16 novembre 2013

En cours de lecture... "Le début de la fiction"

"Quand on ne voit plus sa famille ou quand elle a disparu corps et biens, alors ce qui pose problème c'est la façon dont on raconte l'histoire, la vilaire soeur, ce qui est ajouté, ce qui est soustrait, la façon dont je vis l'histoire, différente de celle dont ma soeur l'a vécue ou ma mère ou mon père, chacun de nous a une version de l'affaire, et ces versions n'ont aucun point d'achoppement, elles ne se recoupent jamais, et les évènements remémorés ne sont pas les mêmes, les dates ne sont pas les mêmes, alors il faudrait pouvoir confronter ces versions, mais puisque la famille a disparu ou bien qu'elle est muette ou démantibulée cette entreprise est impossible et ma vérité devient mensonge, elle n'est que ce que j'ai pu vivre et ressentir, elle est incomplète et blessante et invérifiable, nos versions sont comme deux ou trois droites parallèles qui jamais ne se rejoignent, raconter ma propre histoire devient un projet si artificiel et si solitaire, l'élaboration a posteriori donne l'impression d'une trajectoire, d'une volonté et d'un désir, mais ce n'est qu'une vue de l'esprit. Les détails m'emmènent toujours plus loin que je ne l'aurais voulu, ils ouvrent des digressions, des parenthèses, des souvenirs, je vois mes poupées russes s'accumuler, elles me submergent, tombent du bureau, c'est la fantasia des poupées russes. Que faire de ces imbrications ? On se voudrait clinique, on devient baroque. Et quand tout s'est calmé, il ne reste que des fragments disjoints, les dalles disjointes du carrelage, et les interstices laissent voir la terre même, la terre battue, sa poussière, sa sécheresse et sa profondeur."

Extrait de La Grâce des brigands de Véronique Ovaldé

Malgré les quelques défauts que je lui trouve, cette lecture (et des extraits comme celui ci-dessus particulièrement) me donne tellement de frissons (au sens propre du terme), me parle tellement... que je ne pourrai que l'affubler prochainement d'un coup de coeur.
Mon billet bientôt.

ovaldeextrait

 

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13 novembre 2013

Je sais qui tu es, Yrsa Sigurdardottir

jesaisquitues

"Il y avait quelque chose d'affreux qui entourait cet enfant. Et quoi que ce fût, ce n'était rien qu'ils pourraient réparer."

Dans un village perdu des fjords islandais, au beau milieu d'un hiver rigoureux, débarque un drôle de trio, trois jeunes gens bien décidés à retaper une vieille demeure qu'ils désirent plus tard convertir en gîte. L'été, le village revit. En témoignent les quelques maisons fermées pour la morte saison. Mais pour l'instant ils sont seuls et l'expérience s'avèrera très vite éprouvante et terrifiante. En effet, l'ombre d'un enfant semble décidé à effrayer les naïfs aventuriers...
Loin de là, en ville, une école est saccagée, une vieille femme se pend, et ressurgissent pour les témoins vivants des histoires du passé étrangement mêlées au présent.

Je voulais sortir un peu des sentiers battus. Me voici servie avec ce livre. Je n'avais pas frémi autant depuis le Shinning de Stephen King, c'est dire. Sans doute ai-je perdu l'habitude ? Ou bien est-ce signe de talent ? Dommage peut-être que le récit pêche parfois par manque de crédibilité. J'adhère difficilement à l'existence des morts vivants. Mais l'intrigue m'a tenue jusqu'à sa fin et le genre a rempli son office.
Brrrr...

Editions Points - 7.90€ - Octobre 2013

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10 novembre 2013

Once upon a time

... c'est reparti pour une deuxième saison sur M6. Après trois premiers épisodes, un peu désordonnés, la semaine dernière, les trois suivants ont été hier au soir à la hauteur de l'attente. J'aime bien la manière subtile qu'ont les auteurs de mélanger les contes, de nous révéler au détour d'une phrase qui est qui, et quel lien chacun entretient avec les autres... Bien sûr, Belle veut devenir bibliothécaire, et lorsque l'on souhaite faire revenir un être d'entre les morts, quoi de mieux que de faire appel au docteur d'un autre monde, quitte à créer un monstre. Je me régale, c'est simple et visuel, et (soyons honnête) le capitaine crochet n'a jamais été aussi sexy. Qui regarde ? 

