14 juillet 2014

Au présent, Helle Helle

aupresent"Il y a tant de choses qui sonnent bien, tant de choses qu'on pourrait écrire. On peut tout écrire. Mais il faut qu'il y ait une raison. N'importe quel imbécile peut introduire dans un texte un petit homme rigolo à chapeau."

Dorte s'installe dans une petite maison au confort spartiate à quelques lieux de Copenhague. Elle est apparemment une jeune fille ordinaire, mais fait semblant de faire des études, trompe son entourage, ne laisse aucune aspérité retenir ses premières amours. Détachée, elle donne son corps sans hésiter bien longtemps, passe son temps à faire les boutiques, à épuiser petit à petit son plan d'Epargne, et pourtant sait composer des chansons, et est très attachée à sa tante qui possède le même prénom qu'elle. C'est évident, elle pourrait prendre ce prochain train, qu'elle entend siffler près de chez elle, donner sa chance à Hase, au lieu de laisser sa vie se perdre dans le fil de ses pensées...

J'avais beaucoup aimé Chienne de Vie, du même auteur, édité en 2009 au Serpent à Plumes. J'ai donc sauté sur l'occasion de lire ce nouvel opus, traduit du danois. On y retrouve la même ambiance lente et constructive que dans son précédent roman. On suit avec minutie le personnage de Dorte s'installer dans sa nouvelle maison, se souvenir des pas qui l'ont amenée jusqu'ici, des hommes tristes qu'elle a déjà laissée derrière elle dans sa courte vie. Il y a des gestes à faire, qui tiennent le quotidien, une nonchalance feinte qui cache les bouleversements de l'âme, et une jeune-fille encore juvénile et fragile que l'on rêverait de prendre par la main... Une lecture, dévorée, toute simple, qui confirme combien j'aime ce type d'écriture-là aussi.

Editions Buchet Chastel - 18€ - 13 février 2014 - Merci ma bibli !!

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13 juillet 2014

Pour aimer le Gers

Il suffit de se rendre compte de la beauté indéniable des paysages.

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Aimer monter et descendre des escaliers, des rues.

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Savoir suivre le guide qui se présente, même le plus inattendu... 

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...  et admirer avec lui le paysage.

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Puis savourer le calme

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Les vacances, c'était bien. Je suis de retour par ici, merci à vous d'avoir continué vos visites pendant mon absence, je prendrai les liens pour l'objectif pal de juillet petit à petit, quelques lectures à évoquer avec vous également bientôt... et une PAL urgente qui explose (ce qui n'est pas pour me déplaire). Bon dimanche (pluvieux) !

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30 juin 2014

Pause vacances avec Mortelle Adèle ... et billet pour déposer vos lectures de juillet !

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Avant d'entamer une petite pause salutaire, je vous présente encore deux autres titres que Grande Fille va emporter dans sa valise !! Mortelle Adèle a toujours un franc succès à la maison !! Pas de pitié pour les nazebroques a le bon goût d'être la suite du précédent opus (point sur lequel Grande Fille a beaucoup insisté et qui l'a émerveillée). [clic ici pour voir mon billet sur Un talent monstre] Les petites planches de BD sont toujours aussi drôles et impertinentes. Extra mortelle Adèle est lui un album de jeux, BD, petits bricolages (vous pouvez en admirer quelques uns)... qui allie grande qualité et bon divertissement. Le tout est chez Tourbillon (8.95€ par titre). [voir sur leur site pour plus de détails]

Sinon, je vous propose de déposer en commentaires sous ce billet vos lectures du mois de juillet pour l'objectif pal !! Je serai de retour mi-juillet par ici !!! Tout rentrera alors dans le bon ordre... A très bientôt et belles lectures !

 

29 juin 2014

Objectif Pal de juin ~ vos lectures... le bilan un peu en avance

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Nous sommes quelques blogueurs et blogueuses à prendre de bonnes résolutions pour cette nouvelle année... comme celle de réduire notre PAL (Pile A Lire) en 2014. Ce billet est un récapitulatif de vos lectures pour le mois de juin. Je suis un peu en avance (question d'organisation), vous pourrez continuer à déposer vos liens ici jusqu'à demain soir bien entendu, ils seront pris.

