15 février 2016

Comme un rempart (atelier d'écriture)

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 J'ai mis ma jupe rouge ce matin, celle que je mets rarement, parce qu'avec elle je me sens vulnérable. Je sais que c'est idiot, mais il faut être une fille pour comprendre ce mélange d'envie de féminité qui parfois nous prend au réveil, et cette certitude de ne pas passer inaperçue. J'ai mis des collants noirs et mes petites chaussures d'hiver. Dehors, il fait froid. Avec mon bonnet, mon manteau droit et mon air renfrogné, je pense être tranquille. Je me déteste de réfléchir à ça. Mais sur le chemin de la faculté, entre ma résidence, et le parking étudiant, les filles se font régulièrement harponner, pour un sourire, quelques sous, une cigarette. T'es jolie mais tu fais la gueule, m'a-t-on dit souvent au passage, dommage, j'aurais bien pris ton numéro, mademoiselle. Hier tu m'as reproché de m'habiller comme un garçon manqué, avec mes jeans et mes pulls longs dont je tire les manches sur mes poignets. Tu m'as reproché de vouloir disparaître. Tu m'as demandé à quoi ça sert, ce camouflage ? J'ai eu l'impression que je commençais à moins te plaire que dans cette boîte il y a trois mois, cette soirée où tu m'avais trouvée si sexy. Dans ce café bruyant où nous avions trouvé refuge, ton regard passait d'un groupe à l'autre, s'attardait sur un dos réhaussé de dentelle ici, sur des jambes fines là, et puis sur d'autres chevelures lumineuses que des mains lourdes de bagues attrapaient prestement et montaient en chignon. Je ne suis pas ce genre de femme, et pourtant je les envie, j'envie l'insouciance qu'elles assument. Ce sont des guerrières. A quoi ça sert ce camouflage ? A quoi ça sert donc cette peur d'être jolie, qu'on me remarque ? Ce matin, j'ai donc mis ma jupe rouge, celle dans laquelle je me sens belle. Je ne l'ai pas fait pour toi, je l'ai fait pour moi. Hier soir, j'ai mis fin à notre relation. Je mérite que l'on vienne me chercher sous mon pull et les cheveux qui tombent sur mon front. Te quitter comme ça, sur un coup de tête, m'a vidé le corps, me fait un peu trembler aujourd'hui et perdre l'équilibre. J'espère ne pas croiser au dehors ces types qui semblent attendre le moindre jupon, s'agglutinent et forment comme un rempart sur mon chemin. Je n'ai pas envie de lutter, faire l'effort de répliquer quelque chose pour m'en débarrasser. Les croiser tous les jours est une épreuve indescriptible. Je voudrais seulement pouvoir marcher dans la rue, ne pas redouter d'être une femme, porter ce que je veux et que l'on me laisse tranquille.

Un texte écrit pour l'atelier d'écriture de Leiloona mais cette semaine, l’atelier prend une autre dimension et sort du cercle du net. Comme l’an dernier, Framboise a proposé de collaborer avec elle à un projet.  

Comme l’année précédente, nous organisons sur l’Université de Toulon, une manifestation autour de la question du sexisme et du harcèlement de rue. Vos textes feront l’objet d’une exposition durant toute la semaine. Et, pour illustrer notre débat (qui clôturera une semaine d’évènements culturels) vos textes seront lus sur scène par des étudiants de l’atelier théâtre.

Deux contraintes pour cet atelier : écrire à partir d’une photo et d’une thématique : le harcèlement de rue.

Les autres textes sont à lire ici [clic]

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14 février 2016

Come

Je vous mets aujourd'hui ici un des choix de ma soeur (que j'aime et que j'adore), et je fais toujours référence au tag musical qui a tourné sur facebook dernièrement. Sinon, pendant ce temps, je lis Fermez les yeux de CJ Cooper chez Préludes, qui s'avère être une lecture légère légère légère légère... Trop ? Je persévère un peu. Demain, il y aura un texte pour l'atelier d'écriture de Leiloona sur ce blog, l'envie d'écrire, malgré un thème qui me parle moyennement, mais que j'ai quand même réussi à dompter, enfin je crois, le Harcèlement de rue... Toutes les infos ici.

