17 février 2015

En cours de lecture...

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 "[...] j'adore cette nouvelle vie de mère de famille un peu débile mais résignée, les jours cousus les uns aux autres par l'habitude et la routine, je me voue tout entière à mes enfants, je les tiens fort dans mes bras, je les tiens fort par la main, et bien sûr qu'eux aussi me tiennent et qu'ils m'empêchent de tomber, de vriller, bien sûr qu'eux aussi me rassurent, me comblent, me protègent et me procurent cette joie bizarre, assez proche de la tristesse peut-être, parce que je vois bien que ce n'est plus seulement de l'amour ça, au fond, c'est de l'anéantissement."

Extrait de... La Gaieté de Justine Levy

 

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16 février 2015

Ceux qui me restent, Damien MARIE et Laurent BONNEAU

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 "J'ai quitté la terre ferme..."

Florent, à 39 ans, se retrouve seul pour élever sa fille Aurélie. Sa femme vient de mourir, et il se sent désarmé d'être désormais l'unique refuge d'une petite fille de 5 ans. Sur le bateau qui les ramène en France, l'enfant échappe soudain à la surveillance de son père et l'angoisse de perdre également la petite Lilie monte en lui... Mais cette course poursuite dans les allées du ferry n'est sans doute que le cauchemar d'un vieil homme à qui les souvenirs font de plus en plus défaut. Car Aurélie jeune fille vient voir toutes les semaines son père qui ne la reconnaît plus et la cherche dans ses rêves...

Voici une BD qui arrive à propos après ma lecture de Nous ne sommes pas nous-mêmes, hasard des lectures. J'avais par ailleurs déjà lu sur le sujet, la maladie d'Alzheimer, dans On n'est pas là pour disparaître, l'excellent titre d'Olivia Rosenthal. Cette manière, comme il est souvent dit de "mourir aux autres de son vivant", est toujours assez impressionnante et remue. Ici, le dessin en noir et blanc, magnifique, parfois seulement réhaussé d'une couleur, traite avec justesse du thème, sans pathos... avec densité, poésie, mais aussi légèreté. Une réussite.

Editions Bamboo Grand Angle - Août 2014 - 21.90€ - Merci ma bibli !!

Une idée de lecture trouvée chez Stephie !! - Lu aussi par Noukette et Jérome !

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15 février 2015

Nous ne sommes pas nous-mêmes, Matthew Thomas

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 "Il en allait ainsi de la vie, parfois ; pendant des années, les choses se passaient d'une certaine manière, et puis, en un clin d'oeil, presque sans que personne en ait conscience, ce n'était plus le cas, comme si une valve s'ouvrait, relâchant toute la pression qui soudait les apparences."

Fière de sa culture irlandaise, mais marquée par une jeunesse difficile dans un appartement du Queens où sa mère noyait son mal-être dans l'alcool, et son père ses regrets dans une notoriété de bistrot, Eileen veut s'en sortir, et décide d'avoir pour ses parents, pour sa famille, de l'ambition. Après la seconde guerre mondiale, les filles ont peu d'opportunités de réussite. Alors, elle entame des études d'infirmière, grimpe vite les échelons, épouse Ed, un scientifique à l'intelligence rare et décide de monter une à une avec lui les marches de la réussite, quitte à le pousser un peu. Mais Ed résiste, malgré la naissance d'un garçon, et les désirs de son épouse de déménager vers un quartier plus prestigieux. Son seul souhait est d'être un professeur respecté, de pouvoir écouter le soir des morceaux de musique classique sous son casque, et d'apprécier un quotidien sans chaos. La vérité sur l'état d'Ed n'apparaîtra que tardivement, obligeant Eileen à revoir ses priorités, à s'armer de courage, et à découvrir la douceur.

