26 janvier 2017

Encore faut-il rester vivants, Anne Ferrier

encorefautilrestervivants

Allez hop ! Un livre jeunesse, c'est toujours la perspective de rester en éveil... Alors tant mieux tant mieux, car il t'en reste encore quelques uns à lire dans ta Pile à Lire urgente. Dans celui-ci, que tu as ouvert pour sa couverture bigarrée (tu avais envie de couleurs), ça tombe bien, il s'agit justement de tout faire pour rester en vie... En ouvrant sa première page, tu prends le train en marche. (Fidèle à ton habitude, tu n'avais pas lu la quatrième de couverture)... La fin du monde a déjà eu lieu. Julia, Shawn, Mouette et leur chien sont en pleine course poursuite... Tu as le sentiment d'avoir déjà vu des scènes semblables quelque part, dans Divergente ou Hunger Games, ou au détour d'un des dédales du Labyrinthe... (Ah d'accord, voilà où nous en sommes) Une éruption solaire a dévasté le monde tel que nous le connaissons, une épidémie s'est répandue transformant en errants (sorte de zombies agressifs) les survivants contaminés au moindre contact humain. Toi lectrice, tu souris très vite à ce dépaysement garanti et t'attache aussi rapidement aux personnages, à ces trois adolescents courageux et fatigués qui vont n'avoir de cesse au fil des chapitres de se déplacer, de sauver leur peau, de se méfier des adultes, et de se débrouiller au mieux pour se nourrir, dormir et ne pas se laisser prendre. L'hostilité est partout, sauf dans leur trio, où confiance et sentiments s'éveillent rapidement... Mais comment aimer, avoir un avenir, dans ce nouveau monde où le moindre contact, la moindre marque physique d'affection est une condamnation à mort ?... Tendue comme un arc, tu n'as pas pu laisser courir sur les dernières pages ces enfants sans savoir si ils allaient effectivement s'en sortir... Tu as éteint la lumière un peu tard ce soir là, le soir où tu as terminé ce livre terriblement addictif et divertissant. Pfiou, quelle course !... Qui aurait dit que tu prendrais plaisir à lire une telle histoire ? Tu te surprendras toujours un peu...

Editions Magnard Jeunesse - Octobre 2016

Hérisson l'a lu aussi

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02 janvier 2017

Je suis une fille de l'hiver, Laurie Halse Anderson

jesuisunefilledelhiver

Tu as aimé ce livre... parce que quand tu rentres dans ses premières pages tu sais déjà que tu vas retrouver l'univers adolescent un peu rude de Laurie Halse Anderson (que tu avais déjà apprécié précédemment dans Vous parler de ça). Et que quand tu démarres ta lecture, c'est de ça, et de seulement de ça dont tu as envie, d'adolescence (et tu penses que c'est seulement ainsi que tu pourras enfin sortir de ton affreuse panne de lecture, via l'adolescence)... Tu ouvres alors les portes du roman, et tu découvres Lia, jeune fille de 18 ans. Et puis, tout de suite, à peine le temps de faire connaissance, il y a un décès, il est question d'une tragédie. Cassie, une autre adolescente, est morte, seule, dans une chambre d'hôtel. Lia et elle avaient été proches autrefois, mais en réalité elles ne se parlaient plus depuis longtemps. La veille de la tragédie, pourtant, Cassie avait appelé Lia à de nombreuses reprises, 33 fois, et Lia n'avait pas répondu... Comment gérer alors la culpabilité ? Comment gérer ce fantôme qui vient hanter ses nuits ? Comment continuer ce combat contre la faim que Lia mène en secret alors que ses parents la croient guérie ? Et que sa petite soeur Emma lui fait confiance ? Parce que Lia et Cassie partageaient ça avant (on l'apprend peu à peu au fil des paragraphes), cette course effrénée vers la maigreur, cette manière de disparaître de son vivant, en allant inexorablement vers la mort, et toutes les astuces et cachotteries pour y parvenir. En tournant les pages de ce livre, toi lectrice, ancienne jeune fille de 46 kilos, qui a connu la maigreur mais pas le fait de s'affamer, tu frémis de plus en plus, sur cette nourriture qui pèse, ce mécanisme mental qu'est l'anorexie. Tu n'as pas très envie de confier ce roman à ta fille adolescente, pas encore... On ne ressort pas indemne d'une telle lecture, des tentatives désespérées d'une jeune adulte pour trouver des raisons d'exister. Et puis tu refermes ce livre sur ces mots... je suis là, carresse sa couverture en relief, si soignée, et tu te dis que cette collection de La belle colère, c'est vraiment quelque chose... et que Je suis une fille de l'hiver t'a bien chahutée, mais qu'il t'a remise aussi mine de rien sur le chemin un peu perdu de la lecture (ouf).

