30 juillet 2017

La fiancée du facteur, Denis Theriault

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Tu avais été plutôt séduite par ta lecture du Facteur émotif, qui vient tout juste de sortir en format poche... sous une belle couverture jaune (voir ci-dessous), tu as donc été tentée de lire cette suite, qui en réalité n'en est pas vraiment une... Effectivement, dans le premier opus de Denis Theriault, si nous suivions principalement les tribulations de Bilodo, facteur de son état, il s'agit là de retracer exactement la même histoire, mais du point de vue de Tania, son amoureuse transie... Alors, quelle est donc cette histoire ? Bilodo est un facteur rigoureux, qui a pour seul vice de prélever de temps en temps quelques lettres personnelles pour les ouvrir le soir chez lui à la vapeur et les lire dans le secret de son appartement. Les lettres sont remises au courrier dès le lendemain et personne ne peut se rendre compte de cette indélicatesse. Bilodo aime particulièrement lire les missives de Guadeloupe d'une certaine Ségolène. Elle rédige de brefs haïkus pour un poète solitaire, un certain Gaston Grandpré, que Bilodo a aperçu une ou deux fois, un barbu excentrique, toujours vêtu d'un kimono rouge. Mais ce dernier décède subitement lors d'un accident, et Bilodo redoute la fin des lettres de Ségolène. Prendre la place de Grandpré dans cette correspondance apparaît très vite comme LA solution. Cependant, Bilodo doit apprendre à rédiger des haïkus crédibles, et s'attribuer la personnalité et la vie de Grandpré est en passe d'aller un peu trop loin... Tania est donc là, la serveuse du restaurant où les facteurs déjeunent chaque jour, qui surveille, aime en secret le jeune homme et fera tout pour attirer son attention et l'éloigner de Ségolène. Mais manipuler les sentiments de quelqu'un par amour ne donne pas toujours des résultats satisfaisants, Tania va l'apprendre à ses dépends, quand les situations se compliquent et l'assemblage de ses mensonges devient de plus en plus difficile à tenir... Tu n'avais plus tellement de souvenirs de ta lecture du premier opus, deux années sont passées par là, seulement un sentiment poétique qui perdurait depuis. La fiancée du facteur est du même acabit, poétique, douloureusement amoureux et prenant. Il n'est pas nécessaire d'avoir lu Le facteur émotif pour apprécier cette lecture, et se laisser porter par la poésie des haïkus, l'émoi qu'engendre les amours non réciproques... mais tu regrettes sans doute un peu d'avoir eu le sentiment d'un plat que l'on te ressert, dans une assiette différente. Malgré ce bémol, voici un bien joli moment de lecture, léger, à emporter sur la plage par exemple.

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Editions Anne Carrière - avril 2017

 

 

 

 

 

 

 Editions du livre de poche - mai 2017

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03 juillet 2017

Lux, Maud Mayeras

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Tu n'es pas une grande lectrice de thrillers... mais tu aimes en ouvrir de temps en temps, pour changer. Celui-ci t'attendait depuis un petit moment déjà dans ta PAL urgente (hum !) avec sa couverture intrigante et son titre mystérieux... Il était donc grand temps de plonger dans ses pages... Antoine débarque à Ceduna, dans les terres arides du sud de l'Australie un beau jour de 2016. Vingt ans auparavant, c'était avec sa mère malade qu'il avait atterri sur les lieux, venant de France. Un drame avait alors eu lieu pendant son court séjour, son ami Hunter avait été assassiné, presque sous ses yeux par son père, choqué de les avoir trouvés tous les deux à moitié nus dans la chambre de son ami. Sa mère était morte quelques jours plus tard, et le jeune homme alors rapatrié en France. Antoine est revenu pour se venger, pour tuer les époux Redshaw. Mais rien ne va se dérouler réellement comme prévu, un tsunami dévaste la région, et la réalité s'avère bien plus complexe qu'Antoine le croyait... Le voilà effectivement à un moment donné, en route, au coeur des terres australiennes, pour une Réserve secrète, accompagné d'un jeune militaire déserteur, d'un vieil aborigène un peu fou, et en quête de la soeur de Hunter, Lark... Et toi lectrice, tu as trouvé à ce roman quelques maladresses ou plutôt quelques manques de fluidité qui ont gêné ta lecture, au départ, puis tu as été embarquée, intriguée, décontenancée. Au final tu as été plutôt heureuse d'avoir ouvert ce livre, qui a le mérite de ne pas s'enfoncer dans la facilité. Avec Lux, on frôle sans cesse la fin du monde, et Maud Mayeras a le talent de nous montrer à la fois la complexité des sentiments humains, et nos fragilités. Et il y a des scènes d'une très grande force visuelle.

