L'étrange disparition d'Esme Lennox, Maggie O'Farrell
"Le début se situe peut-être plus tôt, avant le bal, avant que les deux jeunes filles aient revêtu leurs nouveaux atours, avant qu'on ait allumé les bougies et parsemé du sable sur le parquet, bien avant l'année dont elles fêtent la fin. Qui sait ? Quoi qu'il en soit, les choses se terminent devant une fenêtre grillagée dont les carrées font deux ongles de pouce de côté, très exactement."
Nous sommes à Edimbourg, de nos jours, et Iris navigue entre le magasin de vêtements anciens qu'elle gère, un amant marié et un presque frère, Alex, dont elle se sent un peu trop proche. Un jour, le téléphone sonne, et elle apprend coup sur coup l'existence d'une grand tante inconnue et le fardeau qui lui est assigné de s'occuper désormais de son sort. L'asile où la vieille femme était recluse depuis soixante ans va en effet fermer ses portes...
Dans ce roman de Maggie O'Farrell, il est beaucoup question de mémoire et de démence, la grand-mère d'Iris, Kitty, est d'ailleurs atteinte de la maladie d'Alzheimer. Mais j'y ai trouvé également une critique très fine et acerbe des bons usages qui brimaient la société de l'époque pendant laquelle Esme était enfant, et de leurs déviences. Le personnage moderne et libre d'Iris est horrifiée de constater ce que pouvaient être les critères d'internement un siècle plus tôt (adultère, frivolité, fugues...) et à quel point les femmes en étaient victimes.
Voici un livre essentiellement féminin donc, poétique et cruel, dont j'ai véritablement apprécié l'acidité, même si il ne restera pas mon préféré de l'auteure. J'avais eu un plus grand coup de coeur pour Cette main qui a pris la mienne (2011) ou Quand tu es partie.
Je l'ai pour autant lu avec une grande avidité, pressée de savoir pourquoi Esme avait été internée et quel secret dissimulait depuis tout ce temps sa soeur Kitty, enfermée depuis quelques années elle dans une maladie implacable.
Editions 10/18 - 8.10€ - Novembre 2009 - Merci ma bibli !!
Parmi vos nombreuses lectures, quelques avis... Anne, l'insatiable lectrice - Aifelle - Cathulu - Elfique -Karine - Clara.
Sophie Divry et La cote 400
J'ai assisté vendredi dernier à une rencontre avec Sophie Divry, auteure de La cote 400, au sein de ma bibliothèque... Il était intéressant d'entendre cette jeune femme profonde et intelligente - très différente de son personnage de roman - parler de sa démarche d'écriture, de ses doutes sur sa légitimité, avec cette voix un peu brusque et hachée que vous pouvez retrouver dans l'interview enregistrée au salon du livre de Paris (ci-dessous), assez représentative de la rencontre.
La cote 400 avait été prévue au départ pour le théâtre, voilà sans doute ce qui m'avait plu aussi dans ce texte.
Actuellement, Sophie Divry est en pleine écriture, j'ai hâte de la relire...
Il est à signaler que Sophie Divry est la seule auteure française des éditions Allusifs, petite maison d'édition de grande qualité, canadienne, qui se consacre surtout à la littérature étrangère.
Nos étoiles ont filé, Anne-Marie Revol
"Mes absentes,
Deux mois que vous êtes mortes. Contre toute attente, la terre ne s'est pas arrêtée de tourner. La semaine dernière, je me suis fâchée avec le postier qui refusait de me monter un paquet. Hier, votre père m'a morigénée pour avoir cassé trois verres à pied : "Tu me soûles, Marie, c'est tout ce qui me reste de ma mère !" Et cet après-midi je me suis offert une paire - hors de prix - de bottes Roger Vivier. Il y a vraiment de quoi rire. Ou pleurer. Au choix."
