11 mai 2009
Antigone 256, Jacques Cassabois
Ce titre des éditions Hachette Jeunesse est une petite curiosité à laquelle je n'ai pas pu résister...
Il s'agit cette fois-ci encore de la retranscription du mythe d'Antigone, mais ici sous forme de prose.
Jacques Cassabois se place dans la lignée de ses illustres prédecesseurs, vingt cinq siècles après sa création (seule explication que j'ai trouvée au nombre 256 étrangement accolé au prénom, en titre). Il cite notamment et en préambule Jean Anouilh, Bertolt Brecht, Jean Cocteau, Jacques Derrida, Eschyle, Euripide, Robert Garnier, Robert Graves, Goethe, Hegel, Hölderlin, Jung, Kierkegaard, Bernard-Henri Lévy, Conor O'Brien, Charles Maurras, Jean Racine, Karl Reinhart, Sophocle...mais semble oublier Henry Bauchau (?!).
"Deux frères s'affrontent et s'entretuent. L'un a le droit à des obsèques, l'autre est livré aux bêtes sauvages. Ainsi en a décidé leur oncle, le roi Créon. Mais leur soeur, Antigone, refuse cette loi. Elle se dresse, seule, fière, fragile. Antigone ! Fille d'Oedipe ! L'héritière ! La petite."
Bien évidemment, je n'ai rien appris de neuf en parcourant cette nouvelle version d'Antigone, et l'écriture de Jacques Cassabois m'a semblé relativement exempte d'émotions. Cependant, ce texte ne m'a pas pour autant laissée de marbre. Il a un intérêt, celui de bien expliquer les tenants et aboutissants du choix d'Antigone : permettre à Polynice de bénéficier des rites funéraires que son oncle lui refuse. Il met également en perspective la politique de dureté de Créon.
Thèbes est l'enjeu. La ville a été le théâtre de l'inceste d'Oedipe, de sa fuite, de la bataille fratricide des ses fils pour le pouvoir. Pour Créon, Thèbes a besoin d'un maître, à la poigne ferme, sans concessions. La tragédie s'accomplissant, il ne pourra que s'en mordre les doigts...
"Un piège...marmonne-t-il. Je suis tombé dans un piège. Vouloir l'ordre, le bien public, et se laisser entraîner, choix après choix, par fidélité à un projet, à répandre le désordre, jusqu'au chaos dans sa propre famille... Vanité de l'ordre... vanité des projets et des conquêtes... vanité suprême du bien... Gouverner, décider, imposer le respect des lois pour que vogue le navire de la cité... et payer son exigence avec son propre sang... vanité, vanité..."
J'ai été un peu surprise que l'affrontement entre Antigone et son oncle soit reproduit sur une très courte durée, et que ce soit Hémon, fiancé de l'héroïne, qui porte devant lui le drapeau de l'opposition, mais quelques scènes sont assez fortes et l'ensemble plutôt une bonne approche du mythe...
ISBN 978 2 01 201203 5 - 12€ - 08/07
Une lecture chez Ricochet-Jeunes - C'est un livre "non lu" pour Nulle et je comprends son énervement ;o) - Lionel Labosse en fait ici une lecture très érudite...et pointe du doigt quelques erreurs.
08 juin 2008
Antigone, Aliette Armel
Aliette Armel n'écrit pas que des romans...
En collaboration avec d'autres auteurs, elle est également à l'origine de cet ouvrage très intéressant qui traite de la figure mythique qu'est "Antigone".
(Un titre malheureusement épuisé chez l'éditeur mais certainement présent dans beaucoup de bibliothèques.)
Cet essai, inscrit dans la collection "figures mythiques" des éditions "autrement", a le mérite de remettre dans le contexte de chaque époque les différentes versions de la pièce, inventée par Sophocle,...et de donner à comprendre le rôle que sa représentation a pû parfois jouer dans l'histoire avec un grand H, et dans les histoires de chacun, notamment celle de Henry Bauchau (auteur d'une version romancée du mythe).
"Antigone est une création totale, un mythe forgé dans l'imagination de Sophocle puisant dans des légendes ancestrales mais préservant la liberté de notre imaginaire. "Antigone n'a jamais existé, rappelle Jacques Lacarrière, donc, chaque fois qu'on parle d'Antigone, on parle de nous." La richesse de sa personnalité est inépuisable. Elle se révèle, vingt-cinq siècles plus tard, fascinante dans ses contradictions, son énergie adolescente et son attirance pour la mort, sa beauté intérieure dans un physique décrit comme ingrat, son impuissance à accomplir sa féminité, sa droiture inébranlable et sa disparition "sans pleurs, sans parents, sans les chants du mariage." Elle se dresse avec une pureté nouvelle, inspirant terreur et pitié. Elle étonne et subjugue, connue autant qu'Oedipe, mais plus proche et familière que ce père devenu le symbole écrasant du concept central de la psychanalyse."
Quelques Antigones connues - Sophocle, Jean Anouilh, Bertold Brecht, Henry Bauchau, Jean Cocteau, Walter Hasenclever, Charles Maurras et Paul Zumthor...
Qu'elle soit perçue comme lumineuse, rebelle ou simplement humaine, ce personnage d'adolescente frondeuse réveille ce qu'il y a de plus profond en chacun des auteurs qui l'ont côtoyée, quelque chose de vivant, mêlé d'un espoir salvateur et paradoxal...
"Si vous vous réveillez la nuit en récitant une vers d'Antigone particulièrement quand vous êtes déjà un peu vieux, fatigué, et qu'au milieu de la nuit, ça vous réveille, que vous avez ça, que vous le dites et le prononcez, un temps entre le sommeil et la veille, comme il devait être prononcé... ça fait quand même un alexandrin sauvé de sa douleur et de ses insuffisances... Alors, c'est qu'il y a une continuation possible, un avenir."
(Pierre Boutang/George Steiner, Dialogues. Sur le mythe d'Antigone. Sur le sacrifice d'Abraham.)


























