12 mars 2015

Beauté parade, Sylvain Pattieu

beauteparade

 "Le diable s'habille en jogging. Il porte un pull à capuche, façon lascar, mais débonnaire. Crâne rasé et courte barbe, comme le gardien algérien et le gardien américain, pendant la coupe du monde de foot 2014. [...] Sékou est gérant de boutique. De ceux qui emploient les sans-papiers, qui relèvent la maille, qui payent ou ne payent pas, ensuite."

Leur patron est parti, sans leur avoir réglé ni décembre, ni janvier. Alors, les chinoises du salon de beauté ont décidé de mettre tout le monde en grève, avec occupation des lieux 24h/24. Ils vont tous continuer à travailler bien sûr, mais pour eux. La solidarité s'organise, la CGT intervient, une certaine routine de lutte s'installe, les clients sont là, et peu à peu l'espoir naît, il serait même question d'une régularisation possible...

Je n'ai pas lu ce livre dans les meilleures conditions possibles mais j'ai aimé sa structure très particulière, faite de bribes d'interview, de remarques générales, et de petites scènes de vie. J'ai appris beaucoup sur l'extension du cheveux, son utilité esthétique, l'intérêt d'avoir des ongles parfaits pour certaines femmes, mais aussi sur la condition des sans-papiers, leur quotidien et leurs attentes, leur regard sur La France. J'ai peut-être été un peu gênée de ne pas pouvoir suivre certaines personnalités et de ne pas pouvoir mieux les repérer d'un chapitre à l'autre. Cependant, le fouillis apparent de l'écriture de ce roman, que l'on pourrait qualifier de social, reproduit avec brio l'effervescence que l'on pressent exister dans ces boutiques du Xème arrondissement de Paris, si petites et concentrées, remplies d'odeurs et de bruit. Et voir, entendre, et sentir cela était un moment très intéressant.

Editions Plein Jour - 18€ - Janvier 2015

La lecture de Clara - Hélène 

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11 mars 2015

"En revenir

pineau

Commencer par le titre, la désillusion et y aller. N'en pas revenir encore, faire marche arrière, en avant toute. Question de survie. La surprise est passée, la sidération reste. S'arracher de là. Soulever les pieds de pierre et pesamment scander le point de non retour. Ebranler les alentours, les [in]certitudes, le corps et sa mémoire, le temps - à en appeler à l'orage, à en attirer les foudres. Etre plus fort que cela, regarder, ça bouge, ça gronde, ça auréole d'éclairs. Avancer. La terre tremble, réjouissances, lever la tête, et marcher droit. N'en être pas moins lourd mais regarder ailleurs. N'attendre plus rien mais savoir comment tout a commencé et comment tout finit. Parce que revenir de ce loin. Etre presque mort mais plus fort que l'enfermement. Peser maintenant le silence. L'alléger en en portant les chaînes. Et bientôt savoir où les déposer. Creuser."

Extrait de Avec dessus dessous de Jany Pineau, éditions Gros Textes, 2015

Ouvrir le livre d'une amie. Avoir attendu le bon moment pour le faire, d'être un peu plus apaisée dans son quotidien... Et puis trouver avec émotion dans ces pages juste les mots qu'il faut à poser sur aujourd'hui. Etre heureuse de cela. Et des post-it égrenés sur d'autres textes... comme L'Indicible ou La Parenthèse. Bravo Jany ! Et merci pour ta poésie. [Pour commander c'est par ici]

 

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09 mars 2015

Mon père (atelier d'écriture)

ateliermarion-pluss

De toi, je ne vois qu'un torse, celui contre lequel je rêve de me blottir dès que la vie sort ses couteaux. Peu importe alors que tu sentes l'alcool, la cigarette ou la transpiration. Pour moi, tu sens bon, tu sens la maison, tu sens l'homme. Je suis une petite fille qui aime irriter ses joues à ta barbe, qui aime se blesser aux clous de ton blouson, qui aime quand tu prends ma nuque doucement pour me rapprocher de toi.
Ce serait tellement mieux cependant si tu ne m'envoyais pas ensuite très vite jouer, d'un mouvement toujours trop brusque. Les adultes ont tellement de préoccupations, d'affaires sérieuses à régler, besoin d'espace, ouf laisse moi tranquille, leur vie à mener. 
Tu sais, les enfants sont rudes, surtout entre eux, et je ne suis pas la plus forte. Tu n'as pas idée des trésors qu'il me faut déployer pour survivre parmi mes semblables. Et puis je suis si malhabile, avec mes tresses, ma blondeur, la candeur dans laquelle vous m'élevez, mes vêtements de travers, et les mondes que je me fabrique tout bas. Heureusement, les livres sont là, et lorsque je plonge dans l'un d'entre eux je peux enfin devenir quelqu'un d'autre, ce garçon courageux qui découvre une île mystérieuse, ou bien cette jeune fille orgueilleuse et têtue qui tient tête à plus riche qu'elle. Et il y a tellement de pays à découvrir dans leurs pages, de vies à vivre, d'énigmes à résoudre, de rôles à jouer, que je ne me sens plus seule, mais entourée, protégée. Certains personnages de papier m'accompagnent parfois sur le chemin de l'école, je les laisse avec regret à la grille. Les cris de la cour de récréation les dispersent violemment.
Je vois bien cette moue courroucée dont tu couvres ton visage lorsque tu me découvres plongée dans un de ces volumes que j'emprunte avec gloutonnerie à la bibliothèque. Tu aimerais que je sorte plus, que je m'amuse, tu me voudrais entourée de poupées, tu ne comprends pas. Tu ignores ce que je picore dans mes livres. Tu ne peux pas savoir que j'y puise un espoir insensé, combien j'y attends impatiemment et avec avidité la fin de l'enfance, comment je m'accroche à eux. 
Un jour, je glisserai mes bras dans les manches de ton blouson. Un jour, je pourrai appuyer mon front contre le tien et te donner à mon tour de la force. Un jour, je serai grande. 

