29 mai 2014

En cours de lecture...

maine1

"Personne n'avait prévenu Kathleen des côtés sombres de la maternité. Vous donnez la vie, et les gens vous apportent d'adorables petits chaussons et de mignonnes couvertures roses. Mais, ensuite, vous vous retrouvez seule. Votre corps tente de guérir mais votre esprit, lui, part à la dérive. Un mélange de joie et d'amour le plus pur, mêlé à de l'ennui et de la colère occasionnelle. Quand les enfants grandirent, cela devient plus facile. Plus facile, mais jamais naturel."

Extrait de Maine de J. Courtney Sullivan - Le livre de poche - 30 avril 2014

Je me régale à lire ce livre, indubitablement... (mon billet bientôt)

Posté par Antigone1 à 18:29 - - Commentaires [6] - Permalien [#]


20 mai 2014

En cours de lecture...

edouardboubatrapho

"Je suis assise là au milieu du monde, avec cette impression étrange d'être là sans y être vraiment. Je suis peut-être celle que vous venez de croiser ; cette ombre que vous n'avez pas vue... et pourtant si vous aviez levé un peu les yeux, si vous m'aviez demandé ne serait-ce qu'un sourire je vous l'aurais donné si vite... C'est dur d'exister au milieu de la foule, mais moi je prends mon droit d'exister parmi vous et si vous saviez comme c'est beau... Devenir une femme c'est un hurlement permanent, ça me fait mal c'est vrai. On a beau dire ce qu'on veut être une femme c'est renoncer à soi, à ce petit bout de chair que l'on trimballe depuis l'enfance, "mon petit coeur insouciant". On ne m'a pas prévenue que pour être une femme il fallait du courage. Avant j'avais les cheveux en bataille, l'écharpe mal nouée, le manteau ouvert au vent, les mains pleines de terre, le visage gelé par le froid, mais j'étais déterminée, et j'en avais du courage. Maintenant je suis perdue dès que je me regarde dans la glace, c'est qui cette femme avec ces formes, ces creux ? Moi j'voulais pas que la puissance d'une femme ce soit sa beauté ou même sa féminité, non... moi je voulais être une femme avec un coeur d'amazone, je voulais qu'être une femme ce soit de prendre des poignées de boue dans mes mains fragiles et puis de me peindre le visage avec, d'en étaler partout sur mon corps et offrir au monde toute cette force, toute cette maladresse. Mais avec les années je me suis aperçue que ce n'était pas si facile que ça, parce que au creux de mon ventre de femme, c'est tellement fragile, il y a un besoin terrible de tendresse, d'amour, de douceur et c'est tellement précieux, parce que ça aussi c'est une force..."

Extrait de Paroles de femmes - La liberté du regard - Librio - 3€ - Sept 2007

© Crédit photo : Edouard Boubat/Rapho

Posté par Antigone1 à 15:40 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags :

10 avril 2014

La marche à l'amour... extrait

je marche à toigastonmiron
je titube à toi
je meurs de toi jusqu'à la complète anémie
lentement je m'affale tout au long de ma hampe
je marche à toi, je titube à toi, je bois
à la gourde vide du sens de la vie
à ces pas semés dans les rues sans nord ni sud
à ces taloches de vent sans queue et sans tête
je n'ai plus de visage pour l'amour
je n'ai plus de visage pour rien de rien
parfois je m'assois par pitié de moi
j'ouvre mes bras à la croix des sommeils
mon corps est un dernier réseau de tics amoureux
avec à mes doigts les ficelles des souvenirs perdus
je n'attends pas à demain je t'attends
je n'attends pas la fin du monde je t'attends
dégagé de la fausse auréole de ma vie

Gaston Miron, in Une anthologie de poésie contemporaine francophone, mars 2013

Quoi de mieux, (n'est-ce pas ?) qu'un peu de poésie pour retrouver du sens au vacarme ! - Sinon demain, si tout va bien, je vais voir Laurence Tardieu en rencontre... très hâte.

