12 janvier 2015

Après le silence (atelier d'écriture)

atelier150
L'écriture me sauvera. Je le sais. Lorsque je suis perdue, elle seule a le pouvoir de me tenir droite. Lorsque je tombe, elle seule peut me redresser. Le crayon trace ses ambages sur la page et petit à petit l'émotion sort de moi, transpire, s'offre aux regards, sauve. C'est un phénomène magique qui me bouleverse à chaque fois. Il faut dire, faire confiance au pouvoir des mots, à ce qui est posé sur le papier, aux yeux de tous, lu. Alors, tout le temps que durera ma tristesse, j'écrirai. La peine a pris ses quartiers dans mes veines. Elle tente de m'affaiblir, surtout depuis que je suis prostrée, accroupie derrière toutes ces grilles qui me séparent du reste des vivants. J'ai accroché mon coeur sur la première, fermement. Il restera là. Un cahier sur mes genoux, depuis trois jours, je ne ne cesse d'écrire. Certaines feuilles sont déchirées, froissées, les lignes ne sont pas toutes droites, souvent elles déferlent. Un mot peut tenir toute la place sur une page, puis plusieurs phrases se serrer ensuite sur une autre. C'est ainsi. Je tiens mon crayon, je ne le lâche plus, j'écris... et avec lui je rejoins peu à peu le monde abasourdi.

Une photo (de Julien Ribot), une inspiration, et au final un texte ... tout ça pour l'atelier d'écriture de Leiloona [clic ici]. Le difficile et presque indécent mais utile retour des mots. C'est ce que cette photo et l'actualité m'ont inspiré. Merci pour vos lectures. 

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08 janvier 2015

Pour quelques jours

charlie

 

#JeSuisCharlie 

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06 janvier 2015

Despair, Hangover & Ecstasy

[The Do - en boucle en ce moment dans ma voiture. Et un peu de dynamisme pour commencer 2015] Sinon, pendant ce temps, je lis Conception de Chase Novak, sorti chez Préludes, l'édition grand format créé par le livre de poche. Très joli travail éditorial ! En ce qui concerne le roman proprement dit, je vous dirai bientôt.

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05 janvier 2015

Sur le quai (atelier d'écriture)

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Attendre. T'attendre. C'est certainement ce que je fais de mieux. Le vendredi, parfois le dimanche, j'attends ton train. Celui qui débouche de la province qu'autrefois nous partagions. Tu montes sur Paris. Tu m'auras prévenu, comme d'habitude, avec un petit texto. Fabien. A 15h sur le quai. Dimanche. Je viens. ;) La brièveté du message souligne la familiarité de nos rapports. Aucune explication à donner. Tu viens. Je suis celui qui t'attend sur le quai, toujours. Tu apparaîtras derrière la vitre sombre. Je reconnaîtrai en une seconde la blancheur de ton sourire, celle de ton écharpe, accordée au casque sur tes oreilles. Blanc, ta toute nouvelle couleur fétiche. Il y a deux ans c'était le rose, puis il y a eu le rouge, le vert, etc... Tu es un peu folle, mono maniaque, mais j'aime ça. Hier, j'ai acheté des draps blancs, plus faciles à trouver que les verts, je gagne au change. Il faudra que je traîne ta valise. Des deux, je suis le garçon. Pour ma peine, tu m'auras sauté au cou, entouré de tes deux bras, planté un bisou sur la joue. Que c'est bon de te voir ! Pour toi, je ne suis qu'une sorte de petit frère, ami, vieille connaissance, mouchoir. Ce sont sans doute nos deux années d'écart qui expliquent ta méprise, le fait que j'étais autrefois invité chez toi comme si c'était chez moi, le voisin, plus jeune. Pour moi, tu es autre chose, une princesse, mais pas celle des contes de fées, non. Parce que de toi, je connais tout, déjà. Je sais ta mine brouillée du matin, tes céréales préférées, la marque de ton dentifrice, celui que tu poses toujours près du mien, tout entortillé. Je sais que tu ronfles la nuit. Et puis, je sais aussi que tu ne m'aimes pas, enfin pas comme je le voudrais. En arrivant dans mon appartement, tu retrouveras tes marques sur le canapé, rira certainement des nouveaux draps blancs, demandera des nouvelles de cette fille dont j'ai inventé pour toi l'existence passionnée. Et jusque tard dans la nuit, tu me parleras de lui.

Une photo (de Julien Ribot), une inspiration, et au final un texte ... tout ça pour l'atelier d'écriture de Leiloona [clic ici].

