18 juillet 2015

Eux, Claire Castillon

euxclairecastillon

 "Qu'est-ce qui lui a pris, soudain, de me multiplier ? Un enfant, il a dit."

Depuis qu'elle est enceinte, la narratrice entend des voix, insistantes, qui semblent lui parler via les murs de son appartement, ou dans sa tête. Eux, ce sont les héréditaires, la famille, qui veulent lui prendre son enfant, ou au mieux l'inscrire dans leur lignée. Les voix l'insultent, la maltraitent, lui farcissent la tête de doutes, et de mauvaises pensées. Sa mère fait peut-être partie des leurs ? Rien n'est sûr. En tous les cas, elle n'est pas rassurante, et ne semble pas se réjouir, craint avant tout que l'enfant ne soit débile, conseille une amniocentèse. La débilité, une malédiction familiale. Et puis le père... Faut-il se méfier de l'homme qui partage sa vie ? La narratrice est perdue. Pour garder sa liberté, il faut se taire, résister, protéger l'enfant.

Claire Castillon a écrit là un titre assez dérangeant, dérangeant car il parle de maternité mais également de folie. Toute première grossesse met évidemment en lumière son rapport à la mère, à la famille, à l'hérédité. Donner la vie n'est pas un acte solitaire, il est une manière de créer une nouvelle branche sur l'arbre généalogique. Ici, la relation maternelle ayant été avant tout toxique, l'écho est forcément violent. Et la narratrice, dans une période d'extrême fragilité, et de bouleversement hormonal, ne parvient plus à s'en protéger, s'accroche au père, puis quand elle se met à douter de lui, s'accroche à ce qu'elle peut. Eux est un roman d'une extrême violence morale, qui a le mérite de mettre en lumière tout ce que les propos de l'entourage peuvent avoir de nocifs dans une telle période, combien nous n'échappons que peu à notre famille, et au meilleur ennemi que nous sommes pour nous-même. On peut éventuellement penser aussi au Rosemary's baby d'Ira Levin. Une lecture forte.

Editions Points - 5.90€ - Avril 2015

La lecture de Cathulu - De Claire Castillon, j'ai lu le receuil On n'empêche pas un petit coeur d'aimer, Les Cris (coup de coeur !) et Vous parler d'elle

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16 juillet 2015

En cours de lecture...

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 "Je respire. Ce qui compte, c'est moi. A quel point je me dépasse. A quel point je me rattrape. Pour le moment, je me cours après mais je ne sais pas si je me cours devant ou derrière, et avec mon affaire de temps, passé, présent composé, futur compliqué, il n'est pas simple de me croiser quand je me double. Je me conjugue au présent alors que je me suis transportée dans le futur, je me retrouve au conditionnel, et avec les vertiges je flanche. Tout dépend des situations. Je flanche mais je le cache. En vrai, je suis figée contre le mur de ma chambre et je les écoute me dire."

Extrait de Eux de Claire Castillon... pour l'instant j'aime surtout l'écriture.

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15 juillet 2015

Le Facteur émotif, Denis Thériault

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 "Alors qu'il ratissait la section "Littérature japonaise" de la Bibliothèque centrale, Bilodo dénicha quelques ouvrages fort instructifs et eut tôt fait d'apprendre tout ce qu'il avait toujours voulu savoir sur les haïkus sans jamais oser le demander. Au fond le principe en était plutôt simple : le haïku visait la juxtaposition de l'immuable et de l'éphémère."

Bilodo est un facteur plutôt consciencieux, et un homme tranquille et discret. Son seul vice est de prélever parfois quelques lettres personnelles pour les ouvrir le soir chez lui à la vapeur et les lire dans le secret de son appartement. Les lettres sont remises au courrier dès le lendemain et personne ne peut se rendre compte de cette indélicatesse. Bilodo aime particulièrement lire les missives qu'envoie de Guadeloupe une certaine Ségolène. Elle rédige de brefs haïkus pour un poète solitaire, un certain Gaston Grandpré, que Bilodo a aperçu une ou deux fois, un barbu excentrique, toujours vêtu d'un kimono rouge. Mais ce dernier décède subitement lors d'un accident, et Bilodo redoute la fin des lettres de Ségolène. Prendre la place de Grandpré dans cette correspondance apparaît très vite comme LA solution. Cependant, Bilodo doit apprendre à rédiger des haïkus crédibles. 