Mon billet sur la première saison [clic ici].

Sinon, tout à l'heure, le soleil était bien présent sur la plage des Sables d'Olonne... et il y avait également beaucoup de vent, de quoi flinguer un brushing déjà râté, et remettre ses idées en place. Parfait. ;)

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09 novembre 2013

Vies cruelles, Lorrie Moore

vies cruelles

"Dennis, franchement, pourquoi tu penses tout le temps à l'amour, pourquoi il t'importe tant de savoir si quelqu'un t'aime ou ne t'aime pas ? Tu ne lis que des livres sur ça, tu ne parles que de ça.
- Mets tous les affamés du monde dans une pièce, et tu auras beaucoup de conversations sur le rosbif."

Ils sont tous un peu à côté de la plaque les héros des nouvelles de Lorrie Moore, des intellectuels râtés perdus dans un monde brutal et agressif qui ne les comprend pas.
Mary, par exemple, hésite entre deux amants, mais sans doute est-ce simplement d'elle même qu'elle ne sait que faire ? D'autres se font piquer leurs idées, s'arrêtent devant le changement, ou aimeraient aller de l'avant, faire enfin ce qu'ils ressentent comme urgent pour eux, maintenant.
Mais chez Lorrie Moore, la vie est bien cruelle... empreinte d'une profonde solitude, et qui sait si la seconde chance ne partira pas tout simplement, comme souvent, avec l'eau du bain.

"Corrige-moi si j'ai tort, mais je ne pense pas avoir eu cette conversation tout seul." Il ressera son étreinte. "Je me trompe ?"

Vies cruelles est un recueil de nouvelles à l'ambiance assez spéciale, désenchantée, un brin absurde. Autant le dire d'emblée, ce titre ne plaira pas à tout le monde. Cependant, j'ai aimé lire ce Lorrie Moore là aussi (après mon expérience réussie avec le roman La Passerelle). Déjà, les nouvelles ne chutent pas de manière exagérée, mais dans une ellipse discrète, presque un silence, ce que j'ai vivement apprécié. De plus, l'impression, l'impact de cette lecture reste fortement en tête une fois le livre refermé. Et l'impression de malaise ressentie laisse très vite la place à l'admiration. Il est évident que l'on a affaire là à une auteure de grand talent, dans la droite ligne d'autres auteures telles que Alice Munro ou Rachel Cusk qu'elle va de suite d'ailleurs cotoyer physiquement dans ma bibliothèque... Je vais continuer de la suivre.

Editions Points - 7.30€ - Octobre 2013 

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08 novembre 2013

Une respiration

photos vacances 2013 240

... oui, juste une respiration (visuelle), avant de commencer ce week-end prolongé qui promet pluie et temps maussade. Mais tant pis, c'est décidé, on ira voir la mer, quand même. Dimanche peut-être ? Et puis, on ne lâchera rien face à la morosité, non mais ! Quitte à mettre la musique à fond, très fort, dans la maison et à se passer, à la suite, tous les DVD que l'on a dernièrement empilés.

Mon billet sur Lorrie Moore, à suivre les jours prochains, et des envies (terribles) de tomber de nouveau sur un coup de coeur de lecture et de se laisser (enfin) engloutir par un livre. Bien besoin. Allez, j'enchaîne avec le dernier Alice Munro, pleine d'espoir.

Bon week-end !