Pas très inspirée cette fois-ci, non par la photo, mais par l'envie d'écrire. Alors, je me suis mise dans la peau d'un homme, pour voir. ;) 

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04 janvier 2015

Train de nuit pour Lisbonne, Pascal Mercier

traindenuitpourlisbonne

 "J'habite en moi comme dans un train qui roule. Je n'y suis pas monté volontairement, je n'avais pas le choix et j'ignore le lieu de destination. Un jour du lointain passé je me suis réveillé dans mon compartiment et j'ai senti que je roulais. C'était excitant, je guettais la trépidation des roues, j'exposais ma tête au vent de la course et je savourais la vitesse avec laquelle les choses passaient devant moi. Je souhaitais que le train n'interrompît jamais son voyage. En aucun cas, je ne voulais qu'il s'arrêtât quelque part pour toujours.
Ce fut à Coimbra, sur le banc dur de l'amphithéâtre, que j'en ai pris conscience : je ne peux pas descendre du train."

Raimund Gregorius rencontre la femme qui va bientôt chambouler son quotidien sur un pont, sur le chemin du Lycée où il enseigne à Bern, il pleut. Elle donne l'impression qu'elle va sauter, mais jette une lettre, puis écrit très vite un numéro de téléphone sur le front du professeur, pour ne pas l'oublier. Sa voix a un doux accent étranger, portugais. La femme disparaît de la vie de cet homme d'âge mûr que seuls les échecs semblent encore émouvoir, mais cet incident va déclencher chez Gregorius des actions étonnantes. Elle va lui donner envie d'acheter ce livre, probablement auto-édité, d'un auteur portugais inconnu, Amadeu Prado. Puis, lire les premières pages du livre va lui donner l'impulsion de tout quitter et de prendre le premier train pour Lisbonne...

Cette lecture est exigeante, tant par son volume que par sa structure, assez savante, qui demande temps et concentration. J'avais du temps devant moi, je pouvais me tenir à un peu de concentration, j'ai donc profité de la fin de ses vacances pour me plonger complètement dans ce livre que l'on m'avait prêté. Et je n'ai pas regretté mon voyage à Lisbonne auprès de cet homme qui quitte tout pour s'habiller complètement des mots et de la vie d'un autre, autre qu'il va découvrir mort depuis longtemps. Gregorius va effectivement peu à peu reconstituer l'histoire du médecin et écrivain, intellectuel Amadeu Prado, enchaîner les rencontres, prendre la quête du portugais pour sienne et réfléchir ainsi sur le sens de ses actes et de sa vie, changer, apprendre une autre langue. Et j'ai été chamboulée, non pas forcément par toute la galerie de personnages, un peu fantomatiques, que Gregorius va interroger mais par toutes les questions que les extraits du livre de Amadeu Prado soulèvent. Qu'en est-il de Dieu ? De notre libre arbitre ? Du poids de notre éducation ? Du savoir ? Du regard des autres sur notre vie ? De la colère ? De la solitude ? De l'amitié ? Du pouvoir des mots et de l'écriture ? Ce roman plonge dans les mystères de l'âme, nous prend doucement et nous enveloppe, fonctionne un peu comme un recueil de leçons de vie dont la clé de compréhension serait un doute omniprésent. J'ai aimé ces questionnements qui ont ouvert plein de petites portes en moi, des portes que je ne voulais pas ouvrir et qui se sont pourtant entrouvertes en grinçant. Comment retourner à une vie normale après cette lecture ? Je ne sais pas. Un coup de coeur époustouflant !

Editions 10/18 - 10.20€ - Février 2008

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03 janvier 2015

En cours de lecture...

livrereflet

"Les histoires que les autres racontent sur vous et les histoires que l'on raconte sur soi-même : lesquelles se rapprochent le plus de la vérité ? Est-il si évident que ce soient les nôtres ? Est-on pour soi-même une autorité ? Mais ce n'est pas vraiment la question qui me préoccupe. La vraie question, c'est : y a-t-il dans de telles histoires une différence entre le vrai et le faux ? Dans les histoires sur ce qui est extérieur, oui. Mais quand nous partons pour comprendre quelqu'un à l'intérieur ? Est-ce là un voyage qui arrive à un moment quelconque à son terme ? L'âme est-elle un réceptacle de faits vrais ? Ou les prétendus faits vrais sont-ils seulement les ombres trompeuses de nos histoires ?"

