17 mars 2014

La Petite chartreuse, Pierre Peju... Objectif Pal de Mars

 

petite_chartreuse

 "Vollard n'avait jamais conçu la littérature comme un apaisement, ni la lecture comme une consolation. Au contraire. Lire follement, comme il avait toujours lu, consistait plutôt à découvrir la blessure d'un autre. Blessure d'un type seul, désarroi d'une femme seule. Lire consistait à descendre en cette blessure, à la parcourir. Derrière les phrases, même les plus belles, les mieux maîtrisées, toujours entendre les cris."

Après l'école, Eva, dix ans, attend invariablement sa mère. Cette dernière arrive de plus en plus tard, bien après les autres mamans, et semble à chaque fois toute prête à oublier définitivement sa fille. Un soir, alors qu'il pleut à verses, l'attente se prolonge et Eva décide, inquiète et paniquée, de retrouver seule le chemin de leur appartement. Une camionnette croise sa course affolée, celle d'Etienne Vollard, le libraire. Le choc est brutal. Eva est dans le coma, et le vieux libraire atterré. Il décide cependant de retrouver la petite fille. A l'hôpital, il s'aperçoit très vite que la mère de l'enfant est dépassée, qu'elle se repose entièrement sur les autres, et plus particulièrement sur lui. Sa mémoire phénoménale, et les histoires qu'elle contient, va l'aider à sortir une petite Eva fragile des limbes dans lesquelles elle est plongée...

J'avais entendu le plus grand bien de ce roman (Prix du Livre Inter 2003), et avais profité d'une réédition de chez Folio pour l'acquérir. Puis, le livre était resté dans ma PAL... non lu. L'ojectif Pal de mars était une bonne occasion de l'ouvrir enfin.
Je dois dire que le roman de Pierre Péju m'a plu, mais que je l'ai trouvé également sinistre et inégal. La pluralité des narrateurs est parfois surprenante, les époques s'enchevêtrent et le style de l'ensemble est assez classique. Pour autant, il est de ces romans qui mettent sur la plus haute marche le goût de la lecture et le livre (avec un L majuscule), et en cela La petite chartreuse est un texte merveilleux, précieux. J'ai soupiré longuement devant l'évocation si réaliste du métier de libraire, et de nombreux passages mériteraient amplement d'être cités dans mon billet.

En voici un qui m'évoque des temps révolus...

"Lorsque Vollard apercevait des livres nouveaux dans leurs cartons béants, une lueur étrangement sensuelle éclairait son regard, un pli de gourmandise tordait un peu ses lèvres. Il aimait aussi éventrer les cartons d'un coup de cutter bien placé, et puis vite, arracher les entrailles. Bouquins palpitants, pissant leurs phrases comme du sang. Toujours la même fringale, après tant d'années. Un frisson de plaisir secouait Vollard. Alors, les mains s'emparaient de ces blocs d'écriture. Il les palpait, les tâtait, les estimait, les retournait, les ouvrait fébrilement, humait l'odeur de la colle et du papier, les parcourait déjà, salivant, regard coupe-papier, se faisant d'un texte une idée rapide mais pertinente, puis il s'emparait de plusieurs bouquins qu'il se réservait de lire la nuit suivante."

Editions Folio - 6.20€ - 2004

objectif pal

Du même auteur j'ai également lu Naissances [clic] 

Objectif Pal 2014 : 3/12 (#objectifpal2014)

Mars nous a retenu à l'extérieur avec ses envies de printemps, et son soleil éclatant, mais vous avez quand même lu pour l'Objectif Pal... bravo. Vous pouvez encore déposer votre lien mensuel sur le billet du mois de mars qui se trouve [par là] !!

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16 mars 2014

Un petit détour, et autres racontars... en BD - Un coup de coeur !

unpetitdetour

 ... par Jorn Riel, Gwen de Bonneval et Hervé Tanquerelle

"[...] où le placide Siverts prend conscience qu'une bonne colère peut avoir du bon, et qu'au bout du compte le hasard fait bien les choses."

Jorn Riel est connu pour ses célèbres racontars, que l'on peut trouver en format poche chez 10/18.
Ma première rencontre avec l'auteur et son univers date déjà de 2008 alors que La Vierge froide et autres racontars [clic ici] était au programme du club de lecture des blogueuses. A l'époque, je suis tombée littéralement sous le charme de ses chroniques du froid. Un coup de coeur ! "Quelle surprise délicieuse que cette lecture ! Ces racontars "cocasses" et drôles, souvent gravement profonds, toujours décalés et philosophiques, ont été un régal ! Dans la solitude de l'hiver arctique, la parole a un pouvoir énorme, celle de sauver les hommes, et un prix, comme n'importe quel bien précieux. Alors, le dire s'échange, se vend, se troque et son absence peut se vivre comme un drame car dans cette solitude du Groenland elle a autant de poids que l'air que l'on respire."

