15 avril 2015

"Tu me demandes pourquoi j'écris.

La seule vraie question me semble plutôt être : mais pourquoi tout le monde n'écrit pas ?"

jardinage

 

(La photo n'a rien à voir - juste envie de la mettre là)

"J'écris parce que c'est un plaisir infini, parce que j'aime voir mes idées se transformer en un livre, parce que c'est ainsi que j'affronte la mort, parce que ça me permet des rencontres, parce que c'est une façon de continuer à m'inventer, parce que je peux jeter mes angoisses et mes obsessions sur le papier comme dans une arène, parce qu'ainsi ma conscience et mon inconscient entre en conversation, parce que c'est une manière de m'en sortir. J'écris pour contre-attaquer et manger ce monde qui essaye de me dévorer. J'écris pour équilibrer le rapport de force avec le réel. J'écris pour avoir une bonne excuse d'être à l'écart et de me soustraire aux jeux sociaux. J'écris parce que l'encre sur le papier m'émeut. J'écris par plaisir, pour en recevoir et pour en donner. J'écris parce que j'aime la fiction et que je crois en son pouvoir. J'écris aussi pour des raisons moins nobles parce que ça me donne l'occasion de prendre une revanche, et parce que, désespérement, je veux qu'on m'aime."

Extrait de Manuel d'écriture et de survie de Martin Page. 

J'ai acheté ce titre lors d'une rencontre vendredi soir dernier. Une soirée pendant laquelle j'ai également fait la bise à Emmanuelle Pagano. Mais ça c'était avant le dîner, et que tout le monde s'extasie sur les délicieux cakes thon/olives faits par mon mari. Je n'ai pas tout retenu de l'entretien (prendre des notes me semble toujours un peu inapproprié, et pas très discret). Ce qui m'a marqué personnellement est son soucis constant de ne pas rester figé dans un rôle, coincé derrière une étiquette, de faire bouger les limites et de s'adresser à tout le monde (livres fantastiques, romans, récits pour enfants), mais aussi d'utiliser tout ce qui permet de communiquer (le dessin, le numérique, etc...). Martin Page, qui se définit lui même comme un inadapté considère internet comme une bénédiction et salue son potentiel d'échanges et de rencontres. Pour savoir qui est l'écrivain, et un peu l'homme également, il suffit peut-être simplement de suivre son blog (http://www.martin-page.fr/blog/) et de lire le livre dans lequel je suis plongée.

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11 mars 2015

"En revenir

pineau

Commencer par le titre, la désillusion et y aller. N'en pas revenir encore, faire marche arrière, en avant toute. Question de survie. La surprise est passée, la sidération reste. S'arracher de là. Soulever les pieds de pierre et pesamment scander le point de non retour. Ebranler les alentours, les [in]certitudes, le corps et sa mémoire, le temps - à en appeler à l'orage, à en attirer les foudres. Etre plus fort que cela, regarder, ça bouge, ça gronde, ça auréole d'éclairs. Avancer. La terre tremble, réjouissances, lever la tête, et marcher droit. N'en être pas moins lourd mais regarder ailleurs. N'attendre plus rien mais savoir comment tout a commencé et comment tout finit. Parce que revenir de ce loin. Etre presque mort mais plus fort que l'enfermement. Peser maintenant le silence. L'alléger en en portant les chaînes. Et bientôt savoir où les déposer. Creuser."

Extrait de Avec dessus dessous de Jany Pineau, éditions Gros Textes, 2015

Ouvrir le livre d'une amie. Avoir attendu le bon moment pour le faire, d'être un peu plus apaisée dans son quotidien... Et puis trouver avec émotion dans ces pages juste les mots qu'il faut à poser sur aujourd'hui. Etre heureuse de cela. Et des post-it égrenés sur d'autres textes... comme L'Indicible ou La Parenthèse. Bravo Jany ! Et merci pour ta poésie. [Pour commander c'est par ici]

 

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17 février 2015

En cours de lecture...

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 "[...] j'adore cette nouvelle vie de mère de famille un peu débile mais résignée, les jours cousus les uns aux autres par l'habitude et la routine, je me voue tout entière à mes enfants, je les tiens fort dans mes bras, je les tiens fort par la main, et bien sûr qu'eux aussi me tiennent et qu'ils m'empêchent de tomber, de vriller, bien sûr qu'eux aussi me rassurent, me comblent, me protègent et me procurent cette joie bizarre, assez proche de la tristesse peut-être, parce que je vois bien que ce n'est plus seulement de l'amour ça, au fond, c'est de l'anéantissement."