Editions Anne Carrière - Octobre 2016

11 novembre 2016

Comme frère et soeur, Clémence Guinot

commefrereetsoeur

 "En juin prochain, je vais jouer Antigone ; enfin, on monte la pièce au collège, et c'est moi qui serai Antigone."

Quand le père de Cléo décide d'emménager avec la mère de Marin, ce sont en réalité deux familles qui s'installent sous le même toit, deux adultes, trois filles et deux garçons. Cléo et Marin sont les aînés de chaque fratrie. Cléo est au collège, en troisième, en route pour le brevet, et Marin est au Lycée. La cohabitation est au départ tendue, puis à la fois étrange et assez réussie. Les deux adolescents apprennent à devenir complices tandis que les plus jeunes donnent à la maison une atmosphère de candeur contagieuse. Au collège, Cléo rêve d'être celle qui jouera le personnage d'Antigone dans la pièce du même nom. Marin dessine beaucoup, en compagnie de son ami Simon. Mais comment rester seulement frère et soeur quand on apprend à mieux se connaître, à s'apprécier, et que peu à peu d'autres sentiments se nichent dans ce lien qui n'a pas vraiment de nom ?

Ma fille de quinze ans a lu ce roman pour adolescents avant moi et l'a beaucoup aimé. C'est elle qui m'a donné envie de l'ouvrir. Elle m'a dit que c'était utile de parler de ces familles recomposées, que cela arrive, et que forcément il était particulier de vivre avec des personnes étrangères et non choisies. Nous en avons profité pour discuter justement de ces intimités parfois cruellement éphémères qui ne débouchent le plus souvent sur aucun lien légal. Personnellement, j'ai surtout apprécié d'emblée retrouver dans ce roman jeunesse le personnage d'Antigone, comme un clin d'oeil agréable. En dehors de ce point, très personnel, voici un roman avant tout simple et sympathique, qui sait rester très juste, qui met en avant l'amitié, et qui a le mérite d'aborder un sujet sensible. J'ai aimé qu'il ne tombe pas dans des ornières de facilité mais qu'il reste réaliste et attachant.

Editions Magnard - 12.90€ - Septembre 2016

Le billet de Sophie [clic]

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10 novembre 2016

Tentative d'organisation

paljeunesse

Alors qu'un week-end prolongé s'annonce tout juste, je retire de ma PAL (Pile A Lire) urgente les quelques titres jeunesse/ados reçus dernièrement, dans une tentative d'organisation ubuesque. Je parlerai tout bientôt de Comme frère et soeur de Clémence Guinot, et j'espère lire les autres titres de la photo d'ici Noël. Sinon, Le challenge Objectif Pal de Novembre, qui concerne des titres bien plus anciens, et voués à l'oubli probable, suit son petit bonhomme de chemin ici [clic]. N'hésitez pas à nous rejoindre, même en cours de route !! Quelquefois, notre petite folie livresque, me fait bien sourire... Petite pensée pour ceux qui travaillent ces prochains jours et pour les autres... bon week-end ! 

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29 août 2016

Bianca, Loulou Robert

bianca

 "Ici, j'ai compris que ma sensibilité avait dilaté les pores de ma peau et laissé rentrer tout un tas de saletés. Je ne m'en suis pas rendue compte, mais les maux ont pénétré. Ceux de ma famille, de la terre entière. J'ai tout pris. [...] Peut-être qu'un jour je me réveillerai à la lumière du jour et qu'il aura arrêté de cracher sur mon coeur."