11 Août 2008, deux petites filles décèdent dans un incendie, coincées dans leur chambre à l'étage. Les secours n'ont rien pu faire pour les sauver. Elles étaient en vacances chez leurs grand-parents, leurs parents étaient en voyage. Ce matin-là, la radio fait écho de ce malheur, la France entière apprend ce fait-divers et est effrayée et peinée. Dans les semaines qui suivent les magasins seront dévalisés de leurs détecteurs de fumée. Mais c'est à Anne-Marie Revol que ce drame est arrivé, ce sont ses deux petites-filles à elle qu'elle a perdu, elle et son mari. Aussitôt, se fait sentir en la jeune-femme le désir puissant de leur parler, de leur écrire des lettres, pour les atteindre où elles sont, pour leur donner vie chaque jour, pour ne surtout pas les perdre dans l'oubli...
Ce titre est un recueil de ces lettres, rédigées de l'avant veille de leur décès à la naissance de leur petit frère.
L'envie de lire ce livre m'est venu il y a un moment déjà, en lisant des critiques sobres et enthousiastes, et en visionnant une interview d'Anne-marie Revol (journaliste à France2). Je me souviens avoir été non pas émue mais profondément troublée par la force de l'amour assez rare qui semblait exister entre son mari et elle, et cette manière très spéciale d'être à la fois triste et heureuse de vivre après ce drame ultime. J'ai retrouvé cette impression dans son livre, et cela n'a fait que confirmer mon admiration. Mais loin de n'être qu'un témoignage, ce récit est aussi un beau texte (je ne l'aurai sans doute pas lu si je n'en avais pas été convaincue auparavant) et il remplit grandement son objet, permettre à Pénélope et Paloma de rester dans les mémoires pour longtemps.
Je ne sais trop pourquoi en ce moment mes lectures se frottent sans cesse à la perte et au deuil... une manière de conjurer la peur sans doute. Heureusement, Nos étoiles ont filé ne tombe jamais dans le pathos ni l'impudeur. J'ai tout de même vécu cette lecture de manière éprouvante (je veillais en même temps mon fils un peu malade) alors qu'elle est terriblement optimiste.
Avec toute l'émotion ressentie en parcourant ces pages, je ne peux faire autrement que d'en faire un coup de coeur !
Editions J'ai lu - 7,60€ - Octobre 2011 ![]()
Auprès de moi toujours... en DVD
Adaptation cinématographique du livre éponyme de Kazuo Ishiguro (mars 2006, éditions des deux terres), ce film relate l'histoire d'une bande d'enfants, élevés dans un pensionnat de la campagne anglaise dans les années 80. Ils découvrent un beau jour le secret qui va guider leur avenir, et leur rôle réel dans la société qui les entoure.
Un film d'anticipation bluffant et esthétiquement parfait, qui allie avec art angoisse et poésie. La naïveté et la grâce des premières images ne préparant pas au drame qui attend au final Kath, Ruth et Tommy. Bizarrement, le texte écrit ne me disait rien. Le hasard a voulu que je découvre la version filmée en premier. Je ne regrette pas et je conseille sans réserves.
NEVER LET ME GO : BANDE-ANNONCE VF HD
Un DVD sorti en Août 2011
La liseuse, Paul Fournel
"J'ai soudain une vision de ce que sera mon bureau un jour prochain : rien. Un petit écran noir posé à plat sur une belle planche en loupe de noyer. Des étagères vides point encore démontées. Pas d'autre odeur que la mienne. Peut-être quelques photos rétro de livres sur les murs ? [...] Plus de canyons de manuscrits, plus de pile de courrier posée sur le clavier de l'ordinateur. Des post-it de Sabine : "penser à ne plus commander de papier", "penser à ne pas passer chez l'imprimeur", "penser à aller à l'enterrement du brocheur", "penser à ne pas corner la page", "penser à ne pas balancer le livre contre le mur même s'il est très mauvais", "penser à garder un vrai bouquin en douce dans un tiroir avec une bougie en cas de panne", "penser à être le contraire de vous-même"."
Robert Dubois a l'habitude d'emporter une pile de manuscrits en week-end. S'encombrer ainsi de papier fait partie intégrante de son métier d'éditeur. Un jour, une jeune stagiaire lui tend une liseuse. Tout d'abord dubitatif, il se prend d'affection pour l'objet, le teste et l'adopte. Il prend conscience ainsi de l'ère dans laquelle il vit, et sa vie fourmille tout à coup de projets novateurs...
