10 septembre 2013

Cherchez la femme, Alice Ferney

cherchezlafemme1"Si Marianne n'avait pas étouffé, c'était qu'elle recélait cette volière à l'intérieur d'elle-même, dans laquelle son esprit s'était émancipé. Pour toujours elle vivrait ainsi : partagée en deux, campée sur deux positions, la réalité et la vie intérieure. Au dedans Marianne imaginait ce qu'elle voulait, au-dehors, contenue, elle évitait l'insolence ou la provocation. Elle respirait par la conjonction d'un poumon secret et d'une soumission acceptée. Une part d'elle-même était configurée et consentait, obéissant aux règles, par ce désir qui nous pousse à préférer une famille sévère (puisqu'elle nous est échue) à pas de famille du tout. La tyrannie maternelle avait fabriqué de l'hybridité."


Cherchez la femme est l'histoire totale de deux couples, analysée, autopsiée, de la rencontre à la séparation, de l'ascension d'une sensualité des premiers instants à l'échec de la durée, en passant par la conception des enfants et de toute cette attente de consolation déposée à leurs pieds...
Nina a quinze ans lorsqu'elle tournoie sous le regard de Vladimir. Il n'aura de cesse de vouloir l'épouser, lui l'ingénieur des mines, et lui fera deux garçons dont l'aîné sera pour le couple une fierté sans pareille. Nina n'aura pourtant de cesse aussi de reprocher à Vladimir, plus tard, ce vol de son adolescence, et de ses espérances, noyant ses espoirs déçus dans l'alcool.
Serge, leur fils, et Marianne se rencontrent dans l'éblouissement de leur jeunesse et de leurs valeurs respectives. Marianne se révélera pratique, sincère et ardente. Serge, quant à lui, narcissique et brillant, sera celui par qui la rupture arrive... 

Mais quel est donc notre libre arbitre dans nos destinées affectives ? Et combien pèse donc le poids des rêves des générations précédentes sur notre présent ? Dans ce roman, Alice Ferney tente des explications, des pistes, nous offre des exemples... 
J'ai été complètement bouleversée par cette lecture à la structure pyramidale idéale, admirant la maîtrise d'écriture de la première moitié, puis complètement déboussolée par la seconde qui nous laisse abruptement aux portes de l'enfer intime. Les femmes de cette histoire nous entraînent chacune à leur manière dans l'émotion brute. Au lecteur d'en apprécier la teneur, et de ne pas s'y brûler la pensée ! Ainsi, j'ai pensé à Madame Bovary, à son empêchement affectif, à ses ferveurs et à ses douleurs, à sa fin tragique.
Ce roman est - vous l'aurez deviné - un gros coup de coeur personnel (il m'est impossible d'en décider autrement), mais aussi un pavé (soyons honnête) qui parfois souffre de quelques longueurs, surtout dans sa seconde partie. 
Cherchez la femme est pour autant un voyage à haut risque à indéniablement entreprendre !!

Editions Actes Sud - 23.50€ - Mars 2013 - Merci ma bibli !!


[Un petit bémol chez Gambadou] - [Pour Canel il est entre le génial, le brillant... le redondant et le glauque] - [Pour Cuné il passe de l'intérêt au désenchantement

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07 septembre 2013

Francis Ricard

 

francisricard


Il y a un autre monde
l’envers est possible
l’ailleurs
de chair
d’ici
ce réel terrestre
la vie qui vit
quand l’énigme se déshabille
claire formule
impérieuse évidence
quand l’orage éclate et qu’on est apaisé
tout ruisselant dans le seigle des larmes
quand la guerre se mue en riant armistice
quand la lumière filtre au travers des cailloux
quand on a pied très loin l’horizon dans la main
quand le corps de l’autre calfate nos renoncements
et qu’il n’y a plus à écoper
quand on voudrait mourir dans cette extase là
quand les signes attestent qu’on se rapproche
que la quête s’achève et que s’ouvre la porte
la roue du temps est un tournesol ivre
la lame tranchante du noir couteau
ouvre l’œil
et il voit 
la vie élucidée
l’avidité du vivre
la grande santé
l’enchantement
le totem charnel du Grand-Tout
la légende est vraie
tu es là
tu es venue


Un poème inédit (2007) pioché sur le site du Printemps des Poètes [ici]

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05 septembre 2013

Les joyaux du Paradis, Donna Leon

lesjoyauxduparadis"[...] l'espoir de tomber sur des partitions intéressantes avait contribué, au moins en partie, à lui faire renoncer à son poste à Manchester : on lui donnait ici une possibilité pour laquelle tout bon musicologue offrait son bras droit. Deux malles qu'on pouvait espérer remplies des papiers d'un musicien de l'époque baroque, célèbre en son temps..."