Extrait de Train de nuit pour Lisbonne de Pascal Mercier

Merci Sophie ! J'ai pris mon temps pour l'ouvrir mais je me régale... ;)

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01 janvier 2015

L'Oeil du prince, Frédérique Deghelt

loeilduprince

 "Je sais bien maintenant que la souffrance, ce n'est pas ça. On ne va pas mal, on est comme éparpillé en soi-même. On ne peut plus se rassembler. Et ce qu'on donne à lire aux autres, n'est-ce pas le résultat de cette disperson effrayante ?"

Chacun à leur tour, à des époques différentes, cinq personnages nous racontent leur histoire. Nous les suivons à un moment clé de leur vie. Alors que Mélodie assiste au festival de Cannes dans les années 80, en 1964 Yann fuit le décès de sa femme et de l'enfant qu'elle portait. Puis, c'est une conversation épistolaire entre deux amants résistants que nous parcourons, la seconde guerre en France les ayant étrangement réunis. Pour revenir à une époque plus récente à Yann rencontrant la femme de Benoît, Anna. C'est cette dernière, la dernière voix du livre qui nous fournira, alors qu'elle porte un regard désabusé sur ses années de vieillesse, les éléments ultimes qui clôtureront l'histoire de tous ces personnages.

Lire cet Oeil du Prince de Frédérique Deghelt n'a pas été chose désagréable, loin s'en faut. L'auteure a une écriture prenante et elle a su avec quelques passages arrêter parfois ma lecture. Il y a facilement des petites remarques à prendre pour soi ici et là. J'ai été cependant déstabilisée dans les premières pages par le ton adolescent et acide de Mélodie, pas emballée à ce moment là par le style, et puis plus accrochée par la suite, surtout par des personnages tels que Yann, Benoît et Anna. Mais il est dommage, il me semble, que l'ensemble soit si éparpillé, manquant de force et d'unité, et que le poids narratif des explications n'arrive véritablement qu'à la fin.  Un arbre généalogique est éventuellement à consulter en début de roman, je l'ai fait mais j'ai oublié d'y revenir. Bref, une lecture en demi-teinte, donc.

De l'auteure j'ai préféré Les Brumes de l'apparence et La vie d'une autre.

J'ai lu - 14€ - Septembre 2014

D'autres lectures... Une petite déception pour Sylire - Canel n'a pas été conquise - Enna n'a pas aimé non plus - Un très bon moment de lecture pour Gambadou - Une belle découverte pour Sandrine - Un très joli roman pour l'Irrégulière ... - Les avis sont très partagés !

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31 décembre 2014

Bye Bye 2014 !

Erik Johansson

Photo d'Erik Johansson pour The Swedish Childhood Cancer Foundation  - L'écriture, c'est un peu comme cette photo trouvée sur Facebook chez Anne [clic], une manière de partir de la réalité, mais d'embellir la vie, de lui donner d'autres couleurs, de la rendre plus profonde, paradoxalement plus vraie, plus vibrante... Merci à Laurent d'Incoldblog [clic] d'avoir porté mon attention sur la vidéo afférente. Voilà sans doute pourquoi nous aimons tant lire, parce que nous aimons vivre pleinement, et que les auteurs nous aident en cela, par leur imagination, leur regard, leurs mots.

L'année 2014 aura été pour moi ainsi, souvent un peu bizarre, parfois presque trafiquée par Photoshop, mais pleine de partages, et bourrée de marques d'amitié, la vie en somme, avec de la couleur et des présences autour, en plus. Merci à ceux qui étaient là. Vive 2015 !

 

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29 décembre 2014

Au pays des chimères (atelier d'écriture)