Et puis, j'ai lu la première BD créée par le trio infernal, intitulé La Vierge froide et autres racontars [clic ici], émue, enthousiaste, heureuse comme tout de retrouver intact l'univers qui m'avait tant plu dans la version livre. Re-coup de coeur ! "Aussi jubilatoire que sa version romanesque La vierge froide et autres racontars - version BD - a le charme de l'absurde et de l'onirisme brut. En effet, au pays du froid, des hommes et de la solitude, on ne perd pas une occasion de se divertir, de se raconter des histoires ou de passer du bon temps. Cela donne au lecteur des scènes assez cocasses. Les chasseurs de l'Arctique vivent dans des cabanes perdues, aiment par dessus tout les visites, se tiennent compagnie deux par deux... J'ai encore une fois adoré l'univers de Jorn Riel, et je me demande bien pourquoi je n'ai pas persévéré avec cet auteur à l'époque où je l'ai croisé pour la première fois, c'est tellement bien."

racontars_1

Avec Un petit détour et autres racontars, troisième opus de la version BD donc, la magie opère toujours. Re-re-coup de coeur ! Trois nouveaux racontars trouvent leur place dans cet album parfait en tous points... La Balle perdue, Un petit détour et Ce qu'il advint d'Emma par la suite.

J'aime la gouaille de ces hommes croqués par Jorn Riel, leurs réactions (parfois bien étranges) face à l'adversité, l'importance qu'ils accordent à l'imagination et aux formes du récit. Je ris beaucoup à lire leurs mésaventures, elles me font étrangement du bien. Et puis, l'objet livre est beau, de ceux que l'on caresse, que l'on renifle (parce qu'il sent bon le livre neuf) et dont on admire même la qualité esthétique de la tranche !!

Un énorme merci à Priceminister pour l'opportunité et l'envoi !! - Et merci à Solenn d'avoir relayé l'info sur son compte twitter [clic]

banbd

Je vais réserver d'urgence Le roi Oscar et autres racontars à la bibli (le tome 2 de la version BD)... pas encore lu (mais pourquoi donc ?)

Editions Sarbacane - 22€ - Octobre 2013

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15 mars 2014

Lorde, etc...

Tandis que je me régale à écouter Pure Héroine (j'adore !), je vous concocte pour les jours à venir deux billets... un coup de coeur en BD (et oui encore !... assurément 2014 sera BD ou ne sera pas) et un petit roman précieux sorti de ma PAL. Bon week-end !!

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14 mars 2014

Dieu me déteste, Hollis Seamon

 

dieumedeteste

 "[...] récemment, ma mère a pris un congé dans ses deux boulots, quand l'expression phase terminale a commencé à fleurir partout dans mon dossier et que soins palliatifs est devenu mon adresse permanente."

Nous sommes à NewYork, hôpital Hiltop. Richard a presque dix-huit ans et une chambre dans l'unité des soins palliatifs. Son seul souhait est d'être considéré comme un adolescent ordinaire, et de pouvoir serrer dans ses bras Sylvie, l'autre adolescente de l'étage, qui lui demande d'ailleurs abruptement d'être son premier, avant que de... Forts de leur projet et de leurs sentiments naissants, les deux amoureux devront se confronter pourtant à l'hostilité des familles qui ne voient dans cette amourette que danger et sujet à colère.

Je ne suis pas très fan des récits qui miment le langage parlé, surtout quand ce langage mime un phrasé enfantin ou adolescent. Pourtant, j'ai aimé ce récit-là qui, dans son genre, est très bien fait et prenant. Hollis Seamon a, semble-t-il, voulu rendre hommage à la fougue et au panache des enfants rencontrés à l'hôpital, ainsi qu'au travail du personnel infirmier. Le résultat est enjoué et pudique à la fois, bien que rien ne soit caché des défaillances et des désirs de chacun. Il n'y a pas dans ce roman de pathos exagéré non plus, ni de larmes à l'oeil... juste du courage et du tonus à revendre, et quelques bêtises. Je salue la galerie de personnages (hauts en couleur) et le talent de l'auteure qui a su conserver un ton juste tout au long de son récit.
Un titre que l'on a envie de mettre dans d'autres mains après sa lecture. 

Ce roman est le fruit d'une nouvelle collaboration entre les éditions Anne Carrière (Stephen Bordes) et M Toussaint Louverture (Dominique Bordes).

Editions La Belle colère - 19€ - 13 mars 2014

Un coup de coeur pour Cathulu [clic] - Clara veut le mettre dans les mains des ados (je suis d'accord) [clic]

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13 mars 2014

Une collection de trésors minuscules, Caroline Vermalle

 

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  "Moi, je préfère dire qu'il faut y croire. C'est pas grand-chose, croire, c'est donné à tout le monde, il suffit juste d'y mettre du sien, de faire taire le bruit alentour, d'ouvrir les yeux et de voir sa bonne étoile. Les gens n'y croient pas, à leur bonne étoile, c'est dommage. Et ils ont tort, bien sûr. Elle est là pour chacun, seulement, il faut prendre la peine de la chercher. Des fois, elle brille dans des trucs minuscules, des trucs de rien du tout. Une présence, par exemple. On est sept milliards sur terre et pourtant, par une espèce de miracle incompréhensible, il suffit d'une voix, d'un coeur, d'une façon de voir les choses pour tout illuminer d'un coup."