Posté par Antigone1 à 20:55 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
Tags :

21 mars 2014

Attente

Les hirondelles du souvenir
perroquetVoyagent d'un doigt à l'autre
Et sur le bout du doigt
Le Lézard vert de l'avenir
Mange les mouches du coeur.
Je donnerai cette pastille
A la langue qui baisera l'ennui fidèle,
J'accepterai la main
Qui donnera des graines de soleil,
De lune, d'étoiles et de nuages
A mon perroquet vert.
Je crie :
A moi, à moi, à moi !
Mais je sais bien que ce n'est qu'un perroquet à l'oeil vorace,
Car je n'appelle pas, ni moi, ni vous ni personne.
Sous le masque j'ai mis le vide.
Dans le vide j'ai mis les mille lettres de l'alphabet,
Cela fait un beau concert
Bien qu'il n'y ait personne.
Et pourtant j'attends, j'attends,
J'attends le zéro qui ne viendra jamais.

Georges Ribemont-Dessaignes

in "Poèmes à dire" Une anthologie de poésie contemporaine francophone -7€ - Mars 2013

Acheté sur un coup de tête jeudi, et j'ai bien fait.

Posté par Antigone1 à 20:35 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
Tags :

23 février 2014

Le Printemps des Poètes revient

... du 8 au 23 mars 2014. Une fois n'est pas coutume, je reprends la vidéo du jour d'Aifelle [clic] sur mon blog. Elle est si belle. 

 

Posté par Antigone1 à 16:24 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
Tags :


13 février 2014

En cours de lecture... (extrait)

lectricefemme

Deux orages ne se regardent jamais dans les yeux
(à Miles Davis et John Coltrane)

Imagine un éléphant
qui marche tranquillement sur la lune
imagine le silence qui s'étend de tout son long
dans le ventre sifflant d'une braise
imagine la nuit
qui passe une main dans tes cheveux
des glaçons qui font l'amour
imagine une ville
qui chuchote à ton oreille
ses secrets sombres
imagine un taureau
à toute berzingue dans le désert
le nuage de poussière jaune
dans son dos
l'écho de son galop
dessiné dans le ciel
imagine
l'instant d'après

In Juste après la pluie de Thomas Vinau, Editions Alma éditeur, 30 janvier 2014 - Ce n'est pas un roman, c'est de la poésie qui se picore, mais comme je m'en doutais c'est bien... (billet à suivre)

Posté par Antigone1 à 18:21 - - Commentaires [6] - Permalien [#]
Tags :

05 février 2014

Le cercle des poètes disparus... citation publicitaire

Ce texte me disait bien quelque chose... 

"J'ai un petit secret à vous dire, approchez. Allons approchez ! On lit ou on écrit de la poésie non pas parce que c'est joli. On lit et on écrit de la poésie parce que l'on fait partie de l'humanité et que l'humanité est faite de passions. La médecine, le commerce, le droit, l'industrie sont de nobles poursuites et elles sont nécessaires pour assurer la vie. Mais la poésie... la beauté... l'amour, l'aventure, c'est en fait pour cela qu'on vit. Pour citer Whitman : "Ô moi, ô la vie, tant de questions qui m'assaillent sans cesse. Ces interminables cortèges d'incroyants. Ces cités peuplées de sots. Qu'y a-t'il de beau en cela ? Ô moi, ô la vie ?" Réponse : Que tu es ici. Que la vie existe ! Et l'identité. Que le prodigieux spectacle continue et que tu peux y apporter ta rime. [Il répète en appuyant tout les mots] Que le prodigieux spectacle continue et que tu peux y apporter ta rime. Quelle sera votre rime ?"

 

Posté par Antigone1 à 21:02 - - Commentaires [12] - Permalien [#]

16 novembre 2013

En cours de lecture... "Le début de la fiction"

"Quand on ne voit plus sa famille ou quand elle a disparu corps et biens, alors ce qui pose problème c'est la façon dont on raconte l'histoire, la vilaire soeur, ce qui est ajouté, ce qui est soustrait, la façon dont je vis l'histoire, différente de celle dont ma soeur l'a vécue ou ma mère ou mon père, chacun de nous a une version de l'affaire, et ces versions n'ont aucun point d'achoppement, elles ne se recoupent jamais, et les évènements remémorés ne sont pas les mêmes, les dates ne sont pas les mêmes, alors il faudrait pouvoir confronter ces versions, mais puisque la famille a disparu ou bien qu'elle est muette ou démantibulée cette entreprise est impossible et ma vérité devient mensonge, elle n'est que ce que j'ai pu vivre et ressentir, elle est incomplète et blessante et invérifiable, nos versions sont comme deux ou trois droites parallèles qui jamais ne se rejoignent, raconter ma propre histoire devient un projet si artificiel et si solitaire, l'élaboration a posteriori donne l'impression d'une trajectoire, d'une volonté et d'un désir, mais ce n'est qu'une vue de l'esprit. Les détails m'emmènent toujours plus loin que je ne l'aurais voulu, ils ouvrent des digressions, des parenthèses, des souvenirs, je vois mes poupées russes s'accumuler, elles me submergent, tombent du bureau, c'est la fantasia des poupées russes. Que faire de ces imbrications ? On se voudrait clinique, on devient baroque. Et quand tout s'est calmé, il ne reste que des fragments disjoints, les dalles disjointes du carrelage, et les interstices laissent voir la terre même, la terre battue, sa poussière, sa sécheresse et sa profondeur."

