12 décembre 2007

Sur six fragments de Novalis (extrait), Bernard Delvaille

_toile VI - La poésie est le réel absolu. Ceci est le noyau de ma philosophie. D'autant plus poétique, d'autant plus vrai. NOVALIS

Ce caillou au bord de la mer, ce brin d'herbe que tu mords, autant de poèmes. Et ton corps est une ode livrée aux vents marins. Seul, le poème est réel : c'est-à-dire que j'ai créé en le nommant. Tu dis un mot et tu engendres le monde. Une étoile existe que si tu la murmures à mon oreille. Plus tu rêves, et plus la réalité apparaît.

(Tout Objet aimé est le Centre d'un Paradis, éd. Millas-Martin, 1958)

Posté par LESECRITS à 10:34 - - Commentaires [9] - Permalien [#]


Mademoiselle parapluie

Mademoiselle Parapluie habite une ville où tous les jours sont gris. Elle vend des fleurs, place du brouillard. Mais dans sa robe de chiffon, elle a le cafard, elle broie du noir. Ses joues sont pâles, ses fleurs se fanent et les passants n'en veulent plus. Par un jour de tempête, le monde se renverse... Et Mademoiselle Parapluie est emportée par le vent à l'autre bout du monde, où l'attend un charmeur d'oiseaux... Quelques mots doux et une valse à trois temps, la demoiselle reprend couleur et sourire. Rêve d'ailleurs, rêve de toujours...

Une bien belle histoire écrite avec des mots fins, délicats. Des pages superbes, aux dessins poétiques, comme des collages, emplis de vent et d'amour. Mes deux enfants ont aimé ces belles pages et ont été happé par la magie du récit. Un très bel album, très esthétique !

Au premier temps de la valse, elle a souri. Au deuxième temps, elle a frémi...

Posté par LESECRITS à 06:54 - - Commentaires [9] - Permalien [#]

11 décembre 2007

Bleu

Bleus tes yeux,

Bleu le ciel au dessus de ta tête,

Bleue la mer, au loin, brassée, en son mouvement, fort, régulier.bleu

Tu as choisi cette place, à l'ombre, pour te poser. Tu as raison, ils ne viendront pas te chercher, là, au fond du jardin, au pied de ce mur, près des rosiers. Tu t'es assis sur cette pierre plate, douce, couverte d'une mousse verte, fine et grumeleuse. L'arrière de ton short clair sera sûrement tâché tout à l'heure. Tu te feras gronder.

Tu as six ans, tout juste. Ils ont fêté cet évènement, hier, à grand renfort de musique, de grenadine et de bruits. Tu aurais préféré un baiser.

Bleue la mer,

Bleus les pelles, les râteaux et les seaux.

Tu ne veux pas les suivre, vers la plage, ton corps maigre et pâle, parmi leurs peaux bronzées. Tu les entends remuer placards et valises, à la recherche d'un maillot, d'une crème, d'un jouet, colère et plaisirs étrangement emmêlés.

Bleue la pile de livres, posée à tes pieds.

Tu ne sais pas lire, pas encore, tu apprendras à la rentrée.

Tu aimes à contempler les gravures travaillées de ces vieux livres oubliés.

Bleus tes rêves,

Bleues les fleurs d'hortensia de ta Bretagne aimée,

Bleue la solitude, fragile et précieuse, de ta quiétude, bientôt envolée.

Posté par LESECRITS à 07:57 - - Commentaires [8] - Permalien [#]
Tags : ,

10 décembre 2007

Dialogue avec mon jardiner

   

Résumé : Un peintre parisien reconnu revient dans sa maison natale, abandonnée depuis le décès de ses parents. Fuyant une situation de couple en rupture, il s'installe dans les lieux, souhaitant repeindre les murs et entretenir le grand jardin. Pour ce faire, il passe une annonce afin de trouver un jardinier. Le premier candidat est un ancien camarade d'école, perdu de vue depuis bien longtemps. Se côtoyant de jour en jour, ils se découvrent une véritable amitié, faite de franchise, d'émerveillement et de simplicité.

Avis d'Antigone : Le film commence par cette image d'une route de campagne, en été, vide de voitures, une photographie qui nous met immédiatement dans une ambiance douce, idéale, et qui m'a évoqué à moi une foule de souvenirs d'enfance. Et puis, il y a cette couleur verte, omniprésente, qui vivifie. Enfin, cette amitié, ces dialogues qui font sourire, puis rire franchement. Que dire, à part que les acteurs sont bons, que cette histoire est belle, bien que simple et que c'est un de ces films qui devraient être prescrits contre la morosité ! Je n'ai pas encore lu le livre, il se trouve que le hasard a voulu que je visionne le DVD en premier, mais je suis certaine que le plaisir sera renouvelé.

Bande-annonce :


Dialogue avec mon jardinier
envoyé par cinemaleclub

Je rassure Arlette, j'ai toujours le livre dans ma Pile à lire. Je le lirai un peu plus tard...