Autant le dire tout de suite, je ne crois pas à la mort du livre papier, comme on ne passe plus son temps aujourd'hui à croire à la mort du cinéma français. Les pessimistes et les inquiets passifs m'ennuient terriblement. Alors non pourtant, je n'ai pas l'intention d'acheter une liseuse. Alors oui, je préfère encore les livres papier, leur odeur et leur encombrement. C'est mon choix, et je respecte celui des autres aussi, ceux qui voyagent beaucoup ou sont addicts de la tablette tactile (je peux comprendre). Je pense que l'important est de lire, et de continuer à aimer lire. Conserver le goût de la lecture, voilà ce qui compte.
Et c'est ce que j'ai aimé dans cette Liseuse, qu'elle traite aussi bien de modernité (ah oui, moi aussi je crois à l'avenir électronique des textes courts et de la poésie) que de littérature, qu'elle regarde vers aujourd'hui sans oublier hier. On pourra trouver le style du tout un peu anodin et l'intrigue légère mais peu importe on se sent bien dans ce livre, on y parle un langage connu, on sait que l'on aime lire de cette même manière-là aussi. Il y a comme un petit quelque chose de familier dans ce roman qui donne à cette lecture le caractère d'un moment privilégié.
Editions POL - 16€ - Janvier 2012
D'autres lectures... Cathulu la tentatrice !! - A lire absolument pour Aifelle - Véronique est plus pondérée - Bluffant et très réussi pour Cuné
Le garçon dans la lune, Kate O'Riordan
"Se demander si cela révélait trop de choses ou s'il fallait en révéler davantage et, dans ce cas, si on risquait de le regretter. Toutes ces suppositions se faisaient en silence, tandis que l'eau bouillait, qu'on posait les tasses sur les soucoupes avec un petit tintement. Julia était stupéfaite. Vingt ans à essayer d'apprendre aux gens à parler, alors que tout ce qui se disait dans les conversations se trouvait dans les silences."
Un drame est survenu dans la vie de Julia et Brian, un drame fait de culpabilité et de ressentiment violent. Leur fils, Sam, sept ans, a fait une chute mortelle. Brian est coupable de l'avoir mis en danger, de ne pas avoir su le retenir, Julia n'en peut plus de douleur. Comment continuer à s'aimer après cela, à vivre ? Déjà que leur couple ne savait plus très bien où il en était auparavant. Chacun doit s'éloigner l'un de l'autre pour apaiser ses souffrances. Julia part à la recherche de son fils auprès de son beau-père, taciturne et fier, tyrannique, Jeremiah. Brian, seul dans une maison qu'il doit se résoudre à vendre, cherche son fils en accrochant des photos partout.
Mais la terreur présente n'est que l'écho d'un évènement plus ancien qu'il faudra regarder en face pour enfin espérer renaître...
Voici le troisième roman que je lis de l'auteure (Pierres de Mémoire, Un autre amour). On retrouvera ici encore une fois ces thèmes qui semblent lui être chers, ceux de la famille, des secrets qui enferment et peinent, de la nature aussi, omniprésente, ici l'Irlande. Personne n'est parfait dans les romans de Kate O'Riordan, tout le monde a quelque chose à se reprocher. Violence et culpabilité sont au programme. Mais l'amour est là aussi, fort et imparfait, proche du réel.
Ah, ce roman m'a cueillie comme une débutante, les larmes ont coulé, fait assez rare pour le signaler. Il a sans doute quelques défauts ce texte, j'en suis même certaine en y repensant (allez quelques longueurs peut-être), mais je l'ai réellement beaucoup aimé. Emotion garantie.
Folio - 7.30€ - Juin 2009 - Merci ma bibli !!
Vous êtes nombreuses à avoir déjà lu ce titre, Cathulu ayant fait voyager son exemplaire à l'époque de sa sortie en grand format. Son billet et celui de Cuné se sont malheureusement perdus dans les limbes du net, mais j'ai pu retrouver d'autres lectures...
