18 janvier 2015

En cheveux, Emmanuelle Pagano

encheveux"Du châle, elle savait apprécier la valeur, la délicatesse, la souplesse du tricotage, la finesse des mailles, elle connaissait la rareté de la soie marine. Il était trop précieux pour le rabaisser en faire-valoir, en objet de séduction. Il allait avec ses cheveux, aussi blond qu'elle était brune, mais avec les mêmes reflets, et il allait aussi merveilleusement avec sa peau. Il était doux sur sa peau travaillée par le grand air. Les boucles qui s'échappent du galon chatouillaient cette peau au ventre, aux épaules, à la nuque, dans le dos. Elle se mettait nue devant le miroir pour l'admirer sur elle, elle tournait le dos au soleil pour qu'il lève dans le châle des blondeurs chaudes et consolantes, consolantes d'elle ne savait plus quoi. C'était le seul vêtement de valeur, le seul accessoire féminin qu'il lui plaisait de porter, mais toujours en cachette, et dont elle aimait, à même sa peau rêche, le contact reposant, envoloppant, remontant, depuis les fonds marins, du soleil dans ses mailles."

encheveux1

La narratrice a confié le châle de sa tante à un musée. Ce châle est précieux car travaillé en soie de mer, un fil soyeux élaboré par un coquillage bivalve, la grande nacre de Méditérranée. La rareté de l'objet lui a naturellement donné sa place dans les collections du musée des Confluences de Lyon. Alors qu'elle vient l'observer, obligée de le toucher avec des gants à présent qu'il ne lui appartient plus, elle laisse ses souvenirs remonter à la surface, ceux liés à son étonnante et libre tante Nella principalement, à Bice l'autre soeur discrète, mais également à son père, haute figure fasciste que les femmes de la famille craignaient beaucoup. La sensualité du vêtement se mêle à une histoire de fratrie trouble et tendue, exacerbée par d'anciennes affinités, une vision de la femme italienne conservatrice et des caractères forts. 

Retrouver l'écriture d'Emmanuelle Pagano est toujours pour moi un moment assez précieux. J'ai aimé être de nouveau plongée ici dans une narration qui, partant de l'objet et de la matière, sait aller vers l'imaginaire. Telle est d'ailleurs la volonté de cette collection qui convie des écrivains à traiter comme objet narratif un des éléments du véritable cabinet de curiosités que constitue le fond du musée des Confluences de Lyon. De plus, ayant eu le plaisir de l'entendre jeudi dernier lire quelques extraits de son prochain titre Ligne et Fils en lecture publique dans ma ville, j'ai pu faire le rapprochement entre ce récit et l'intérêt plus large de l'écrivain pour le tissage du fil. Elle nous a parlé de sa manière d'écrire, de ses recherches préliminaires, mais également de son plaisir de partir d'éléments concrets, presque terre à terre, le mot prose et prosaïque étant proches et complètement imbriqués dans son travail. C'est certainement ce qui me plaît beaucoup et me parle infiniment encore dans ce récit. J'ai hâte à présent de découvrir son prochain titre qui paraîtra début février chez POL.

Editions Invenit - Récits d'objets - 10€ - 14 novembre 2014

Les lectures de... Blablamia - Clara - Mirontaine - Pour en savoir plus sur cette collection [clic ici]

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17 janvier 2015

Hideway

[C'est amusant comme ça me rappelle mes 14 ans, la tenue qu'elle porte sans doute, son petit côté Madonna, et puis la danse, le rythme de la musique, la rue...] Sinon, pendant ce temps, je lis En cheveux d'Emmanuelle Pagano (rien à voir) que j'ai eu le grand plaisir d'écouter en lecture jeudi dernier. Pendant trente minutes, nous avons pu entendre des extraits de son prochain livre, Ligne et Fils [clic], que je vous recommande déjà chaudement et qui devrait sortir le 5 février. C'était un moment suspendu. J'ai été ravie de pouvoir échanger de nouveau quelques mots avec elle à l'issue de la séance. Mon billet sur En cheveux très bientôt... Bon week-end, déjà bien entamé !

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16 janvier 2015

Conception, Chase Novak

conception

 "Le lendemain matin, les jumeaux sont libérés de leur chambre par leur mère, qui semble pleine d'entrain pour attaquer la journée. Elle porte un blue-jean neuf, ce qui pourrait signifier qu'elle est vraiment allée dans un magasin. Malgré son sourire, Adam remarque une nouvelle trace de coup sur le côté de son visage. Alice et lui savent que leur père la frappe parfois. Mais il savent aussi que parfois, c'est elle qui le frappe. Et parfois, ils font semblant de se battre par jeu et il se passe des choses...
Secret de famille."