Bianca a tenté de se suicider, et puis elle est trop maigre, elle ne mange pas. Alors elle a intégré cette unité psychiatrique pour adolescents où elle séjourne longuement afin de guérir et de pouvoir retourner chez elle bientôt, quand elle sera prête. Dans l'enfermement de l'hôpital des liens se créent, qui bouleversent et attachent. Bianca reste calme et observe, avance petit à petit sur le chemin qui mène à elle, et tombe amoureuse. Elle tente d'oublier qu'à la maison son père est absent, sa mère alcoolique, et que parfois ses parents crient trop fort. Et pourtant ils l'aiment, avec tendresse, et il y a ce petit frère si affectueux qui lui manque beaucoup aussi depuis qu'elle ne vit plus à la maison. Plus le temps passe, plus Bianca constate avec philosophie et maturité que le chaos existe également à l'intérieur de l'hôpital, finalement partout où il y a de la vie, rien n'est sûr, rien ne protège, sauf parvenir à s'aimer soi, un peu mieux.

Ce livre, qui circule parmi les lecteurs du challenge des premiers romans, n'était pas celui que j'attendais le plus. Le passage de Loulou Robert dans l'émission de La Grande Librairie avait mis en effet en avant une jolie jeune fille, mannequin, fille d'un journaliste connu. Et je n'avais pas été séduite, il faut le dire, par sa prestation, sa moue boudeuse, et ses propos à fois timides et brusques. Et puis je crois que je n'avais pas compris alors l'intérêt de lire ce roman.  Quelle erreur ! Mon souvenir est aujourd'hui transformé par ma lecture récente de son livre. Car en effet, il est devenu pour moi au fil de sa lecture un gros coup de coeur !! Il met en scène un groupe d'adolescents, parle un langage jeune et direct, mais sait aussi distiller de grandes pages de réflexions, ne pas être unilatéral, être complexe, narrativement parlant très réussi et sensible. J'ai pensé au très bon Dieu me déteste et à toute cette collection si riche de La Belle colère. Une lecture enthousiasmante !

Editions Julliard - 19€ - Février 2016

Lu dans le cadre du challenge des premiers romans...

68premieresfois

 La liste des 23 romans du challenge du début de 2016 est disponible ici sur Babelio [clic]

 Les autres lectures sur ce titre disponibles sur la page du livre [clic]


14 juin 2016

Le Journal d'Aurore T1, Marie Desplechin et Agnès Maupré

lejournaldaurore

 "J'espère que le psy va m'hypnotiser. Je voyagerais dans mes vies antérieures. On n'en sait pas assez sur ses vies antérieures. J'ai sans doute connu autre chose qu'une vie maussade et sans avenir dans une famille minable."

Aurore est persuadée d'être une ado moyenne, dans une vie moyenne, affublée d'un physique ingrat, transparente au milieu d'une fratrie de trois filles, dont la plus jeune est certainement précoce et l'aînée déjantée. Aurore est au collège, et n'aime pas grand chose, surtout pas embrasser les garçons, et c'est ce qui l'étonne. Elle s'imagine avoir subi un traumatisme lorsqu'elle était enfant, ce qui expliquerait tout... Aurore se pose beaucoup de questions, aime jeter un froid glacial dans les repas dominicaux et familiaux, envisage la fugue, se retrouve finalement chez ses grands parents, se fâche puis se réconcilie avec ses amies... et porte surtout sur tout et tous un regard plein de drôlerie et de sarcasme.