Voici un très beau roman, un pavé de presque 800 pages dans lequel je me suis complètement fondue. Je n'avais pas lu depuis longtemps une si belle histoire d'amour, dans laquelle la maladie d'Alzheimer (puisqu'il faut la nommer) s'invite malheureusement, mais donne au récit une belle dimension, pleine d'humanité. Il est intéressant de suivre dans ce récit l'évolution d'Eileen, presque au jour le jour, de sa vie de petite fille, dure et décourageante, à sa vie de grand-mère, apaisée, en passant par une vie de femme, complexe et remplie de souhaits. La densité du livre, qui peut sembler un défaut, est aussi sa force, car nous assistons à chaque petite victoire du quotidien, à chaque désir parfois couvé dans l'oeuf ou réalisé, et à chaque déception. L'auteur, qui a semble-t-il écrit ce livre dans un petit deux-pièces alors qu'avec sa compagne ils élevaient des jumeaux a su brosser le portrait méticuleux, précis et bouleversant d'une vie, celle d'une femme américaine dans la deuxième moitié du vingtième siècle. D'écriture et d'apparence classique, Nous ne sommes pas nous-mêmes s'avère en fait passionnant à lire, prenant. Il m'a par de multiples petites phrases laissée songeuse... Il est sans conteste une aventure à tenter.

Un grand merci à Babélio pour la découverte ! - Editions Belfond - 23€ - 8 janvier 2015

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12 février 2015

En ce moment...

... mes envies de bricolage m'éloignent un peu de vos blogs. En plus, j'accuse une petite baisse de régime du côté de la forme, et des lectures, pourtant en ce moment dans un très bon pavé dont je vous parlerai plus tard !! Je ne suis pas vraiment en pause, mais presque, en mode escargot. Je réclame donc toute votre indulgence pour mes silences. A bientôt !

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09 février 2015

Ton amitié (atelier d'écriture)

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 Si j'avais choisi l'amitié, tu serais resté. Si la neige n'avait pas recouvert tout ce matin, brisé net toute effervescence par son silence, quelque chose aurait pu être sauvé. Collée à ma fenêtre, j'ai peur que tu ne reviennes pas. Les deux mains sur le verre froid, je laisse ma crainte embuer l'image de ton départ. Levée après toi, je t'ai vu disparaître au coin de la rue, là en bas de mon immeuble. J'ai vu ton dos pressé, tes pas sombres, encore visibles, créer une guirlande de traces de toi sur le trottoir. Où es-tu allé ? Entre nous deux, cela a toujours été un peu fou, évident, des rires sous cape partagés. Tu étais enfant mon double masculin, ma moitié fraternelle, mon moi plus affûté. Je me souviens comme nous aimions ensemble plonger nos deux mains dans la rivière, chercher des bestioles, nous taire, et puis marcher entre les arbres, essayer le cloche-pied. Hier, tu as toqué à ma porte, parce que tu étais loin de chez toi, que je pouvais être le bon plan d'une nuit canapé pour dormir, et parce qu'il y avait eu autrefois l'amitié. Comme d'habitude, j'ai sauté dans tes bras, et tu m'as rattrapé, même taille, même bouclettes sombres, et presque le même visage. Je n'ai pas compris à quel moment ma main a caressé ta joue, à quel moment exactement nous nous sommes embrassés, à quel moment l'évidence a encore fait sa loi. Je n'avais pas défait le canapé. Je crois qu'au bout de la nuit nous étions simplement un peu plus heureux et saouls, plus désinvoltes. Et puis la lumière crue du jour n'était pas encore là. Tout à l'heure, elle a j'imagine tout aplati, tu as vu nos verres sales, mon chez moi de fille, notre amitié par terre. Je ne suis pas forcément celle dont tu as envie de croiser le regard brouillé au petit déjeuner, après l'effervescence. Si c'était cela, je pourrais comprendre, je crois, le silence tout autour, et puis le blanc et le froid.
Je n'ai pas entendu la porte de mon appartement s'ouvrir, mais soudain j'entends tes pas, je sens tes bras entourer ma taille, et aussi ton haleine se perdre dans mon cou. Tu es revenu, tu es là. Pourquoi avoir douté de nous ? Je sens l'évidence coller ton corps contre le mien, mêler tes boucles aux miennes, je pourrais même deviner ton sourire et ton étonnement de me surprendre le nez contre la vitre, auréolée de buée. Je me retourne, et je crois mon chéri que pour la première fois de notre vie je suis en train d'éclater de rire dans ta bouche.

