15 juillet 2013

L'odeur des planches, Samira Sedira

lodeurdesplanches"Le pire ce sont les w.-c. Et même avec des gants ça reste insupportable. Franchir le territoire privé, l'intérieur méprisable. Dans la cuvette l'eau est glacée à travers le latex. Je tends les bras, je frotte, vite, sans m'attarder, je m'empêche de penser à ce que je suis en train de faire, à la tâche indigne, à ce trou où chaque jour se déversent avec une régularité terrifiante excréments et urine chaude. Je ne sais plus pourquoi ni comment j'ai pu en arriver là. Mais il ne faut pas penser, ne jamais laisser vagabonder son esprit. Si tout à coup je me mettais à réfléchir à ce que je suis en train de faire, la lucidité me boufferait le cerveau."

Elle était comédienne et maintenant elle fait des ménages. Il n'y avait plus que ça pour qu'ils s'en sortent. Elle fait ça pour son compagnon, pour son fils, pour eux, mais y perd peu à peu son âme. Elle voudrait ne pas perdre la mémoire de "l'odeur des planches", pourtant c'est l'image de sa mère qui prend toute la place. Tout en astiquant la saleté des autres, elle convoque les souvenirs, ceux d'une famille d'immigrés algérien débarquant un jour dans le port de Marseille, chargés d'espoir. Comme une revanche sur le passé, la comédienne avait enfin réussi à passer de l'ombre à la lumière, sur la scène. Le présent ouvre de nouveau la porte à la honte, et à l'invisibilité...

Je suis partagée sur cette lecture que j'ai trouvé d'un côté pleine d'émotion et de l'autre légère sur la forme et le fond.
Il est premièrement difficile de ne pas se sentir touchée par cette destruction progressive de soi que la narratrice évoque. L'empathie était pour moi au rendez-vous. Et puis, le style de l'écriture est très bon.
Mais le procédé du parrallèle avec le passé, le fantôme de la mère, la présence évanescente du père, m'a semblé factice. Cela dit, ce récit étant un témoignage, et un premier roman, je pense que l'explication était là, dans la volonté de la démonstration.
Et j'ai pensé également - un peu trop peut-être - à toutes ces femmes dont faire le ménage chez les autres est le métier et le quotidien, et qui le vivent différemment, avec fierté parfois. J'en ai connu. Elles ne méritent pas d'être l'ombre et les comédiennes, elles, la lumière.
Une lecture qui donne à réfléchir cependant sur la condition de ceux qui ressentent leur travail comme un avilissement.

Editions Du Rouergue - 16€ - Mars 2013

A découvrir absolument pour Cathulu la tentatrice ! - Clara était très enthousiaste aussi !! 

 

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13 juillet 2013

Antigone... de Jean Anouilh

J'ai profité de quelques heures de solitude pour regarder cette pièce (en DVD) de Nicolas Briançon que je n'avais jamais vue, avec Barbara Schulz dans le rôle d'Antigone et Robert Hossein dans celui de Créon. C'était bien.
Le jeu de Barbara Schulz est parfait, elle incarne de manière très crédible le personnage je trouve. Son émotion est véritable et visible. Robert Hossein est Robert Hossein mais là plutôt dans la retenue, ce qui est mieux.
Et puis, j'ai apprécié aussi l'interview de l'actrice en bonus. Elle insiste sur le fait qu'il ne faut pas réduire la force d'Antigone à celle d'une adolescence en crise (j'approuve !). La jeune fille étant la représentation symbolique de tous ceux qui savent dire non, avec courage... et peur.

Un extrait.

 

DVD chez Copat - 2011 - Grand merci à mes prêteurs !