Caterina Pellegrini est musicologue, et en poste à Manchester, lorsqu'elle obtient cette proposition inespérée de pouvoir travailler à Venise et d'ainsi retourner pour au moins quelques mois dans sa ville. Deux cousins ont récupéré les malles d'un glorieux ancêtre et se disputent son trésor supposé. Caterina est engagée en tant qu'experte multilingue et doit éclairer les deux hommes sur les volontés testamentaires du grand Agostino Steffani, compositeur baroque du XVIIème siècle.
Ayant répondu précipitamment à l'annonce de la "Fondazione Musicale Italo-Tedesco", elle reste à son arrivée surprise par ses conditions de travail, les motivations des pseudo-héritiers, de leur avocat, et découvre que la vie d'Agostino Steffani contient des méandres plus tortueux qu'elle ne se l'imaginait. Tout en compulsant les archives à sa disposition, elle se prend de passion pour sa recherche, mais ira sans doute un peu trop loin...

Je suis une spectatrice assez assidue des tribulations de l'inspecteur Brunetti à la télévision, autre personnage créé par Donna LEON, son plus célèbre, et dont j'ai pu lire aussi les aventures romanesques en version livre. J'aime particulièrement les images de cette Venise réaliste, souvent cachée, que l'auteure y laisse voir, ainsi que le cynisme affectif avec lequel elle brosse toujours les moeurs de ses habitants.
Pour ce titre, Donna LEON s'est associée avec Cécilia Bartoli, cantatrice italienne et amie de longue date de l'auteure. Toutes les deux étaient décidées à remettre à l'honneur celui qu'elles considèrent comme un génie de la musique baroque. Le roman grand format et le disque Mission sont d'ailleurs sortis simultanément dans le monde entier.
Pour tout vous dire, j'ai beaucoup aimé m'immerger encore une fois dans la Venise de Donna LEON, même si ici son intrigue met du temps à déployer ses ailes et qu'il faut aimer en remuer du papier en général dans sa propre vie, et avec le personnage, pour apprécier au mieux le résultat de ses recherches. Cependant, Les Joyaux du paradis s'avèrent au final un roman passionnant, riche historiquement. Il m'a donné furieusement envie de continuer à lire Donna LEON... Elle sait indubitablement apporter à ses intrigues une touche humaine irrésistible et attachante.

Editions Points - 7.60€ - 5 septembre 2013

 La lecture audio a été en demi-teinte pour Sylire - Les avis sont partagés sur Babélio

 

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04 septembre 2013

Le bruit de tes pas ~ Valentina d'Urbano... Rentrée Littéraire 2013

lebruitdetespas"Sa faiblesse, son je-m'enfoutisme, sa paresse, sa résignation face au monde qui l'avait produit m'insupportaient. Les filles qui lui plaisaient, nos copains quand ils tentaient de le détourner de moi, tout ce qui risquait de me l'enlever m'insupportait. [...] Je pensais que les éléments se liguaient pour nous éloigner et, Alfredo n'ayant aucune volonté, je lui imposais la mienne. Je n'avais pas compris qu'il cherchait autre chose, qu'il voulait me fuir. Et se fuir lui aussi."

Beatrice et Alfredo habitent "La Forteresse", une zone de non-droit où même la police n'ose mettre les pieds, en périphérie d'une grande ville italienne. Nous sommes au début des années 70. Ils grandissent dans ces appartements que leurs parents ont squatté en leur temps et occupent à présent illégalement. Elevés comme frère et soeur par la mère de Beatrice, qui tente de protéger Alfredo des coups de son père alcoolique, ils deviennent très vite inséparables et leur couple écope rapidement du surnom de "jumeaux". Nous assistons à quinze années d'amitié indéfectible sur fond de violence et de misère. Les deux enfants se transforment en adolescents, l'amitié évolue en amour sauvage, les caractères s'affirment... mais Le bruit de tes pas ne saurait déroger à sa dimension tragique, celle que le roman annonçait déjà en incipit !