Editions Anne Carrière - octobre 2016

Lu aussi par Plume de Cajou

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22 avril 2017

Après l'incendie, Robert Goolrick

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Il faut le dire, et la photo ci-dessus l'atteste, tu as passé tes vacances de Pâques à manger du sucré en famille... ce qui ne va certainement pas te préparer au mieux pour la plage cet été. Mais tant pis. Car tu as aussi beaucoup lu, et c'est finalement tout ce qui t'intéresse... Bref, après quelques lectures plutôt douces, et quelques oeufs en chocolat très très bons, c'est ce Robert Goolrick là qui t'a tendu les bras... Tu te souvenais en effet du captivant et terrible La chute des princes, et tu avais envie de retrouver ça, ce New York des années 80, violent et clinquant. Tu t'attendais à une ambiance similaire. Et re-bref, car il s'avère que tu ne lis jamais vraiment les quatrièmes de couverture, ou tu les oublies très vite, et tu t'es retrouvée bien surprise, parachutée ainsi dans les décors de Autant en emporte le vent... Quel dépaysement ! Au début du siècle dernier, Diana vit en effet dans une des plus belles maisons du Sud des Etats-Unis. Mais ce privilège est aussi une malédiction. La famille est criblée de dettes. Diana doit absolument trouver un mari riche pour sauver le domaine, assurer un avenir à Saratoga et perpétuer le souvenir des Cooke. Diana a été élevée pour ça, pour attirer le mari idéal. Elle le croise assez vite en la personne du Capitaine Copperton, amant idéal qui s'avèrera très rapidement un mari odieux. Mais Saratoga est sauvée... au moins pour quelques années, jusqu'à ce que le Capitaine Copperton décède, que leur fils soit enlevé à l'affection de sa mère, qu'elle soit de nouveau sans le sou, et que la décrépitude reprenne ses murs d'assaut. Et comme toi, lectrice, tu as finalement beaucoup aimé accompagner cette jeune femme à la fois pleine de caractère et fragile dans les pages de ce livre. Aimer à ce point une maison, en sacrifier autant pour elle peut sembler absurde. Mais tu as aimé dans ce roman les magnifiques descriptions, les détails des tissus, de l'ameublement, tous ces petits objets qui peuplent une vie. Tu as aimé aussi la sensualité de ce texte, que rien ne soit caché de ce qu'une femme ressent, redoute ou espère. Une lecture à la fois cruelle et très belle qui annonce dès les premières lignes sa dimension tragique. 

Une nouvelle suit le roman, Trois lamentations, qui n'a pas grand chose à voir avec le reste, et qui semble conter la jeunesse de l'auteur... Et même si elle est de bonne facture, et assez passionnante, j'ai trouvé dommage qu'elle soit ajoutée là. Le roman se suffisant largement à lui-même, de mon point de vue !