Alex et Leslie Twisden ont tout pour être heureux, l'amour, un bon travail, une maison bien située dans Manhattan, et beaucoup d'argent. Mais avoir un enfant manque à leur vie, Alex voudrait un héritier. Après de nombreux échecs, le couple décide de s'envoler vers la Slovénie pour la solution de la dernière chance. Ils rencontrent là-bas un étrange docteur Kiss qui leur administre un traitement brutal. Quelques jours plus tard Leslie est enfin enceinte. Mais sa grossesse est entachée de nombreux soucis esthétiques, sa pilosité augmente en effet de manière hallucinante. Heureusement, des jumeaux naissent finalement, Alice et Adam, aussi intelligents que beaux, et obéissants.

Ce qui m'a fortement attirée vers ce titre est l'allusion faite en quatrième de couverture par The New York Times à Rosemary's baby, un roman glaçant qui m'avait impressionnée plus jeune. Conception n'a pas vraiment la même qualité littéraire, loin s'en faut, mais fonctionne très bien dans son genre. J'ai bien accroché aux premières pages puis ai été très vite surprise par le tour un peu rocambolesque des évènements. Finalement prise par l'intrigue, j'ai ensuite été tenue jusqu'à la fin, le souffle coupé. Il est intéressant en fait de découvrir dans les premiers instants les sentiments contradictoires de Leslie face à la maternité et la volonté féroce d'Alex de poursuivre sa lignée. Constater ensuite que le passage en Slovénie (haut lieu de l'irrationnel ?) était une erreur est facile. Pour autant, le lecteur s'habitue à l'étrangeté d'Alex et de Leslie devenus parents, à leurs moeurs soudain animales, sauvages, et même dangereusement cannibales. Adam et Alice sont des enfants touchants et sensibles, projetés à leur corps défendant dans un monde qui les dépasse, certains de leurs vérités, condamnés à fuir leur parents, accrochés aux mains du seul homme qui accepte de les protéger, leur professeur. Ce roman est une lecture divertissante qui tient parfaitement en haleine et intrigue, mais également dérange car Conception a le talent de frôler au plus près le réel sans jamais tomber dans le grotesque.

Editions Préludes - 14.90€ - 6 janvier 2015

Un très bon billet (plus complet) sur le blog de Blablabla mia 

 

 

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14 janvier 2015

Parents à vendre ~ Mortelle Adèle, Mr Tan et Diane Le Feyer

adele-001

Ah ben mince, j'avais complètement oublié de vous parler d'Adèle... Avec ce post, je me rattrape. A ma décharge, il faut dire que dès qu'un exemplaire de Mortelle Adèle arrive à la maison, il disparaît presque aussitôt dans les tréfonds de la chambre de ma fille, qui soudain devient muette. Normal, elle lit, ou plutôt elle dévore. Elle adore l'humour de cette petite chipie, son ton insolent, le fait qu'elle se retrouve sans doute dans les préoccupations de la petite fille (parents, école) et ses bêtises. Je suppose qu'Adèle dit tout haut ce que ma fille aimerait parfois dire ou n'oserait jamais penser. Elle aime également le format page par page des scènes, et le fait que l'histoire suive une trame fidèle et chronologique depuis le début (ici nous en sommes au huitième épisode). La suite est attendue.

Et c'est vrai qu'Adèle est bien coquine avec ses réparties. Elle est dans ce tome affublée d'un petit fantôme bleu qu'elle seule semble voir (ami imaginaire). Souvent gardée par sa grand-mère, cette dernière en prend pour son grade, le père d'Adèle ayant eu la mauvaise idée de la traiter de sorcière. Adèle cherche à présent des potions magiques. Il y a également l'oncle cool et son ami, le chat Ajax (qui souffre le martyr), Geoffroy l'amoureux transi qui prend claques sur claques (il me fait peine celui-ci), les pestes Jade et Miranda, et Jennyfer qui s'est auto-proclamée meilleure amie d'Adèle (un peu fofolle quand même). Mais le père-Noël n'est pas épargné non plus quand il râte son coup... "Dis donc, père Noël, c'est pas parce que tu bosses gratuitement que tu peux faire n'importe quoi, hein !" Et bien franchement, lire Adèle fait du bien, et en plus c'est hautement recommandable.

Editions Tourbillon - 8.95€ - Décembre 2014

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13 janvier 2015

Un parfum d'herbe coupée, Nicolas Delesalle

unparfumdherbecoupeeCe livre est arrivé sans prévenir dans ma boîte aux lettres. Mais en fait, j'avais déjà lu ce texte en version numérique [ici], chez Storylab. Je l'avais lu sur ma liseuse à l'époque et je n'avais sincèrement pas été complètement conquise.