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07 novembre 2013

En cours de lecture...

pulltete

"Si seulement elle pouvait abandonner son fichu cerveau, laisser son coeur gonfler, s'enflammer, son cerveau prendre l'air des journées et des saisons entières, et écrire des contes pour enfants. Elle ouvrirait la bouche devant les gens réunis à la bibliothèque, et voilà ce qu'il en sortirait : Il était une fois... [...]
Mais peut-être que l'on pouvait vivre en dessous du cou. Peut-être que l'on pouvait vivre avec les vêtements que l'on souhaitait enlever, tous empilés par-dessus la tête, devant la figure ; pas seulement un pull avec le col étroit, mais tout ce qui se coincerait là - pantalons, chaussures et chaussettes -, un désordre farfelu sur les épaules, à la place de la tête, tandis que le corps, nu comme un ver, se préparerait à vivre le reste de sa vie dans la campagne profonde, la cambrousse, sur une bretelle d'autoroute, sous la pluie. Peut-être était-ce possible. Parce que quand elle dormait contre lui comme ça, le reste du monde se précipitait dans une valise sous le lit. C'était la fin du désir que d'avoir ça. La voilà, la voilà. Il s'enroulait autour d'elle, prenait sa tête comme celle d'un enfant dans sa main et lui soufflait des mots, dans la gorge, dans la poitrine, alors qu'il s'endormait. Endors toi, endors-toi avec moi."


Extrait de Vies cruelles de Lorrie Moore

Pour l'instant, je ne sais que penser de ce titre entre admiration et interrogation. Je crois que je n'avais encore jamais rien lu de pareil. J'avais beaucoup aimé La passerelle du même auteur [clic ici]. Mon billet bientôt.

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06 novembre 2013

La mariée était en rouge ~ Anilda Ibrahimi

LAMARIEETAITENROUGE

"Elle arrive un matin de septembre, par une saison sèche où les pluies tardent à venir. Elle est vêtue de rouge. Rouge sang. Comme un sacrifice offert aux dieux pour invoquer la pluie. Comme une mariée."

Saba est mariée de force, pour solder une dette de sang, et pour remplacer la première épouse de son futur mari, sa soeur aînée. Toute maigre, mutique et très jeune, elle est d'abord la servante de sa belle-mère, comme le veut la tradition dans ce village isolé des montagnes albanaises, en ce début de XXème siècle. Mais peu à peu, les enfants arrivant, et surtout un garçon, viendront l'assurance et la fermeté.
Saba raconte le destin de ses proches, de ses soeurs, et de ces traditions qui pèsent et qui peuvent entraîner des familles entières dans la disgrâce pour des générations.
Sa petite fille, Dora, longtemps après, racontera elle sa propre histoire, le régime communiste et son apprentissage étonné de la liberté.

Je suis rentrée dans ce bon gros roman à pas feutrée, un peu déstabilisée tout d'abord par un sentiment de confusion lié à la profusion des historiettes contées, et puis les destins individuels se sont précisés peu à peu, et l'arbre généalogique devenant plus clair, le plaisir de lecture a pris finalement toute la place. Ce qui m'a beaucoup surprise est cette dureté qui parcourt tout le livre et qui semblait être le quotidien des albanais, ces traditions très ancrées qui perdurent et enferment malgré les études et la modernité. Et pourtant, de ces traditions, des croyances mystiques liées, du recul un brin ironique de Saba sur son environnement, nait aussi le charme profond de ce roman, intemporel et à l'allure de conte. 

Anilda Ibrahimi est née en Albanie en 1972. Elle vit aujourd’hui à Rome où elle travaille pour le Conseil Italien aux Réfugiés. La mariée était en rouge est son premier roman. Très remarqué à sa sortie en Italie, il a remporté plusieurs prix littéraires dont le prix national Corrado Alvaro.