Marilyne et Praline sont à l'heure où je rédige ce billet nos grandes lectrices de PAL du mois avec 5 titres lus !! Le mois anglais a eu un certain impact dans le choix de vos livres. Marilyne a beaucoup lu pour le mois de la nouvelle. Mais il y a surtout eu beaucoup de très très beaux romans pour ce mois de juin. J'ai lu de nombreux titres pour lesquels votre coeur de lectrices de PAL a fondu également. Lecteurs occasionnels ou fidèles de ce blog, il ne faut donc pas hésiter à aller fouiller dans ce mois de juin, il est hautement passionnant et recommandable !!! 

J'ai personnellement lu pour juin Partir de Tahar Ben Jelloun, un très beau roman... [ma lecture ici]

Allez, vous trouverez donc ci-dessous les lectures de juin ! Bientôt, il y aura un nouveau billet en ligne pour déposer vos liens de juillet... Et toujours, encore plein de trésors à sortir de nos PALs !!

^ Mrs Pepys a lu   Intrigue à Giverny d'Adrien Goetz : "une nouvelle enquête jubilatoire avec Pénélope et Wandrille, entre Giverny et Monaco" [lien vers le billet complet]

                         Le Journal secret d'Amy Wingate de Willa Marsh : "amusant et touchant" [lien vers le billet complet]
 
                        Pourquoi être heureux quand on peut être normal ? de Jeanette Winterson :"un récit autobiographique très touchant." [lien vers le billet complet]

^ Marjorie a lu Le Crime parfait de Peter James : "Un petit bijou de cynisme et d’humour." [lien vers le billet complet]

^ Enna a lu The memory keeper's daughter ("L'enfant de tous les silences") de Kim Edwards : "J'ai trouvé les thèmes très intéressants mais quelques longueurs." [lien vers le billet complet]
 
                The terrible privacy of Maxwell Sim ("La vie très privée de Mr Sim") de Jonathan Coe : "Un avis mitigé même si j'y vois des choses intéressantes" [lien vers le billet complet]
 
                The hand that first held mine ("Cette main qui a pris la mienne") de Maggie O'Farrell :"J'ai beaucoup aimé cette histoire aux personnages touchants." [lien vers le billet complet]

^ Tiphanie a lu L'enfant du Titanic de Leah Fleming : "un presuqe coup de coeur" [lien vers le billet complet]
 
                     La dame en blanc de Wilkie Collins : "Un grand classique de la littérature britannique que j'aurais bien fait de découvrir plus tôt!" [lien vers le billet complet]
 
                     Caresser le velours de Sarah Waters : "J'ai passé un agréable moment de lecture, bien victorien avec une héroïne attachante." [lien vers le billet complet]

^ Anne a lu Secrets de Polichinelle d'Alice Munro : "J'ai vraiment aimé ce mélange de portraits féminins mêlés à du sauvage, du sensuel, du secret. Une belle découverte !" [lien vers le billet complet]
 
                La Souris Bleue de Kate Atkinson :"Voici une belle sortie de PAL ! Ce roman date de 2004 en français et je crois que je l'ai depuis... pas loin de 10 ans ! J'ai retrouvé avec bonheur l'humour, le brio de Kate Atkinson, et surtout un héros très attachant, Jackson Brodie" [lien vers le billet complet] 
 
                Infidélités de Vita Sackville-West : "Je m'y suis globalement ennuyée... pas retrouvé le brillant féroce de la romancière !" [lien vers le billet complet]

^ Marilyne a lu Brèves rencontres avec Che Guevara de Ben Fountain : "nouvelles écrites avant le roman que j'ai dévorées" [lien vers le billet complet]
 
                     Gibier d'élevage de Kenzaburô Oé :"Un très beau texte pour qui veut découvrir l'oeuvre de Kenzaburo Ôé, l'un de ses premiers dans lequel se lit déjà la force de sa plume et son engagement pacifiste, son attention à l'enfance qui n'occulte pas la violence sourde de la société." [lien vers le billet complet]
 
                     Le collaborateur d'Aragon : "On y lit l'engagement de l'auteur sans discours politique malgré les convictions communistes d'Aragon à l'époque." [lien vers le billet complet]
 
