toutes ces joies, tous ces moments incongrus.

Tire le fil, plus fort.
Là, il devient plus épais, plus lourd.

Alors, tu sauras que tu tiens le fondement, de tout, de toi. Que tu vas pleurer, encore. Sur l'enfant que tu étais, coincée dans sa carapace maladroite.

Tire encore. C'est fini.

Tu es là où tout commence. Et tu ne sais plus pourquoi tu es...là.

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11 octobre 2007

Mama

mama

 

Mama Mama

 

En langage de petite tête blonde, ce mot signifie parfois « papa », parfois « maman », parfois « Emma ».

 

 

En langage de petite tête blonde, ce mot peut aussi ressembler à « à moi » ou à « je t’aime ».

 

Puisque je t’aime, tu es à moi. Puisque tu m’aimes, je suis à toi. Puisque vous êtes trois, vous voilà dans ce seul mot que je jette dans les airs : « Mama ». L’un de vous, sans aucun doute, le rattrapera, se retournera, me sourira.

 

 

Dans mon monde de petite tête blonde, les mots font un peu n’importe quoi. Ils naissent et vivent dans ma mémoire, fins et ciselés. Je les connais et les reconnais dans votre bouche mais, sur ma langue, incongrûment, les voyelles se mélangent et les consonnes ne sont pas toutes là.

 

 

Voyez-vous, alors, entre tous autres mots, j’ai choisi ce « Mama », écho lointain de mon aquarium ouaté. Lorsque maman criait « Emma », tout le corps tendu, et qu’elle passait tendrement sa main sur son ventre déformé, touchant ma tête, ou mes pieds, j’entendais ce « Ma…Ma… », et je savais que j’étais chez moi.

 

 

 

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10 octobre 2007

Journée d'été

Vacances en famille !                            parasol

 

 

 

 

 

Rires d'enfants dans mes oreilles.

Bras d'enfants sur moi, autour de moi. Odeurs de vanille de leurs cheveux emmêlés.

 

Claquements de leurs sandales jumelles sur les asphaltes brûlés de l'été.

 

Sensations d'herbe sèche. Bruissements dans les arbres.

 

 

 

 

Siestes pleines de sueur. Réveils au goût de sable chaud.

Linges multicolores étendus sur la terrasse. Chaleur.

 

 

 

 

Cris aigus de joie d'eau éclaboussée. Chocolats tartinés sur leurs joues rieuses. Chocolats gourmands sur leurs doigts joueurs.

 

 

 

 

Pleurs de fatigue en fin de journée. Câlins réparateurs sur mon coeur reposé.

 

 

 

 

Douce tranquillité de leurs sommeils jumeaux, sur le soir léger.

Arc-en-ciel de leurs jeux abandonnés.

 

 

 

 

Parasol replié.

 

 

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06 octobre 2007

Petit trajet matinal

 

 

 

 

 

 

 

 

ours_bleuLundi. 8h00 du matin. Allez, ouste ! Tout le monde dans la voiture.

 

Claquements de portières, rires complices, ceintures attachées.

Odeurs de poussière, de plastique et d'humidité.

 

 

 

 

 

De la musique ! De la musique !

 

 

 

 

 

Le moteur démarre en toussant ; la radio se met en marche.

Les essuie-glaces nous saluent joyeusement tout en nettoyant le pare-brise.

 

 

 

 

 

Lundi. 8h10. Deux enfants sur la banquette arrière se disputent un doudou bleu.

Envie de dormir, de café. Envie de tranquillité.

Circulation.

 

 

 

 

 

Lundi. 8h30. Premier arrêt.

Sac. Paquet de couches. Un enfant sous le bras ; l'autre un peu plus loin devant moi.

Nourrice. Conversation.

Serait bien restée.

 

 

 

 

 

Lundi. 8h45. Deuxième arrêt.

Cartable. Blouson. Petit tête blonde sautillante court tout autour de moi.

Ecole. Encombrement de poussettes.

Badger pour la cantine. Bisou volé.

 

 

 

 

 

Lundi. 9h00. Dernier arrêt.

Pointeuse. Ascenseur.

Mon bureau silencieux.

 

 

 

 

 

Ouf ! Il est l'heure de travailler.

Je vais enfin pouvoir souffler.

 

 

 

 

 

 

 

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05 octobre 2007

Rendez-vous

rendez_vous

J'ai rendez-vous, avec un homme, haut comme deux pommes. Je marche, lentement, dans le couloir qui mène à sa porte. Tout à l'heure, je me suis maquillée, pour être belle, pour lui.
J'ai rendez-vous, avec toi. Je sonne. Bouton numéro un !
" Oui ?"
Je suis désarçonnée, c'est la première fois que je viens.
"Bonjour ! Je suis la maman de Théo !
- Entrez Madame !"
J'ai rendez-vous, avec un homme, avec mon fils.
Hier encore, je te disais bonjour en caressant mon ventre d'un geste devenu familier. Aujourd'hui, pour te voir, je dois prendre deux escaliers, un ascenseur, décliner à un interphone ma si récente fonction de mère et aller te chercher au bout d'une allée, boîte parmi d'autres boîtes.
Je te cherche. Je suis perdue. On m'indique ta place.
Tu as l'air bien, reposé. Ton petit corps est étalé délicatement au milieu d'une couche fermement enroulée. S'il n'y avait ce creux sur ton torse, qui se forme en rythme et parfois s'emballe ! S'il n'y avait tous ces fils !
Je m'assois dans un fauteuil à côté de toi, fatiguée, mal à l'aise dans la blouse que l'on doit porter pour entrer ici.
Des courbes de couleurs sur l'écran au-dessus de ton igloo semblent mesurer des données que je ne comprends pas.
Ce matin, on t'a donné 48 heures !
Respire !

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