Extrait de... La Gaieté de Justine Levy

 

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01 février 2015

En cours de lecture...

beaume "Il arrive que mon fils scande notre paresse avec les pointillés que font les cailloux plats rebondissant sur la surface de la rivière. Il est capable d'en aligner plus d'une dizaine d'une rive à l'autre en prenant des diagonales. De là, nous nous lançons parfois dans une tentative de retrouver les paroles des Ricochets de Brassens, dont je connais tout le répertoire par coeur grâce aux anciens voisins de mes parents, mais à part ça, à part ces tangentes chantées que nous nous autorisons à prendre, ces diagonales cassées sur l'onde par la poigne calme de mon fils, nous ne faisons rien qu'être ensemble, tous les deux et l'eau et ses emportements."

Extrait de Ligne et Fils, le prochain roman d'Emmanuelle Pagano, dont la sortie est prévue le 5 février chez POL... ouah comme c'est beau, et comme je me régale.

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03 janvier 2015

En cours de lecture...

livrereflet

"Les histoires que les autres racontent sur vous et les histoires que l'on raconte sur soi-même : lesquelles se rapprochent le plus de la vérité ? Est-il si évident que ce soient les nôtres ? Est-on pour soi-même une autorité ? Mais ce n'est pas vraiment la question qui me préoccupe. La vraie question, c'est : y a-t-il dans de telles histoires une différence entre le vrai et le faux ? Dans les histoires sur ce qui est extérieur, oui. Mais quand nous partons pour comprendre quelqu'un à l'intérieur ? Est-ce là un voyage qui arrive à un moment quelconque à son terme ? L'âme est-elle un réceptacle de faits vrais ? Ou les prétendus faits vrais sont-ils seulement les ombres trompeuses de nos histoires ?"

Extrait de Train de nuit pour Lisbonne de Pascal Mercier

Merci Sophie ! J'ai pris mon temps pour l'ouvrir mais je me régale... ;)

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11 novembre 2014

En cours de lecture...

"[...] ainsi donc, le monde est bien plus vaste que le petit territoire propre et verouillé que je parcours depuis l'enfance, il est traversé de mille frontières dont une première vient de m'apparaître, il intègre ce qu'on a toujours cherché à tenir éloigné de moi, dans un souci évident de protection mais qui, loin de me procurer un quelconque apaisement, génère en moi la plus vive des angoisses : la vie n'est pas seulement ordre, clarté, cohérence, verticalité, unicité, maîtrise, toutes ces choses qui, lorsqu'elles existent seules, sont effrayantes - mais aussi désordre, ombre, folie, aliénation, effondrement. On n'est pas toujours debout. On est parfois à terre. On est parfois hurlant. En mille morceaux. Oui, la vie est immense, ouverte sur des abîmes. Ouverte sur des espaces. La vie est bien vivante."

Extrait de Une vie à soi de Laurence Tardieu, Flammarion 2014

inrocks

(copyright - photo chipée sur le twitter des Inrocks)

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10 septembre 2014

En cours de lecture...

LEARN TO LOVE

"Si je te raconte ça, c'est parce que le plus grand péché, c'est d'aimer quelqu'un et de ne pas lui dire. Si on se tait, cette personne ne sait pas, en marchant dans la rue ou en entrant dans une pièce remplie d'inconnus, elle ne sait pas qu'elle est aimée. Tu es aimée, et ça ne pourra jamais t'être retiré. Ce n'est pas grand chose. C'est tout ce que j'ai. Peut-être que ça suffit."

Extrait de La Chute des princes de Robert Goolrick ... un roman bien plus intéressant que je ne le pensais (mon billet bientôt)

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19 août 2014

Quand on comprend que l'énergie ne se lit pas seulement dans le mouvement

patients

"[...] C'est peut-être un monde fait de décence, de silence, de résistance,
Un équilibre fragile, un oiseau dans l'orage,
Une frontière étroite entre souffrance et espérance,
Ouvre un peu les yeux, c'est surtout un monde de courage.

Quand la faiblesse physique devient une force mentale,
Quand c'est le plus vulnérable qui sait où, quand, pourquoi et comment,
Quand l'envie de sourire redevient un instinct vital,
Quand on comprend que l'énergie ne se lit pas seulement dans le mouvement.

Parfois la vie nous teste et met à l'épreuve notre capacité d'adaptation,
Les cinq sens des handicapés sont touchés mais c'est un sixième qui les délivre,
Bien au-delà de la volonté, plus fort que tout, sans restriction,
Ce sixième sens qui apparaît, c'est simplement l'envie de vivre."