Une photo (de Marion Pluss), une inspiration, beaucoup d'imagination, et au final un texte... tout ça pour l'atelier d'écriture de Leiloona [clic].  Et comme un petit écho à ce texte là... [clic]. J'ai fait des progrès. ;)

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07 mars 2015

Moi je n'attends personne

[Parce que cette musique a inspiré mon texte de lundi] Sinon, un peu chamboulée et débordée par mon quotidien en ce moment, je lis très doucement, et peine à vous rendre visite autant que je le voudrais sur vos blogs. J'ai tout de même ouvert Beauté parade de Sylvain Pattieu et je me plais dans les pages de ce livre... Bon week-end !

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04 mars 2015

Parfois, je compense...

... en achetant des livres pour mes enfants. Et bizarrement, ça marche aussi. Compliqué de trouver un titre pour petit dernier qui a des goûts de grand mais qui reste un petit lecteur. Grande fille s'est lancée elle dans la série des Coeur et a déjà dévoré Coeur cerise (les couvertures sont gourmandes non ?).

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01 mars 2015

Skim, Tamaki et Tamaki

skim

 "Aurais préféré plâtre noir, mais ai dû prendre blanc de base à la place.
Trouve points de suture carrément plus classe que fracture.
Aurais dû tomber sur bouteille de bière."

Le ton est donné d'emblée pour cette BD que je voulais découvrir absolument après mon coup de coeur pour Cet été-là, des mêmes auteures. Et je n'ai pas été déçue par cette seconde découverte, et ce nouveau duo amical et adolescent. Il manque peut-être de la grâce, celle qui m'avait profondément touchée dans l'autre album, les dessins sont peut-être moins beaux aussi, mais quel talent ! 

Nous retrouvons ici Kim et Lisa, deux collégiennes, à la fois un peu coincées et gothiques, intéressées par la sorcellerie et les arts divinatoires. Elles regardent de loin le chagrin de Katie, délaissée par un petit ami qui finira par se suicider. Son désespoir les atteint peu tant elles sont elles-même déjà perdues dans leurs propres émotions. Et puis, pour Kim, il y a cette relation étrange avec Melle Archer, le professeur de lettres, qui ne veut rien dire, et puis tout à la fois, et qui donne des remous dans le ventre. Est-ce que c'est ça l'amour ?

Un album doux amer à découvrir.

Casterman - 14.50€ - 2008 - Merci ma bibli !!

Cuné la tentatrice ! 

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26 février 2015

Parce qu'il faudrait...

... oser changer, avancer, arrêter de craindre les obstacles. Ce serait bien. [Petite pause réflexive]


OSE, CHANGE par coach-michel

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23 février 2015

Ma colère (atelier d'écriture)

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Ma colère a cessé. Je la cherchais tout à l'heure. Elle m'aurait été bien utile pourtant, je voulais crier sur toi, te faire entendre raison. Parfois, tu m'agaces avec tes certitudes, tes bêtises. Mais non, elle avait disparu. Je me suis retrouvée toute bête devant toi, les bras ballants, tout sèche, avec ma colère apaisée, et cette drôle de sensation dans le corps, ce désir de tempérance que je ne me connaissais pas. Toi même tu a été surpris, tu étais prêt à batailler un peu, parce que tu aimes ça, me titiller, me faire sortir de mes gonds. C'est un jeu auquel nous jouons souvent. Et puis à la fin, j'ai en général envie de te gifler, ou de pleurer. Je ne sais pas à quoi te servent mes énervements, si tu les attends vraiment, pourquoi tu les provoques. Je n'en suis pas fière. Ils se terminent souvent par ton sourire en coin, et mes plates excuses, comme si tu n'avais aucun tort, et moi la faute de ne pas savoir tenir mes transports, et garder mon sang froid. Un jour, ça finira mal notre histoire. Mais hier, j'ai rêvé de toi. C'était la première fois. Il y avait de la neige partout, nous étions dehors, et nous nous disputions encore pour des broutilles. Je ne sais pas comment c'est arrivé mais il y a eu un drame, un accident, j'étais blessée, toi peut-être mort, et la police est arrivée. Je me suis réveillée troublée. Je ne voulais pas de ça, de cette sensation que je pouvais te perdre. C'est sans doute ce qui a tué ma colère tout à l'heure, l'a tuée dans l'oeuf. Un rêve, comme de l'eau jetée sur le feu de mon agacement. Et il était si amusant aussi, ton air décontenancé. Nous avons observé tous les deux ta phrase cinglante se perdre dans l'atmosphère. Je crois que j'ai ri un peu, tu as rougis violemment. Il y avait de la neige au dehors, quatre policiers se tenaient dans l'allée qui séparent les immeubles du centre d'affaires où nous déjeunons souvent. J'ai senti la chaleur de l'apaisement envahir mon esprit, et j'ai aimé ça je crois. Je t'ai bousculé un peu pour que tu t'assoies près de moi, mon plateau contre le tien, dans cette cafétéria qui est notre rendez-vous régulier. Un jour je te le dirai mon frère - mais pas aujourd'hui je savoure ma petite victoire -, à quel point je t'adore.