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12 juillet 2013

Albane Gellé

femmeballons

"les ficelles emmêllées avec des noeuds
dans la tête ça ne la gêne pas l'écriture
c'est pas qu'elle démêle elle démêle rien
elle dit rien elle se laisse faire je me
débrouille avec elle il y a pourtant de l'air
autour mais chaque fois que je me mets
à écrire c'est comme si j'en avais manqué
pendant des siècles je respire j'écris
comme si je me remettais à marcher
après un accident une maladie ça peut
arrriver plusieurs fois par jour un accident
une maladie c'est pas rien mais c'est pas
exceptionnel je n'écris rien d'exceptionnel
les choses viennent et des mots se collent
dessus dedans je m'en occupe je les
accompagne un bout le désordre ne devient
pas de l'ordre je ne range pas vraiment dans
la langue j'essaie de trouver juste assez de
lumière pour y voir clair quand ça arrive
personne n'est là pour m'entendre de toute
façon je ne dis rien"

extrait de L'air libre,Dé Bleu, p.28 [pioché ici]

http://albanegelle.canalblog.com/

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11 juillet 2013

Ecoute la pluie, Michèle Lesbre

ecoutelapluie"J'essayais d'imaginer dans quel décor il s'était levé le matin, quel vieux désespoir l'avait soudain rattrapé, quelles images insoutenables, lointaines ou non, quelles transformations du monde rendaient désormais la vie impossible. Peut-être seulement la solitude."

Alors que la narratrice s'apprête à prendre la prochaine rame de métro, puis le train vers Nantes afin de rejoindre son amant, un vieil homme lui adresse un sourire, puis se jette sur la voie, happé par la machine. Cruel moment qui désorganisera toutes les pensées de la jeune femme choquée, et la conduira dans une errance douloureuse où la dernière des choses possibles semble être de rejoindre l'homme qui l'attend.

J'ai eu envie de lire ce roman suite au passage de Michèle Lesbre à La Grande Librairie. Dans cette émission, elle expliquait avoir vécu ce moment là, réellement. Et qu'il avait fallu depuis beaucoup de mots, et beaucoup d'histoires, pour arriver à ce livre-ci.
D'où ma légère déception à lire ce titre, déception dont je vous parlais plus tôt et qui a essentiellement sa source dans l'exploitation de l'incident qui m'a semblé être trop délayé, noyé dans les réflexions de la narratrice sur l'importance, ou non, pour elle de rejoindre son amant. Je m'attendais sans doute à autre chose...

Editions Sabine Wespieser - 14€ - Février 2013 - Merci ma bibli !!

Lucie n'a pas aimé non plus et avait été inspirée par la même émission ;) - Clara n'a pas compris la finalité de ce roman Bouleversant pour Jack !!

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10 juillet 2013

Au jardin...

été 008

Décidément, je me régale avec ma nouvelle vue dans ma nouvelle maison ! Des bottes sont apparues dans le champ d'en face en fin d'après-midi hier. Pour moi, c'est synonyme d'été... (ouf enfin, osons-nous dire).
Mes deux petits sont partis en colo, l'une mardi et le second ce matin très tôt. Ils étaient ravis de s'en aller à l'aventure, alors de mon côté la séparation sera moins rude. Ils vont tout de même me manquer. C'est long trois semaines.

Côté lectures, je viens de terminer le tout petit roman de Michèle Lesbre Ecoute la pluie... Malgré la violence et le drame qui se joue dans ce livre, je garde comme un goût de déception. L'impression que la force du point initial se noie dans le reste des propos de l'auteure... Je ferai sans doute tout de même un billet et irai voir ce que vous vous en avez pensé.

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07 juillet 2013

T'es beau


Sophie-Tith - T'es beau (cover de Pauline Croze) par madmoiZelle

La gagnante de la Nouvelle Star revient mais avec un album de reprise... Mouais, je vous vois friser du nez, et vous avez raison, ce n'est jamais une bonne nouvelle. Sauf que cet album là est très bon, assez mélancolique, je viens de l'écouter en entier sur D**zer, j'aime beaucoup. On a le sentiment que les chansons choisies ont été écrites pour elle, et ce n'est pas trop "grand public" ou commercial, c'est tout discret et tendre, émerge de cela un véritable univers. Bon vent Sophie Tith !