Une photo (de Romaric Cazaux), une inspiration, et au final un texte... tout ça pour l'atelier d'écriture de Leiloona [clic]. J'avais envie d'être très Saint Valentin cette fois-ci. ;)

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08 février 2015

Stubborn love

[J'écoutais ça hier en écrivant mon texte pour l'atelier de Leiloona] Sinon, pendant ce temps, je lis Nous ne sommes pas nous-mêmes de Matthew Thomas, un roman qui promet, mais un pavé. C'est une lecture pour Babélio, j'espère ne pas être aussi en retard que je le suppose... D'ailleurs, je n'avance plus tellement dans mes lectures, pourvu que mes prochains jours de repos enrayent le phénomène, c'est agaçant. Il est bien trop tard pour vous souhaiter un bon week-end mais je vous embrasse !

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05 février 2015

Ligne & Fils, Emmanuelle Pagano

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  "A mon fils, je chantais que pour comprendre le ruisseau, il faut mettre les pieds dans l'eau, comme le petit Indien des Andes. Lors de petits séjours chez mes parents destinés à nous aérer, à prendre l'air, à fuir la ville l'été, en laissant mon mari travailler, je commençais enfin à m'immerger, moi aussi. Nous nous encouragions, mon petit garçon et moi, à faire plouf. Nous prenions autant l'eau que l'air."

Ligne & Fils est la première partie d'une trilogie consacrée plus largement à l'eau et aux rivages. Dans ce premier volet, il est question de rivière et de moulinage mais aussi de toute cette région ardéchoise où coule La Beaume. La narratrice, descendante des anciens patrons d'une fabrique évoque leur passé, le dur travail des petites mains, l'amour du fil et du tissage. On l'a appelée pour qu'elle récupère son fils en pédiatrie, grand garçon ramassé saoul en coma éthylique. Elle le voit rarement, il a été confié tout petit à son père, après leur séparation, suite à cet épisode où elle l'a laissé se déshydrater, presque mourir, sans s'en apercevoir. C'est une occasion pour elle de comparer leur relation tumultueuse et pourtant franche à son plaisir de contempler la rivière et les autres souvenirs qu'elle charrie...

Ce n'est plus un secret que j'aime particulièrement l'écriture d'Emmanuelle Pagano, mais aussi les thèmes qu'elle aborde et sait explorer en tous sens, farfouiller de ses mots. Est-ce parce que j'ai passé tant de temps moi même auprès d'une rivière, ou tellement de temps à regarder l'herbe pousser un livre dans les mains auprès d'elle, qu'il m'a plu encore une fois de plonger dans les pages de ce livre-ci ? Sans doute, ou peut-être pas. Peut-être est-ce simplement parce qu'Emmanuelle Pagano y déploie cette langue qu'elle seule sait si habilement manier, et dont je rapprocherais ici le goût de mes souvenirs de son Tiroir à cheveux [clic]. En effet, pour ceux qui l'aurait lu, on y retrouve cette même impression de maternité incomplète, dure et partagée, entre une mère et son garçon, et puis le paysage alentour, à la fois familier et rude, gorgé d'histoires. J'ai été touchée par tous les épisodes consacrés à la relation mère et fils, mais pas seulement. Il est également très beau d'assister au résultat si fluide et intéressant des recherches de l'auteure sur le moulinage et le travail du fil, et de réaliser combien tout cela est habilement décrit, poétiquement tenu, la technique sublimée, le tout dans une démarche narrative qui ne perd jamais son nord ni sa voie et qui raconte au final une famille. Un coup de coeur rempli d'admiration !

Editions POL - 15€ - 5 février 2015 

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04 février 2015

Moby Dick 1 & 2, Hermann Melville / Chabouté

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mobydick2 "Ce cachalot est la muraille qui me retient prisonnier... une force qui me défie, m'écrase, me torture !! Une insondable malignité ! Et c'est sur lui... que j'assouvirai ma haine !!"