"Le texte est composé de courts moments en forme de souvenirs d'enfance. L'écriture de Nicolas Delesalle est alerte, ironique, un peu gouailleuse, plutôt agréable. J'ai adhéré au style de l'auteur. Il est seulement parfois difficile d'être touché par les souvenirs des autres et ici quelque chose n'a pas fonctionné pour moi malgré la sincérité évidente de l'ensemble."

Nicolas Delesalle est grand reporter à TéléramaUn parfum d'herbe coupée est son premier écrit littéraire. Il a reçu le Prix des lecteurs du livre numérique en 2013.

Malgré mes bémols, je tenais cependant à parler de ce titre et du remarquable travail d'édition de Préludes, la maison d'édition grand format née tout dernièrement des éditions du Livre de Poche, car leurs livres sont vraiment très beaux (je lis un autre de leurs romans en ce moment).

Editions Préludes - 13.60€ - 7 janvier 2015

L'avis de Keisha - Clara - et l'Irrégulière

 

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12 janvier 2015

Après le silence (atelier d'écriture)

atelier150
L'écriture me sauvera. Je le sais. Lorsque je suis perdue, elle seule a le pouvoir de me tenir droite. Lorsque je tombe, elle seule peut me redresser. Le crayon trace ses ambages sur la page et petit à petit l'émotion sort de moi, transpire, s'offre aux regards, sauve. C'est un phénomène magique qui me bouleverse à chaque fois. Il faut dire, faire confiance au pouvoir des mots, à ce qui est posé sur le papier, aux yeux de tous, lu. Alors, tout le temps que durera ma tristesse, j'écrirai. La peine a pris ses quartiers dans mes veines. Elle tente de m'affaiblir, surtout depuis que je suis prostrée, accroupie derrière toutes ces grilles qui me séparent du reste des vivants. J'ai accroché mon coeur sur la première, fermement. Il restera là. Un cahier sur mes genoux, depuis trois jours, je ne ne cesse d'écrire. Certaines feuilles sont déchirées, froissées, les lignes ne sont pas toutes droites, souvent elles déferlent. Un mot peut tenir toute la place sur une page, puis plusieurs phrases se serrer ensuite sur une autre. C'est ainsi. Je tiens mon crayon, je ne le lâche plus, j'écris... et avec lui je rejoins peu à peu le monde abasourdi.

Une photo (de Julien Ribot), une inspiration, et au final un texte ... tout ça pour l'atelier d'écriture de Leiloona [clic ici]. Le difficile et presque indécent mais utile retour des mots. C'est ce que cette photo et l'actualité m'ont inspiré. Merci pour vos lectures. 

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08 janvier 2015

Pour quelques jours

charlie

 

#JeSuisCharlie 

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06 janvier 2015

Despair, Hangover & Ecstasy

[The Do - en boucle en ce moment dans ma voiture. Et un peu de dynamisme pour commencer 2015] Sinon, pendant ce temps, je lis Conception de Chase Novak, sorti chez Préludes, l'édition grand format créé par le livre de poche. Très joli travail éditorial ! En ce qui concerne le roman proprement dit, je vous dirai bientôt.

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05 janvier 2015

Sur le quai (atelier d'écriture)

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Attendre. T'attendre. C'est certainement ce que je fais de mieux. Le vendredi, parfois le dimanche, j'attends ton train. Celui qui débouche de la province qu'autrefois nous partagions. Tu montes sur Paris. Tu m'auras prévenu, comme d'habitude, avec un petit texto. Fabien. A 15h sur le quai. Dimanche. Je viens. ;) La brièveté du message souligne la familiarité de nos rapports. Aucune explication à donner. Tu viens. Je suis celui qui t'attend sur le quai, toujours. Tu apparaîtras derrière la vitre sombre. Je reconnaîtrai en une seconde la blancheur de ton sourire, celle de ton écharpe, accordée au casque sur tes oreilles. Blanc, ta toute nouvelle couleur fétiche. Il y a deux ans c'était le rose, puis il y a eu le rouge, le vert, etc... Tu es un peu folle, mono maniaque, mais j'aime ça. Hier, j'ai acheté des draps blancs, plus faciles à trouver que les verts, je gagne au change. Il faudra que je traîne ta valise. Des deux, je suis le garçon. Pour ma peine, tu m'auras sauté au cou, entouré de tes deux bras, planté un bisou sur la joue. Que c'est bon de te voir ! Pour toi, je ne suis qu'une sorte de petit frère, ami, vieille connaissance, mouchoir. Ce sont sans doute nos deux années d'écart qui expliquent ta méprise, le fait que j'étais autrefois invité chez toi comme si c'était chez moi, le voisin, plus jeune. Pour moi, tu es autre chose, une princesse, mais pas celle des contes de fées, non. Parce que de toi, je connais tout, déjà. Je sais ta mine brouillée du matin, tes céréales préférées, la marque de ton dentifrice, celui que tu poses toujours près du mien, tout entortillé. Je sais que tu ronfles la nuit. Et puis, je sais aussi que tu ne m'aimes pas, enfin pas comme je le voudrais. En arrivant dans mon appartement, tu retrouveras tes marques sur le canapé, rira certainement des nouveaux draps blancs, demandera des nouvelles de cette fille dont j'ai inventé pour toi l'existence passionnée. Et jusque tard dans la nuit, tu me parleras de lui.