Ben oui, je suis en mode musique depuis quelques temps... ;)

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06 juillet 2013

Un mari ordinaire, Christine Cerrada

unmariordinaire"Chaque fois qu'il se retournait vers elle pour lui tendre la main et l'aider, elle voyait ses épaules larges, son corps ramassé et souple, les fils d'argent dans ses cheveux, et elle ne pouvait pas comprendre, non, il lui était impossible de comprendre comment vingt-cinq ans de vie commune pouvaient faire fuir l'amour et l'intimité, alors que quelques semaines donnaient le sentiment d'une union profonde, d'une communauté d'esprit et de vues... que rien d'objectif pourtant ne venait prouver."

Claire a décidé de ne plus subir son tyrannique de mari et de s'enfuir discrètement à Campan accompagnée de leur chèvre Pretty. L'épopée pourrait sembler vouée à l'échec car la grange qu'elles louent n'est pas conçue pour accueillir un tel animal et les premiers pas de l'étrange couple sont plutôt hésitants. Mais à côté d'eux logent des voisins très amicaux Martin et Martine, prêts à les aider à la moindre occasion. Et puis, Claire fait très vite la connaissance de Fantin, dont la présence est un baume rassurant à chaque rencontre. Alors, malgré la désapprobation manifeste de son père, et la crainte que son fils Paul la tienne à distance, Claire tient bon et cueille petit à petit les fruits de sa décision...

Je laisse de côté pour un moment mes petites envies de rentrée littéraire pour un roman qui est sans conteste un livre de vacances, à glisser dans sa valise. Deuxième titre, de plus, de ma petite collection commencée avec Demain j'arrête de livres avec animaux en couverture !! ;)

Ma lecture s'est un peu bloquée vers la page 70, sans doute provoquée par un petit ralentissement de l'action. Mais tout s'est arrangé très vite ensuite et j'ai dégusté avec plaisir la légèreté de cette fugue féminine, qui devient très vite un hymne à l'amitié. Il est en effet assez facile de prendre le personnage de Claire en sympathie et la folie de sa fuite apparaît très vite comme la plus sage des impulsions.
En outre, ayant passé quelques jours dans la région il y a quelques années, il était amusant de se souvenir de ce village envahi tout l'été par de drôles de poupées à taille humaine.
La seule personne vivante étant ci-dessous ma fille, si mimi avec son petit air frondeur, si petite encore...

a9 a10 

a11 a6 

Une lecture pyrénéenne.

Merci aux éditions Michalon ! - 17€ - Mai 2013

De la veine des romans "qui font du bien" pour Cathulu ! 

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05 juillet 2013

Profite

Profitez bien... tous les petits bonnes gens qui ont la chance d'être en vacances ce soir !
Ci-dessous, un extrait de Vengeance de Benjamin Biolay, parce que le dernier album de Vanessa m'a conduit naturellement à lui... ;)
Et il a du talent, ce petit monsieur, ce n'est pas Bauchette qui me contredira. Me reste à découvrir l'album, mais "malheur" ma bibli a malencontreusement égaré ma réservation... le CD est introuvable. A suivre...

Info de dernière minute... le gagnant du Prix du meilleur roman des lecteurs de Points 2013 a été remporté par le magnifique et dense Une femme fuyant l'annonce de David Grossman !!!
J'ai été ravie de participer à ce prix qui m'a permis de très belles lectures. Mon choix personnel s'était porté sur le troublant Scintillation de John Burnside mais je suis heureuse du résultat qui met en avant un roman que j'ai également beaucoup aimé !!

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02 juillet 2013

Rentrée littéraire 2013

Les vacances se profilent... et je sais déjà que cette année je serai plus que disponible aux environs du 22 août (date plus ou moins officielle de l'ouverture des hostilités en matière de rentrée littéraire). J'en suis ravie, car l'an passé j'avais le sentiment de l'avoir un peu baclée. Alors ce soir, boudant le mauvais temps du dehors, et à la suite de mon ELLE qui m'avait titillée en avant première avec le prochain Ovaldé, je suis allée en repérage. J'ai donc déjà trois petites envies dans mon panier... j'espère en contracter bientôt quelques autres.

fishbook

Sorties prévues et présentes dans ma wish list (mise à jour du 4/07/13) :
Je ne retrouve personne d'Arnaud Cathrine chez Verticales
La grâce des brigands de Véronique Ovaldé aux éditions de l'Olivier
Avoir un corps de Brigitte Giraud chez Stock
Une part de ciel de Claudie Gallay chez Actes Sud (merci pour l'info les filles !)
Pas assez pour faire une femme de Jeanne Benameur chez Thierry Magnier en jeunesse (merci Noukette pour l'idée !)