                     Attente en automne de Charles Juliet : "Comme dans chaque recueil de nouvelles, tous les textes ne répondent pas à la sensibilité du lecteur. Le premier, éponyme, furent les retrouvailles avec la plume et les thèmes, le second -Maria - sera celui qui restera tant il m'a touchée, c'est peut-être pour cette raison que je n'ai pas apprécié le troisième qui m'a semblé convenu." [lien vers le billet complet]
 
                     La femme d'un autre de Dostoïevski : "J'avoue, j'ai pouffé, autant pour le comique de la situation que pour l'humour glissé dans les répliques des personnages.Une drôle de lecture, lire Dostoïevski autrement." [lien vers le billet complet]

^ Géraldine a lu Deux Etés d'Erik Orsenna : "Un bijou !!!" [lien vers le billet complet]

^ Praline a lu  La flèche d'or de Mary Webb : "une lecture pas terrible. Comment dire... C'est un peu La Mare au diable dans la campagne anglaise avec cinquante ans de retard." [lien vers le billet complet]
 
                    Testament à l'anglaise de Jonathan Coe :"une très chouette découverte. Mettez dans un roman une famille prête à tout pour s'enrichir, un écrivain dépressif et quelques éléments policiers et politiques et vous obtiendrez un livre prenant, bourré de second degré !" [lien vers le billet complet]
 
                    Manners for women de C.E. Humphry : "Indispensable pour bien se tenir en société !" [lien vers le billet complet]
 
                    Le Pays du dauphin vert d'E. Goudge :"C'est un roman pour les amateurs de triangle amoureux, de grands espaces et d'aventures." [lien vers le billet complet]
 
                    Mrs Dalloway de Virginia Woolf :"J'ai apprécié cette écriture par vagues, ces passages d'une intériorité à une autre..." [lien vers le billet complet]
 
                    Du bout des doigts de S. Waters : "Une aventure aux multiples rebondissements dans l'Angleterre du XIXe siècle. Au programme, un héritage, deux jeunes filles, une bibliothèque très particulière et des voleurs !" [lien vers le billet complet]

^ Aifelle a lu La femme aux pieds nus de Scholastique Mukasonga :"un récit poignant pour recouvrir le corps de sa mère d'un linceul de mots. Magnifique." [lien vers le billet complet]
 
                  Toute passion abolie de Vita Sackville-West :"un délicieux roman typiquement british" [lien vers le billet complet]

^ Eimelle a lu Un avion sans elle de Michel Bussi : "Un livre sorti de la PAL et dévoré très vite ! Une lecture détente, où l'on s'attache à cette quête d'identité aux nombreux rebondissements." [lien vers le billet complet] 
 
                    Les revenants de Laura Kasischke : "Des personnages denses, bien croqués, les liens se dévoilent peu à peu, d'un point de vue à l'autre, on s'interroge, un suspens efficace!" [lien vers le billet complet]
 
                    Miséricorde de Jussi Adler-Olsen : "Couronné par les prix scandinaves les plus prestigieux, de La Clé de Verre aux Golden Laurels des libraires, le thriller de Jussi Adler-Olsen, première enquête de l'inspecteur Mørck, est un véritable phénomène d'édition mondial." [lien vers le billet complet]

^ Sylire a lu Prodigieuses créatures de Tracy Chevalier : "Voilà un très joli roman,  riche et passionnant, y compris (et même peut-être surtout), pour des non-scientifiques." [lien vers le billet complet]

^ Sharon a lu Femme qui tombe du ciel de Kirk Mitchell : "un énorme coup de coeur" [lien vers le billet complet]
 
                   Ma cousine Phillis d'Elisabeth Gaskell : "un très beau et court roman" [lien vers le billet complet]

^ Belle de nuit a lu le tome 3 des Royaumes invisibles "Le serment d'une reine" de Julie Kagawa : "Encore un très bon tome qui donne envie au lecteur de rester en Faérie aux côtés de Meghan, Ash et Puck. Une fin qui pousse à vouloir lire rapidement l'ultime tome de la saga." [lien vers le billet complet]

^ L'Or Rouge a lu Les cinq quartiers de l'orange de Joanne Harris : "Joanne Harris est une romancière qui parle très bien du côté sensuel de la cuisine. Avec elle les odeurs, les saveurs se font tellement alléchantes et poétiques que cela suffirait presque à apaiser et nourrir la gourmandise. C’est sans doute ce que j’apprécie le plus chez elle.Il y a la présence très forte aussi de la Loire, la narratrice s’y baigne, y passe beaucoup de son temps, la Loire devient aussi présente que les personnages. Tout cela fait que c’est une lecture idéale pour la saison d’été." [lien vers le billet complet]

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28 juin 2014

Jeudi sur Arte...