Extrait de Patients par Grand Corps Malade - Editions Points - 5.70€ - Mai 2014

Ce témoignage (qui raconte comment la vie de Fabien a changé juste après sa chute, et sa lente ascension vers l'autonomie) m'a marqué par sa simplicité et sa sincérité, exemple de courage et de grande ténacité, à l'image de ce que le jeune artiste semble être à l'écran. 
Je vous renvoie vers l'article de Clara [clic ici].

[Et sinon, un petit retour tout doux par ici... avec pour bientôt, quelques lectures de rentrée.]

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23 juin 2014

En cours de lecture...

"II y avait déjà bien des années que, de Combray, tout ce qui n'était pas le théâtre et le drame de mon coucher, n'existait plus pour moi, quand un jour d'hiver, comme je rentrais à la maison, ma mère, voyant que j'avais froid, me proposa de me faire prendre, contre mon habitude, un peu de thé. Je refusai d'abord et, je ne sais pourquoi, me ravisai. Elle envoya chercher un de ces gâteaux courts et dodus appelés Petites Madeleines qui semblent avoir été moulés dans la valve rainurée d'une coquille de Saint-Jacques. Et bientôt, machinalement, accablé par la morne journée et la perspective d'un triste lendemain, je portai à mes lèvres une cuillerée du thé où j'avais laissé s'amollir un morceau de madeleine. Mais à l'instant même où la gorgée mêlée des miettes du gâteau toucha mon palais, je tressaillis, attentif à ce qui se passait d'extraordinaire en moi. Un plaisir délicieux m'avait envahi, isolé, sans la notion de sa cause. II m'avait aussitôt rendu les vicissitudes de la vie indifférentes, ses désastres inoffensifs, sa brièveté illusoire, de la même façon qu'opère l'amour, en me remplissant d'une essence précieuse : ou plutôt cette essence n'était pas en moi, elle était moi. J'avais cessé de me sentir médiocre, contingent, mortel. D'où avait pu me venir cette puissante joie ? Je sentais qu'elle était liée au goût du thé et du gâteau, mais qu'elle le dépassait infiniment, ne devait pas être de même nature. D'où venait-elle ? Que signifiait-elle ? Où l'appréhender ? Je bois une seconde gorgée où je ne trouve rien de plus que dans la première, une troisième qui m'apporte un peu moins que la seconde. II est temps que je m'arrête, la vertu du breuvage semble diminuer. Il est clair que la vérité que je cherche n'est pas en lui, mais en moi. [...]