echiquierQuand exactement as-tu cru que j'aimais jouer à ce jeu ? Avancer son pion, respecter le tempo, être la plus forte. Sur l'échiquier, nous sommes quatre, et c'est à qui tombera le premier. Je te vois faire la moue, à peine deux secondes, tu n'avais pas vu les évènements sous cet angle. Fiché sur ta case, tu ne bouges pas, tu nous observes, un demi sourire lumineux accroché à tes lèvres. Étripez-vous pour moi, sembles-tu te dire. Si jamais je reste seul, peu m'importe, je n'aurai rien perdu. Alors que moi, pour que l'équilibre des jours reste stable, je fais pourtant des efforts de dingue. Tu aurais du t'en apercevoir, me soutenir. Mais la partie n'était pas prévue ainsi. Elle devait être sans connivences, teintée du chacun pour soi, brutale. Il fallait aiguiser mes armes, accepter la lutte, ou partir. Quand exactement a-t-elle cru, l'autre, que j'allais baisser les bras ? Chacun à l'angle du terrain de jeu, nous brandissons nos étendards. Le mien est plus discret, je le cache au fond de moi, à l'intérieur, et pour l'instant il bat la chamade. Je n'ai pas de socquettes blanches, ni de montre à gousset, juste mes bras nus. Il ne faut pas écouter tout ce que l'on raconte, les héros des histoires ne sont pas toujours ceux que l'on croit. Parfois, ce sont ceux qui perdent, le coeur fendu par une main frivole, ou le corps brisé par une espiègle qui, n'écoutant que son envie, aurait bu et mangé, taquiné la galerie, détruit sans complexe un doux royaume avec ses pieds trop grands. J'attends la fin du jeu, je ne veux pas entendre que son issue est déjà écrite, maintes fois répétée. Je garde espoir. Les deux mains sur la gorge, à l'endroit où mon trésor se calme et se prépare, je m'élance. La bataille est engagée, brisant l'équilibre, faisant tanguer dangereusement le plateau, effaçant ton sourire, nous précipitant nous quatre dans le vide, un tourbillon effrayant, l'inconnu. Quand exactement as-tu cru que je ne le pouvais pas ?

Une photo, une inspiration, et au final un texte ... tout ça pour l'atelier d'écriture de Leiloona [clic ici].

Je vous rajoute (à 17h44) quelques images pour que mon cheminement d'inspiration soit plus compréhensible... J'ai été tellement baignée petite par un livre d'image qui reprenait des illustrations du Disney que je pensais mes références évidentes... (Sinon voir mon explication à Danielle en commentaires). A vouloir être subtile ;). Un grand merci pour vos toujours si sympathiques lectures, en tous les cas !

aliceinwonderland

aliceinwonderland1

aliceinwonderland2

 

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28 décembre 2014

Une si jolie petite fille, Gitta Sereny

unesijoliepetitefille

 "Au cours des sept mois d'entretiens et, au total, deux années qu'aura duré l'élaboration de ce livre, pas un seul jour n'a passé sans que je pense aux familles des deux petits garçons, qui auraient aujourd'hui 34 et 33 ans. Pas un seul jour non plus où je me suis demandé si ce livre devait exister : pour ceux qui l'éditeraient, pour ceux qui le liraient, pour Mary elle-même, que j'ai, avec beaucoup de difficulté et de façon extrêmement douloureuse, extraite de sa vie quotidienne, pour les familles de ses victimes et pour la sienne, par-dessus tout pour son enfant qui est maintenant toute sa vie."

En 1968, à Newcastle, deux petits garçons de 3 et 4 ans sont assassinés par deux fillettes, Norma et Mary. Cette dernière, âgée de 11 ans, est reconnue essentiellement coupable lors du procès, et Norma libérée. Mary est jugée comme une adulte, sans que son passé ne soit étudié, les éventuels sévices subis par cette enfant notés. Son attitude passible, son intelligence, la font passer pour un être démoniaque auprès de la cour, et de la presse. La petite fille est emprisonnée à l'issue de son jugement qui a conclu à la perpétuité. Gitta Sereny était présente lors de ce procès et est restée étonnée par la violence des sentiments qui pesaient sur Mary. Quelques années plus tard, en 1974, elle sort un ouvrage essayant d'apporter un éclairage plus large sur l'affaire, en abordant notamment la prime enfance traumatisante de Mary, Meurtrière à 11 ans. Trente ans plus tard, alors que Mary tente de vivre une vie ordinaire, suite à sa sortie de prison, Gitta Sereny la convainc de participer à une série d'entretiens. La vie de Mary Bell défile, des deux drames au récit de sa captivité. Peu à peu, démêlant le vrai du faux, une vérité émerge...

Cet ouvrage a été à la fois dérangeant et absolument passionnant à lire car il tente de répondre à des questions d'actualité sur le jugement des enfants, leur part de responsabilité (un enfant de 11 ans peut-il être jugé comme un adulte ?), mais aussi sur une rédemption possible. La Mary Bell adulte est désespérée par les actes qu'elle a commis, et porte avec une grande douleur sa culpabilité et le traumatisme de son enfance. Gitta Sereny pointe du doigt les défaillances du système de l'époque qui n'a pas su prendre en charge cette petite fille visiblement malade et en souffrance, et qui vivait auprès d'une mère hautement toxique ayant à plusieurs reprises essayé de se débarrasser de la fillette. Une enquête complète et admirablement rédigée qui apporte, et entraîne avec elle de multiples réflexions.

Editions Plein Jour - 23€ - 11 septembre 2014

 

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