Sarah Lund reprend du service, et je serai là (The Killing III).

 

[Ravie ravie ravie] Sinon, pendant ce temps, côté lectures, je suis toujours chez Proust et m'y éternise un peu. J'espère finir de prendre vos liens pour l'Objectif Pal de Juin demain. Je suis un peu débordée depuis que le quotidien a repris son cours et que je vais mieux... Les week-end sont bien remplis et il faut commencer les bagages pour les vacances qui démarrent bientôt. Je suis peu présente ici mais il y aura certainement du mieux à partir de mi-juillet. Bon week-end !

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23 juin 2014

En cours de lecture...

"II y avait déjà bien des années que, de Combray, tout ce qui n'était pas le théâtre et le drame de mon coucher, n'existait plus pour moi, quand un jour d'hiver, comme je rentrais à la maison, ma mère, voyant que j'avais froid, me proposa de me faire prendre, contre mon habitude, un peu de thé. Je refusai d'abord et, je ne sais pourquoi, me ravisai. Elle envoya chercher un de ces gâteaux courts et dodus appelés Petites Madeleines qui semblent avoir été moulés dans la valve rainurée d'une coquille de Saint-Jacques. Et bientôt, machinalement, accablé par la morne journée et la perspective d'un triste lendemain, je portai à mes lèvres une cuillerée du thé où j'avais laissé s'amollir un morceau de madeleine. Mais à l'instant même où la gorgée mêlée des miettes du gâteau toucha mon palais, je tressaillis, attentif à ce qui se passait d'extraordinaire en moi. Un plaisir délicieux m'avait envahi, isolé, sans la notion de sa cause. II m'avait aussitôt rendu les vicissitudes de la vie indifférentes, ses désastres inoffensifs, sa brièveté illusoire, de la même façon qu'opère l'amour, en me remplissant d'une essence précieuse : ou plutôt cette essence n'était pas en moi, elle était moi. J'avais cessé de me sentir médiocre, contingent, mortel. D'où avait pu me venir cette puissante joie ? Je sentais qu'elle était liée au goût du thé et du gâteau, mais qu'elle le dépassait infiniment, ne devait pas être de même nature. D'où venait-elle ? Que signifiait-elle ? Où l'appréhender ? Je bois une seconde gorgée où je ne trouve rien de plus que dans la première, une troisième qui m'apporte un peu moins que la seconde. II est temps que je m'arrête, la vertu du breuvage semble diminuer. Il est clair que la vérité que je cherche n'est pas en lui, mais en moi. [...]