Extrait de La Grâce des brigands de Véronique Ovaldé

Malgré les quelques défauts que je lui trouve, cette lecture (et des extraits comme celui ci-dessus particulièrement) me donne tellement de frissons (au sens propre du terme), me parle tellement... que je ne pourrai que l'affubler prochainement d'un coup de coeur.
Mon billet bientôt.

ovaldeextrait

 

Posté par Antigone1 à 18:20 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : ,

07 novembre 2013

En cours de lecture...

pulltete

"Si seulement elle pouvait abandonner son fichu cerveau, laisser son coeur gonfler, s'enflammer, son cerveau prendre l'air des journées et des saisons entières, et écrire des contes pour enfants. Elle ouvrirait la bouche devant les gens réunis à la bibliothèque, et voilà ce qu'il en sortirait : Il était une fois... [...]
Mais peut-être que l'on pouvait vivre en dessous du cou. Peut-être que l'on pouvait vivre avec les vêtements que l'on souhaitait enlever, tous empilés par-dessus la tête, devant la figure ; pas seulement un pull avec le col étroit, mais tout ce qui se coincerait là - pantalons, chaussures et chaussettes -, un désordre farfelu sur les épaules, à la place de la tête, tandis que le corps, nu comme un ver, se préparerait à vivre le reste de sa vie dans la campagne profonde, la cambrousse, sur une bretelle d'autoroute, sous la pluie. Peut-être était-ce possible. Parce que quand elle dormait contre lui comme ça, le reste du monde se précipitait dans une valise sous le lit. C'était la fin du désir que d'avoir ça. La voilà, la voilà. Il s'enroulait autour d'elle, prenait sa tête comme celle d'un enfant dans sa main et lui soufflait des mots, dans la gorge, dans la poitrine, alors qu'il s'endormait. Endors toi, endors-toi avec moi."


Extrait de Vies cruelles de Lorrie Moore

Pour l'instant, je ne sais que penser de ce titre entre admiration et interrogation. Je crois que je n'avais encore jamais rien lu de pareil. J'avais beaucoup aimé La passerelle du même auteur [clic ici]. Mon billet bientôt.

Posté par Antigone1 à 18:06 - - Commentaires [8] - Permalien [#]
Tags :

29 octobre 2013

En cours de lecture...

"Le froufroutement de la couverture est assourdissant. Elle pèse sur mon corps comme une personne inconsciente. Le motif rose imprimé rend l'étoffe dure. Le drap est taillé dans une matière qui s'appelle coton gratté, cela signifie sans doute qu'on s'écorche la peau quand on se retourne. Et puis il y a des miettes dans le lit, elles sont d'avant-hier, sèches et pointues comme des gravillons, elles s'enfoncent dans mes cuisses. Je me noie dans l'oreiller moelleux, il se glisse sous mon nez, ma bouche, se place dans la trajectoire de ma respiration et me souffle en retour dans la figure. Le matelas menace de m'engloutir. Il faut que je me lève, tout de suite. D'un mouvement énergique, je m'assieds au bord du lit et vois danser des points argentés devant mes yeux. Le sang gronde dans mes oreilles et j'entends un bourdonnement aigu. Une tension basse est parfois comme un voyage en vaisseau spatial."

dormir

 

Extrait de L'Envol du Héron de Katharina Hagena...

...peut-être pas un coup de coeur à ce stade de ma lecture, mais je me régale avec de très beaux passages. Mon billet bientôt.

Posté par Antigone1 à 18:25 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags :