07 octobre 2015

Au revoir là-haut, Pierre Lemaitre - Christian de Metter

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 "Je vais commander un grand monument aux morts. Le nom d'Edouard y figurera avec ceux de tous ses camarades."

Nous sommes en 1919. Albert a pris sous son aile Edouard, fils de bonne famille, défiguré aux combats. Ils tentent de survivre avec peu de moyens, dans un petit appartement qu'ils partagent aussi avec la jeune Louise, nullement effrayée par le visage sans machoire d'Edouard. Les gueules cassées ne sont pas les bienvenues dans un Paris qui veut tourner la page, faire son deuil et parier sur l'avenir. Edouard a été déclaré mort, Albert a fait le nécessaire pour l'aider à disparaître dignement aux yeux de sa famille qui le pleure. Son père décide d'ailleurs de mettre des fonds dans la construction d'un monument aux morts sur lequel le nom de son fils apparaitrait en bonne place. Mais 1919 est également le moment de toutes les arnaques. Et Edouard, qui s'ennuie et se sent inutile, a envie d'en profiter. Il imagine un plan farfelu et audacieux afin de gagner de l'argent très vite, pour s'enfuir ensuite si possible vers d'autres cieux...

Je n'ai pas lu le roman dont cette BD est l'adaptation, le fameux Prix Goncourt 2013, remporté par Pierre Lemaître. J'aime parfois découvrir de cette manière là des romans que je ne lirai sans doute jamais. Les adaptations BD se sont multipliées ces derniers temps. Mon regard a donc été neuf quand j'ai ouvert ce très bel objet livre-ci, mais je ne peux pas non plus vous dire si la retranscription du roman est fidèle ou non à l'original... ce qui est dommage. Cela dit, lire cet album là a été un moment assez passionnant. Les dessins de Christian de Metter sont assez impressionnants et (je dirais) rageusement colorés, ce qui donne à la lecture de l'album une teinte de sourde violence plutôt marquante. L'histoire avance vite, balayant sans doute rapidement les épisodes de la version littéraire. Il y a beaucoup à regarder, des détails à ne pas manquer, et comme une envie en fin de lecture, de tout reprendre au début et de recommencer... Un opus très réussi dans les pages desquelles je vous conseille vivement de vous plonger.

Editions Rue de Sèvres - 22.50€ - Octobre 2015

Lu aussi par Noukette qui a adoré, n'a pas lu le roman, et fourni dans son billet quelques visuels -  Une incontestable réussite pour Jérome qui n'a pas lu non plus le roman original - Magnifique pour Livresse des mots !

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(crédit photo)

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05 octobre 2015

Livre #4 (atelier d'écriture)

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Je reprends mon cahier, celui dans lequel je te parle. Je ne l'ai pas rempli depuis plusieurs jours. Je m'habitue je crois à la distance nouvelle qui s'est établie entre nous. C'est du moins ce dont j'essaye de me persuader. Parce que, pour être honnête avec toi, je n'ai pas le sentiment de gagner tous les jours ma lutte contre l'affection que je te porte. Pourquoi m'as-tu trahi ? Tu savais pourtant combien j'avais souffert de la perte de mon précédent emploi, combien il était important pour moi de travailler, surtout depuis ce tête à tête avec Tom, les charges qui s'accumulent, ma maison, l'école, et toutes ces broutilles dont j'aimerais tellement me passer. Il me faudrait des vêtements neufs, une nouvelle couleur, des chaussures. Que penser ? Je t'ai vu il y a plusieurs semaines déjeuner avec mon ancienne chef de rayon, celle qui me méprisait. Et je te retrouve quelques jours après en compagnie de Marie dans son atelier. A quoi joues-tu ? Je ne sais pas si elle aura les moyens de nous garder tous les deux. C'est ce qu'elle nous a dit. Il faudrait que la librairie fonctionne bien, dès l'ouverture, et au moins au moment des fêtes. Je me suis mise à douter de toi, à me demander qui tu étais vraiment pour venir prendre éventuellement ma place. Et tu ne m'as rien dit, pensant certainement que ton sourire large et fier effacerait tout, et surtout mes questions. Je ne t'envoie plus de mails, mais toi non plus tu ne m'écris plus.

Je ne touche plus non plus le carnet où s'élabore mon livre, celui dont je t'avais parlé avant le silence. J'y ai posé pour l'instant mes rencontres, des visages et des voix. Tom a finit pas ranger les photographies que je laissais trainer partout sur le buffet du salon, prétextant la venue d'amis, un ordre à respecter, une certaine normalité. J'ai laissé sur le dessus de la pile les photomatons de ce garçon que j'avais rencontré dans le métro à Paris. J'avais vingt ans. Nous nous étions assis plusieurs fois l'un en face de l'autre dans une rame bondée, chacun avec son livre. C'était amusant, romantique. Un jour nous nous étions échangés nos numéros de téléphone dans un grand éclat de rire, prétextant que c'était un signe, ce face à face régulier. Il m'avait emmené boire quelques verres, m'avait embrassé. Je crois que nous aimions vraiment être ensemble mais qu'aucun de nous deux ne croyait reellement à notre relation, que c'était juste comme ça, un rapprochement ponctuel, mêlé de respect et de pudeur. Ce garçon s'habillait étrangement. Un jour, j'avais enlevé un à un ses nombreux pulls et T-Shirt. En dessous, son torse était maigre, enfantin et fragile, surprenant, il racontait une histoire que ses yeux soudain à nus confirmaient. J'avais les larmes aux yeux. Je me souviens l'avoir serré dans mes bras, longtemps. Mais qu'il était évident, alors qu'il cherchait à échapper à mon étreinte, qu'il n'y aurait pas de seconde fois, une nouvelle occasion d'intimité. Quelque chose que j'ignorais, qui resterait ainsi, collé à lui, avait tout brisé.

J'ai terriblement aimé les débuts de notre amitié. Nos échanges complices alors que nous courbions tous les deux le dos sous le poids absurde de cette enseigne qui s'affichait fièrement sur les gilets que nous portions tous. Le soir, par mail, je te parlais du départ du père de Tom, de ma solitude, de ce métier que je commençais à détester, tu me répondais toujours. Voir ton nom s'afficher dans ma messagerie me rassurait. Le monde tournait rond puisque tu étais là. Et puis j'ai commencé à te voir à l'extérieur, là aussi tu étais là. Maintenant, il me semble que tu es un étranger, que j'ai rêvé la confiance que je te portais. Que s'est-il donc passé ?

Une photo (de Kot), une inspiration, beaucoup d'imagination, et au final un texte, qui commence à faire une histoire, qui commence à ressembler à un livre... tout ça pour l'atelier d'écriture de Leiloona [clic]. 

Episodes précédents : Livre #1 - Livre#2 - Livre#3 

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04 octobre 2015

Festival International du film à La Roche sur Yon

Du 15 au 20 octobre. Une bien jolie bande-annonce...

J'espère réussir à y aller. Comme j'ai gagné hier une entrée avec un jeu sur leur fil facebook, cela devrait me motiver, malgré la fatigue, et tout ce que je voudrais faire de mes journées. J'ai prévu d'aller voir un film avec Vincent Lindon, invité d'honneur de ce festival, sa présence est annoncée à la séance du mercredi. Pour ceux que ça intéresse, toutes les infos ici [clic]. Sinon, pendant ce temps, je lis Leurs contes de Perrault, ou quand un collectif d'auteurs réinventent des contes populaires... pour l'instant c'est assez jouissif. Par ailleurs, d'autres livres m'attendent. Je participe de nouveau cette année au comité de lecture de ma bibliothèque. Demain, il y aura encore un texte sur ce blog, la suite de mon histoire. Je continue tant que l'inspiration me vient. C'est donc une Antigone débordée, qui peine aussi à trouver le temps de vous lire (désolée), qui vous souhaite une belle fin de week-end !

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03 octobre 2015

Catharsis, Luz

catharsis

 "Ca va ?
- Oui oui.
- Tu me le dirais si ça n'allait pas ?
- Oui oui.
- Promis ?
- ... Tu sais.
- Quoi ?
- Tu es belle."

Alors qu'il est si difficile pour Luz de dessiner de nouveau et régulièrement à la une de Charlie Hebdo, sans la présence de ceux qu'il aimait autour de lui, sans la légèreté, avec un intérêt perdu pour l'actualité, et alors qu'il cherche avant tout à reprendre la maîtrise de sa vie, du temps, Catharsis est là. Dans cette interview pour Libération qui évoque son départ probable du journal satirique [clic ici], il déclare... "Pour la première fois de ma vie, je n’avais pas peur d’une page blanche. J’étais chez moi, la nuit, je me disais : prends ce blanc, cette plume, tout est possible." Le résultat est là dans cet album à part, qui peut être pris comme le journal d'une résurrection, le moyen de s'en sortir, la bouée qui empêche de couler. Par le dessin, tout est possible effectivement. Tracer des traits empêche l'axphixie. Mais il y a aussi l'amour et la bienveillance de celle qui veille et empêche le rouge de gagner sur le blanc. Un très bel album, touchant et vrai, auquel j'appose un coup de coeur comme une évidence.