Ce titre est le premier roman de l'illustratrice pour enfants italienne Valentina d'Urbano. Et j'ai beaucoup aimé le lire, découvrir ses personnages, notamment ses deux héros tragiques, une Italie que je ne connaissais pas. Je suis restée étonnée qu'une population aussi importante puisse vivre ainsi des années en marge, à priori comme 90% des habitants de Rome coincés en banlieue, dans un pays moderne et proche de nous géographiquement. Il ne m'en restera cependant pas un souvenir impérissable, je le pressens. Il m'a manqué quelque chose, comme une force supérieure dans les mots, pour vraiment l'apprécier, le sentiment constant que les descentes aux enfers des jeunes de "La Forteresse" ont été ici lissées pour être lues par des adolescents. Un peu plus d'émotion brute ne m'aurait pas déplue.
Ce premier roman est cependant à lire, par curiosité, et pour découvrir cette Italie éloignée des cartes postales que le roman évoque.

Valentina D'Urbano a été éditée en Italie après avoir remporté avec Le bruit de tes pas le concours Io Scrittore organisé par le grand groupe éditorial italien Mauri Spagnol. L'auteur ainsi que la traductrice du livre, Nathalie Bauer, sont invitées au Salon VO VF de Gif sur Yvette le 29 septembre.

Ce livre fait partie des 30 romans de la sélection de Rentrée FNAC.

Un grand merci aux Editons Philippe Rey !! - 19€ - 5 Sept 2013

challengerentree2013

 

Challenge 1% rentrée littéraire : 3/6

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03 septembre 2013

En cours de lecture...

cherchezlafemme"Nina mesurait ce qui sépare une occupation d'un accomplissement. Elle n'allait pas toute sa vie parfaire son intérieur ! La peinture du couloir était écaillée. Le grenier était un dépotoir. Elle ne s'en moquait pas, mais elle n'avait pas la force de s'atteler à ces travaux. Un jour oui elle s'y mettrait. Un jour. Comme elle l'avait fait depuis son mariage, elle attendait. Elle attendait le conte de fées que devait être sa vie, et cette passive expectative la séparait d'elle-même, du présent (qui n'était rien à côté de l'avenir), du monde qui se fabriquait sans elle, des autres qui ne devinaient pas sa mélancolie. Nina Korol n'était pas là : elle était seule à l'arrêt de bus d'une ligne qui n'existait pas. Elle regardait par la fenêtre le jardin détrempé. La vieille balançoire accrochée au portique rouillé pendouillait entre les gouttes. Il restait surtout à attendre les petits-enfants qui la remettraitent en activité. Nina Korol avait trente-six ans et son rôle de mère était fini. Alors elle se mit à boire sérieusement."

Extrait de Cherchez la femme d'Alice Ferney... et - même si l'extrait n'est pas gai gai je vous l'accorde - je trouve que ce livre est du grand art !! Pourtant sorti en mars !! Je suis plongée dedans, complètement engloutie... une lectrice bienheureuse d'avoir trouvé un trésor.

 

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01 septembre 2013

Je ne retrouve personne ~ Arnaud Cathrine... Rentrée littéraire 2013

jeneretrouvepersonne"Bon, je ne te demande pas ce que tu es venu faire ici. On ne sait jamais pourquoi on revient, n'est-ce pas ? On se noie dans tout ce qui est perdu et puis on s'en va."

Aurélien arrive de mauvaise grâce à Villerville, près de Deauville, pour régler la vente de la maison familiale. Nous sommes en début d'automne. Ses parents sont à Nice, son frère aîné très occupé, lui l'écrivain n'avait semble-t-il rien de mieux à faire. Pourtant, il est en pleine promotion de son dernier titre. Alors, il est déterminé à ne rester là que le week-end. Mais les évènements et son propre abattement en décideront autrement... Aurélien se surprend à s'éterniser, sous divers prétextes, dans cette maison dans laquelle il n'avait plus mis les pieds depuis cinq ans.
Son agent immobilier s'avère en effet être un de ses amis d'enfance, et il est soudain urgent d'avoir des nouvelles de cet autre ami perdu de vue, Benoît. Il reçoit aussi la charmante visite de la fille de son ex Michelle, puis son frère aîné débarque, tout à coup perdu.
La solitude tant chérie par Aurélien à Paris, lui semblera dans ces lieux hors du temps, de jour en jour de plus en plus une source d'interrogation...