Editions Books édition - 20€ - 6 novembre 2013

Les six premières pages à découvrir [clic ici]

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04 novembre 2013

Electrick Children... en DVD

Rachel vit dans une communauté Mormone de l'Utah. Le jour de ses quinze ans, son père utilise pour sa confession rituelle un magnétophone. Piquée par la curiosité, la jeune fille cherche à retrouver après leur entretien cet objet intrigant,  et découvre dans la cave de sa maison, une cassette bleue qu'elle écoute. La chanson qu'elle contient "Hanging on the telephone" est une révélation, pour elle, presque un message divin. Quelques mois plus tard, Rachel est enceinte, et pourtant - de son propre aveu - elle n'a jamais fauté. Elle est persuadée d'être une sorte d'immaculée-conception. Sa famille veut lui faire épouser en urgence un garçon de la communauté. Mais Rachel s'enfuit, à la recherche du chanteur de la cassette bleue...

ELECTRICK CHILDREN 2

Electrick Children est un film à l'esthétique lente, lêchée, et qui s'avère être au visionnage un excellent moment de cinéma, emporté par des comédiens jeunes et talentueux. J'ai beaucoup aimé ce road movie surprenant et la confrontation qu'il évoque entre deux mondes si différents, une communauté mormonne au dogme enfermant et Las Vegas la ville des excès. Au tout départ, en tant que spectacteur, c'est l'inquiétude pour le sort de la petite Rachel qui prédomine, et puis on assiste petit à petit à une bien jolie histoire, un brin décalée... dont on ressort le sourire aux lèvres, et des envies de musique dans les oreilles !!

ELECTRICK CHILDREN 7

(Sélection Officielle au Festival du cinéma américain de Deauville 2012)

Grand merci à BAC films ! - Sortie officielle du DVD le 5 novembre 2013

[J'ai beaucoup pensé à Au nom de la mère en visionnant ce DVD, roman qui conte l'histoire de Marie, mère de Jésus, mais de manière réaliste. Un très beau livre de Erri De Luca que j'en profite pour vous recommander également chaudement.]

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02 novembre 2013

Vents dominants ~ Wauters et Chapron (BD)

ventsdominants

" [...] si tu n'arrives pas à être plus tolérant, sois plus hypocrite !
Tu verras c'est moins fatigant !

Prends plus de bon temps et accepte qu'on t'aide un peu...
S'il te plaît."

François, sa femme et ses deux enfants, arrivent comme chaque année dans la maison de ses parents pour des vacances au bord de la mer. Son frère est là également, avec sa femme et leur fils. Il est celui qui a réussi, vers qui semble se concentrer toute l'admiration parentale. François est nerveux, irritable et désagréable. L'ambiance tourne souvent à l'orage et la tension est palpable. Tous ne se voient qu'une fois par an et c'est l'occasion de passer de bons moments en famille et de se remémorer des souvenirs d'enfance, mais ce n'est pas si simple...

J'avais noté depuis très longtemps cette BD que j'ai déniché en bibliothèque tout à l'heure et tout de suite dévorée. Elle parle très bien de ces retrouvailles familiales, qui quand elles sont rares et occasionnelles peuvent se passer ainsi, dans l'urgence de profiter des uns et des autres et éventuellement dans la rancoeur. Le malaise est là, les non-dits, et chacun semble ignorer la vie de l'autre, ou s'en faire une fausse idée... 
Un album au ton juste, et aux dessins en noir et blanc, simples et expressifs, très réussis. J'ai beaucoup aimé.


Editions Sarbacane - 16.50€ - 2009 - Merci ma bibli !!

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31 octobre 2013

En route pour un bon long week-end... en musique

Je sais, je suis en pleine De Palmas mania... c'est grave ? J'emprunte tour à tour en bibli chacun de ses CD. Et n'empêche qu'en furetant par ci par là, j'ai découvert que sort prochainement un sixième et nouvel album, le 11 novembre très exactement, et ça c'est une info. 

Sinon, côté lecture, pas facile d'enchainer après L'envol du héron... En fouinant dans ma petite PAL urgente, j'ai sorti deux titres envoyés par Books édtions. Je ne lirai pas La centrale en chaleur de Genichiro Takahashi (impossible, erreur de casting de ma part) mais je tente La mariée était en rouge de Anilda Ibrahimi... à suivre.

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