10 juillet 2010

Virginia

woolf

"Observez perpétuellement, observez l'inquiétude, la déconvenue, la venue de l'âge, la bêtise, vos propres abattements, mettez sur le papier cette seconde vie qui inlassablement se déroule derrière la vie officielle, mélangez ce qui fait rire et ce qui fait pleurer. Inventez de nouvelles formes, plus légères, plus durables."

Citation de Virginia Woolf, en incipit du roman de Geneviève Brisac Les filles sont au café

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24 juin 2010

En cours de lecture...

Virginia_20Woolf_02"Il n'y a pratiquement plus personne à Londres maintenant avec qui je puisse parler de mon écriture ou de celle de Shakespeare. Je commence à penser que je ferais mieux d'arrêter d'écrire des romans, puisque, qu'on écrive ou qu'on n'écrive pas, tout le monde s'en fout. Est-ce qu'il t'arrive d'avoir l'impression que ta vie ne sert strictement à rien, qu'elle se passe dans un rêve, dans lequel ces espèces de buffles viennent donner un coup de corne de temps à autre ? Ou bien as-tu toujours la certitude que tu comptes, que tu comptes plus que les autres ? Je suppose que le fait d'avoir des enfants doit changer beaucoup de choses, en même temps peut-être que ce n'est pas une solution de les rendre responsables de sa propre inefficacité - ou plutôt de sa transparence, de son insignifiance, de son absence de réalité...enfin, tu vois ce que je veux dire."

Extrait d'une lettre à Vanessa Bell (13 novembre 1918)
in Ce que je suis en réalité demeure inconnu, Lettres de Virginia Woolf (1901-1941), éditions Points

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24 mai 2010

En cours de lecture...

pomme1...le personnage féminin du roman que je lis en ce moment a une étrange conception de la lecture, voyez-plutôt.

"J'écrivais encore des lettres à l'époque, je croyais encore à ce qui est écrit, à ce qui est imprimé, à ce qui peut être lu. Cela ne devait pas durer. Entre-temps, j'étais devenue bibliothécaire à l'université de Fribourg, je travaillais avec les livres, j'achetais des livres, il m'arrivait même d'en emprunter. Mais lire ? Non. Autrefois, oui, et même plus qu'il n'eût fallu, je lisais tout le temps, au lit, en mangeant, à bicyclette aussi. Fini, terminé. Lire signifie collectionner, et collectionner signifie conserver, et conserver signifie se souvenir, et se souvenir signifie ne pas savoir exactement, et ne pas savoir exactement signifie avoir oublié, et oublier signifie tomber, et tomber doit être rayé du programme.
Cela en guise d'explication.
Mais je prenais plaisir à mon travail de bibliothécaire. Et pour les mêmes raisons, je ne prenais plus plaisir à lire."

Lire serait donc accepter de tomber ? Une idée qui me plaît bien, finalement. Cela dit, lorsque l'on poursuit cette lecture, les motivations et les craintes du personnage sont motivées...

Et je me régale avec Le goût des pépins de pomme de Katharina Hagena dont cette citation est extraite. Mon avis bientôt.

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19 mai 2010

Marie-Jeanne Durry

toupie"Dans un vide rempli de mots que je ne trouverai jamais tourbillonne le chaos où chacun ressemble à tous et ne ressemble qu'à lui-même. Les choses dont je m'empare avec les mains, avec les yeux, sont la vie séparée que je ne puis rejoindre. Incroyable première feuille au bout d'un tordion de vigne, je te perds si ne te saisit ma parole. Flocons de neige rouge que le vent chasse des pêchers, un langage pour vous recueillir dans mon coeur ! Mais lourde près de toi, et closes mes lèvres sur l'amour que rien n'exprime, quel cri m'ouvrira où je me délivre enfin ?"

in Soleils de Sable, ed. Seghers, 1958

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10 mai 2010

10. Ecrire

lorette_nob_court"Je ne sais pas très bien à quoi cela tient un écrivain. Pourquoi ni comment quelque chose en soi résiste au-delà de tout, au-delà des soucis d'argent, de la solitude, du sentiment d'incompréhension et d'inutilité qui parfois submerge, de la vanité de toute cette énergie consacrée à témoigner d'une certaine vision du monde, d'une exigence, ou plutôt d'une soif qui exige en soi. Je ne sais pas. Je sais seulement que je ne peux faire autrement, parce que autrement pour moi, c'est mourir. Or, j'ai choisi la vie."

Extrait de L'Usure des jours de Lorette Nobécourt...
... un livre qui malheureusement est devenu assez rapidement pour moi un abandon de lecture. comme une chanson qui aurait été prise un ton trop haut et dont je n'aurais plus entendu soudain que les aigus. Une belle écriture, cependant, à laquelle je n'ai seulement pas été assez sensible.

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07 mai 2010

Hélène Cadou...Le Prince des lisières

pierre_mornet_24Dans la nuit
Le matin brille

Les oiseaux
Ne dorment
Que d'une aile

Saisir cette minute
Où tout sera possible

L'étincelle
Qui inaugure
Une chance
A réveiller le temps

Jusqu'au regard premier
Des origines.