Amanda, Laure, Choco, Lily, Anne, Elfe, Clara
Une nuit à Versailles (DVD) de Vanessa Paradis
...était depuis longtemps dans mes prévisions. Il est tombé dans mes mains juste au bon moment, quand j'avais besoin d'un certain réconfort, de me retrouver. Je l'ai regardé avec délectation. Un concert magique, très bien produit, sobre et élégant, où musique et amitié sont visiblement à l'honneur. Filmé au sein du célèbre château, dans ce qu'on appelle l'Opéra Royal, Vanessa s'y révèle comme jamais, mutine et discrète, professionnelle et légère, mais aussi une femme accessible, de mon âge, fidèle à elle-même.
Bref, j'ai vraiment aimé, et l'effet a été positif.
Donc, même si ce n'est pas du nouveau nouveau, si vous aussi, vous aimez cette artiste un peu, beaucoup, énormément... n'hésitez pas. De plus, les bonus sont assez sympathiques.
VANESSA PARADIS BANDE ANNONCE DVD UNE NUIT A VERSAILLES
Sorti en Novembre 2010 - 25€ - Merci ma bibli !!
Clarabel a été la tentatrice évidente
Bon week-end !
Comment lacer ses chaussures ? Deny Michaud
Aujourd'hui, en tant que maman, on cède parfois à la facilité d'utiliser pour ses bambins des chaussures qui se scratchent d'un seul geste. Moi la première. Et puis, question sécurité, aucun risque de les voir ainsi se prendre les pieds dans des bouts de ficelle qui traînent. Rapidité, efficacité, prudence. Oui mais voilà, on se retrouve ensuite avec de grands enfants de 6 et 10 ans qui ne savent pas faire de simples noeuds. C'est mon cas.
J'ai donc sauté sur la proposition des éditions Tourbillon de tester ce livre pratique pour les plus petits. Je cherchais en fait depuis très longtemps une méthode ludique pour mes réfractaires.

Je dois dire que l'esthétique du tout est parfaite, comme toujours avec cette maison d'édition, et très attractive. Vous pouvez le constater vous-même avec les photos ci-dessus.
L'espièglerie de la famille lapin est de plus très communicative. J'ai cependant été un peu troublée par le fait que l'ouvrage soit en deux morceaux et que la technique utilisée pour faire des noeuds de chaussure ne soit pas du tout celle que j'ai apprise, ni celle que j'ai tentée de transmettre à mes enfants depuis le début. Y aurait-il donc plusieurs façons de lacer ses chaussures ? Faites-vous vous aussi des oreilles de lapins ? Et non pas, comme moi, une boucle puis une autre, et enfin un énorme double noeud. ??!!
Car, bonne nouvelle, cette méthode est bien plus rigolote... et elle fonctionne !!! C'est tout ce que l'on demande à une méthode, non ? Mes enfants adorent s'entrainer, réussissent enfin à faire des noeuds, ouf ça y est, et sont contents comme tout.
Merci aux éditions Tourbillon ! - 10.50€ - 23 février 2012
"Ce qu'un autre aurait fait aussi bien que toi, ne le fais pas.
Ce qu'un autre aurait aussi bien dit que toi, ne le dis pas - aussi bien écrit que toi, ne l'écris pas. Ne t'attache en toi qu'à ce que tu sens qui n'est nulle part ailleurs qu'en toi-même."
André Gide
Une petite citation extraite de L'atelier noir d'Annie Ernaux. Il n'y aura pas de billet sur cette lecture d'ailleurs, je l'ai abandonnée... Mon attention défaillante du moment n'a pas suffisamment été retenue par ce journal d'écriture difficile à suivre hors contexte mais intéressant pour qui se pencherait globalement sur cette oeuvre qui explore le Moi avec talent.
Ce matin
... à St Gilles Croix de Vie, nous avons fait de drôles de rencontres, profité du retour du soleil, de ce bonheur qu'est un week-end logé entre deux semaines de vacances scolaires, respiré le bon air.
Ces crabes me font penser à La marche du crabe d'Arthur de Pins.
Bon dimanche !




