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Je pose la tasse et me tourne vers mon esprit. C'est à lui de trouver la vérité. Mais comment ? Grave incertitude, toutes les fois que l'esprit se sent dépassé par lui-même ; quand lui, le chercheur, est tout ensemble le pays obscur où il doit chercher et où tout son bagage ne lui sera de rien. Chercher ? pas seulement : créer. II est en face de quelque chose qui n'est pas encore et que seul il peut réaliser, puis faire entrer dans sa lumière. Et je recommence à me demander quel pouvait être cet état inconnu, qui n'apportait aucune preuve logique, mais l'évidence, de sa félicité, de sa réalité devant laquelle les autres s'évanouissaient. Je veux essayer de le faire réapparaître. Je rétrograde par la pensée au moment où je pris la première cuillerée de thé. Je retrouve le même état, sans une clarté nouvelle. Je demande à mon esprit un effort de plus, de ramener encore une fois la sensation qui s'enfuit. Et, pour que rien ne brise l'élan dont il va tâcher de la ressaisir, j'écarte tout obstacle, toute idée étrangère, j'abrite mes oreilles et mon attention contre les bruits de la chambre voisine. Mais sentant mon esprit qui se fatigue sans réussir, je le force au contraire à prendre cette distraction que je lui refusais, à penser à autre chose, à se refaire avant une tentative suprême. Puis une deuxième fois, je fais le vide devant lui, je remets en face de lui la saveur encore récente de cette première gorgée et je sens tressaillir en moi quelque chose qui se déplace, voudrait s'élever, quelque chose qu'on aurait désancré, à une grande profondeur ; je ne sais ce que c'est, mais cela monte lentement ; j'éprouve la résistance et j'entends la rumeur des distances traversées. Certes, ce qui palpite ainsi au fond de moi, ce doit être l'image, le souvenir visuel, qui, lié à cette saveur, tente de la suivre jusqu'à moi. Mais il se débat trop loin, trop confusément ; à peine si je perçois le reflet neutre où se confond l'insaisissable tourbillon des couleurs remuées ; mais je ne peux distinguer la forme, lui demander, comme au seul interprète possible, de me traduire le témoignage de sa contemporaine, de son inséparable compagne, la saveur, lui demander de m'apprendre de quelle circonstance particulière, de quelle époque du passé il s'agit. Arrivera-t-il jusqu'à la surface de ma claire conscience, ce souvenir, l'instant ancien que l'attraction d'un instant identique est venue de si loin solliciter, émouvoir, soulever tout au fond de moi ? Je ne sais. Maintenant je ne sens plus rien, il est arrêté, redescendu peut-être ; qui sait s'il remontera jamais de sa nuit ? Dix fois il me faut recommencer, me pencher vers lui. Et chaque fois la lâcheté qui nous détourne de toute tâche difficile, de toute oeuvre importante, m'a conseillé de laisser cela, de boire mon thé en pensant simplement à mes ennuis d'aujourd'hui, à mes désirs de demain qui se laissent remâcher sans peine. Et tout d'un coup le souvenir m'est apparu. Ce goût, c'était celui du petit morceau de madeleine que le dimanche matin à Combray (parce que ce jour-là je ne sortais pas avant l'heure de la messe), quand j'allais lui dire bonjour dans sa chambre, ma tante Léonie m'offrait après l'avoir trempé dans son infusion de thé ou de tilleul. La vue de la petite madeleine ne m'avait rien rappelé avant que je n'y eusse goûté ; peut-être parce que, en ayant souvent aperçu depuis, sans en manger, sur les tablettes des pâtissiers, leur image avait quitté ces jours de Combray pour se lier à d'autres plus récents ; peut-être parce que, de ces souvenirs abandonnés si longtemps hors de la mémoire, rien ne survivait, tout s'était désagrégé ; les formes - et celle aussi du petit coquillage de pâtisserie, si grassement sensuel sous son plissage sévère et dévot - s'étaient abolies, ou, ensommeillées, avaient perdu la force d'expansion qui leur eût permis de rejoindre la conscience. Mais, quand d'un passé ancien rien ne subsiste, après la mort des êtres, après la destruction des choses, seules, plus frêles mais plus vivaces, plus immatérielles, plus persistantes, plus fidèles, l'odeur et la saveur restent encore longtemps, comme des âmes, à se rappeler, à attendre, à espérer, sur la ruine de tout le reste, à porter sans fléchir, sur leur gouttelette presque impalpable, l'édifice immense du souvenir."

Extrait de... À la recherche du temps perdu. Du côté de chez Swann, Marcel Proust, 1913. 

Je me régale... de manière assez inattendue en fait, à redécouvrir la prose de Marcel Proust. J'avais oublié que l'on pouvait si bien écrire, et avec tant d'élégance, laisser filer le temps, la pensée, et n'en dégager ainsi rien d'inutile, bien au contraire, seulement la pleine et complète texture de la vie. Je ne m'ennuie pas, j'exulte, je fais des oh et des ah, et j'apprécie.

Aifelle et Keisha font de cette lecture une Lecture Commune pour le 29 août prochain !!

 

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21 juin 2014

Les Filles de l'ouragan, Joyce Maynard

lesfillesdelouragan"Je pense que ça comptait pour Val plus qu'elle ne voulait l'admettre, de savoir ce que cette famille faisait, et ce qu'elle pensait de nous. Connie Plank nous rappelait ce genre de chat affamé et déterminé qui se plante devant votre porte avec une telle persistance - pas toujours, mais souvent - que vous acceptez finalement de le nourrir."