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13 février 2016

La renverse, Olivier Adam

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 "Ce n'est qu'avec le jour du non-lieu qu'à nouveau les choses se dessinent avec netteté. Comme celui de l'annonce du scandale, il me revient avec un éclat étrange. Comme si entre ces deux points, entre le début et la fin de l'affaire, tout n'avait été que chaos insaisissable."

Alors qu'Antoine semble s'être retiré du monde dans cette petite ville de la côte où il vit et travaille, son passé le rattrape. On annonce à la télévision le décès de Jean-François Laborde. Et c'est ainsi que tout le scandale qui a éclaboussé l'adolescence du jeune homme dix ans auparavant remonte à la surface. Ce qui a été reproché à Jean-François Laborde, le maire de la ville de M., ce qui a été reproché à sa mère, sa plus proche collaboratrice et maîtresse supposée, revient au premier plan dans sa mémoire. Mais pourquoi n'a-t-il pas eu le réflexe de protéger sa famille à l'époque plutôt que de fuir ? A-t-il été manipulé ? A-t-il été trop faible ? N'a-t-il rien voulu comprendre par lâcheté ? Pour en avoir le coeur net, Antoine doit se rendre aux obsèques de l'homme par qui tout est arrivé, et par là même accepter de, peut-être, se dessiller les yeux.

Dans ce roman, l'écriture d'Olivier Adam est précise et maîtrisée. Et elle m'a fait penser étrangement à celle de Brigitte Giraud que j'adore également, et à la froide retenue que celle-ci a pu avoir dans ses derniers écrits, le pavillon de banlieue, l'adolescence contrainte et détachée, l'abandon [par exemple Nous serons des héros - clic ici]. Pour autant, je n'avais pas envisagé en ouvrant ce livre, l'absence de douceur, la dureté et la violence d'un milieu entièrement corrompu et vil. La renverse n'est pas facile à lire, n'est pas un livre doudou, mais ce roman questionne beaucoup sur le déni, la naïveté, le jeu des miroirs, le pouvoir et la politique. Et c'est intéressant. Mais je ne m'attendais pas à autant de noirceur, pas à ce point. Pourtant, loin d'éloigner, le récit accroche presque malgré lui, nous entraîne dans sa musique mélancolique, dessine des personnages fragiles et désaxés, et amène au terme du récit, à l'espoir. Et puis, il permet de mieux comprendre ce que peuvent vivre les proches des personnalités touchées par le scandale, les victimes innocentes et collatérales d'un milieu perverti qui sait se redresser après les tempêtes, mais pas les enfants, les conjoints, les collaborateurs moins préparés, pas eux. Une lecture qui marque indéniablement en cette rentrée littéraire de janvier.

Editions Flammarion - 19 € - Janvier 2016

Un bon cru de cette rentrée d'hiver avec toujours une petite lueur au bout pour Véro Un véritable coup de coeur pour Ludovic chez Leiloona - Beaucoup de justesse, de bienveillance, de sensibilité pour MicMélo - "Et ça possède une force, tout en étant l’archétype du personnage adamien. Toujours pareil, donc, mais réalisé avec une maîtrise de plus en plus construite, qui donne une fluidité et un plaisir de lecture véritable." pour Cuné qui m'avait hautement tentée ! - Anne a été conquise !

 

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12 février 2016

Week-end !

