27 novembre 2010

Médieuse

m_dieuseLa rosée la pluie la vague la barque
La reine servante
Médieuse

La perle la terre
Perle refusée terre consentante

Le départ entre deux feux
Le voyage sans chemins
          D'un oui à un autre oui
          Le retour entre les mains
                      De la plus fine des reines
                      Que même le froid mûrit.

Poésie et vérité 1942, Paul Eluard

Parce que quelqu'un est parti en voyage et que je voudrais éclairer un peu son chemin... Parce que je suis triste et que j'ai envie de le dire, de l'avouer, parce que je me pose des questions, parce que je réfléchis. Parce que je voudrais compter. Parce qu'il a compté, que j'étais sa "petiote". Parce qu'ils comptent tous et qu'ils ne s'en doutent même pas. Parce que la vie est faite de nombreuses barrières, et que je suis accroupie tout au fond derrière. Parce que c'est un peu dur d'être légère ce soir...

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22 novembre 2010

En cours de lecture...

pluie_extrait"A présent, il court vers moi et, cette minute, je la savoure. Je me l'approprie. Le drap argenté de l'eau frémit autour de lui tandis qu'il s'approche, s'élançant vers moi dans l'air léger. Je pousse un cri - un son, pas de mots. Mon plus jeune frère, mon plus petit frère... Pendant cinq ans il a occupé ma vie, ses mouvements incessants, ses rares paroles, tout cela était à moi. La courbure ravissante de ses membres délicats, voilà ce dont je rêvais pour mon propre corps, cette légèreté et cette insouciance, cet élan perpétuel et irrépressible, libéré du poids du discours et de la pensée. Aujourd'hui encore j'ai la conviction que mon frère jaillissant de ce nuage laiteux dans son short en coton rouge formant au loin une tache indistincte, ne fait qu'un avec moi. Il dure une éternité cet instant où il revient vers moi. Son être tout entier, le mien, est contenu dans cette combinaison particulière de muscles, d'os, de peau et de cheveux. Or, chose curieuse, malgré la complexité du phénomène, malgré toute l'énergie concentrée dans sa course, j'eus, quand il me rejoignit, l'impression qu'il venait d'apparaître brusquement à mes côtés.
"Hou hou !" fit-il en me prenant la main."

Extrait de Pluie Par Kirsty Gunn, Points

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24 octobre 2010

Le sang visible du vitrier, James Noël

lesangvisible_du_vitrierNotre siamoise différence

beaux mes bras
à être mutilés
suis-je un vitrier
qui fait pacte avec les pierres
pour célébrer leur impact sur les vitres

ouvre mon image pour t'atteindre
de ressemblance et de fracture
tu chanteras notre siamoise différence

je coupe les vitres
quand ça casse
un sang coule net dedans
il m'arrive même en écrivant
de croire que c'est la vérité qui blesse
pourtant de là ma visibilité renforcée
coeur brisé du miroir
miroir brisé du coup

je coupe les vitres
en m'ouvrant les veines

Vent d'ailleurs 2009 - 9€

James Noël est né à Hinche en Haïti en 1978.
Sa poésie m'est apparue pleine de force rentrée, de colère et d'énergie. Elle est à la fois violente et amoureuse, mais aussi tour à tour fière et désabusée.
Je me suis penchée avec curiosité sur cet opus d'une poésie haïtienne que je ne connais pas. J'en ai aimé la vitalité et la simplicité. J'ai eu conscience de découvrir un univers très éloigné du mien. Voici un livre qui mérite de multiples lectures. Difficile de lire un recueil de poèmes d'une traite, comme on lit plus généralement un roman ou tout autre oeuvre linéaire...
Le petit plus de cette lecture ? Cette évidence qui apparaît très rapidement à la lecture. James Noël s'inscrit dans une modernité sans complexes, chacun de ses mots est vivant, persuadé d'être entendu. De quoi en prendre de la graine.

Un grand merci à BOB pour ce partenariat et à Vents d'ailleurs pour l'envoi !!