Quelle drôle d'histoire de lecture j'ai eu avec ce livre ! Tout d'abord, j'étais extrêmement impatiente de m'y plonger. Le titre, ce que je connaissais de l'auteur, et même cette couverture de bord de mer, tout était fait pour me tenter. Et puis, patatras, dès les premières pages, j'ai eu peur. Le style ne me plaisait pas du tout, je n'y reconnaissais rien de ce que j'avais aimé d'Arnaud Cathrine auparavant. Toute peinée que j'étais, j'ai tout de même persévéré et le charme a opéré petit à petit, quand même, discrètement.
Je ne retrouve personne est un récit très mélancolique, un peu à la Olivier Adam, qui a quelques airs de déjà-vu ailleurs - malheureusement - mais aussi quelques moments délicieux. Les scènes que se partagent Aurélien et la toute petite Michelle sont par exemple exquises. A contrario, le retour sur l'adolescence, la confrontation avec un milieu parental plus modeste, moins cultivé, le séjour dans une maison d'enfance devenue maison de vacances où le temps semble s'être figé, les figures du passé qui réapparaissent et font tomber masques et auréoles, tout cela m'a semblé par trop relever du poncif.
J'ai refermé ce roman - lu pourtant presque d'une traite - assez partagée... Je crois que j'attendais d'Arnaud Cathrine une flamboyance, une originalité dans le propos, que je n'ai pas retrouvée ici... dommage.

Editions Verticales - 17.90€ - Août 2013

challengerentree2013

 

Challenge 1% rentrée littéraire : 2/6

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31 août 2013

La rentrée n'aura pas notre peau

C'est Leiloona qui l'a dit... et j'ai bien envie d'y croire moi aussi, comme elle, en musique.

Car pour me donner la pêche, pour penser à autre chose, je compte sur les livres bien sûr, mais aussi sur des filles comme le groupe Brigitte. C'est le CD qui tourne aujourd'hui dans ma petite voiture, même si il n'est pas récent. Les enfants aiment bien celle sur le chewing-gum [clic] parce qu'elle est pleine de gros mots. Quelle éducation je leur donne, pfff... ;) Heureusement, ils ne comprennent pas toutes les paroles.
Moi j'aime bien l'album, en son entier, le caractère qui s'en dégage, je l'écoute régulièrement. Et ce clip avec ses faux airs de Thelma et Louise.
Parce que... oh là là, après avoir dansé tout l'été comme une cigale... bien envie de prendre aussi tout à coup une décapotable. Qui me suit ?  

 radio des blogueurs Le reste de la sélection chez Leiloona [clic]

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30 août 2013

Meilleurs voeux de Mostar ~ Frano Petrusa (BD)

mostar"Vingt ans sont passés en un clin d'oeil... Les toits et les ponts sont toujours là mais ce sont mes amis qui me manquent..."

Frano Petrusa raconte dans cet album sa propre histoire, son retour dans la ville de son adolescence, à Mostar, vingt ans après son départ précipité. Il constate que rien n'a changé, tout est plus ou moins réparé, cicatrisé. Seules les ruines de son vieux lycée technique permettent de se souvenir qu'il y a bien eu une guerre dans ces lieux de toute beauté...

Lorsque l'on recherche sur le net des images associées au nom de Mostar, c'est sur son magnifique pont emblématique que l'on tombe, détruit pendant la guerre de Bosnie, puis reconstruit, et d'où de jeunes intrépides s'élancent de nouveau pour plonger, devant les yeux éblouis des touristes.

Mostar-11


Frano le croate s'était fait des amis à Mostar, un serbe et une bosniaque mais il y a toujours comme il le dit... des imbéciles fanatiques "pour t'expliquer, pour te rappeler, à quel point nous sommes différents."

Je lis beaucoup de BD, j'en emprunte régulièrement en bibli, mais assez peu emportent mon adhésion. Je ne parle ici que de mes heureuses découvertes. Meilleurs voeux de Mostar en est une. Les dessins sont réussis, les cases s'enchainent de manière dynamique, et à la fin de notre lecture, on a le sentiment d'avoir compris et appris. Que demander de plus ?