Rougerie 2007 - (Illustration Pierre Mornet)

Hélène Cadou, née à Mesquer (Loire Atlantique) en 1922, est surtout connue comme épouse du poète René Guy Cadou. Elle a aussi écrit une oeuvre poétique personnelle.

Et un petit clin d'oeil à Anne !

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14 avril 2010

Comme

commeCome, dit l'Anglais à l'Anglais, et l'Anglais vient.
Côme, dit le chef de gare, et le voyageur qui vient dans cette ville descend du train sa valise à la main.
Come, dit l'autre, et il mange.
Comme, je dis comme et tout se métamorphose, le marbre en eau, le ciel en orange, le vin en plaine, le fil en six, le coeur en peine, la peur en seine.
Mais si l'Anglais dit as, c'est à son tour de voir le monde changer de forme à sa convenance
Et moi je ne vois plus qu'un signe unique sur une carte :
L'as de coeur, si c'est en février,
L'as de carreau et l'as de trèfle, misère en Flandre,
L'as de pique aux mains des aventuriers.
Et si cela me plaît à moi de vous dire machin,
Pot à eau, mousseline et potiron.
Que l'Anglais dise machin,
Que machin dise le chef de gare,
Machin dise l'autre,
Et moi aussi.
Machin.
Et même machin chose.
Il est vrai que vous vous en foutez
Que vous ne comprenez pas la raison de ce poème.
Moi non plus d'ailleurs.
Poème, je vous demande un peu ?
Poème ? je vous demande un peu de confiture,
Encore un peu de gigot,
Encore un petit verre de vin
Pour nous mettre en train...
Poème, je ne vous demande pas l'heure qu'il est.
Poème, je ne vous demande pas si votre beau-père est poilu comme un sapeur.
Poème, je vous demande un peu...?

Poème, je ne vous demande pas l'aumône,
Je vous la fais.
Poème, je ne vous demande pas l'heure qu'il est,
Je vous la donne.
Poème, je ne vous demande pas si vous allez bien,
Cela se devine.
Poème, poème, je vous demande un peu...
Je vous demande un peu d'or pour être heureux avec celle que j'aime.

Robert Desnos, in Fortunes

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29 mars 2010

Anne-Marie Kegels - Je t'aimerai sans toi...

haute_vigneJe t'aimerai sans toi. Ne me fais jamais signe.
Un ajonc peut flamber sur la lande, à midi,
solitaire en son mal et seulement nourri
d'argile avaricieuse au bout de sa racine.

Enterre au fond de toi mon nom ensommeillé.
Reste plus ténébreux qu'un buis de cimetière.
Je t'ai volé jadis les neiges de janvier
et j'ai coupé sur toi mes plus hautes javelles.

Va, ressemble à un mort. Debout dans mon désert
je sens bouger en moi des foisons de semences.
L'amour qui te cherchait dans sa famine immense
t'a dépassé enfin et brûle l'univers.

Haute vigne éd du Verseau 1963

Bibilographie sur le site du Printemps des Poètes

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14 mars 2010

Jules Romains

trainDans le petit wagon belge

Tandis que t'appuyant à la vitre brouillée
Qui sait donner au jour la douceur d'un regard
Tu guettes, comme le chasseur guette un chevreuil,
Le passage de la frontière dans les bois,
Et que, malgré le train qui me cogne le dos,
Je fais peser toute mon âme au même point
Pour deviner si quelque chose va finir
Et si commencera quelque chose, des hommes,
Prisonniers avec nous de ce lieu fugitif,
Nous entourent d'une pensée où l'on a chaud.

Ils sont nés avant nous, dans une autre patrie.
Ils vivent, Le milieu de leur face barbue
Tient une pipe courte et fait un bruit de mots.
Tu ne vois pas leurs yeux qui se collent sur nous
Comme des mouches bleues sur des pêches sucrées.
C'est en vain que ton âme est penchée au dehors.
Ramène-là. Ne cherche pas à te défendre.
Sens l'impalpable exil nous entrer dans la peau,
Imprégner l'épaisseur de la chair, membre à membre ;
Sens-le monter comme la force du sommeil
De tes pieds à ton coeur, et de ton coeur au mien.

Extrait de Le voyage des amants

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10 mars 2010

En cours de lecture...

homme"Il y a un manque. Comme si j'étais amputé de choses qui n'existent pas encore. Il n'y a pas de mot pour décrire ces choses pas encore nées. Des gens que je ne connais pas me manquent. Je sais que je les rencontrerai un jour, qu'ils et elles seront mes amis, que j'aimerai cette femme dont l'empreinte spectrale flotte autour de moi.
Je suis enceint de ces êtres aimés à venir. Ils sont les fantômes, non pas les fantômes de ceux qui ne sont plus, mais les fantômes de ceux qui ne sont pas encore à mes côtés. Fantôme n'étant pas le bon mot pour parler de ces formes vaporeuses, j'ai inventé le terme émofant. Les émofants, les fantômes de ceux qui ne sont pas encore là."

Extrait de Une parfaite journée parfaite, Martin Page

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