17 avril 2017

Atelier d'écriture

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Immédiatement, il y a cette sensation de banquette brûlante sous mes cuisses. Ton regard bleu qui me transperce. Le reflet du ciel sur le verre de tes lunettes foncées. Je refrène le petit cri de surprise qui me monte à la gorge. Je suis assise à côté de toi, dans ta voiture, et tu voudrais que je ne sois pas là. Je te dérange. Tu es venu me chercher parce que je te l'ai demandé. Tu ne sais pas dire non. Tu m'as donc répondu oui, mais dans ta voix au bout du fil une cascade de réticence l'accompagnait. Il fait chaud. Ton front brille. Ta chemise colle à ton torse et la transpiration zèbre tes côtes. J'ai mis une robe légère qui vole sur mes jambes. Tu as relevé le toit ouvrant. Tu ne démarres pas tout de suite. Tu attends que je t'explique, ce que nous faisons là, tes roues à demi sur le trottoir, devant ce lycée où je travaille. Je sens ton impatience, ton agacement, et j'esquisse un sourire parce que tu ne sais pas combien tu es beau, là dans la lumière, blond, brillant et fragile. Je t'emmène dans ce café où il fera presque frais, loin du bruit et de la circulation. Je les emmène tous là. Ce n'est pas un piège, c'est une habitude, une superstition. Mes histoires d'amour ne peuvent éclore que sur le bois dur d'une chaise de bistrot, naître dans les bulles d'une limonade fraîche, sous le regard bienveillant de Virginie. Je lui demanderai son avis ensuite, sur nous, sur toi. Pour l'instant, je ne suis pas là-bas, je fais des gestes, je monte des échafaudages d'explications. J'espère que rien ne s'écroule, que mon plan pour te voler du temps te séduise, je réclame ton aide. Juste un moment, s'il te plaît. Tu regardes mes mains mouliner l'air, tu te détends un peu. Allons-y. Je regarde tes doigts attraper le volant, passer la première. Tes gestes pour te faufiler dans la circulation et m'emmener avec toi sont précis. Ils me rassurent. Ils augurent bon. Dans ma poitrine, mon coeur saute. Il va exploser avant le prochain feu rouge. Je m'aggripe fermement à ta portière. Tout fonctionne comme prévu. C'était donc possible ? Tu n'es pourtant pas si facile à kidnapper, mon amour.

Ceci est ta participation à l'atelier d'écriture de Leiloona, sur une photo de Fred Hedin...

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03 avril 2017

Atelier d'écriture

talons-aiguillesTu es mon histoire. Banale. Et j'écris pour toi ce soir. Pour te séduire. Avec mes pauvres armes, les mots. Mais ça tu ne le sais pas encore. Tu crois que je suis passée à autre chose, quelqu'un d'autre, que j'ai, comme tu me l'as glissé la dernière fois, repris mes esprits. En réalité, je suis montée depuis ton refus sur des échasses. J'ai enfilé mes talons hauts, et j'ai pris de la hauteur. J'ai essayé de t'oublier comme ça, en jouant un personnage, en m'étourdissant, les orteils en feu, le talon blessé. Autant de manières de ne pas sentir la douleur qui s'est logée au creux de ma poitrine, dure et tranchante. Elle me réveille parfois la nuit. Ou quand je te croise. A quoi il sert cet amour qui n'a que du vide en retour ? Qui se balance entre espoir et mélodrame. Tu es mon défi, quotidien. Je note chaque jour scrupuleusement mes avancées sur un carnet, à quel point j'ai réussi cette fois-ci à t'éviter, à aller mieux, à ne pas chuter. Journal de bord d'une naufragée. On ne le dit jamais assez combien renoncer à quelqu'un est une des plus grandes batailles de la vie, combien c'est difficile. Je me réveille avec toi, et je dois te chasser de mes pensées. Je marche avec toi, et je me concentre sur mes talons. Je te vois, et je dois t'ignorer. Tu es cette pierre qui roule sous mes semelles et qui me fait flancher. Il n'est marqué dans aucun livre comment t'oublier. Ni comment te séduire non plus. Avec mes pauvres mots, ma pauvre voix, mes pauvres sentiments. J'ai acheté des pansements, qui rendent ma démarche moins bancale, plus aisée. J'ai l'impression que je vais mieux. Pourtant, je déambule sur une poutre, j'oscille, et bien souvent je tombe. Un jour, tu me seras de nouveau indifférent, je porterai des talons plats. Ou alors j'aurai réussi à t'atteindre, là où tu es, et tu seras là. Fol espoir. Balance sentimentale. Moi sur mes talons.

Ce texte est ta participation à l'atelier d'écriture de Leiloona [clic ici], une photo quelques mots...