Bien partie pour le passer en compagnie d'Olivier Adam. Y'a pire. Bon week-end à vous aussi !

olivieradam

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11 février 2016

Tout plutôt qu'être moi, Ned Vizzini

toutplutotquetremoi

 "A la maison, je faisais mon possible pour surmonter les passages à vide en restant allongé sur le canapé, à boire l'eau que mes parents m'apportaient, avec la couverture électrique branchée pour me réchauffer et me permettre d'éliminer les toxines en transpirant. J'aurais tant voulu pouvoir dire aux gens "désolé, ma dépression fait des siennes aujourd'hui" pour m'excuser du fait que je n'irais pas leur rendre visite, mais je ne suis jamais parvenu à cracher le morceau. Cela aurait pourtant été hilarant."

A force de travail, Craig, 15 ans, intègre une des prépas les plus prestigieuses de New-York. Cependant, petit à petit, il n'arrive plus à manger, à dormir, et même à travailler, paniqué devant l'amoncellement de devoirs, d'examens, de mails. Il est rapidement confronté à ses limites, ses carences, son manque de facilité, et malgré des notes correctes, se persuade de sa médiocrité. Par ailleurs, il est obsédé par la petite amie de son meilleur ami, Nia, persuadé là aussi d'être transparent et de n'avoir jamais eu sa chance avec elle. Et peu à peu, l'idée de sauter du pont de Brooklyn, d'en finir, se fait jour, comme une évidence, un acte banal à accomplir. Grace au soutien de ses parents et de sa jeune soeur, grace à sa lucidité, Craig consulte, attend le déclic qui lui sortira la tête de l'eau, prend des médicaments, fait ce qu'il faut. Un soir, la pression étant trop forte, il appelle SOS Suicide qui l'encourage à se présenter à l'hôpital le plus proche. Craig se fait interner dans un service psychiatrique pour quelques jours, quelques jours qui lui sauveront la vie...

Ce récit, inspiré d'une expérience réelle de l'auteur, a été une lecture très forte pour moi. J'ai été dès les premières pages très troublée par ce personnage, sa dépression, sa lutte lucide contre ce quelque chose qui prend son corps en otage. Et il faut parfois beaucoup de courage pour faire le compte de ses peurs, de ses inquiétudes, de la spirale d'anxiété, qui acculent et paralysent. Les adolescents connaissent de plus en plus de pression au cours de leurs études, mais cette pression est également un sentiment que des adultes peuvent ressentir alors que le poste qu'ils occupent leur semble compliqué à assumer, ou que leur entourage professionnel les opresse. Pour autant, ce roman est aussi plein d'un optimisme fou et réellement porteur d'espoir. Le titre en anglais me semble d'ailleurs plus coller à son contenu, It's a kind of a funny story. Car en effet, et dès lors que Craig franchit les portes du service psychiatrique, nous rentrons avec lui dans un monde parrallèle où la course du temps, l'extérieur n'a plus prise, et la différence, l'originalité, est de mise. Craig fait alors le ménage dans sa vie, se détache de ses relations toxiques, de ce qu'il croyait être la bonne manière d'agir, de se fabriquer son avenir, pour enfin devenir ce qu'il est. Un coup de coeur troublant. Il m'arrive très rarement de devoir poser un livre toutes les deux/trois pages pour respirer un grand coup avant de poursuivre ma lecture.

Editions Anne Carrière - Collection La Belle colère - 20€ - Janvier 2016

Malheureusement, l'auteur, Ned Vizzini, s'est jeté d'un immeuble de Brooklyn en décembre 2013, à 32 ans, alors qu'il luttait depuis des années contre la dépression. Il intervenait régulièrement dans des librairies et lycées pour expliquer comment l'art et la littérature peuvent aider à surmonter les problèmes psychologiques.