Frédéric Solis est un brillant avocat qui semble avoir tout pour lui, le charme, le succès, la notoriété, son entrée dans les salons les plus huppés. Cependant, sa petite amie l'a quitté depuis peu, et il est acculé par les huissiers. Des dettes se sont accumulées depuis qu'il a investi bien plus que ses économies dans un très beau Sisley. Son goût pour les impressionnistes est tout près de le mener à la ruine. Il ne fait pas très attention non plus à sa jeune assistante, Pétronille, qui n'a pourtant d'yeux que pour lui. Un notaire lui annonce un jour qu'un héritage l'attend. Mais quelle déception ! Ce qu'il découvre en fait de fortune consiste en quelques tickets d'entrée et une carte au trésor. Le jeu de piste auquel il accepte de jouer lui apportera pourtant bien plus qu'il n'y paraît...

Qu'il est bon de parfois se laisser mener par le bout du nez dans une histoire pleine de bons sentiments comme celle que nous a concocté Caroline Vermalle !! Alors, peu importe que les ficelles soient un peu grosses, l'enchaînement prévisible, et la fin attendue. A lire un tel livre, le lecteur devient tout tendre et tout sucré, effiloché tel une barbe à papa, bon et moelleux comme un chou à la pistache ou au chocolat. Etant donné qu'une telle transformation est certainement le but inavoué de l'auteure, le pari est réussi. Et puis et puis, il y a ce voyage féerique dans les jardins de Giverny et les tableaux de Monet... 
Une lecture qui éveille la gourmandise, la curiosité et l'amitié.

Editions Belfond - 19€ - 13 mars 2014

Le blog de Caroline Vermalle - Mes autres lectures de l'auteure : L'île des beaux lendemains - Nouvelles contemporaines - L'avant-dernière chance

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12 mars 2014

Bright Star - un extrait

J'ai revu ce film dernièrement, de Jane Campion. Il y est question de John Keats, et de comment la poésie (et l'amour) peuvent transformer une jeune fille frivole en un être habité. Je n'aime pas tout dans ce film, je le trouve presque trop linéaire... mais ce qu'il est beau (esthétiquement), et tout à fait adapté au printemps qui pointe son nez au dehors !! C'est cadeau.

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10 mars 2014

Un avenir, Véronique Bizot

 

unavenir

  "[...] je pensais Naufrage familial, notre misérable fratrie, je pensais je manque d'imagination pour aimer Hélène, continuer à l'aimer matin après matin, je pensais La femme d'Harald dans la brasserie de Montparnasse, toujours si bien coiffée, son regard balayant les murs, je pensais Me lever, remettre trois bûches dans la cheminée et m'endormir, mais je ne me lève pas, je ne m'endors pas."

Paul vient de parcourir trois cents kilomètres pour vérifier qu'un des robinets de la maison familiale a bien été purgé. Son frère jumeau, Odd, lui a envoyé une lettre pour lui annoncer sa disparition volontaire et son départ de cette maison dans laquelle il vivait seul depuis longtemps et où n'importe qui pourrait devenir fou. Paul arrive avec un énorme rhume et est très vite coincé par la neige dans l'étrange demeure inhospitalière. Il prend son mal en patience, se nourrit de ce qu'il trouve, allume la cheminée, explore à pieds les environs et remet en perspective le passé de sa famille...

J'ai été très déroutée par ce roman, qui a pourtant rencontré un grand succès sur la blogosphère, et pour lequel j'avais assez rapidement développé une grande curiosité. J'en ai trouvé l'atmosphère sinistre, lugubre et excessivement pessimiste. Bien entendu, le style de Véronique Bizot y est remarquable. Et cette lecture fait écho à tant d'autres lectures (de qualité) à l'atmosphère équivalente (un brin gothique ?). Je reste d'ailleurs - après ma lecture - encore marquée par les images et les situations qu'elle convoque. Cependant, je suis restée étonnée par l'intention, l'objet de ce petit livre. La morale en serait-elle qu'il ne faut jamais, au grand jamais, laisser aux maisons le soin de décider seules de notre avenir ?

Editions Actes Sud - 15.30€ - 2011

Un grand merci à Jack qui m'a permis de satisfaire ma curiosité [clic ici] !! - Beaucoup d'avis sur Babélio [clic ici]

 

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09 mars 2014

Juste pour les yeux... La Rochelle aujourd'hui

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08 mars 2014

Tirer

tirer

sur le fil
mon épingle du jeu
à bout portant
sur tout ce qui bouge
une couverture à moi

en retenir
les conséquences
des leçons de tout ça

© Les écrits d'Antigone - 2014

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06 mars 2014

We'll never be royals

Et sinon, pendant ce temps... je lis le dernier Caroline Vermalle (qui sort le 13 mars), je goûte à la joie d'être en vacances (pour une semaine), et je m'effraie toute seule devant tout ce que j'ai laissé en plan depuis si longtemps... Heureuse de pouvoir enfin consacrer un peu plus de temps à ce lieu !

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