Editions Futuropolis - Mai 2015 - 14.50€ - Merci ma bibli !!!

Un album bouleversant et, malgré le granit, plein d’espoir... pour Theoma

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01 octobre 2015

Livre #3 (petit intermède d'écriture)

Livre #1

Livre #2

Je me suis rendue au marché ce matin. Difficile d'y échapper ici. Le samedi, le village change de figure, se colore, s'encombre de camionnettes. Et là je t'ai vu, au travers des étals, la tête penchée, tu semblais hésiter entre deux achats, ou alors tu laissais ton esprit vagabonder, profiter du moment. Le soleil était brillant et jaune, il était tôt, il faisait bon, tu étais seul. Je ne voyais que tes cheveux blonds. J'ai eu envie d'aller te voir, de te bousculer gentiment, d'entendre de nouveau ton rire complice. Ce serait si facile d'oublier.

A l'atelier, le travail commence à prendre forme. Tu as compris qu'il ne servait à rien d'essayer de me parler pour l'instant. Nous échangeons chacun à notre tour avec Marie, elle même trop préoccupée pour remarquer notre manège. La librairie que nous allons ouvrir dans quelques semaines est son bébé, c'est elle qui apporte les fonds, fait tout le travail, nous ne sommes que ses employés. Pour l'instant, toi et moi contactons les représentants, les éditeurs, nous cochons des petites croix dans des catalogues, nous rêvons à des rayons parfaits.

J'ai repris l'écriture de mon livre. Je sais à présent que je ne veux plus parler de l'enfance trop lointaine, ni de ce qui pourrait m'attrister. J'ai envie de lumière. J'ai donc pensé aux rencontres, aux moments légers comme des bulles de savon, je fais un florilège d'instants joyeux, de sensations. Sur la table de ma cuisine, je continue à faire des petits tas de photographies. Je prends plaisir à retrouver des visages. Il y a certaines personnes que j'aimerais revoir, d'autres non. Tous ces gens ont fait ma vie, prendraient de la place si ils étaient réellement présents ensemble, dans ma maison, aujourd'hui.

Mon fils râle devant l'envahissement de ma nouvelle lubie, réflexe naturel de l'adolescence contrariée. Lors des repas, il s'assied de mauvaise grâce à l'autre bout de la table, puis me décoche tout de suite un grand sourire. « Si ça te fait plaisir maman.» Notre complicité a toujours eu gain de cause, et Tom sait très bien que je le laisserais faire si il lui prenait l'envie de faire à son tour des petits tas de photographies à côté de son assiette. Depuis que nous ne sommes plus que deux, et que nous nous sommes retrouvés, tout à coup étonnés, en face à face avec nos similitudes de caractère, nos sensibilités à fleur de peau, le pli a été pris de privilégier la bienveillance, la rêverie. Le tumulte est au dehors.

Je t'ai permis de rentrer chez moi, de découvrir ma maison, et tu as serré mon fils dans tes bras. Je crois même que je n'ai pas cherché vraiment à calmer les papillons qui, dès notre troisième rencontre, ont bougé dans mon ventre. Mais il y a surtout ces mails, tous ces mots que nous échangions. Notre conversation me manque. Ecrire sur ce cahier ne remplace pas tout. Les blancs laissés par tes réponses inexistantes sont des petites flèches que je dois apprendre à soigneusement éviter.