Petite info pour les fans (11/12/07): "120 paysages que je ne peindrai jamais", de Henri Cueco est sorti aux éditions Le Temps qu'il fait en mars 2007 (lien fnac.com).

Posté par LESECRITS à 07:39 - - Commentaires [11] - Permalien [#]
Tags :

09 décembre 2007

Le journal de Virginia Woolf (Arnaud Cathrine et Geneviève Brisac)

Le jeudi 6 décembre, à la Maison Gueffier (La Roche sur Yon), vous le savez, j'ai eu la chance d'assister à deux lectures : premièrement celle de fragments du "Journal de Virginia Woolf" par Geneviève Brisac et Arnaud Cathrine, et ensuite celle d'extraits de "V. W." par Geneviève Brisac (livre écrit en collaboration avec Agnes Desarthe).

                  Journal d'un écrivain         V.W. ou Le mélange des genres

Il ressort de ce moment, passé en compagnie de la mémoire de Virginia Woolf, le portrait d'une femme de génie, souvent en proie au doute, humaine, dense et légère, qui passe de futiles mondanités aux interrogations littéraires les plus sérieuses. Je ne peux vous résumer ici la totalité des propos échangés. J'ai aimé l'évocation de ses doutes, son amour pour l'objet livre, sa peur de voir son journal ou ses lettres happer son flux fictionnel. J'ai aimé sa manière de décrire le style, comme une vague, comme un rythme qui prend le pas sur les mots. J'ai aimé son ironie et son recul, sa féminité, sa sincérité, sa force de travail.

Geneviève Brisac et Arnaud Cathrine ont été des médiateurs parfaits, intelligents et sobres. Un peu avant de me rendre à cette lecture, je me suis rendue compte que j'avais acheté ce journal, un été, il y a quelques temps, qu'il trônait dans ma bibliothèque, et que je ne l'avais jamais lu...

    Arnaud Cathrine                     

J'ai lu La Disparition de Richard Taylor et Les Vies de Luka      Geneviève Brisac (dont je n'ai encore rien lu, mais cela ne saurait tarder !)

Biographie : "Romancière et essayiste, Virginia Woolf est née à Londres le 25 Janvier 1882. Fille d'un des titans malheureux du victorianisme - Sir Leslie Stephen -, elle côtoie dès l'enfance la fleur de l'intelligentsia mondiale et devient l'égérie redoutée du groupe de Bloomsbury. En 1912, Virginia épouse Léonard Woolf et, en 1917, il fondent une maison d'édition, la Hogarth Press, et font découvrir Katherine Mansfield, TS Eliot, Freud, des romanciers français et russes... [...] Victime de dépression chronique, elle met fin à ses jours le 28 mars 1941. Elle laisse [outre ses oeuvres] un nombre considérable d'essais inédits, une correspondance, un Journal, qui paraît après sa mort à l'initiative de son mari."

Léonard Woolf : "J'ai lu attentivement les vingt six volumes du Journal de Virginia Woolf et j'en ai extrait, pour ce volume, tout ce qui relève de son travail d'écrivain. J'y ai incorporé en outre trois autres genres d'extraits : d'abord les passages dans lesquels elle se sert très nettement de son Journal comme d'un instrument lui permettant d'exercer ou de mettre à l'épreuve l'art d'écrire : ensuite des passages qui, sans avoir trait directement ou indirectement à son travail, m'ont paru s'imposer dans ce choix parce qu'ils donnent au lecteur une idée de l'impression immédiate qu'exerçaient sur son esprit telles scènes ou telles personnes ; enfin un certain nombre de passages dans lesquels elle commente les livres qu'elle est en train d'écrire."

Un extrait : "Rodmell, lendemain de Noël

Je trouve qu'une quinzaine de solitude  est incroyablement reposante, et que c'est un luxe presque impossible à s'offrir. Nous avons impitoyablement repoussé toutes visites. "Cette fois-ci, nous serons seuls !" avions nous décidé, et réellement, je commence à y croire. Et puis Annie est très compréhensive. Mon pain cuit bien. Tout serait plutôt enivrant, simple, coulant, efficace, n'étaient mes tâtonnements autour des Vagues. Après beaucoup d'efforts, j'écris deux pages totalement ineptes. J'écris des variantes pour chaque phrase ; je fais des compromis, je lance des balles perdues, je tâtonne, et mon manuscrit finit par ressembler à un rêve de fou. Puis je me dis qu'une seconde lecture me donnera de l'inspiration et je rends au texte un peu de son sens commun. Mais cela ne me satisfait pas. Je trouve qu'il y manque quelque chose. je ne fais aucune concession. Je me concentre sur le noyau. Cela m'est égal si tout est raturé. Et je crois qu'il y a quelque chose là. Je suis tentée maintenant par de plus grandes audaces : par Londres ; les conversations. Une voie frayée plus impitoyablement. S'il n'en sort rien, j'aurai du moins envisagé toutes les possibilités. Mais j'aurais voulu y prendre plus de plaisir. Cela ne me trotte pas dans la tête comme La promenade au phare ou Orlando."