Chabouté a adapté le célèbre roman de Melville (que je n'ai pas lu) et nous embarquons donc à ses côtés à bord du Pequod, avec un équipage hétéroclite, à la chasse au cachalot. Le navire est dirigé par un capitaine hanté par la folie et la vengeance. Loin de se contenter d'écouter les conseils de son second et de ramener comme on le lui demande au terme de son voyage son chargement d'huile de cachalot, le capitaine Achab souhaite retrouver ce monstre des mers, Moby Dick, qui lui a dévoré la jambe dans le passé, et sans doute aussi la raison. Pourtant, les conditions de vie ordinaire sur le bateau sont déjà très rudes pour l'équipage. Mais le capitaine n'entend que son désir, et son combat. Il ira au bout de sa quête, quoiqu'il en coûte...

Quelle magnifique BD !! J'ai retrouvé dans ces deux albums ce que j'avais aimé de Tout seul [clic] (sobriété et élégance), ce que j'ai aimé autrefois en lisant L'île au Trésor de Stevenson (l'univers), et puis l'épaisseur de l'encre, la place du noir (les petites tâches sous l'écriture en début de chapitre qui donnent à voir la plume qui gratte sur le papier, j'adore). Voilà ! Que vous dire de plus ? Laissez-vous tenter. Gros coup de coeur !!

Editions Vent d'Ouest - Livre premier janv 2014 - Livre second oct 2014 - 18.50€ l'album - Merci ma bibli !!

Jérome est le tentateur [clic] - Saxaoul a confirmé mon envie [clic]

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02 février 2015

Passeport (atelier d'écriture)

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J'ai pris un bateau pour nulle part. J'ai pris le large. Plus rien ne peut m'arrêter désormais. Surtout pas toi. Je pensais que je serais triste, que la peine me glacerait le ventre, assécherait ma gorge, mais je ne sens qu'un grand froid, une paix résolue et ferme, la certitude d'être enfin sur le bon chemin. Quel horreur de poser ainsi ce premier pas vers mon avenir sur un lit marécageux, fait de vase et de larmes ! Je ne m'en savais pas capable. La vie réserve de drôles de transports, portes dérobées, issues soigneusement cachées, il fallait juste prendre la mer, partir. Tu étais si belle le jour où je t'ai rencontré, la lumière jouait dans tes cheveux, je n'ai vu qu'elle, elle et ton sourire dans lequel je pensais docilement me noyer. Avec toi, j'ai vaincu la peur, pu enfouir mes sens dans l'odeur familière du bonheur, eu de merveilleux enfants. Avec toi, j'ai gagné des batailles, perdu certaines. Et la vie a mis au coin de nos yeux de vilaines tranchées. Sache que malgré ma fuite, malgré toi, j'emporte avec moi le meilleur de nous deux, nos souvenirs les moins périssables. Ils sont mon passeport pour l'ailleurs, pour là où je vais. Tu ne devines pas encore combien cela te rendra dorénavant plus proche, tu pleures.
J'ai pris un bateau pour que jamais tu ne me quittes, avant que le regard que tu posais hier sur l'autre ne se transforme en amour. Je te connais si bien. J'ai senti dans la crispation de tes mains, dans le rétrécissement de ton sourire, dans l'éclat plus noir de tes pupilles les prémices d'une irrépressible passion. Plus rien ne m'arrêtera désormais. Surtout pas toi.

Une photo (de Kot), une inspiration, et au final un texte ... tout ça pour l'atelier d'écriture de Leiloona [clic ici]. 

 

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01 février 2015

En cours de lecture...

beaume "Il arrive que mon fils scande notre paresse avec les pointillés que font les cailloux plats rebondissant sur la surface de la rivière. Il est capable d'en aligner plus d'une dizaine d'une rive à l'autre en prenant des diagonales. De là, nous nous lançons parfois dans une tentative de retrouver les paroles des Ricochets de Brassens, dont je connais tout le répertoire par coeur grâce aux anciens voisins de mes parents, mais à part ça, à part ces tangentes chantées que nous nous autorisons à prendre, ces diagonales cassées sur l'onde par la poigne calme de mon fils, nous ne faisons rien qu'être ensemble, tous les deux et l'eau et ses emportements."

Extrait de Ligne et Fils, le prochain roman d'Emmanuelle Pagano, dont la sortie est prévue le 5 février chez POL... ouah comme c'est beau, et comme je me régale.

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