Une photo (de Julien Ribot), une inspiration, et au final un texte ... tout ça pour l'atelier d'écriture de Leiloona [clic ici].

Pas très inspirée cette fois-ci, non par la photo, mais par l'envie d'écrire. Alors, je me suis mise dans la peau d'un homme, pour voir. ;) 

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04 janvier 2015

Train de nuit pour Lisbonne, Pascal Mercier

traindenuitpourlisbonne

 "J'habite en moi comme dans un train qui roule. Je n'y suis pas monté volontairement, je n'avais pas le choix et j'ignore le lieu de destination. Un jour du lointain passé je me suis réveillé dans mon compartiment et j'ai senti que je roulais. C'était excitant, je guettais la trépidation des roues, j'exposais ma tête au vent de la course et je savourais la vitesse avec laquelle les choses passaient devant moi. Je souhaitais que le train n'interrompît jamais son voyage. En aucun cas, je ne voulais qu'il s'arrêtât quelque part pour toujours.
Ce fut à Coimbra, sur le banc dur de l'amphithéâtre, que j'en ai pris conscience : je ne peux pas descendre du train."

Raimund Gregorius rencontre la femme qui va bientôt chambouler son quotidien sur un pont, sur le chemin du Lycée où il enseigne à Bern, il pleut. Elle donne l'impression qu'elle va sauter, mais jette une lettre, puis écrit très vite un numéro de téléphone sur le front du professeur, pour ne pas l'oublier. Sa voix a un doux accent étranger, portugais. La femme disparaît de la vie de cet homme d'âge mûr que seuls les échecs semblent encore émouvoir, mais cet incident va déclencher chez Gregorius des actions étonnantes. Elle va lui donner envie d'acheter ce livre, probablement auto-édité, d'un auteur portugais inconnu, Amadeu Prado. Puis, lire les premières pages du livre va lui donner l'impulsion de tout quitter et de prendre le premier train pour Lisbonne...

Cette lecture est exigeante, tant par son volume que par sa structure, assez savante, qui demande temps et concentration. J'avais du temps devant moi, je pouvais me tenir à un peu de concentration, j'ai donc profité de la fin de ses vacances pour me plonger complètement dans ce livre que l'on m'avait prêté. Et je n'ai pas regretté mon voyage à Lisbonne auprès de cet homme qui quitte tout pour s'habiller complètement des mots et de la vie d'un autre, autre qu'il va découvrir mort depuis longtemps. Gregorius va effectivement peu à peu reconstituer l'histoire du médecin et écrivain, intellectuel Amadeu Prado, enchaîner les rencontres, prendre la quête du portugais pour sienne et réfléchir ainsi sur le sens de ses actes et de sa vie, changer, apprendre une autre langue. Et j'ai été chamboulée, non pas forcément par toute la galerie de personnages, un peu fantomatiques, que Gregorius va interroger mais par toutes les questions que les extraits du livre de Amadeu Prado soulèvent. Qu'en est-il de Dieu ? De notre libre arbitre ? Du poids de notre éducation ? Du savoir ? Du regard des autres sur notre vie ? De la colère ? De la solitude ? De l'amitié ? Du pouvoir des mots et de l'écriture ? Ce roman plonge dans les mystères de l'âme, nous prend doucement et nous enveloppe, fonctionne un peu comme un recueil de leçons de vie dont la clé de compréhension serait un doute omniprésent. J'ai aimé ces questionnements qui ont ouvert plein de petites portes en moi, des portes que je ne voulais pas ouvrir et qui se sont pourtant entrouvertes en grinçant. Comment retourner à une vie normale après cette lecture ? Je ne sais pas. Un coup de coeur époustouflant !

Editions 10/18 - 10.20€ - Février 2008

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