Il est plutôt agréable de rentrer dans un roman qui allie autant le prosaïque et la poésie. Le tout, qui pourrait paraître bancal, fait étonnamment bon ménage. Un brin d'audace dans la narration, de fantaisie, de fantastique, mais aussi d'absurde, et le tour est joué. On apprend beaucoup dans ce roman sur l'art du haïku et ses exigences. J'ai passé à lire ce livre un très bon moment, plutôt sympathique. J'ai souri aux invraisemblances et farces manifestes de l'écrivain, admiré que la poésie garde pour autant sa place centrale et délicate tout au long du récit. Ce livre est une agréable curiosité.

Editions Anne Carrière - 16€ - Avril 2015

Laure a beaucoup aimé Beaucoup de délicatesse, tranquillité et charme pour ClaraFable poétique pleine de fraicheur pour Cathulu, qui n'a pas été déçue !! 

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12 juillet 2015

Week-end

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[Puy du fou] Savoir apprécier ce qui fait plaisir aux enfants... trouver de la poésie dans des détails, les oiseaux dans le ciel, les plantes, la présence des Fables de La Fontaine, Cyrano et Chimène... et puis le sourire de Petit Dernier qui rapporte un attirail de Viking et celui de Grande Fille qui aurait bien tout acheté dans le village médiéval... Pendant ce temps, je lis pour la rentrée littéraire, un peu, mais pas que. Bon week-end !

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10 juillet 2015

Vous parler de ça, Laurie Halse Anderson

vousparlerdeça "La première chose dont je me souviens après ça, c'est le téléphone. J'étais debout, au milieu d'une foule alcoolisée, et j'ai appelé la police, parce que j'avais besoin d'aide."

Melinda commence le Lycée sous de désagréables auspices. Ses amis d'hier la fuit comme la peste, ses professeurs sont pour la plupart étranges, et les mots petit à petit s'étranglent dans sa gorge jusqu'au mutisme dans lequel la jeune-fille se fond peu à peu. Sur son bulletin, les notes chutent. Seul le cours de dessin semble encore éveiller en elle de l'intérêt. Mais que s'est-il donc passé ? Melinda trouvera-t-elle le courage de parler enfin, et d'attirer l'attention de quelqu'un, d'un ami, d'un enseignant, de ses parents ?

J'avais commencé ce livre il y a quelques temps déjà, puis je l'avais reposé sans le terminer (ce n'était pas le moment sans doute). Entre temps, ma fille (14 ans) l'a lu. Elle sait que cette collection peut l'intéresser, qu'elle est faite éventuellement pour sa tranche d'âge, et à son âge justement (dans un an elle rentre au Lycée), on cherche à connaître, à savoir ce que vivent les autres, à vouloir se confronter à des histoires plus rudes. Bref, j'avais oublié ce livre. Puis, il y a quelques semaines, nous avons regardé un film toutes les deux (Speak avec Kristen Stewart) et elle m'a dit au cours du visionnage reconnaître un livre qu'elle avait lu. Bon, j'ai pensé à un autre titre qu'elle avait emprunté en bibliothèque. J'ai repris dernièrement Vous parler de ça... et surprise ! ;) Vous l'aurez compris, j'ai reconnu le film à mon tour. Bref, tout cela pour vous dire que de ce roman existe donc une adaptation cinématographique, plutôt fidèle. Et que surtout le parcours de cette jeune fille, qui cache un secret qui la ronge de l'intérieur, est assez intéressant. J'ai été forcément un peu polluée par les images vues précédemment, ce que je savais déjà de l'histoire, mais La belle colère est véritablement une collection bien intéressante, une intelligente collection pour Ados et grandes personnes.

Editions La Belle colère - 19€ - Octobre 2014

La lecture de Cathulu [clic]

Attention, la bande-annonce ci-dessous est très très bavarde... trop.

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09 juillet 2015

Glenn Gould - Une vie à contretemps, Sandrine Revel (BD)

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 "Es-tu conscient que ta tenue sur scène dérange beaucoup de personnes ?"