Extraits de l'édition du "Journal d'un écrivain", chez 10/18.

Posté par LESECRITS à 08:19 - - Commentaires [14] - Permalien [#]
Tags : ,


08 décembre 2007

Julia Margaret Cameron (1815-1979)

Dans le cadre de la semaine sur Virginia Woolf, organisée par le Grand R, j'ai assistée à une lecture d'un choix de pages de son journal, jeudi dernier (voir ici). Dans l'attente d'un compte-rendu, qui se fait attendre, voici deux photographies semblables à celles de l'exposition qui se tient en ce moment à la maison Gueffier (La Roche sur Yon). (Les photographies présentées dans ce lieu ne sont pas disponibles sur le net).

    cameron_julia_jackson_1_ 

Expostion du 5 au 22 décembre 2007

Ce n'est qu'à 48 ans, alors que sa fille lui offre un appareil photo pour son anniversaire que Julia Cameron démarre sa carrière artistique. Elle maîtrise rapidement l'art de la photographie alors naissante et en devient l'une des pionnières, avec sa capacité à utiliser des lumières tamisées et des temps de pose très longs. Elle reste connue pour ses portraits d'hommes célèbres et de femmes romantiques. Son modèle préféré est sa nièce, Julia Jackson, la mère de Virginia Woolf (portraits ci-dessus). La ressemblance est effectivement frappante.

Pour plus de renseignements cliquer ici

Posté par LESECRITS à 16:08 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
Tags :

07 décembre 2007

Les voisines, Renan Luce

Débordée, occupée, parfois pré-occupée, en retard pour les articles, pour vous répondre, ouh là là...

Je vous laisse donc avec Renan Luce et ses voisines, le temps de récupérer mon temps, bientôt, tout de suite, après, promis.

Il ne vous rappelle rien ce clip ?

Si ? Et bien, je dois dire que c'est un de mes films préférés !!

Bonne soirée !

Posté par LESECRITS à 19:02 - - Commentaires [9] - Permalien [#]
Tags :

Plaire

Je cherche à leur plaire.plaire

Voilà.

Et puis c’est tout.

Espoir déçu.

Ils ne me regardent pas.

Leurs yeux me traversent.

Pourquoi ?

Je cherche à leur plaire.

Je prends mon étendard.

Je le secoue énergiquement.

Il s’envole gentiment dans les airs.

Hep ! Hep ! Hep !

Rien.

Espoir déçu.

Je cherche à leur plaire.

Voilà.

Et puis rien du tout.

Du vide.

Du rien.

Du pas du tout.

Est-ce que je passe ma vie à ça ?

Je cherche à leur plaire.

Ils ne me regardent pas.

Quoi ?

Je n’ai pas mis les bonnes chaussures ?

Mon vêtement ne leur sied pas ?

Non.

Alors ?

Non, je ne sais pas.

Ils ne me regardent pas.

Je cherche à leur plaire.

Ma vie ne leur plait pas.

Tant pis.

Rien à faire.

Et puis.

Voilà.

Je cherche à leur plaire.

Espoir déçu.

Posté par LESECRITS à 09:22 - - Commentaires [5] - Permalien [#]

06 décembre 2007

Ce soir...

Virginia_20Woolf_02

...je suis avec Virginia Woolf, enfin avec ses textes et ses lecteurs (Geneviève Brisac, Arnaud Cathrine...). Je vous raconterai !

Cela se passe au Grand R.

Posté par LESECRITS à 18:32 - - Commentaires [5] - Permalien [#]
Tags :

Pluie

Deux amants courent sous la pluie battante, enlacés.

On s’attend à ce qu’ils s’embrassent, sous un porche voisin, bien abrités, comme dans ces vieux films romantiques, à l’image lente et épurée.

Deux fragiles silhouettes courent sur les pavés luisants.

Ils pourraient tomber. La femme s’accroche au bras de l’homme. Ses talons hauts glissent. Ils s’arrêtent un instant. Elle se penche, tout le corps plié, et enlève ses chaussures, qu’elle tient à présent par la bride croisée.

Et la pluie, toujours, qui ne cesse de se déverser sur eux, sur nous, et sur la ville, sombre et embuée.

Deux imperméables foncés, serrés l’un contre l’autre, courent dans les ruelles obscures, bien mal éclairées.

Les escarpins brillent, par intermittence, au bout du bras de la jeune femme, en rythme,  balancés.

Un néon clignote dans la nuit, éclairant les façades des immeubles accolés.

Le couple ralentit, il semble épuisé. Derrière une lucarne vitrée, une femme entre deux âges leur tend deux tickets carrés, jetant un regard méprisant sur leurs deux visages ravagés.

Ils sont en retard. La séance est commencée.

pluie

Posté par LESECRITS à 09:25 - - Commentaires [3] - Permalien [#]