18 février 2010

En cours de lecture...

femmelivrebus"Elle est de nouveau dans un bus, le livre entre les mains. Elle respire doucement, comme à la minute qui précède l'endormissement, béate. Elle relit ces phrases sur un homme de fiction mais qui semble si vivant, même après sa mort de papier, survivant dans un amour de papier, mais si vaste, si absolu, qu'elle ressent elle aussi un mélange d'amour profond et de deuil. (Mais pour qui ? Quel visage voit-elle lorsqu'elle lit le nom de Malik ? Le reflet flou de traits anguleux ? Le souvenir du visage de Gabriel ? Un autre visage, où les deux se fondraient ? Et pourquoi pas celui d'Elias ? Pourquoi certainement pas celui d'Elias ?)
Elle relit ces mots qui lui offrent une autre vie, plus libre, reliée au vaste monde, à ses palpitations, aux seules vraies raisons de vivre, l'amour et l'art. Une vie qui tient ses promesses de richesse et d'intensité. Elle voudrait arriver au bout du livre, et dans le même temps elle voudrait qu'il ne s'achève jamais, qu'il reste une histoire dans laquelle elle a pris place et qui lui donne depuis hier le sentiment qu'un sang nouveau coule dans ses veines, le sang de Lila Kovner qui n'a pas eu une vie heureuse mais qui l'a vécue si intensément, qui a su ce qu'était l'amour, ce qu'était la guerre."

Extrait de Les âmes soeurs de Valérie Zenatti

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16 février 2010

Papier

couv_products_26884Un petit papier
Pour un petit poème
Un ptit poème
Pour du papier

Du papier pour écrire
Du papier pour lire
Du papier pour dire
Du papier pour rire

Cocotte en papier
Il faut te plier
Papier de soie
Tu deviens roi

Chez Pascale, il y a beaucoup d'amour, des odeurs de fleur ou de parfum, de l'inspiration, des chemins à poursuivre, de la féminité, du rythme, le temps qui passe, du papier...et de la poésie. Chez Pascale, les lettres font des arabesques et semblent nous entraîner dans une danse sans fin...

Pascale Finck a regroupé dans un petit livre autoproduit chez TheBookEdiition ses premiers textes, ceux qu'elle a présenté à des concours, en obtenant parfois des prix, ceux qu'elle a écrit pour ses proches. Et elle a bien fait car son petit livre intitulé avec beaucoup de modestie Mes premières plumes est un joli objet, délicat. Merci à elle de me l'avoir transmis et offert à la fin du voyage de Ninon !!

http://lesmotsdepascale.canalblog.com/

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18 janvier 2010

En cours de lecture...

jet__cris"Je me suis levée juste avant la fin de la nuit, dans le sommeil de mes enfants et de mon mari. Je t'écris cette lettre alors qu'un peu de jour déteint au tournant du chemin. Je t'écris cette première lettre comme en cachette, dans la maison encore endormie où il y a pourtant du bruit, parce que j'ai mis une machine en route.

Je pense à toi. Je voudrais te donner la force de m'écrire, mais tu dois la trouver tout seul. Sinon, c'est comme si je ne valais pas la peine."

Extrait de L'Absence d'oiseaux d'eau d'Emmanuelle Pagano, POL. Janvier 2010.

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27 décembre 2009

Antoine Emaz

"allégé dedansantoine_emaz

du coup ce rire rien fou
qui dévale long résonne dans un vide
loin

***

une plongée sans peur
sans résistance interne
une sorte de pente brusque
et ça verse sans fin autour

on ne bouge pas
c'est le reste qui fuit
poussé sur les bords
où l'oeil ne voit plus

une force déblaie on est
dans cette force
on la nomme rire
pour faire court
il n'y a rien de drôle
juste une surprise brusque
d'être sorti de soi

happé par un vide
on le connaît
mais d'ordinaire il est fermé

le rire file dans cette part au-delà
après ce qu'on peut voir
avec les mots

le plus proche serait peut-être
le rire muet des carcasses et leur danse
une sorte de transe
jusqu'à plus rien que la lumière

ce n'est pas tomber à n'en plus finir
il n'y a pas de peur dans ce trajet
cette boucle imprévue ou spirale
jusqu'à la verticale du temps

ensuite ça se défait on voit de nouveau
coaguler les murs
revenir les mots
et l'ordinaire étroit du jour

***

on écrit sur ce retour

au bout du rire
il n'y avait pas de mots
on en est sûr
pas d'images ni de souvenirs

on a seulement été d'un coup
désencombré d'être
comme tout en vrac hors
le linge sale d'une vie."

Extrait de De l'air, édité au Dé bleu, malheureusement indisponible mais vous pouvez retrouver l'auteur dans Cambouis, édité au Seuil en 2009, collection Déplacements.

Co errante en livre des extraits ici

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18 décembre 2009

La petite et la grande

lapetiteetlagrandeSi vous le vouliez, cette petite vie
Que vous menez, qui vous mène
Pourrait être la grande vie
C'est-à-dire la valable vie ;

Si vous le vouliez, cette petite âme
Qu'en vous entretenez et nourrissez
Pourrait être une grande âme
Pareille au cosmos indicible :
Partie du lui
Essence et substance de lui.