La lecture de Mélo [clic ici]

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10 février 2016

J'ai mal à ton couteau dans mon dos

Un petit tag musical a circulé quelques temps sur facebook, générant des souvenirs et quelques découvertes. J'ai aimé découvrir cette chanteuse là, ce clip, choisi par Estelle Calim [clic]. Je ne connaissais pas du tout Claire Diterzi. Sinon, en suivant [ce lien-ci], vous trouverez une version audio de la rencontre à laquelle j'ai assisté vendredi dernier avec Agnès Desarthe. Je vous en recommande l'écoute !!! Guénaël Boutouillet l'animait et a utilisé ma photo pour illustrer ce postcast. Je suis trop fière. Allez, depuis aujourd'hui, enfin un peu plus de temps pour lire... Un billet de lecture bientôt sur ce blog, c'est promis.

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08 février 2016

T'attendre (atelier d'écriture)

paris-la-belle

 Je me suis enroulée dans mon écharpe. Mon nez au dessus de la laine est froid, et brille un peu. Je t'attends. Je sais que tu vas arriver, tu n'es jamais en retard. C'est ce que j'aime d'ailleurs chez toi, c'est bête, cette ponctualité, le fait que jamais tu ne me laisses tomber dans l'angoisse de l'attente, tu ne voudrais pas. Je suis arrivée en avance, je me suis assise sur un bout de trottoir, la pierre est dure et gelée sous mes fesses, je sens sa dureté à travers mon jean. Je devrais me lever, marcher un peu, mais je reste assise. La vue que j'ai d'ici est belle, comme un tableau. Bouger ferait se transformer l'image, ce serait dommage. Plus bas, la Seine est aussi transie que moi, immobile. Au loin, la Tour Eiffel, la Grande Dame, semble attendre la nuit, un rendez-vous, ou que la journée passe. Elle se dresse sur le bleu du ciel, sombre et droite. J'aime quand le ciel se transforme ainsi, prend son air de entre chiens et loups. C'est l'heure des possibles, de l'inattendu. Et même si rien ne se passe, il y a comme un frisson dans l'air qui espère. T'attendre, c'est savoir déjà tes bras autour de moi, la chaleur de tes lèvres sur mon nez, puis sur ma bouche, l'étreinte. T'attendre, c'est être déjà avec toi. Ensuite, nous irons tous les deux marcher dans les rues, et si je glisse sur les pavés, tu me tiendras la main, comme tu le fais souvent. Tu me demanderas peut-être si j'ai oublié mes gants, si je préfère que nous allions moins vite. Ton pas s'accorde toujours au mien. Les secondes s'égrennent, tu ne vas pas tarder. Et je chiffonne entre mes doigts un coeur de papier qui s'est envolé jusqu'à ma chaussure, un reste de mariage sans doute. Le rose vif du confetti se détache violemment sur le bleu alentour, la nuit qui tombe doucement.
J'espère trouver les mots tout à l'heure, ceux qui disent je t'aime, je souhaite, et ceux qui disent pardonne moi

Crédit photo Leiloona - texte de fiction pour son atelier d'écriture Une photo quelques mots [ici]

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07 février 2016

Dis maman, dessine moi des visages !

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Vingt ans au moins que je n'avais pas dessiné. Dimanche gribouillage. Je reprends le stylo BIC. Je me souviens du collège, du Lycée, de mes classeurs griffonnés. J'essaye des trucs, je m'amuse, je croque ma fille et elle s'encadre. Je chipe le livre de mon fils sur les mangas. Demain, il y aura un texte pour l'atelier d'écriture de Leiloona sur ce blog, je suis en week-end créativité.

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06 février 2016

Samedi... musique, rencontre, lecture et blabla

Et je cours, je me raccroche à la vie, je me saoule avec le bruit des corps qui m'entourent, comme des lianes nouées de tresses, sans comprendre la détresse des mots que j'envoie...