 

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30 septembre 2015

Parce que je ne fais pas que lire des romans

Récemment mis à jour

[Petit florilège des bonheurs minuscules actuels] Là par exemple, une Véronique qui fleurit dans mon jardin et qui fait un bien beau bouquet d'automne, j'aime particulièrement son violet profond. Un kit commandé sur We are knitters (un peu cher) mais dont je suis très satisfaite. La laine est magnifique, les explications toutes simples, les points peu compliqués pour un résultat qui dépasse mes espérances. Je fais ce pull pour moi mais ma fille lorgne déjà dessus. Le mouvement régulier des aiguilles, voir le travail avancer tranquillement et assez rapidement (taille des aiguilles oblige), est un apaisement sans pareil. Il y a aussi la lecture de flow, un magazine dont le numéro 5 vient de sortir, et que nous sommes nombreuses à lire. Vous y retrouverez des étiquettes illustrées par Helen Dardik, illustratrice auquelle j'ai emprunté le fond fleuri de mon blog. Se glisse souvent à l'intérieur, comme cette fois-ci, un petit cahier pour écrire, parce qu'écrire fait du bien, même pour soi, et que flow fait du bien. Et puis j'écoute en boucle Aaron, dont l'album We cut the night vient de sortir. Je les suis depuis longtemps, vous êtes déjà abreuvés de clips ici, mais cet album est particulièrement réussi. Bon mercredi !

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27 septembre 2015

Les enfants de choeur de l'Amérique, Héloïse Guay de Bellissen

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 "Chaque américain a le droit de posséder une arme depuis 1791. Le deuxième amendement c'est notre ADN. Nous avons dû faire face à de grands conflits et il a fallu s'en sortir. Après la guerre de Sécession, les soldats en vie ont gardé leurs armes avec ma bénédiction et elles se sont transmises de génération en génération. Les flingues, c'est notre héritage."

Mark Chapman assassine John Lennon en 1980. John Hinckley tire lui quelques mois plus tard sur Ronald Reagan. Hasard ou coïncidence, ils ont tous les deux eu la même enfance et le même goût pour le héros de l'Attrape coeur de JD Salinger. Hasard ou coïncidence, ils ont un peu le même physique, passent inaperçu et ont une obsession commune pour un personnage public, John Lennon pour l'un, Jodie Foster pour l'autre. Tuer pour impressionner, pour entrer dans l'histoire, parce que l'imaginaire a pris depuis longtemps le pas sur le réel. Tuer sans méchanceté, seulement pour le geste, mués par une lubie, une obsession, une rage. L'Amérique donne des armes à ses enfants et les laisse jouer avec.

Voici un roman étonnant qui m'a beaucoup impressionnée tout au long de ma lecture. Premièrement, le style de l'oeuvre est d'une vitalité si américaine que j'ai été surprise de m'apercevoir que l'auteure était en fait de nationalité française. Mais cela est plutôt un atout, et rend la lecture très vivante. Deuxièment, je suis allée visualiser les pages wikipedia des deux meurtriers mis en avant dans ce livre, et j'ai été surprise d'y retrouver tous les détails qui me paraissaient invraisemblables dans le roman. Car oui, Jodie Foster a bien été harcelée par John Hinckley qui a tenté d'assassiner le président Reagan pour l'impressionner. Et oui, Mark Chapman a bien brandit L'Attrape coeur, juste après avoir tiré sur John Lennon. Etre ensuite plongée comme cela dans les motivations des deux jeunes gens, tellement dérisoires, est assez confondant, et l'on reste presque estomaquée que l'Amérique ne produise pas plus de meurtriers. Petit bémol, il est peut-être un peu dommage que la vitalité du style d'Héloïse Guay de Bellissen se perde aussi parfois dans l'onirisme, surtout lorsqu'elle évoque le personnage de L'Attrape coeur, livre que je n'ai pas lu, parce qu'elle m'a à ce moment là un peu perdue... Une auteure que j'ai pour autant bien envie de continuer à suivre car j'ai été sans conteste par ailleurs conquise par son écriture.

Editions Anne Carrière - 17.50 € - Août 2015

La page du livre sur Babelio 

26 septembre 2015

Someting's coming up

[En pleine Aaron mania] Sinon, pendant ce temps, je lis Les enfants de choeur de l'amérique de Héloïse Guay de Bellissen, un roman étonnant. D'ailleurs, comme je voudrais avancer un peu dans mes lectures, il n'y aura pas de textes pour l'atelier d'écriture de Leiloona lundi sur le blog... mais ce n'est que partie remise. Bon week-end !

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23 septembre 2015

La terrible crue cruelle, Grégoire Kocjan et Julie Ricossé ~Tome 7

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"Gloire à lui ! Nous sommes sauvés ! Vive Barbichette !"

L'histoire contenue dans ce septième tome de la collection des "Mystérieux mystères insolubles" se déroule avant toutes les autres [clic ici] et [clic ici] et nous explique donc les prémices de la folle aventure des trois héros qui barbotent en couverture. Si vous vous souvenez bien, il s'agit avec ces bandes dessinées de faire découvrir le patrimoine français, et notamment les bords de la loire, aux plus jeunes, et ce d'une manière ludique et originale. Le procédé est le suivant : mêler une histoire, rocambolesque de préférence, imaginée par Grégoire Kocjan, et les dessins de Julie Ricossé, à des images d'archives. Une belle initiative de région qui dépoussière grandement les ouvrages sur le patrimoine. Elle permet une première approche, titille la curiosité, et donne envie d'aller plus loin, notamment sur ces lieux souvent méconnus des plus petits.
Avec ce septième tome, la collection touche à sa fin. J'ai encore une fois apprécié l'humour de l'ensemble, beaucoup appris, été intéressée. Bref, l'objectif est atteint.

Je laisse la parole à Bruno, grand connaisseur de BD, et ami, qui m'a donné son avis sur ce tome... Je précise qu'il découvrait la série avec.
"Alors tout d'abord, avant même de l'ouvrir, c'est le format atypique de l'album qui m'a surpris. Il est tout en hauteur, c'est assez rare pour être souligné. Certes il ne s'agit là que de la forme, ça n'a pas de réelle importance (en tout cas ici), mais c'est rigolo. 
Le titre ensuite : LA TERRIBLE CRUE CRUELLE. Ça en jette, j'aime bien les allitérations.
Ensuite, je me suis rendu compte qu'il s'agissait d'une BD de commande, commande fait par la région centre Val-de-Loire. Et là, tout à coup, j'ai été pris d'inquiétude... Habituellement, les BD de commandes réalisées par / pour des institutions, ben... c'est pas terrible... On obtient en général des choses au scénario indigent, avec un découpage de dilettante et un graphisme plutôt laid. 
Heureuse surprise, ce n'est pas le cas ici. Le trait est peu détaillé et non encré, mais reste agréable à lire, à défaut d'être joli. L'histoire est rigolote, il y a des rebondissements rocambolesques. Un peu trop rocambolesques d'ailleurs, on finit par se demander si les auteurs n'ont pas consommé des produits illicites. Mais tout se justifie dans un retournement de situation final que je tairais. Assez bien amené d'ailleurs, ce retournement de situation.
Petit bémol quand même, le scénario est parfois un peu rapide. On est jeté au milieu de l'histoire sans trop en comprendre les tenants et les aboutissants. La fin de l'histoire justifie cette rapidité, mais ça déroute un peu au début.
L'argument est simple (simpliste ?) : La Loire coule à l'envers car un tourbillon en aspire l'eau. Bon, clairement, le public visé est jeune, ce qui est d'ailleurs confirmé par le personnage principal, qui sait bien qu'il est dans une BD. On est carrément dans le néo-modernisme. Je le cite : " - Du calme, princesse ! Je vous rappelle que cette BD est plutôt destinée aux 8-12 ans." Comme ça on sait où on est...

Tout l'album est un prétexte pour se balader sur les berges de la Loire. Les bas de page de l'album sont d'ailleurs agrémentées de photos légendées et commentées, le but étant pédagogique. Et ça marche ! J'ai appris des choses que j'ignorais sur l'histoire et la géographie du Val de Loire, et j'ai surtout appris que si le bouchon de liège est probablement apparu en même temps que la bouteille, au 17ème siècle, le tire-bouchon n'est quant à lui apparu qu'au 18ème siècle. Quelle horreur, pendant 1 siècle on a mis le vin dans des bouteilles sans pouvoir les ouvrir ! 

Bon, au final, ça a été une lecture plutôt agréable. Pas inoubliable, loin de là, mais agréable. Ça me donnerait envie de jeter un œil au reste de la série, par curiosité. Ah, quand même, le prix du bouquin est élevé : 15 euros, c'est cher pour une BD qu'on lit somme toute assez rapidement, et à laquelle on ne reviendra pas... Pour ce prix je m'attendrais à quelque chose de plus dense..."