Le billet très riche de Pascale sur ce recueil

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11 octobre 2010

Je préfère les fleurs

jepr_f_relesfleurs"[...] et vous, est-ce que vous m'aimez un peu, d'abord, je ne sais pas, comment, vous ne m'aimez pas, mais qu'est-ce que je vous ai fait, et qu'est-ce que vous n'aimez pas chez moi, mon visage, mes yeux, mon cou, mon pancréas, allons, même pas un peu, mon cerveau, eh bien moi non plus je ne vous aime pas, jamais, je vous déteste, je vous hais, jamais, je vous exècre, jamais, je vous abomine indubitablement, jamais je ne vous aimerai, jamais, jamais, jamais, jamais, jamais, jamais, jamais, j'men fous, j'préfère les fleurs j'vous dis, j'préfère les fleurs, et les fleurs me prèfèrent aussi, d'ailleurs, passionnément, parfaitement [...]."

Extrait de Le Dos de la langue (poésie courbe) de Jacques Rebotierledosdelalangue
- 18.29€ - Editions de l'Arbalète chez Gallimard - Avril 2001

Grand merci à Véro (l'encreuse) pour ce délicieux cadeau...
...ça tourne dans tous les sens, ça virevolte, ça taquine, c'est terrible !

Et tout cela grâce à cet extrait-là... [clic], j'en ai de la chance.

A compulser sans compter.

http://rebotier.perso.neuf.fr

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19 septembre 2010

Ils en ont de bonnes ...

aragon"[...] Ils en ont de bonnes ceux
Qui parlent d'amour comme d'une histoire de cousine
Ah merde pour tout ce faux-semblant
Sais-tu quand cela devient vraiment une histoire
L'amour
Sais-tu
Quand toute respiration tourne à la tragédie
Quand les couleurs du jour sont ce que les fait un rire
Un air une ombre d'ombre un nom jeté
Que tout brûle et qu'on sait au fond
Que tout brûle
Et qu'on dit Que tout brûle
Et le ciel a le goût du sable dispersé
L'amour salauds l'amour pour vous
C'est d'arriver à coucher ensemble
D'arriver
Et après Ha ha tout l'amour est dans ce
Et après [...]"

Aragon, extrait de La Grande Gaîté

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06 septembre 2010

Un petit extrait...

loup"Vous ne connaissez ni le marchand de sable, ni le croque-mitaine, ni La Petite Sirène, ni La Chèvre de M. Seguin. En revanche, grâce à un disque que vous écoutez en boucle dès l'âge de six ans, vous découvrez que les enfants peuvent être mangés par le loup s'ils mentent à leurs parents. Cela ne vous affole pas outre mesure. Pour mentir, il faudrait parler de ce qui vous arrive, ce que vous faites le moins possible. De toute façon, il ne vous arrive rien ou presque, vous passez votre temps à imaginer votre vie."

Extrait de que font les rennes après noël ? Verticales 2010

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24 août 2010

Litanie du désamour

litanie_du_d_samour(extrait)

42 C'est à ce moment que tu ne m'as pas vu, il faisait grand soleil, nous avons alors senti très bien que rien ne va, que rien n'allait, que rien allait nous arriver
41 tout de suite, je me suis dit : fini c'est fini, les motos roulent, les mots parlent, les arbres s'arrêtent, les bicyclettes se regardent : c'est bien fini
40 déjà hier nous n'étions plus très vivants, tu sentais bien un peu le refermé, nous n'étions pas si vivants que ça, on sentait bien que ce n'était pas ça
39 c'était, ç'aurait pu être dans un train, dans un rêve, au restaurant, sur le sable d'un nuage, sur un trajet de non-retour, c'était, c'était nous
38 déjà je ne te disais plus rien, tu ne me disais plus tu, sans doute avions nous déjà depuis un long temps cessé de nous voir venir, tu disais ?
37 tu m'avais dis : je vais voir et je reviens tu vas voir, je vais voir ce que je peux faire, ne bouge pas voyons je vais voir et je reviens, viens !
36 c'était en traversant la rue tu allais chercher quatorze cigarettes c'est fou les risques qu'on peut se prendre pour quelques cigarettes !