[Cette version là que je préfère] Pendant ce temps, je lis Tout plutôt qu'être moi de Ted Vizzini, et déjà page 46 je suis troublée... par l'écho, par beaucoup d'écho. Est-ce bien raisonnable de lire ça en ce moment ? On verra. Autrement, hier soir, je me suis rendue à une rencontre/lecture avec Agnès Desarthe, auteure passionnante à écouter, sympathique, efficace et franche, positive. J'en ai profité pour croiser quelques personnes sympathiques dans le public aussi, que j'en profite d'ailleurs pour saluer ici de nouveau (lectrices silencieuses de mon blog). Et j'ai retenu beaucoup de cet entretien, sur sa manière de travailler l'écriture, sa manière de modeler son imagination. Agnès Desarthe a trouvé de plus, avec son métier de romancière, le meilleur alibi pour passer son temps à lire... son occupation préférée. Elle est cette année d'ailleurs la 42ème présidente du jury du Prix du Livre Inter. Elle nous a lu avec beaucoup de talent un extrait de son dernier roman, Ce coeur changeant. Qu'est-ce que j'attends, donc, pour écrire moi aussi ? Bon week-end !

agnesdesarthe

Sur ce blog Les bonnes intentions - ...

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04 février 2016

Celle que vous croyez, Camille Laurens

cellequevouscroyez

"Ma culpabilité est double, vous comprenez, elle est écrasante. Je l'ai leurré avec un fake, je l'ai laissé sombrer dans mes mensonges."

Claire, femme divorcée de quarante-huit ans, vit assez mal sa relation avec son amant Jo, Jo le fuyant, Jo le mal aimant, le courant d'air. Il lui vient alors comme idée de le surveiller via les réseaux sociaux. Mais pour ce faire, pour ne pas éveiller les soupçons, elle doit avancer cachée, s'inventer un faux profil et le pister sur le compte facebook d'un ami, qu'elle n'aura sans doute pas trop de difficultés à séduire avec une identité fabriquée, plus jeune, plus mystérieuse. Cependant, entre cet ami, Chris, et une Claire brune de vingt-quatre ans inventée, se tisse au fil des conversations un amour naissant. Comment se dépêtrer de cette situation ? Claire est en réalité une autre femme, blonde, professeur, plus âgée. Malgré l'insistance de Chris, une rencontre IRL (In Real Life) s'avère donc impossible. Claire est contrainte d'inventer encore un évènement pour mettre fin à cette conversation, et au désir fort qui s'était installé peu à peu entre eux deux...

Je vais essayer de vous parler de ma lecture sans trop en dire car il serait dommage de passer à côté des effets de texte que Camille Laurens nous fabrique dans ce roman étonnant. Je dois vous avouer cependant, et honnêtement, que la première partie du récit m'a laissée un peu froide. Je n'étais pas certaine de reconnaître ce qui m'avait déjà plu avant dans l'écriture de Camille Laurens. J'avais eu en effet un gros coup de coeur pour Romance Nerveuse [clic]. Mais voilà, alors que je pensais lire une histoire d'amour somme toute assez banale, quoique virtuelle, et racontée par une femme visiblement choquée, j'ai été cueillie en milieu de texte par un virage, bousculée dans mes certitudes, et finalement extrêmement troublée. Camille Laurens joue avec la vérité, avec nos nerfs de lecteurs, navigue dans la réalité comme certains naviguent sur la toile, avec des demi-mensonges, des quasi-vérités, et j'ai fermé ce livre pleine d'étonnements et de questions. En effet, l'histoire que je vous ai racontée plus haut n'est peut-être pas vraiment l'histoire que Camille Laurens raconte réellement dans ce livre. Mais réduire ce texte à un jeu serait injuste, car en filigrane il s'agit aussi de parler du vieillissement, du regard des hommes, du désir toujours présent, et de l'envie forte et entière de rester vivante, à tel point que l'écriture ne suffit plus à l'écrivain et que seul le contact des corps semble la solution. Quand se perdre pour l'amour d'un homme reste une façon comme une autre d'exister.

Editions Gallimard - 17.50€ - Janvier 2016 - Merci Nathalie !

Camille Laurens sera ce soir à La Grande Librairie (France 5) - Les avis de Clara et Cathulu !! Je l'avais repéré chez Cuné !