Merci Bruno ;)

 
Edition de l'atelier du poisson soluble ! - Collection les mystérieux mystères insolubles - 15€ - Septembre 2015
Pour en savoir plus... http://lesmysterieuxmysteresinsolubles.livreaucentre.fr 

21 septembre 2015

Cette porte qui mène à toi... atelier d'écriture [Livre #2]

atelierribotjulienElle est facile à refermer cette porte qui mène à toi. Ce n'est pas comme si tu allais tambouriner derrière. Magie de l'écriture, de l'imagination. Il suffit que j'écrive ces mots pour que je t'entende frapper des petits coups sur ma porte imaginaire. Tu tambourinerais donc ? Mais je préfère tenir bon et cesser de me faire des illusions. Depuis que j'ai rompu notre conversation, l'idée d'écrire un livre a pris toute la place. Et j'essaye de ne pas me laisser influencer par tes réactions, ou ce que j'imagine percevoir de tes réactions. Lorsque je croise ton regard, à l'atelier, tes yeux se rétrécissent et ton sourire revenu semble poser mille questions. J'ai trouvé une technique, imparable, pour esquiver cette lumière qui émane alors de toi, et qui pourrait sans peine tout absoudre. Je fais semblant de chercher un point au dessus de ta tête, l'inspiration, puis je replonge dans mon travail.
Le travail m'aide à t'oublier, mais le travail m'inflige ta présence quotidienne. Comment s'en sortir ? 
Heureusement, il y a l'écriture. Mais n'est-ce pas encore conserver un lien tangible avec toi, cette conversation que je continue là ?

Le cahier ouvert il y a quelques jours, celui destiné à mon livre, est déjà bien rempli. J'ai décidé d'être mon propre personnage, les autres sont déjà pris. J'ai finalement fait l'impasse sur mes premières années, sur l'adolescence, sur tout ce pan de mon existence qui attendait seulement que la vie commence enfin.  A poser les faits sur la page, j'ai pris conscience de la fragilité de ces enfances sages et bruissantes qui espèrent avec passion et mutisme l'envol. Le premier essai vers ce qui brille est souvent rapide, brutal, et la chute inévitable. Moi aussi je me suis écrasée, je me suis brûlée les ailes, et j'ai connu la passion. La désillusion et la perte ont suivi, accrochées derrière en ribambelle. Sur un coin de la table de ma cuisine, j'ai empilé hier des photographies, celles colorées de l'enfance, ma bouille ronde, mes fossettes. Le regard naïf et confiant de la petite fille blonde qui se retourne à chaque fois vers l'objectif, étonnée, me blesse un peu. Je voudrais la couver à distance, lui prendre la main, la soulever et la prendre dans mes bras. Elle ressemble à mon fils. J'ai fait un autre petit tas avec celles qui ont capté furtivement mon corps de jeune fille, les yeux sont plus sombres, les vêtements aussi, les cheveux permanentés. Je devine les bras trop minces sous les manches longues, la clavicule près du col roulé, le sourire large qui tente de cacher le bouleversement. Il y a une photographie qui m'impressionne, j'avais oublié le maquillage de cette soirée là, et mes lèvres ouvertes écarlates sur mes dents blanches, le reste du visage qui semble disparaître autour. J'étais peut-être heureuse à ce moment là, réellement, et cette fenêtre, cette pause dans le bouleversement, dans la noyade, elle donne le sentiment sur cette image de moi qu'elle allait m'absorber entièrement. Parce que je sais combien tout était brutal alors et que disparaître sur pieds, ne pas prendre de place, oublier de manger, était aussi finalement presque facile. Je suppose que j'oscillais entre les deux, entre la peur et le bonheur, qu'il y avait bien souvent des journées joyeuses, et que cahin caha je grandissais. Est-ce que cette jeune fille était jolie ? Possible. En tous les cas, l'intensité donne à ses traits une ferveur perdue aujourd'hui, j'ai changé.

Crois-tu que cela puisse faire un livre cette oscillation, cette jeunesse qui s'interroge et la douleur des premiers émois ? A relire mes essais, les quelques pages déjà griffonnées, j'ai envie de tout déchirer, de renoncer. Il faudrait savoir mieux écrire, amener les évènements à tâtons, ne pas ennuyer, parsemer le tout d'humour et de gaieté. C'est un peu mal parti. Et puis je songe à la lumière qui émanait de toi tout à l'heure dans l'atelier, à ce qui m'attire en elle. Ecrire un livre lumineux, voilà une meilleure idée. 

(Ce texte se veut la suite du dernier rédigé livre#1 Notre conversation, mais je trouve que le passage entre les deux manque de fluidité, que le ton n'est pas le même, bref ce n'est pas facile d'écrire long, dites donc.)

Une photo (de Julien Ribot), une inspiration, beaucoup d'imagination, et au final un texte... tout ça pour l'atelier d'écriture de Leiloona [clic].  

 

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