Et, si vous le vouliez,
Tout en continuant à les faire,
Tous les gestes de l'existence
Seraient comme beaux
Seraient comme avenus et non nuls
Au lieu d'être entachés comme ils le sont
De la misère qu'ils crient, et de la
Revendication qu'ils comportent.

Si vous le vouliez, le pourriez
Et le monde, au lieu de continuer
Comme il le fait, par l'esclavage accru
De vos efforts, de vos croyances
Et des méticuleux et farouches suicides quotidiens
Le monde, il soufflerait un instant
Et, prenant une autre route, délivré
Il serait autre et soudain vraiment jeune.

Il reprendrait le courant
Accru de votre prix acquitté
Et de votre estime soulevé.

Adrian Matlev (1910-1964)

Extrait de C'était hier et c'est demain, Anthologie Le Printemps des poètes, Mars 2004

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16 décembre 2009

En cours de lecture...

cartes"François distribue. Le verger brûle à l'intérieur de Judith. Un regard noir glisse sur ses épaules comme une lente caresse lui dérobant la vie. Quatre de carreau.
- Cousine, tu n'as pas mieux ?
Non. Et inutile de feindre, elle se moque bien de perdre. Elle joue un autre jeu, dont elle ne sait rien. Elle goûte l'étrange folie qui prive de sommeil les chats la nuit. Il la regarde. Là-bas. Debout. A une vingtaine de pas dans le dos de Philippe de Marbourg, au pied d'un arbre biscornu. Seul, indifférent à tout ce qui s'agite autour de lui. D'ailleurs, rien ne s'agite à son entour. L'air qui l'enveloppe semble aussi infranchissable que la pureté silencieuse des glaces."

Extrait de Miel et vin de Myriam Chirousse aux éditions Buchet Chastel

Je prends le temps de déguster ce pavé ma foi plutôt passionnant...je ne suis pas en pause, mais presque...je suis débordée...je ne suis pas loin.

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09 décembre 2009

En cours de lecture...

poste"Il est midi. Les roses s'effondrent. Sous la chaleur, elles se détachent d'un coup, l'une après l'autre, et tombent entières sur le sol, avec un bruit mat. J'attends que le facteur passe, bleu sur son vélo.
Je crois toujours qu'il va m'apporter une merveille. Le facteur est peut-être ma nouvelle version du Père Noël, ou d'un contrebandier revenant d'une île au trésor, dont il garderait le plan caché au fond de son sac de cuir tanné. Qu'est-ce que j'attends, à part les factures ? Des réponses pour des manuscrits, du courrier des lecteurs, une petite part de ciel qui descendrait là, soudain sur la table, trop brève, insuffisante, mais qui relancerait pourtant l'envie d'espace."

Extrait de Fragments de bleu de Catherine Leblanc, éditions Oslo

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07 décembre 2009

De notre vivant

denotrevivantNous ne dormirons plus parce que nous avons ouvert les yeux.
Peut-il y avoir encore une maison et un amour ?
Ma voix se couvre de feuilles.
Dans ma mémoire ont respiré tant de soleils
Que j'ai salué ma table et mon fauteuil
comme des étrangers venus par la route des années-lumière.
Je ne sais plus qui j'ai aimé mais c'était toi.

J'ai le délire dans la main.
Nous ne sommes plus seuls. Le temps est venu parmi nous.
Entends-le aux fissures de l'horloge,
Il parle de soleils et de destins.
Nous le saluerons avec des pierres et des brins d'herbe.

Nous nous souviendrons du temps de notre terre.

Jean Malrieu (1915-1975)

Extrait de C'était hier et c'est demain, Anthologie Le Printemps des poètes, Mars 2004

Et encore sur ce blog un poème de cette intéressante anthologie... Bonne semaine !

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28 novembre 2009

En cours de lecture...

classe"Allez, il faut commencer par le plus délicat. Je dois te faire un premier aveu, une première brèche dans le joli tableau que tu contemplais : il faut que je te dise la vacuité qui trône en moi. La formulation en est simple, sans équivoque : je ne sais pas. Ces mots m'étourdissent. Il faut les prononcer à voix haute ces quatre mots étroits, en recevoir les sons et leurs courbes rapides jusqu'au sillons obscurs des oreilles. Leur trace dans ma bouche m'embarasse et me fait mal. Je ne sais pas ni qui je suis, ni ce que je veux, ni ce que j'aime. C'est dit. Tu crois que ça ne me ressemble pas ? Pourtant. Regarde moi bien. C'est de moi que je parle."

Extrait de Manhattan par Anne Révah.

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26 novembre 2009

Une lettre arrive

armen_lubinA Jules Supervielle

Une lettre arrive en voletant
A cause des mots qui sont dedans.

Ils disent "bonjour", "je n'oublie pas",
Et voici l'espoir, tout en éclats,
Qui rejaillit de ce monde âgé.

Le vent qui passe est si léger,
Qu'il passe sans révéler son identité.

Et bien entendu, les marguerites
Se répandent jusqu'à la guérite,
En suivant le pointillé.

Armen Lubin (1903-1974)

Extrait de C'était hier et c'est demain, Anthologie Le Printemps des poètes, Mars 2004

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