Elles sont soeurs d'anniversaire, comme aime à le dire Connie Plank. Dana et Ruth, nées le même jour, dans le même hôpital, et pourtant loin d'être des jumelles, si différentes. Tout oppose la famille Plank à la famille Dickerson, les premiers sont des fermiers qui élèvent de manière rigoureuse leurs cinq filles et les seconds des artistes fantasques vivants de l'air du temps. Cela rend d'autant plus incompréhensible l'obstination de Connie à conserver le contact, à consacrer une journée par an à aller trouver les Dickerson dans le lieu où ils ont choisi de vivre pour le moment, à envoyer des cartes de voeux avec constance. Mais l'obstination va payer, des liens subtils finissent par se nouer. Ruth Plank va tomber amoureuse de Ray Dickerson, Dana sa soeur, intéressée par l'horticulture, apprendre beaucoup d'Edwin Plank. Alors pourquoi, laisser les inclinaisons se faire, et les sentiments s'exprimer, semble-t-il si compliqué ?

J'ai beaucoup aimé ce roman. J'y ai retrouvé ce qui m'avait déjà plu chez Joyce Maynard, sa manière de planter un décor et de rendre ses personnages vivants et vrais. Chez elle, malgré une simplicité apparente, l'âme humaine est explorée avec minutie et dextérité, et voilà qui est intéressant et fascinant. Le lecteur suit avec passion la vie parallèle de ces deux filles, Ruth et Dana, qui n'ont rien en commun et que pourtant les entêtements des adultes vont rapprocher dans les faits. C'est une lecture qui prend son temps, explore plusieurs décennies, n'hésite pas à aller fouiner quelques pages dans les préparatifs d'une culture, d'un projet ou d'un dessin, et dans les émois amoureux des personnages aussi. On frémit, on s'intéresse, et on referme ce livre avec quelques émotions. Il aurait été un coup de coeur évident si l'intrigue m'avait un peu plus étonnée, mais je chipote sans doute un peu.

Editions 10/18 - 8.10€ - Mai 2013

Sylire en fait un coup de coeur - Un très beau billet enthousiaste de KathelTheoma en souligne l'élégance - De beaux portraits de femmes pour Val - Ce roman était une découverte pour Anne ! - ...

 

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18 juin 2014

[Musique] Gael Faure... et beaucoup de blabla

[Parfois on découvre de petites pétites en cliquant comme une folle à droite et à gauche sur y**t*be] Tout cela, tandis que j'accuse une phénoménale panne de lecture, doublée d'une panne d'écriture de billets... Nous voilà bien. Pourtant, j'ai lu Les Filles de l'ouragan dernièrement, un roman absolument prenant de Joyce Maynard... Ce ne serait pas inutile que j'en parle. Surtout qu'un titre d'elle, L'homme de la montagne est déjà annoncé pour la rentrée (hâte !). Allez, ça reviendra, je suppose que j'ai sans le faire exprès dépassé la dose prescrite (trop de livres lus en peu de temps). En général, tout rentre dans l'ordre avec un petite BD sympathique ou une lecture distrayante... je laisse l'envie revenir doucement, rien de grave. Ca ne vous arrive jamais à vous ? Et puis, je passe mes soirées devant la télé, avec ce cher Dexter (ce que je vous avais caché). Je me suis prise étrangement d'une affection sans bornes pour ce serial killer à la tête d'ange, je sais c'est mal. Là, je suis au milieu de la 4ème saison (pour l'instant une des meilleures avec la 1ère) et je me régale (pas loin d'ailleurs de me surprendre de temps en temps à me parler toute seule dans ma tête en voix off). Pas mal Dexter d'ailleurs cette idée de la petite maison rose au fond du jardin, malin ! Ah et puis, j'ai compulsé le pré-programme de la saison culturelle de ma ville pour 2013-2014 et est annoncé le passage d'Emmanuelle Pagano en janvier [clic ici] (hiiiiiiiiiii... ai-je crié à l'intérieur de moi-même puis finalement dans toute ma maison). Elle sort un nouveau livre au 1er trimestre 2015 chez POL, c'est sûr je serai au rendez-vous. Sinon, après le passage du bookcrossing, et du petit jeu pour vous faire gagner des poches, sur ce blog (merci J'ai Lu !), j'accuse également comme un sérieux manque d'interactivité (serais-je devenue addicte du lâcher de livres ? possible) et de petits défis... Alors, je lorgne déjà sur l'été proustien d'Aifelle [clic ici] et j'ai réservé sur un coup de tête les premiers opus de Wallander (soyons folle). C'est décidé, l'été 2014 sera ambitieux, ou ne sera pas ! On dirait que je suis de nouveau en forme moi.