Je suis depuis longtemps la dessinatrice de talent qu'est Agnès Maupré. Je l'ai découverte avec Milady de Winter, et puis j'ai enchainé avec Le chevalier d'Eon. Ici, le propos est plus moderne mais le plaisir de lecture est intact. Quel bonheur de lire un tel album chez un éditeur dont j'aime beaucoup le travail et d'une dessinatrice que j'apprécie !! Je ne connaissais pas les aventures d'Aurore en version roman. Le ton de Marie Desplechin est assez délicieux et amusant. Agnès Maupré a un style alerte que l'on retrouve ici aussi, et qui correspond bien à l'effervescence de l'adolescence. J'ai aimé cette histoire, les questionnements de la jeune-fille, son regard biaisé sur les adultes qui l'entourent, l'affection qui règne dans ce titre, l'attitude des grands-parents, de la prof de mathématiques, toute cette bienveillance. Ma fille de 15 ans a dévoré cette BD dès réception, adoré le pyjama d'Aurore, n'a pas compris toutes ses colères, mais sera heureuse comme moi de la retrouver très vite dans un tome 2.

A noter les magnifiques couleurs de Grégory Elbaz. ;)

Editions Rue de Sèvres - 15 € - 8 juin 2016

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12 juin 2016

Les Grandes jambes, Sophie Adriansen

lesgrandesjambes

"La courbe du pédiatre est formelle : une fille de douze ans mesure en moyenne 153 centimètres."

Marion a des difficultés pour s'habiller, elle est trop grande, et tous les pantalons qu'elle essaye sont toujours trop courts. Avec sa mère, elles écument régulièrement les boutiques en quête du pantalon miraculeux qui s'arrêterait juste au niveau des chaussures, cachant ses chaussettes. Un jour, Marion rencontre Jim, le pantalon idéal, doté d'un revers qu'elle peut défaire. Mais le répit est de courte durée, sa croissance ne semblant jamais vouloir cesser. Au collège, il est toujours dangereux de se faire remarquer et la grande taille de Marion est évidemment un problème, comme le fait de renverser son plateau à la cantine, incident dont elle rougit encore de honte. Comment, dans ces conditions, plaire à Grégory, le garçon dont elle est secrètement amoureuse ? Un voyage à Amsterdam est organisé pour la classe, afin de visiter notamment un musée dont les oeuvres ont été étudiées en cours d'Arts Plastiques. Marion rêve que Grégory fasse aussi parti du voyage, et c'est ce qui arrive... Il suffirait que Grégory aime le même tableau que Marion et qu'elle trouve également un jean à sa taille au pays des grandes personnes pour que la vie devienne un véritable enchantement.

Voici un petit roman jeunesse que j'ai dévoré et dont je fais un délicieux coup de coeur pour diverses raisons, principalement parce que je l'ai trouvé très intelligent, très bien écrit, juste, et que j'ai beaucoup pensé à ma grande fille en le lisant. En réalité, ma grande fille est elle toute minuscule, et dégoter des vêtements en taille XXS à 15 ans n'est pas non plus chose aisée, je connais très bien donc la déception du shopping. De plus, l'an dernier, en colonie, elle est allée visiter comme l'héroïne de ce roman la maison d'Anne Frank, les canaux d'Amsterdam et la ville. J'ai retrouvé dans les lignes de ce livre les émotions de ma fille, bien retranscrites. Et puis, comme Marion, ma fille est assez douée en Arts Plastiques, c'est une matière qu'elle souhaite prendre en option au Lycée l'an prochain. Vous ne serez donc pas étonnés que Les Grandes jambes se soit retrouvé dans ses mains.

lectrice                        Badge Lecteur professionnel

Editions Slalom - 10.90€ - 9 juin 2016 - Conseillé à partir de 10 ans

 Sophie écrit mais lit aussi, retrouvez là ici [clic]

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11 avril 2016

Très vite ou jamais, Rita Falk

tresviteoujamais

 "Dis donc Nils, ce serait cool que tu te remues un peu les fesses !"

Jan et Nils ont 21 ans, la jeunesse pour eux, l'amitié. Et puis, un jour, alors qu'ils sortent en moto, Nils rate un virage. Après la chute vient le coma profond. Jan décide alors d'écrire des lettres à son ami, et de les lui lire lors de ses longues visites à l'hôpital. Il croit au retour de Nils parmi eux, très vite. Par ailleurs, Jan travaille au "Nid de coucous", une clinique psychiatrique où il effectue son service civil, l'occasion de belles rencontres, inattendues. Mais le retour de Nils à la vie se fait attendre, et malgré quelques progrès, ses amis, ses parents, son amoureuse, commencent à vivre ailleurs leur vie. Seul Jan veut y croire encore, ne lâcher aucun espoir !