Jacques REBOTIER, Litaniques, L'arbalète Gallimard - 2000
(Extrait également de Une anthologie de poésie contemporaire francophone, Poèmes à dire, Poésie Gallimard)

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21 août 2010

Le verbe être

d_sespoir"Je connais le désespoir dans ses grandes lignes. Le désespoir n'a pas d'ailes, il ne se tient pas nécessairement à une table desservie sur une terrasse, le soir, au bord de la mer. C'est le désespoir et ce n'est pas le retour d'une quantité de petits faits comme des graines qui quittent à la nuit tombante un sillon pour un autre. Ce n'est pas la mousse sur une pierre ou le verre à boire. C'est un bateau criblé de neige, si vous voulez, comme les oiseaux qui tombent et leur sang n'a pas la moindre épaisseur. Je connais le désespoir dans les grandes lignes. Une forme très petite, délimitée par des bijoux de cheveux. C'est le désespoir. Un collier de perles pour lequel on ne saurait trouver de fermoir et dont l'existence ne tient pas même à un fil, voilà le désespoir. Le reste nous n'en parlons pas. Nous n'avons pas fini de désespérer si nous commençons. Moi je désespère de l'abat-jour vers quatre heures, je désespère de l'éventail vers minuit, je désespère de la cigarette des condamnés. Je connais le désespoir dans ses grandes lignes. Le désespoir n'a pas de coeur, la main reste toujours au désespoir hors d'haleine, au désespoir dont les glaces ne nous disent jamais s'il est mort. Je vis de ce désespoir qui m'enchante. J'aime cette mouche bleue qui vole dans le ciel à l'heure où les étoiles chantonnent. Je connais dans ses grandes lignes le désespoir aux longs étonnements grêles, le désespoir de la fierté, le désespoir de la colère. Je me lève chaque jour comme tout le monde et je détends les bras sur un papier à fleurs, je ne me souviens de rien et c'est toujours avec désespoir que je découvre les beaux arbres déracinés la nuit. L'air de la chambre est beau comme des baguettes de tambour. Il fait un temps de temps. Je connais le désespoir dans ses grandes lignes. C'est comme le vent du rideau qui me tend la perche. A-t-on idée d'un désespoir pareil ! Au feu ! Ah ils vont encore venir... Au secours ! Les voici qui tombent dans l'escalier... Et les annonces du journal, et les réclames lumineuses le long du canal. Tas de sable, va, espèce de tas de sable ! Dans ses grandes lignes le désespoir n'a pas d'importance. C'est une corvée d'arbres qui va encore faire une forêt, c'est une corvée d'étoiles qui va encore faire un jour de moins, c'est une corvée de jour de moins qui va encore faire ma vie."

ANDRE BRETON, Clair de terre, Poésies/Gallimard

Je l'aime ce texte, et il ne me désespère pas du tout, bien au contraire ! Pfiou, aujourd'hui l'été était encore partout partout, et surtout dans ma tête.

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15 août 2010

Va où

verso(extrait)

L'amour continuera sans moi l'amour vivra plus vieille que mes oreilles
Mon bon dieu d'yeux bon dieu d'yeux muets
Bon dieu d'yeux que pour toi j'avais
Ma peau combien et mes syllabes de chagrin
Mes pieds ma tête et mon coeur ça fera rien
D'amour d'amour tu m'en diras tant mieux
Les yeux en pluie les yeux en neige les mains les mains ni une ni deux

Valérie RouzeauLe Temps qu'il fait, 2002

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27 juillet 2010

En cours de lecture...

untemps"Je me suis levée. J'ai marché, pieds nus, jusqu'au salon. J'ai ouvert la fenêtre. La nuit était tiède. J'ai senti, sur mon visage, le souffle de l'air, et c'était comme une caresse, longue, et lente, et apaisante. J'ai pensé à vous qui n'aviez jamais pris mon visage entre vos mains. J'ai pensé à votre bouche, à vos yeux, à vos mains. J'ai essayé de les revoir. Je n'y parvenais pas : vos traits se dérobaient à moi. C'était douloureux."

Extrait de Un temps fou de Laurence Tardieu, Editions Stock
(Pour l'instant, malheureusement, je ne retrouve pas dans ce roman le style tant aimé auparavant, dans Puisque rien ne dure et Rêve d'amour...)

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