Une photo (de Romaric Cazaux), une inspiration, et au final un texte... tout ça pour l'atelier d'écriture de Leiloona [clic]. Bon, cette fois-ci, je ne suis pas très certaine de mon texte quand même... Je précise qu'il est sorti tout droit de mon imagination, et en plus je n'ai pas de frère.

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21 février 2015

People talk to me

[Parce que j'ai vu Hunger Games 1 hier... et que j'ai étrangement aimé] Sinon, pendant ce temps, je lis Maudits de Joyce Carol Oates, tandis que la présence d'Anne-Véronique Herter (Zou !) [clic ici] m'incite à me rendre au Printemps du livre de Montaigu fin mars, alors que je pensais le bouder cette année... la vie des blogs et des rencontres !! ;) Autrement, je planche sur le prochain atelier d'écriture de Leiloona... Vais-je réussir à écrire un texte satisfaisant ? Verdict lundi matin très tôt. Bon week-end !

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18 février 2015

La Gaieté, Justine Lévy

lagaiete

 "Ce qui est important c'est de tenter et réussir le coup une deuxième fois. Quel coup ? Toujours le même, mon obsession, ma hantise, le barrage contre le Pacifique de la tristesse héritée, la machine à pomper, siphonner, évacuer les chromosomes de chagrin venus du passé. Je déteste les familles, je déteste les gens qui sont fiers de leur famille, et veulent à tout prix que ça se sache, je déteste les arbres généalogiques, les lignées, les souches, les dynasties et, si je les déteste, si je m'arc-boute contre cette sorte de fierté qui parfois m'aguiche aussi, c'est parce que je sais que c'est par là que tout le mal arrive, le goût de la vinasse, le parfum de la mauvaise tristesse, les règles numéro 2 avec leur fatigue terrible dont je ne veux pas pour mes enfants. Stop.  On arrête tout. On fait un garrot. Un gros pansement. On bloque la propagation du virus. Il y a ceux qui se sentent menacés par les étrangers, les Roms et tout ça, pour moi, ce qui menace Angèle et Paul c'est l'inverse : l'extraction, l'ascendance, l'hérédité, l'atavisme, tous ces trucs dégueulasses dont je veux les libérer et dont j'ai juré une fois pour toutes qu'ils ne passeront pas par moi."

J'ai lu les précédents romans de Justine Levy à rebours [clic ici]. J'ai découvert ainsi son histoire particulière, principalement ses relations compliquées avec sa mère, belle, camée et négligente. Son père traverse ses écrits également, bien sûr, et puis il y a ses ex, son amoureux, le père de ses enfants, etc... Il est une chose certaine, que Justine Levy soit un personnage public ne m'intéresse pas, qu'elle pratique l'auto-fiction non plus. Je ne lis pas ses livres de cette manière. Je prends simplement plaisir depuis plusieurs titres à grandir avec son personnage miroir, Louise. J'aime la sincérité crue, sans artifices, de l'écriture de cette jeune-femme qui tente avec courage d'atteindre la normalité malgré un désordre intérieur apparent, et toujours à l'affut.
Dans La Gaieté, Justine Levy se complaît dans une maternité à la fois terrifiante, envahissante et réconfortante. Elle a décidé en effet dès la naissance de son aînée d'être gaie, de ne pas laisser la tristesse s'incruster dans cette nouvelle vie, dans cette nouvelle famille qu'elle a construite avec son compagnon Pablo. Ce n'est bien entendu pas si simple, un combat quotidien, elle fait de leur appartement un rempart coloré et joyeux, mais parfois le passé rend des visites impromptues et Louise entend dans sa voix des intonations familières et maternelles. Comment s'en sortir ? En s'appuyant très fort sur les bons moments vécus, sur l'amour qui l'entoure, et sur son compagnon, sur le père qu'il est naturellement, parce que c'est solide, un garçon.
Un intime et sensible moment de lecture.

Editions Stock - 18€ - Janvier 2015

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