Ce roman est le premier roman ado de la collection M de chez Magnard. Pour moi, Magnard est un éditeur de livres scolaires, j'ai donc trouvé cela plutôt sympathique qu'ils se lancent dans la littérature pour adolescents et j'ai découvert à l'occasion tout un catalogue de livres jeunesse, qui va sans doute s'étoffer [clic ici]. Ce roman, traduit de l'allemand par Florence Quillet, est apparemment un best seller en Allemagne. J'ai retrouvé dans ce livre la lenteur et l'attention aux détails que j'aime retrouver dans la littérature allemande en général, ce quelque chose d'assez indéfinissable mais de particulier, et de reconnaissable, qui mêle étrangement froideur et passion. Le quotidien a beaucoup d'importance dans Très vite ou jamais, un quotidien ponctué de visites à l'hôpital, de jours de garde au "Nid de coucous", une vie pleine de responsabilités pour un jeune homme comme Jan. Heureusement, il est entouré d'une galerie de personnages qui vont l'aider à aller de l'avant et à grandir. J'ai beaucoup aimé ce petit roman épistolaire, à ranger dans la catégorie Young adults. Ma fille de 14 ans peut sans soucis le lire, d'ailleurs je le dépose juste après mon billet sur l'étagère Ado que j'ai commencé à remplir pour elle, pour quand elle aura envie, le temps, etc....

Editions Magnard - 13.90€ - Avril 2016

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16 mars 2016

La Fille seule dans le vestiaire des garçons, Hubert Ben Kemoun

lafilleseuledanslevestiairedesgarcons "Je m'étais jetée dans les bras de n'importe qui pour m'inventer une histoire d'amour."

Marion est une collégienne plutôt discrète. A la maison, tout n'est pas si rose depuis que son père est parti refaire sa vie à l'étranger, en Amérique du Sud, la laissant elle, sa mère et son petit frère comme orphelins. La collégienne voit sa mère se perdre dans la consultation de sites de rencontres. Barnabé, son petit frère, cache sa tristesse sous une exubérance, une sensibilité exacerbée et une mémoire sans failles. Alors Marion note tout sur son petit carnet noir, les chansons qu'elle compose, ses envies, ses idées sombres, ses colères et ses espoirs. Mais elle perd ce carnet lors d'une bousculade avec des garçons de sa classe, Enzo en tête, qui lui réclame un baiser qu'elle refuse. Marion est persuadée que ce dernier a retrouvé son carnet et lui réclame. Enzo avoue avoir l'objet, promet à la jeune fille de le lui rendre, et devient en face à face d'une douceur étonnante qui met soudain Marion sur un petit nuage, elle qui se pensait si malhabile en ce qui concerne les garçons, la matière dans laquelle elle excelle le moins, avec l'espagnol...

J'ai commencé ce petit roman pour adolescents dans le train samedi dernier, encore forte du souvenir de cette rencontre amusante et pleine de verve avec l'auteur. Et j'ai été surprise en commençant le livre de constater combien cet auteur là justement avait su se glisser dans la peau d'une jeune fille, pleine de rage et de désespoir. Quel tour de force ! Et quel talent. L'histoire que nous conte Hubert Ben Kemoun est moderne et prenante, parfois assez rude, celle d'une adolescente d'aujourd'hui, confrontée aux réseaux sociaux, aux pièges d'internet, à la méchanceté gratuite et bête, à la vengeance. J'ai beaucoup aimé lire ce livre, avoir pour quelques pages 14 ans, apprécié l'espoir qui est distillé en fin de roman. Un livre que je vais conseiller sans soucis à ma fille, d'ailleurs l'exemplaire lui est déjà dédicacé, ça tombe bien.