Et vous ? Quel titre ou quel auteur attendez-vous avec impatience ou curiosité ?

Les autres sorties annoncées par vous en commentaire ci-dessous et pas mal aussi chez Marilyne (mise à jour du 12/07/13)...

Minds of winter
de Laura Kasischke chez Christian Bourgeois
Dans le silence du vent de Louise Erdrich chez Albin Michel
La confrérie des chasseurs de livres de Raphaël Jérusalmy chez Actes Sud
Danse noire de Nancy Huston chez Actes Sud
Le quatrième mur de Sorj Chalandon chez Grasset
Je pense goûter la plume de Thomas B. Reverdy chez Flammarion
Dans la lumière de Barbara  Kingsolver chez Payot Rivages
Canada de Richard Ford aux éditions de l’Olivier
La lettre à Helga de Bergsveinn Birgisson aux éditions Zulma
Outre-Atlantique de Simon Van Booy chez Autrement
Concerto pour la main morte de Olivier Bleys chez Albin Michel
Une rançon de David Malouf chez Albin Michel
L'enfant de l'étranger d'Alan Hollinghurst chez Albin Michel

à suivre...

 

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30 juin 2013

Demain j'arrête, Gilles Legardinier

demainjarrete"Portez-vous bien. Aimez. Risquez. Ne renoncez jamais. Affectueusement.
Julie
PS : Ne laissez pas les chats vous convaincre que les bonnets péruviens vous vont bien."

Je commence avec ce titre une petite collection sur ce blog (très courte) avec animaux en couverture... ;)

Julie travaille dans une banque mais n'a pas la vocation - si vocation elle est sensée avoir. Vendre à tout prix aux clients des produits onéreux, quitte à les arnaquer un peu, n'est vraiment pas sa tasse de thé. Elle a pris ce job à cause de son ancien petit ami, mais comme celui-ci n'est plus dans les parages la question du "qu'est ce que je fais là" se fait donc de plus en plus pressante. De plus, dans son immeuble, son nouveau voisin, au nom rigolo de Ricardo Patatras l'intrigue beaucoup. Il semble impossible de le croiser, dans les premiers temps, comme si l'homme n'existait pas. Et puis, les rencontres s'enchaînent, l'attachement est là, douloureux puisque visiblement pas complètement partagé.
Julie est prête à toutes les extravagances pour plaire à Ric et leur donner une chance...

Je vous avais prévenu dans un post précédent que Demain j'arrête était un petit livre léger, mais il se déguste en fait bien agréablement. Je n'ai pas boudé mon plaisir du tout, assez étonnée de me trouver avec Julie dans les premières pages quelques points communs, une certaine propension à se faire des films de tout et de rien par exemple. Heureusement pour moi et pour l'histoire, elle est un personnage bien plus déluré. L'amour et l'amitié sont mis au centre de ce récit qui fonctionne comme un mille-feuille, une couche de doutes, une couche d'enthousiasme, etc...
L'écriture est fluide et fraîche. Les rebondissements en cascade font de ce roman un véritable page turner. Vous aurez certainement d'un bout à l'autre le sourire aux lèvres et peut-être en toute fin une petite larme à l'oeil. Que demander d'autre parfois à un livre ?
Une lecture spéciale valise !

Editions Pocket - 7.60 € - Avril 2013

Sylire a trouvé qu'il n'était pas pour elle - Pour l'irrégulière c'est une petite sucrerie au coeur de l'été - Et il me semble que je l'avais vu et noté chez Ptitlapin, mais où est son billet ?

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