Editions Anne Carrière - Janvier 2017

13 mars 2017

Le Bal mécanique, Yannick Grannec

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Tu avais beaucoup aimé La déesse des petites victoires de Yannick Grannec, un livre que l'on t'avait gentiment recommandé... et tu as donc battu de tes deux mains lorsque ce Bal mécanique a débarqué dans ta boîte aux lettres l'an dernier. Puis tu l'as prêté, et il t'est revenu, et la rentrée littéraire battait littéralement son plein à son tour, te noyant un peu d'ailleurs au passage... Ce bal a donc attendu. Parfois aussi, un livre que l'on prête est chargé du lecteur précédent, de son avis, de son geste quand il nous le retourne... Et alors il faut attendre un peu, parce que prêter un livre n'est pas un acte anodin, malgré la désinvolture affichée... Bref, tu savais qu'il y avait deux parties dans ce livre, une recherche de tableaux, et quelques longueurs... de l'ennui un peu aussi. Mais toi, il s'avère que tu ne t'es pas ennuyée une seconde pendant cette lecture. Par contre, effectivement, les deux parties étaient bien là... Au départ, tu rencontres Josh Schors, animateur de télévision à Chicago qui, avec son épouse, déconstruit et reconstruit des maisons et des familles sous l'oeil goguenard des caméras... Le père de Josh, Carl, peintre reconnu, vit à Saint Paul de Vence et est hanté par ses souvenirs de la guerre de Corée. Il comprend soudain au détour d'une information qu'il peut être concerné par cette découverte étonnante, la plus grande collection d'art spoliée du IIIème Reich est réapparue chez un certain Cornelius Gurlitt. Le portrait de son père, peint par Otto Dix en fait partie. La deuxième partie commence lorsque le lecteur est plongé dans le passé de Carl, dans le mystère de sa conception entre les murs du Bauhaus, école d'architecture novatrice fondée en Allemagne en 1901. Et comme tu as aimé y croiser Paul Klee, Kandinsky, etc... En réalité, ce qui est assez fabuleux dans ce livre, loin de son épaisseur, de sa somme de connaissances, et de l'histoire qu'il raconte... c'est de se rendre compte à un moment donné que t'es donné en préambule de chaque chapitre un tableau à voir. Et tu as cliqué sur ton smartphone pour contempler les oeuvres, tu t'es questionnée à chaque fois sur leur importance dans l'élaboration de l'écriture, tu y a parfois vu des scènes entières ou juste un détail... Quel régal, et quelle bonne idée, et quel roman intéressant !! Tu recommandes donc ce livre à tous les lecteurs curieux qui ne redoutent pas les longueurs, et les pavés !

Août 2016 - Anne Carrière

Clara l'a lu aussi

10 janvier 2017

La Rivière des doutes, Emmanuelle Becker-Papin

L’image contient peut-être : bougies

Tu savais que ce livre serait particulier... quelque chose dans le choix du bandeau, dans ce que raconte la quatrième de couverture, dans ce que t'en a dit ton conjoint qui l'a lu avant toi... Et quoi de mieux alors que de l'ouvrir dans cette atmosphère si particulière (et un peu magique) du réveillon du jour de l'an ? Tu apprends, dès les premières pages, que Jeanne est réveillée toutes les nuits par des cauchemars, qu'une voix l'appelle à l'aide... Aide-moi, je t'en prie, aide-moi ! Jeanne vit avec Tom, et mène la carrière active d'une jeune trentenaire moderne, et ce nouveau manque de sommeil l'interroge. Que signifie-t-il donc ? Mais si ses rêves la perturbent beaucoup, ce n'est rien à côté du message que lui transmet un soir sa libraire. Une vieille femme cherche à la joindre, c'est urgent, chaque heure compte. Jeanne doit absolument l'appeler. Célia (c'est la vieille femme), est en réalité médium et permet à Jeanne de parler avec sa grand-mère décédée en prenant soudainement son apparence... Ouah ! La scène est assez impressionnante. Et l'auteure s'avère très forte, sur ce moment là, sur l'apparition de cette grand-mère et sur tout le discours qui suit... Il faut sans doute qu'à cet instant précis le lecteur accepte (comme Jeanne d'ailleurs) ce principe étonnant, pour poursuivre sereinement sa lecture, que le père juste décédé de Jeanne a effectivement besoin de l'aide de sa fille pour que la flèche de son avenir éternel bascule vers le paradis plutôt que vers l'enfer. Et si le principe est accepté, il s'embarque alors vers une aventure pleine de rebondissements, de suspens, d'affection et d'émotions... Tu avais besoin que l'on te raconte des histoires, que l'on t'emporte ailleurs, loin de la réalité. Tu avais besoin d'amour et de câlins, te voilà servie !! Mais tu savais déjà, par les quelques propos échangés sur Facebook avec Emmanuelle Becker-Papin, qu'il y aurait de la douceur et de la légèreté dans ce livre, et qu'il te prendrait chaleureusement dans ses bras... c'est d'ailleurs tout ce que tu lui demandais... et il l'a fait, il l'a fait.