Editions Dargaud - 14.99€ - Septembre 2012

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29 août 2013

Le sommeil des poissons, Véronique Ovaldé

lesommeildespoissons"En temps normal, les madous-madous font partie de celles qui résistent le mieux à la maladie grise. Elles ont des trucs pour cela. Elles mettent plus de canelle et de gingembre dans leurs galettes et elles y ajoutent de petits graines dont elles seules ont la garde. Elles n'attendent rien des hommes, et se suffisent à elles-mêmes. Ce qui déjà leur épargne pas mal de tracas, mes belles. Elles font des bébés pendant la saison gaie et ont la main sûre et caressante. Elles sont évidemment de conseil savant-éclairé ; elles comprennent les crues, les mathématiques, les hommes et les fièvres."

A chaque belle saison, les hommes reviennent dans cet étrange village, tout en haut du mont Tonnerre, seulement peuplé de femmes. Elles, elles attendent leur venue sans impatience, en profitent pour mettre en route quelques bébés et les renvoient au loin dès que la mauvaise saison revient. L'une d'entre elles vit pourtant à l'écart, la Mano, plus loin dans sa triste maison. Elle est marquée pour toujours d'une tache au visage, et les hommes l'intéressent peu. Elle lutte seulement contre la maladie grise qui souvent cherche à la prendre, alors que les madous d'en bas se serrent les unes contre les autres, et s'entourent de couleurs et de parfums pour ne pas sombrer.
Lorsque Jo, le géant, apparaît, la revêche devient tout à coup tout sucre et tout miel pour ce grand gaillard, une ensorceleuse, et se prend à rêver de maternité...

Attention ! Ce premier roman de Véronique Ovaldé, que Points a eu la bonne idée de rééditer en poche, regorge de fantaisie lyrique. Comme un chant suave, ou un conte, il nous emmène loin de la réalité, dans un monde inventé, surnaturel où règne l'humidité, la gouaille des mots et l'envoutement. Voilà, il faut savoir en tant que lecteur où on met les pieds. Si tel est le cas, il suffit ensuite de se laisser porter par ces premiers pas d'une auteure à l'univers riche et à l'écriture toujours identifiable...
Une lecture hors du temps.

Editions Points - 5.90€ - 29 août 2013

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28 août 2013

Une sortie en format poche ! Nos vies romancées ~Arnaud Cathrine

Alors que la présence en librairie du dernier roman d'Arnaud Cathrine, Je ne retrouve personne, est annoncée pour le 29 août (mais je vous en parlerai plus tard), sort simultanément en format poche ma lecture de 2012... Nos Vies romancées. Je vous recommande donc chaudement aussi ce titre qui explore avec intelligence la bibliothèque de l'auteur...

nosviesromanceespoche

Un extrait de mon billet d'alors...

"De sa découverte de Carson McCullers à sa tendresse pour la femme qu'était Jean Rhys, en passant par le personnage de Françoise Sagan ou Les fragments d'un discours amoureux de Barthes, c'est avec sensibilité et intelligence qu'Arnaud Cathrine nous présente ici ses choix littéraires. Il y mêle désir de liberté, retour sur lui-même, féminisme et exigence littéraire. Et le tout est véritablement passionnant.
Loin de me donner envie pour autant de découvrir ses auteurs fétiches, il m'a surtout incité à continuer de le lire lui, tant j'ai aimé à cette occasion retrouver son écriture. Je connaissais déjà La disparition de Richard Taylor ou Les vies de Luka, me reste encore bien d'autres titres à piocher dans sa production..."

Mon billet dans son intégralité par ici [clic].

"De l'enfant que j'étais, on a pu dire qu'il était "compliqué". Je pense plutôt qu'il est très "compliqué" de devenir soi-même quand la sacro-sainte norme nous souhaiterait tous identiques ; ça, je l'ai su très tôt. Le métier de vivre, ce n'est sans doute pas autre chose que ça : accepter sa liberté et, si tant est qu'elle ne nuise à personne, l'imposer sauvagement, obstinément, en serrant les dents tout d'abord, puis un grand sourire aux lèvres in fine. Cela prend sans doute toute une vie."

Editions du Livre de Poche - 6.10€ - 21 Août 2013

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