ducotedechezswann

Je pose la tasse et me tourne vers mon esprit. C'est à lui de trouver la vérité. Mais comment ? Grave incertitude, toutes les fois que l'esprit se sent dépassé par lui-même ; quand lui, le chercheur, est tout ensemble le pays obscur où il doit chercher et où tout son bagage ne lui sera de rien. Chercher ? pas seulement : créer. II est en face de quelque chose qui n'est pas encore et que seul il peut réaliser, puis faire entrer dans sa lumière. Et je recommence à me demander quel pouvait être cet état inconnu, qui n'apportait aucune preuve logique, mais l'évidence, de sa félicité, de sa réalité devant laquelle les autres s'évanouissaient. Je veux essayer de le faire réapparaître. Je rétrograde par la pensée au moment où je pris la première cuillerée de thé. Je retrouve le même état, sans une clarté nouvelle. Je demande à mon esprit un effort de plus, de ramener encore une fois la sensation qui s'enfuit. Et, pour que rien ne brise l'élan dont il va tâcher de la ressaisir, j'écarte tout obstacle, toute idée étrangère, j'abrite mes oreilles et mon attention contre les bruits de la chambre voisine. Mais sentant mon esprit qui se fatigue sans réussir, je le force au contraire à prendre cette distraction que je lui refusais, à penser à autre chose, à se refaire avant une tentative suprême. Puis une deuxième fois, je fais le vide devant lui, je remets en face de lui la saveur encore récente de cette première gorgée et je sens tressaillir en moi quelque chose qui se déplace, voudrait s'élever, quelque chose qu'on aurait désancré, à une grande profondeur ; je ne sais ce que c'est, mais cela monte lentement ; j'éprouve la résistance et j'entends la rumeur des distances traversées. Certes, ce qui palpite ainsi au fond de moi, ce doit être l'image, le souvenir visuel, qui, lié à cette saveur, tente de la suivre jusqu'à moi. Mais il se débat trop loin, trop confusément ; à peine si je perçois le reflet neutre où se confond l'insaisissable tourbillon des couleurs remuées ; mais je ne peux distinguer la forme, lui demander, comme au seul interprète possible, de me traduire le témoignage de sa contemporaine, de son inséparable compagne, la saveur, lui demander de m'apprendre de quelle circonstance particulière, de quelle époque du passé il s'agit. Arrivera-t-il jusqu'à la surface de ma claire conscience, ce souvenir, l'instant ancien que l'attraction d'un instant identique est venue de si loin solliciter, émouvoir, soulever tout au fond de moi ? Je ne sais. Maintenant je ne sens plus rien, il est arrêté, redescendu peut-être ; qui sait s'il remontera jamais de sa nuit ? Dix fois il me faut recommencer, me pencher vers lui. Et chaque fois la lâcheté qui nous détourne de toute tâche difficile, de toute oeuvre importante, m'a conseillé de laisser cela, de boire mon thé en pensant simplement à mes ennuis d'aujourd'hui, à mes désirs de demain qui se laissent remâcher sans peine. Et tout d'un coup le souvenir m'est apparu. Ce goût, c'était celui du petit morceau de madeleine que le dimanche matin à Combray (parce que ce jour-là je ne sortais pas avant l'heure de la messe), quand j'allais lui dire bonjour dans sa chambre, ma tante Léonie m'offrait après l'avoir trempé dans son infusion de thé ou de tilleul. La vue de la petite madeleine ne m'avait rien rappelé avant que je n'y eusse goûté ; peut-être parce que, en ayant souvent aperçu depuis, sans en manger, sur les tablettes des pâtissiers, leur image avait quitté ces jours de Combray pour se lier à d'autres plus récents ; peut-être parce que, de ces souvenirs abandonnés si longtemps hors de la mémoire, rien ne survivait, tout s'était désagrégé ; les formes - et celle aussi du petit coquillage de pâtisserie, si grassement sensuel sous son plissage sévère et dévot - s'étaient abolies, ou, ensommeillées, avaient perdu la force d'expansion qui leur eût permis de rejoindre la conscience. Mais, quand d'un passé ancien rien ne subsiste, après la mort des êtres, après la destruction des choses, seules, plus frêles mais plus vivaces, plus immatérielles, plus persistantes, plus fidèles, l'odeur et la saveur restent encore longtemps, comme des âmes, à se rappeler, à attendre, à espérer, sur la ruine de tout le reste, à porter sans fléchir, sur leur gouttelette presque impalpable, l'édifice immense du souvenir."

Extrait de... À la recherche du temps perdu. Du côté de chez Swann, Marcel Proust, 1913. 

Je me régale... de manière assez inattendue en fait, à redécouvrir la prose de Marcel Proust. J'avais oublié que l'on pouvait si bien écrire, et avec tant d'élégance, laisser filer le temps, la pensée, et n'en dégager ainsi rien d'inutile, bien au contraire, seulement la pleine et complète texture de la vie. Je ne m'ennuie pas, j'exulte, je fais des oh et des ah, et j'apprécie.

Aifelle et Keisha font de cette lecture une Lecture Commune pour le 29 août prochain !!

 

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02 juin 2014

En cours de lecture...

amitie

 "Dans une certaine mesure, je crois qu'il était flagrant que Jack et moi nous aimions. De quelle étoffe cet amour était fait, cela restait à définir. Peut-être était-ce le genre d'amour qu'éprouvent deux Hongrois qui se rencontrent à Hawaii. Ou deux chirurgiens qui viennent de réussir une greffe du coeur. Ou Roméo et Juliette. Ou peut-être ça n'avait aucune importance. Certainement, même. Ca n'avait pas de nom, probablement pas de but non plus. C'était un sentiment flou et ni lui ni moi n'y ferions jamais allusion. Je ne m'en souciais pas plus que ça, pour être honnête, mais il y avait quelque chose chez Jack qui justifiait chaque minute passée en sa compagnie. Rien ne le mettait jamais en difficulté : il prenait toutes les complexités que vous lui soumettiez et les réduisait à néant. Il montrait l'idiote en vous sans jamais vous traiter d'idiote. Avec lui, il était inutile de combler les silences et, à la fin d'une conversation, vous n'aviez pas l'impression que vous auriez mieux fait de ne pas dire telle ou telle chose."

Extrait de La Ballade d'Hester Day par Mercedes Helnwein chez La Belle Colère

Il est évident que je suis séduite. 

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