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17 juin 2014

Le GROS livre du P'TIT COIN ~ Textes de Laurence Gillot et Didier Levy - Illustré par Magali Le Huche

legroslivredupetitcoin

"Sais-tu ce qu'est la chartasignopaginophilie, qui était l'inventeur du papier toilette, ou que les romains avaient un impôt pipi ?"

Parce que ce livre est complètement de ceux qui plaisent à mes enfants (adeptes de l'humour à trois balles des blagues carambars par exemple)... parce que cela ne vous est jamais arrivé à vous (?) d'aller faire un tour au P'tit coin pour y trouver une inspiration défaillante (ou alors par abus de thé sans doute)... parce que certains aiment y lire longtemps et y cacher des livres... parce qu'on peut lire ce livre ailleurs qu'au P'tit coin d'ailleurs (ouf heureusement)... et qu'une fois refermée la dernière page vous aurez plein de petites connaissances farfelues à sortir pour briller en société (ça peut servir)... et aussi parce que grande fille [13 ans] l'a dévoré dès qu'elle l'a aperçu et lu tout haut pour moi (et qu'en général c'est plutôt bon signe) !

Le GROS livre du P'TIT COIN contient donc des anecdotes (incroyables mais vraies), des devinettes, des blagues (à trois balles donc, mais hilarantes), des proverbes ridicules ou très sérieux, de véritables citations littéraires, des connaissances inutiles, et même des poèmes (bon choix d'auteurs d'ailleurs)... mais également tout un tas de révélations pas si bêtes et originales qui éveilleront l'intérêt des petits comme des grands. Si vous commencez (comme moi) à récolter déjà quelques idées pour occuper vos enfants pendant le trajet qui vous emmènera vers votre lieu de vacances... pensez à ce livre-ci ! Chez les Antigone, on l'emporte bientôt. 

De plus, comme toujours, les illustrations de Magali Le Huche sont excellentes !

Editions Tourbillon - 9.95€ - Avril 2014

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16 juin 2014

L'argent a été viré sur votre compte, Dimitris Sotakis

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"J'avais beau avoir accepté la situation, ce monceau chaotique d'objets qui envahissaient le salon avait une allure franchement pénible."

Notre narrateur est à la recherche d'un emploi, et de tout ce qui pourrait le sortir de la précarité dans laquelle il se trouve. De plus, sa mère est malade et les médicaments coûtent cher. Il répond donc à cette annonce parue dans le journal - une société cherche un collaborateur - et se rend à l'entretien d'embauche auquel on le convie. Mais rien ne se déroule comme prévu, le recruteur souhaite connaître avant tout la superficie de l'appartement du jeune-homme. Perturbé notre narrateur est ébahi. On lui propose sans ambiguïtés de prêter son appartement pour y entasser des meubles, et d'être pour ce faire grassement rétribué... Après une nuit de réflexion, il est évident pour lui qu'accepter est la solution la plus raisonnable. Il s'imagine déjà acheter une maison avec cet argent, rendre Rissa heureuse. Cependant, les livraisons se succèdent, les meubles s'entassent et la situation devient de plus en plus inextricable.

Attention, ce roman est une drôle de surprise, où l'absurde devient petit à petit un personnage central. Le lecteur n'a plus qu'à se laisser submerger par l'angoisse d'une situation on ne peut plus rocambolesque, qui s'intensifie au fil des pages. Je ne vous en dévoilerai pas ici tous les tenants et aboutissants (ce serait gâcher la surprise) mais j'ai été littéralement prise à la gorge, tenue, et un peu axphixiée également, par ce récit. J'ai apprécié pour autant que l'auteur ne reste pas cantonné à la froideur que le genre en général privilégie mais sache faire la part belle à la tendresse et à la conscience. On pense à Martin Page, à Régis de sa Moreira... Une grande réussite.

Editions Intervalles - 21€ - Mars 2014

Ce livre a reçu le prix Athènes de Littérature en 2010

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