Editions Flammarion - 13€ - Mai 2013

Une lecture en famille chez Liliba - George l'a lu d'une traite - C'est Canel qui a été la tentatrice !!

En cherchant des liens je me rends compte que l'auteur est beaucoup lu sur nos blogs. Il sera présent à Montaigu lors du Printemps du Livre (23-24 avril), parions que je vais craquer sur un autre titre.

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11 février 2016

Tout plutôt qu'être moi, Ned Vizzini

toutplutotquetremoi

 "A la maison, je faisais mon possible pour surmonter les passages à vide en restant allongé sur le canapé, à boire l'eau que mes parents m'apportaient, avec la couverture électrique branchée pour me réchauffer et me permettre d'éliminer les toxines en transpirant. J'aurais tant voulu pouvoir dire aux gens "désolé, ma dépression fait des siennes aujourd'hui" pour m'excuser du fait que je n'irais pas leur rendre visite, mais je ne suis jamais parvenu à cracher le morceau. Cela aurait pourtant été hilarant."

A force de travail, Craig, 15 ans, intègre une des prépas les plus prestigieuses de New-York. Cependant, petit à petit, il n'arrive plus à manger, à dormir, et même à travailler, paniqué devant l'amoncellement de devoirs, d'examens, de mails. Il est rapidement confronté à ses limites, ses carences, son manque de facilité, et malgré des notes correctes, se persuade de sa médiocrité. Par ailleurs, il est obsédé par la petite amie de son meilleur ami, Nia, persuadé là aussi d'être transparent et de n'avoir jamais eu sa chance avec elle. Et peu à peu, l'idée de sauter du pont de Brooklyn, d'en finir, se fait jour, comme une évidence, un acte banal à accomplir. Grace au soutien de ses parents et de sa jeune soeur, grace à sa lucidité, Craig consulte, attend le déclic qui lui sortira la tête de l'eau, prend des médicaments, fait ce qu'il faut. Un soir, la pression étant trop forte, il appelle SOS Suicide qui l'encourage à se présenter à l'hôpital le plus proche. Craig se fait interner dans un service psychiatrique pour quelques jours, quelques jours qui lui sauveront la vie...

Ce récit, inspiré d'une expérience réelle de l'auteur, a été une lecture très forte pour moi. J'ai été dès les premières pages très troublée par ce personnage, sa dépression, sa lutte lucide contre ce quelque chose qui prend son corps en otage. Et il faut parfois beaucoup de courage pour faire le compte de ses peurs, de ses inquiétudes, de la spirale d'anxiété, qui acculent et paralysent. Les adolescents connaissent de plus en plus de pression au cours de leurs études, mais cette pression est également un sentiment que des adultes peuvent ressentir alors que le poste qu'ils occupent leur semble compliqué à assumer, ou que leur entourage professionnel les opresse. Pour autant, ce roman est aussi plein d'un optimisme fou et réellement porteur d'espoir. Le titre en anglais me semble d'ailleurs plus coller à son contenu, It's a kind of a funny story. Car en effet, et dès lors que Craig franchit les portes du service psychiatrique, nous rentrons avec lui dans un monde parrallèle où la course du temps, l'extérieur n'a plus prise, et la différence, l'originalité, est de mise. Craig fait alors le ménage dans sa vie, se détache de ses relations toxiques, de ce qu'il croyait être la bonne manière d'agir, de se fabriquer son avenir, pour enfin devenir ce qu'il est. Un coup de coeur troublant. Il m'arrive très rarement de devoir poser un livre toutes les deux/trois pages pour respirer un grand coup avant de poursuivre ma lecture.

Editions Anne Carrière - Collection La Belle colère - 20€ - Janvier 2016

Malheureusement, l'auteur, Ned Vizzini, s'est jeté d'un immeuble de Brooklyn en décembre 2013, à 32 ans, alors qu'il luttait depuis des années contre la dépression. Il intervenait régulièrement dans des librairies et lycées pour expliquer comment l'art et la littérature peuvent aider à surmonter les problèmes psychologiques.

La lecture de Mélo [clic ici]

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