Editions Anne Carrière - Novembre 2016

L'irrégulière l'a lu aussi

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02 janvier 2017

Je suis une fille de l'hiver, Laurie Halse Anderson

jesuisunefilledelhiver

Tu as aimé ce livre... parce que quand tu rentres dans ses premières pages tu sais déjà que tu vas retrouver l'univers adolescent un peu rude de Laurie Halse Anderson (que tu avais déjà apprécié précédemment dans Vous parler de ça). Et que quand tu démarres ta lecture, c'est de ça, et de seulement de ça dont tu as envie, d'adolescence (et tu penses que c'est seulement ainsi que tu pourras enfin sortir de ton affreuse panne de lecture, via l'adolescence)... Tu ouvres alors les portes du roman, et tu découvres Lia, jeune fille de 18 ans. Et puis, tout de suite, à peine le temps de faire connaissance, il y a un décès, il est question d'une tragédie. Cassie, une autre adolescente, est morte, seule, dans une chambre d'hôtel. Lia et elle avaient été proches autrefois, mais en réalité elles ne se parlaient plus depuis longtemps. La veille de la tragédie, pourtant, Cassie avait appelé Lia à de nombreuses reprises, 33 fois, et Lia n'avait pas répondu... Comment gérer alors la culpabilité ? Comment gérer ce fantôme qui vient hanter ses nuits ? Comment continuer ce combat contre la faim que Lia mène en secret alors que ses parents la croient guérie ? Et que sa petite soeur Emma lui fait confiance ? Parce que Lia et Cassie partageaient ça avant (on l'apprend peu à peu au fil des paragraphes), cette course effrénée vers la maigreur, cette manière de disparaître de son vivant, en allant inexorablement vers la mort, et toutes les astuces et cachotteries pour y parvenir. En tournant les pages de ce livre, toi lectrice, ancienne jeune fille de 46 kilos, qui a connu la maigreur mais pas le fait de s'affamer, tu frémis de plus en plus, sur cette nourriture qui pèse, ce mécanisme mental qu'est l'anorexie. Tu n'as pas très envie de confier ce roman à ta fille adolescente, pas encore... On ne ressort pas indemne d'une telle lecture, des tentatives désespérées d'une jeune adulte pour trouver des raisons d'exister. Et puis tu refermes ce livre sur ces mots... je suis là, carresse sa couverture en relief, si soignée, et tu te dis que cette collection de La belle colère, c'est vraiment quelque chose... et que Je suis une fille de l'hiver t'a bien chahutée, mais qu'il t'a remise aussi mine de rien sur le chemin un peu perdu de la lecture (ouf).

Editions Anne Carrière - Octobre 2016

19 mai 2016

L'enjoliveur, Robert Goolrick

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 "C'est alors que la voiture avait bougé."

L'enjoliveur est un tout petit livre, minuscule même, dirais-je... dont on n'a guère envie de dévoiler l'intrigue de peur de trop en dire. Personnellement, il m'a suffit de savoir que l'auteur en était Robert Goolrick, celui qui avait écrit La chute des princes, que j'avais beaucoup aimé lors de la rentrée littéraire 2014, pour avoir envie de l'ouvrir sitôt reçu. Robert Goolrick est également l'auteur de Arrive un vagabond, que je n'ai pas lu, mais qui est un roman connu pour avoir eu Le Grand Prix des lectrices de ELLE en 2013.

A l'intérieur, vous trouverez des enjoliveurs, des garçons (très jeunes) qui font des expériences dangereuses, une Buick 1943, une maison coupée en deux, une grand-mère qui fume, la présence de Tom Barrett et les deux yeux de Betty Boop. Et ah j'oubliais... de bien jolis dessins de Jean-François Martin.

L'enjoliveur est une grosse nouvelle dont on a fait un livre. Mon petit doigt m'a dit que Robert Goolrick l'aurait écrit spécialement pour ses lecteurs français. Même si j'ai pris beaucoup de plaisir à lire cette nouvelle, et que l'objet livre est très soigné, il ne m'aurait pas déplu de lire un roman plus long. Je lirai de nouveau l'auteur avec enthousiasme. En attendant, il me reste à découvrir son Arrive un vagabond.

Editions Anne Carrière - 12€ - 19 mai 2016

 

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20 avril 2016

Les grandes et les petites choses, Rachel Khan

lesgrandesetlespetiteschoses

 "J'ai en moi la déportation, la colonisation, l'immigration et, à la vitesse où vont les choses, je me demande ce que pourront inventer les prochains tyrans de l'humanité. Mais je serai plus rapide qu'eux."

