22 mars 2011

Objectif Pal de mars... Le voyage de Bilqîs, Aliette Armel

levoyagedebilqis"Elle n'oublie pas le but intime de son voyage : trouver des réponses aux questions qu'elle se pose, se forger une attitude lui permettant d'atteindre au meilleur gouvernement, découvrir les clefs et les règles d'un  exercice du pouvoir conduit par la sagesse autant que par la force."

En couverture, un détail d'une peinture de Piero della Francesca, La Légende de la Vraie Croix, qui évoque la rencontre entre la reine de Saba - prénommée Bilqîs - et le roi Salomon et ce moment précis plus particulièrement où elle se prosterne devant ce qui deviendra plus tard le bois de la croix du Christ... A l'intérieur du livre, deux récits s'entrecroisent et s'influencent, mais cest surtout Silvia, la femme du peintre Piero, un talent reconnu de la renaissance italienne, qui porte l'histoire. En effet, convaincue par une force mystérieuse qu'elle doit tenir son époux loin de Rome et l'encourager à continuer une fresque entreprise depuis longtemps, la jeune femme en mal d'enfant crée pour son mari le conte d'une reine de Saba de chair et de sang partie sur les routes pour rencontrer Salomon, asseoir son pouvoir et éviter la guerre.

A l'origine, j'ai rencontré Aliette Armel via un très beau roman sur le thème de la musique, Le Pianiste de Trieste, puis j'ai enchaîné avec son inévitable essai sur Antigone que je ne pouvais râter. J'ai acheté Le voyage de Bilqîs lors d'un petit salon du livre de ma région, et étrangement j'ai tardé à l'ouvrir, voilà qui est enfin fait.
(Je me souviens d'ailleurs de ce tête à tête rapide lors de la dédicace, d'un grand sourire et d'une femme douce et que l'on aimerait pouvoir écouter parler longtemps. Les mystères des lectures sont grands... Il faut croire que certains livres attendent patiemment leur heure.)
L'influence d'Henry Bauchau, et de son Antigone, est sur ce roman précisément complètement évidente. Ceux qui l'ont aimé y seront sensibles. J'y ai retrouvé les mêmes sensations physiques, de chaleur, de fatigue, d'exaltation ou de maladie qui m'avaient tourneboulée alors. S'y ajoutent cet art de la peinture et ces réflexions sur le pouvoir, la religion et l'amour qui font le sel de toute bonne histoire. Ici, la mythologie est vivante, le destin en marche et la spiritualité une force du quotidien.
C'est un voyage que je ne regrette pas...une lecture qui m'a ramenée vers des sources un peu oubliées, un grand bain de fraicheur mythique.

bouton3 Editions Autrement - 14.95€ - 2008

Sinon, pour déposer son billet de lecture de Pal de Mars c'est toujours par ici [lien].

Posté par LESECRITS à 20:28 - - Commentaires [9] - Permalien [#]
Tags : ,


08 juin 2008

Antigone, Aliette Armel

aliettearmelantigone

Aliette Armel n'écrit pas que des romans...
En collaboration avec d'autres auteurs, elle est également à l'origine de cet ouvrage très intéressant qui traite de la figure mythique qu'est "Antigone".
(Un titre malheureusement épuisé chez l'éditeur mais certainement présent dans beaucoup de bibliothèques.)

Cet essai, inscrit dans la collection "figures mythiques" des éditions "autrement", a le mérite de remettre dans le contexte de chaque époque les différentes versions de la pièce, inventée par Sophocle,...et de donner à comprendre le rôle que sa représentation a pû parfois jouer dans l'histoire avec un grand H, et dans les histoires de chacun, notamment celle de Henry Bauchau (auteur d'une version romancée du mythe).

"Antigone est une création totale, un mythe forgé dans l'imagination de Sophocle puisant dans des légendes ancestrales mais préservant la liberté de notre imaginaire. "Antigone n'a jamais existé, rappelle Jacques Lacarrière, donc, chaque fois qu'on parle d'Antigone, on parle de nous." La richesse de sa personnalité est inépuisable. Elle se révèle, vingt-cinq siècles plus tard, fascinante dans ses contradictions, son énergie adolescente et son attirance pour la mort, sa beauté intérieure dans un physique décrit comme ingrat, son impuissance à accomplir sa féminité, sa droiture inébranlable et sa disparition "sans pleurs, sans parents, sans les chants du mariage." Elle se dresse avec une pureté nouvelle, inspirant terreur et pitié. Elle étonne et subjugue, connue autant qu'Oedipe, mais plus proche et familière que ce père devenu le symbole écrasant du concept central de la psychanalyse."