Sandrine Revel tente dans cette BD une biographie du mystérieux pianiste Glenn Gould. De ses talents précoces, de sa tenue atypique sur scène, de ses bizarreries de génie, elle fait un magnifique kaléidoscope, bousculant toute idée de chronologie. Au lecteur de suivre, ou non. Mais si le lecteur aime Glenn Gould, il suivra. Car comme lui, elle fait ainsi fi des codes, et dresse sans doute un portrait très fidèle, qui ressemble à sa musique, qui ressemble au choc que j'ai ressenti dans mes oreilles à la première écoute de ses préludes de Bach. Une BD qui m'a scotchée, dont j'ai tout aimé, le rythme des cases, le choix des couleurs, et les dessins. Un coup de coeur évident !

Editions Dargaud - 21€ - Mars 2015 - Merci ma bibli !!

Le billet de Miss Alfie [clic]

glenngould1        glenngould2

 

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08 juillet 2015

Amours, Leonor De Recondo

AMOURSLEONORDERECONDO

 "Le ton de sa voix est presque posé, presque calme. Elle réalise soudain que la solitude, dans laquelle elle est née, l'oblige à toujours acquiescer. Si elle avait eu le choix - mais ce mot n'existe ni dans sa condition, ni dans son vocabulaire -, elle aurait dit "Non". Elle l'aurait même hurlé."

Victoire est mariée à Anselme, notaire, depuis cinq ans, et le bonheur supposé dans les premiers temps n'est même plus envisagé. De leur union, aucun enfant n'est né, ni aucun amour. Mais nous sommes en 1908, et Victoire n'a d'autre alternative que de se conformer à son éducation, de tenir son rôle, dans cette maison bourgeoise qu'elle tient avec inconstance et fragilité. Elle ignore qu'Anselme rend des visites régulières à l'étage à la bonne, Céleste, qui tombe enceinte. Elle ignore aussi que cet évènement va bouleverser sa vie, lui donnant à la naissance de l'enfant un nouveau rôle de mère, et d'amante. En effet, le petit Adrien va rapprocher des coeurs, mais aussi des corps...

De Léonor de Récondo, j'avais déjà lu Pietra Viva [clic ici], très différent de cet Amours. Dans ce livre-ci, le sentiment de lecture est autre. Dans les premières pages, on se retrouve en effet presque projeté dans un des épisodes de La Recherche de Proust, dans un charme d'atmosphère, un brin désuet, pas désagréable. Et puis, la place bien déterminée de chacun, les rôles, sont redistribués précipitamment au détour d'un chapitre, et le roman prend un autre tour, plus sensuel, presque à la Emma Bovary, où la passion frôle constamment le drame. J'ai aimé lire ce titre, sans ressentir pour lui pour autant un énorme coup de foudre (le défaut sans doute des livres trop vantés, primés ?), mais depuis la fin de ma lecture les scènes, des personnages, me poursuivent. N'est-ce donc pas là le pouvoir des grands romans ?

Editions Sabine Wespieser - 21€ - Janvier 2015 - Grand Prix RTL Lire 2015 - Merci ma bibli !!

Un avis, discordant de l'enthousiasme général, chez mots à mots Lumineux, intelligent, charmant pour LeiloonaPas d'émotion forte ou criante pour Clara mais de la pudeur sensibleUne ode à la féminité, la liberté, la maternité, aux AmourS, pour le petit carré jaune  Un roman absolument sublime, brillant et lumineux, qu’il faut absolument lire pour l'irrégulière - Certains passages resteront gravés dans la mémoire d'Une comète - Très réussi pour Cuné - Micmelo aime passionnémentUn roman édifiant, à l'écriture tantôt coup de poing, tantôt caresse pour Cathulu !

06 juillet 2015

Juste avant le bonheur, Agnès Ledig

justeavantlebonheur"On s'en sort parce qu'on n'a pas le choix. La vie suit son cours et nous ne sommes que quelques petits bouts de bois qui flottent au gré des courants. Nous avons tous été pris dans les remous des rapides, chavirés, percutés, noyés par moments, mais nous flottons toujours. Et puis, parfois, dans certains petits coins de rivière, protégées par une grosse pierre, tourbillonnent ensemble les brindilles qui ont subi les rapides et qui se retrouvent pour souffler. Formant un petit conglomérat de survivants malgré les courants puissants."