En Nina plusieurs origines se mélangent. Et à la maison, c'est tout pareil. D'un côté, il y a Yoram, son grand-père maternel juif polonais, et puis de l'autre, son père, noir et africain, professeur d'anglais. Avec eux, vivent sa mère libraire, et puis le petit frère, fan de hip-hop. A l'extérieur, Nina tente de se forger un avenir solide en suivant des cours de droit mais le milieu dans lequel elle évolue la regarde d'un oeil plein de préjugés, et puis il y a ce professeur, Monsieur Chauvel, qui la note sévèrement et semble rester bloqué sur sa couleur de peau. Nina se débat, avec l'image qu'elle a d'elle même, celle qu'on lui renvoie, et les cases dans lesquelles on la rangerait bien. La danse classique n'a pas voulu d'elle lorsqu'elle était enfant, car on lui a expliqué qu'un corps de ballet doit rester homogène. Mais comment se décider réellement à présent pour l'athlétisme, où pourtant elle excelle naturellement, trop naturellement à son goût, pour un sport de noire ? Et puis à dix-huit ans tout juste, la vie est là, l'amour, le coeur palpite, s'emballe et s'émeut, voudrait croire à tous les mélanges possibles. Plus Nina est perdue et plus elle se jette dans la course, comme si tout à coup courir pouvait effacer toutes les différences, et enfin rassembler.

J'ai eu un peu de mal, en début de lecture, à dépasser mes trop grandes impressions de légèreté avec ce roman qui est pourtant d'une grande richesse. Le phrasé de Rachel Khan, jeune et faussement désinvolte, y est pour beaucoup. Et pourtant, peu à peu, au fil des pages, j'ai réussi à discerner sous les mots, sous le foisonnement et la répétition, tout l'espoir et le désespoir mêlés, la souffrance, le rire qui recouvre la souffrance, et ce mouchoir que l'on pose sur des plaies ouvertes pour ne pas déranger. En parcourant la biographie de l'auteure, après avoir refermé ce livre, j'ai pu me rendre compte de tout ce qui avait été vécu et mis à l'intérieur. Alors, en fin de lecture, je n'ai plus tellement cru à la légèreté, mais seulement à quel point Les grandes et les petits choses croyait en l'humain.

Editions Anne Carrière - 17€ - Février 2016

 Ma première lecture dans le cadre du challenge...

68premieresfois

 

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27 septembre 2015

Les enfants de choeur de l'Amérique, Héloïse Guay de Bellissen

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 "Chaque américain a le droit de posséder une arme depuis 1791. Le deuxième amendement c'est notre ADN. Nous avons dû faire face à de grands conflits et il a fallu s'en sortir. Après la guerre de Sécession, les soldats en vie ont gardé leurs armes avec ma bénédiction et elles se sont transmises de génération en génération. Les flingues, c'est notre héritage."

Mark Chapman assassine John Lennon en 1980. John Hinckley tire lui quelques mois plus tard sur Ronald Reagan. Hasard ou coïncidence, ils ont tous les deux eu la même enfance et le même goût pour le héros de l'Attrape coeur de JD Salinger. Hasard ou coïncidence, ils ont un peu le même physique, passent inaperçu et ont une obsession commune pour un personnage public, John Lennon pour l'un, Jodie Foster pour l'autre. Tuer pour impressionner, pour entrer dans l'histoire, parce que l'imaginaire a pris depuis longtemps le pas sur le réel. Tuer sans méchanceté, seulement pour le geste, mués par une lubie, une obsession, une rage. L'Amérique donne des armes à ses enfants et les laisse jouer avec.

Voici un roman étonnant qui m'a beaucoup impressionnée tout au long de ma lecture. Premièrement, le style de l'oeuvre est d'une vitalité si américaine que j'ai été surprise de m'apercevoir que l'auteure était en fait de nationalité française. Mais cela est plutôt un atout, et rend la lecture très vivante. Deuxièment, je suis allée visualiser les pages wikipedia des deux meurtriers mis en avant dans ce livre, et j'ai été surprise d'y retrouver tous les détails qui me paraissaient invraisemblables dans le roman. Car oui, Jodie Foster a bien été harcelée par John Hinckley qui a tenté d'assassiner le président Reagan pour l'impressionner. Et oui, Mark Chapman a bien brandit L'Attrape coeur, juste après avoir tiré sur John Lennon. Etre ensuite plongée comme cela dans les motivations des deux jeunes gens, tellement dérisoires, est assez confondant, et l'on reste presque estomaquée que l'Amérique ne produise pas plus de meurtriers. Petit bémol, il est peut-être un peu dommage que la vitalité du style d'Héloïse Guay de Bellissen se perde aussi parfois dans l'onirisme, surtout lorsqu'elle évoque le personnage de L'Attrape coeur, livre que je n'ai pas lu, parce qu'elle m'a à ce moment là un peu perdue... Une auteure que j'ai pour autant bien envie de continuer à suivre car j'ai été sans conteste par ailleurs conquise par son écriture.

Editions Anne Carrière - 17.50 € - Août 2015

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