Quelques Antigones connues - Sophocle, Jean Anouilh, Bertold Brecht, Henry Bauchau, Jean Cocteau, Walter Hasenclever, Charles Maurras et Paul Zumthor...

Qu'elle soit perçue comme lumineuse, rebelle ou simplement humaine, ce personnage d'adolescente frondeuse réveille ce qu'il y a de plus profond en chacun des auteurs qui l'ont côtoyée, quelque chose de vivant, mêlé d'un espoir salvateur et paradoxal...

"Si vous vous réveillez la nuit en récitant une vers d'Antigone particulièrement quand vous êtes déjà un peu vieux, fatigué, et qu'au milieu de la nuit, ça vous réveille, que vous avez ça, que vous le dites et le prononcez, un temps entre le sommeil et la veille, comme il devait être prononcé... ça fait quand même un alexandrin sauvé de sa douleur et de ses insuffisances... Alors, c'est qu'il y a une continuation possible, un avenir."
(Pierre Boutang/George Steiner, Dialogues. Sur le mythe d'Antigone. Sur le sacrifice d'Abraham.)

Posté par LESECRITS à 09:55 - - Commentaires [15] - Permalien [#]
Tags : ,

07 juin 2008

Le pianiste de Trieste, Aliette Armel

le_pianiste_de_triesteAnne, passionnée de musique, et à la tête d'une émission sur France Culture, se prépare à quitter la France pour la Palestine en compagnie de son amant Nicola, chanteur italien que son engagement conduit dans ce pays. Mais contre toute attente, ce dernier la quitte brutalement à la veille du départ, et lui suggère plutôt de se rendre en Bretagne, retrouver la maison de son enfance, qu'elle délaisse depuis des années. "Tu as une autre route à prendre : suis le cours de tes larmes jusqu'à la mer..." Effondrée, Anne obtempère malgré ses réticences, et retrouve le lieu où son père naturel, Guido Turatti, célèbre pianiste est décédé en 1946.
Renouant avec ses souvenirs, avec ses anciens amis, avec son passé, et avec cette figure paternelle à la fois proche, écrasante et mythique, qu'elle porte comme un fardeau, elle découvre finalement être également aux centre d'enjeux qui la dépasse.
Une partition originale de l'artiste dont tout le monde a perdu la trace attend quelque part qu'Anne la déniche...

Il y a de très beaux moments dans ce roman qui a le mérite de nouer intrigue, musique et héritage émotionnel. On se passionne pour la quête d'Anne, pour son histoire, pour la vie des personnages qui l'entourent, pour ce petit coin de Bretagne où la simplicité apparente des êtres cache des complexités plus profondes (on s'en doutait un peu). Ma lecture s'est, par instants, un peu emmêlée dans des digressions musicales que les mélomanes avertis vont sans doute grandement apprécier mais que je n'ai pu apréhender à leur juste valeur, faute de savoir adéquat (ce qui est un peu dommage).
Malgré cela, je conserve de ce livre, une fois les pages refermées, une impression de douceur indéniable qu'il serait dommage de ne pas goûter à votre tour !!

Un extrait (début du roman)...
"Parfois, j'ai peur de la musique, de toutes les musiques. Pas seulement des chansons de Nicola ou du piano de Guido Turatti. De tout ce qui résonne, à l'intérieur comme à l'extérieur de mon appartement. Le silence m'opresse, le moindre bruit m'agresse : le chant des oiseaux, le vrombissement d'une voiture manoeuvrant sous mes fenêtres, le martèlement rythmé des canalisations d'eau ou le calme bruissement d'une conversation entre deux passants. Tout me fait mal. Mon mal-être me fait honte, et plus encore mon impuissance à me lever : si j'allais jusqu'à ma chaîne stéréo pour dresser Schubert, Marianne Faithfull ou les chants du Radjasthan contre le vide, je resterais étrangère à leurs appels vers l'apaisement ou la révolte, la simplicité ou la grandeur, et mon incapacité à entrer avec eux dans l'enchantement ou le chaos du monde renforcerait cette souffrance intérieure qui me met hors d'atteinte, me sépare de tout, même de la musique. Je ne suis plus que rupture et déchirement. Encore une fois abandonnée.
Nicola est parti et m'a interdit de le rejoindre."

bouton3 Note de lecture : 3.5/5

Le blog de Aliette Armel, qui semble tout récent.

J'ai acheté ce roman ce jour-là après l'avoir noté chez Clarabel

Posté par LESECRITS à 06:01 - - Commentaires [13] - Permalien [#]
Tags : ,