Julie est caissière dans un supermarché. Elle vit seule avec son fils Ludovic et la vie n'est pas toujours facile, surtout lorsqu'elle subit le harcèlement de son chef ou qu'elle compte les sous qui lui restent pour finir le mois. Un beau jour, un client un peu différent, cinquantenaire, devenu depuis peu célibataire, passe à sa caisse, voit une larme furtive glisser sur sa joue et lui glisse deux mots sympathiques. Il l'invitera quelques jours plus tard à déjeuner puis à le rejoindre avec son propre fils Jérome, un jeune médecin rempli de chagrin, dans sa maison de Bretagne pour des vacances. Trois semaines qui permettront au petit Lulu et à sa mère de découvrir la mer, mais aussi à chacun des protagonistes de s'apprivoiser, de se prendre dans leurs bras, de manger des tartines de Nutella et de pleurer tout leur saoul.

Juste avant le bonheur est de ces livres dont je me méfie souvent, parfois trop perclus de bons sentiments. Cependant ici, la méfiance s'envole rapidement car la mayonnaise imaginée par Agnès Ledig fonctionne, les personnages étant eux mêmes remplis de doutes, pas convaincus par les Princes Charmants ou les Contes de fées. Pour Julie, la réalité et le quotidien ont trop de prise pour qu'elle puisse se laisser aller si facilement à croire en sa chance d'avoir rencontré Paul et sa générosité bienveillante. Personne ne veut se laisser faire, ni Julie, ni Jérome, et s'abandonner si vite au bonheur... un bonheur qui peut effectivement basculer en une fraction de seconde. J'ai lu ce titre en une bouchée, avec beaucoup d'émotion. C'est un roman qui fait du bien, tellement il foisonne de petites leçons de vie, et d'actes charmants, de gens que l'on aimerait croiser dans la vraie vie, mais également d'émotions et de sentiments sincères.

Editions Pocket - 6.80€ - 2014 - Merci ma bibli !!

Quelques autres lectures, qui se sont questionnées sur cette histoire de bons sentiments...

Aifelle est partagée - Une histoire qui sonne vrai pour Clara - Un tsunami d'émotions pour Leiloona - Sourire, espoir et larmes pour Sandrine - Saxaoul a pensé à Ensemble c'est tout d'Anna Gavalda - Sourire et larmes pour Stephie aussi - Chez Un autre endroit un coeur de femme a été touché !!

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27 juin 2015

Quelques nouvelles...

Après une longue pause salvatrice, ce blog devrait reprendre du service au alentours du 6 juillet. Rien de neuf pour ceux qui me suivent par ailleurs sur facebook, mais je voulais informer de cette reprise ceux qui me suivent plus particulièrement ici. J'ai été à deux doigts de fermer ce lieu, pour d'absurdes raisons. Finalement, je ne le fais pas. Je n'ai pas réussi à m'enthousiasmer pour une démarche qui consisterait à ouvrir un autre blog ailleurs. Et puis je bichonne mon site depuis 2007, il est un peu pour moi un enfant sur lequel je veille et que je nourris, ce serait trop cruel de l'abandonner. Merci pour votre patience. Merci de continuer à venir ici vous lecteurs avec respect et bienveillance. Moi, je vais continuer à vous parler livres, musique et poésie. L'écriture attendra un peu... elle réclame le retour de la sérénité, et de la confiance. A très bientôt ! Je vous embrasse.  

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06 juin 2015

Pause

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En ce moment, j'ai du mal à bloguer et le plaisir que j'y prends d'ordinaire est contrarié, par un manque de sérénité dans ma vie privée, et l'impression d'avoir du mal à suivre, à vous suivre. Je crois donc qu'une pause, sans doute plus longue que d'habitude, est nécessaire, pour me retrouver, ne pas cesser de lire mais le faire avec plus de liberté, et simplement aussi me reconnecter avec le silence et avec moi-même. J'espère revenir dans quelques temps avec plein de lectures... (les billets se rédigeront en backstage) et je sais que vous serez là. Je vous embrasse tous et toutes et vous dit à bientôt !

[Pour celles et ceux qui me suivent sur FB/Instagram, sans doute des nouvelles sur mon mur de temps en temps...]

 

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