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06 mars 2017

Atelier d'écriture

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Tous les matins, résonne au loin un bruit de canon qui déchire nos tympans, et nous force à nous lever. Il provient visiblement de la ville la plus proche. Mais pour quelle raison ? Tous les matins, nous nous prenons tous dans nos bras, comme si c'était la dernière fois, l'esprit encore embrumé par la nuit, la mine sérieuse et souriante. Ici, dans notre village, nous sommes quinze, dix adultes et une poignée d'enfants. Plus loin, à quelques kilomètres de là, vivent d'autres personnes. Quatre adultes. Mais cela fait plusieurs semaines déjà qu'ils ne donnent plus de nouvelles. Ils évitent sans doute de se faire remarquer. En réalité, nous ne savons pas si ils sont encore vie, nous faisons comme si. La guerre civile est venue doucement creuser son nid, sans grands cris et fracas, dans notre quotidien. Il a suffit d'un changement de gouvernement, des restrictions, des lois de plus en plus hostiles. Et puis un jour, une partie de la population s'est soulevée, des insurgés ont manifesté, et tout à coup le pays était à feu et à sang. Lors des premiers cris à la radio, à la fin des programmes de télévision, nous nous sommes regroupés dans le village, étonnés de nous découvrir tous bienveillants, loin de la rivalité habituelle des voisins. Nous avons très vite compris que nous nous aimions suffisamment pour tenir à chacun d'entre nous. Il fallait alors s'organiser, préserver les enfants, améliorer les potagers, garants de notre survie, tout faire pour continuer à manger et à prendre soin de nous, sans l'école, le travail, les déplacements. Mais hier, un faon est venu se nourrir dans la main de ma fille. Les animaux quittent la forêt, cherchent du réconfort. C'est plutôt mauvais signe. Sommes nous donc cette fois-ci physiquement en danger ? Je voudrais savoir ce que le reste du monde a prévu pour nous. Sans doute pas grand chose. Et le soleil est là, qui écrase tout de sa lumière lucide, donnant le sentiment que rien n'a changé, distribuant son espoir fou. Le printemps arrive, malgré tout, malgré la terreur. Sur l'herbe tendre, les enfants jouent. Mais l'alerte est réelle, et je prépare ce soir avec ma femme trois sacs à dos. Les voisins sont venus nous donner un coup de main, quelques provisions. Ils vont rester encore quelques temps dans le village, avant de prendre la route à leur tour. Nous ne pouvons nous permettre de nous déplacer en bande. Les yeux sont humides, les voix plus douces, les peaux se touchent à la moindre occasion. Elles disent je vous aime, vous nous manquez déjà, ne nous oubliez pas, et surtout prenez soin de vous... elles disent juste ce que les peaux savent dire quand la parole est sans voix. Je voudrais avoir le choix.

Une photo quelques mots... tous les autres liens de l'atelier d'écriture sont chez Leiloona [clic] - Photo de Vincent Hequet

Alors que j'avais déjà rédigé ce texte, le billet d'Enna [ici] a fait un drôle d'écho à celui-ci. N'hésitez pas à cliquer et à soutenir son action... Marathon de Paris d’Anne Gilles pour la Syrie avec l’UNICEF. Merci.

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14 novembre 2016

L'autre qu'on adorait ~ atelier d'écriture

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Je visse mes écouteurs dans le creux de mes oreilles. J'ai aperçu ta maison. Et c'est comme fonctionner soudain en circuit fermé, hors d'atteinte, avec l'illusion d'être plus forte. J'enclenche maintenant la première plage de l'album que j'écoute en ce moment. Les bruits de ta rue disparaissent aussitôt. Tu serais surpris de savoir que depuis l'Incident, seule la musique a ce pouvoir là, de me maintenir artificiellement la tête hors de l'eau, dans une bulle tonitruante, d'accélerer mes pas. L'équilibre est fragile. De toi je ne sais plus rien depuis plusieurs semaines. Tu ne peux plus être... cet autre que j'adorais. Dont j'attends encore quelque chose pourtant. Des excuses. D'en guérir. Une libération. Le rythme de la musique couvre les battements de mon coeur qui s'accélèrent. Je respire profondément. Peut-être un peu trop. L'air est vif ce matin et brûle douloureusement mes sinus. Je passe tous les jours devant chez toi. A pied. Je longe les voitures. La tête dans mon snood en laine. Rouge comme ta façade. J'aperçois souvent ta voiture, garée là, brillante, mordant un peu le trottoir, comme une extension matérielle de toi. Mais jamais je ne te croise, toi. L'affection a ceci d'étrange qu'elle s'accroche à qui ne fait pas l'effort de l'attendre. J'avais pris nos échanges pour une conversation. Et aujourd'hui ma boîte mail ne déverse plus que des spams qui font semblant de connaître mon prénom. Je pourrais choisir un autre trajet, faire le grand tour. Impossible. Ce serait tricher. Je tire une force iréelle de cette blessure quotidienne auquelle je m'astreins. Ce parcours. J'espère sans doute aussi une rencontre, qu'au sortir de ton perron tu me tombes dans les bras. Comme au cinéma. Dans la vraie vie, les garçons fuient et les filles longent des voitures, changent de trottoir, essaient d'oublier. Nous n'étions pas faits pour nous entendre. Ou plutôt si, de trop. Et autour de toi, des jalousies se sont élevées, ont dit que tu méritais mieux. Et tu les a écoutées. Pire, tu les as laissées me blesser. J'ai beaucoup lutté, voulu te faire entendre raison, croire à notre amitié. Il m'a fallu du temps pour renoncer. Il a fallu que je chute. Depuis, le monde a pris d'étranges couleurs. On m'approche, on m'offre ailleurs ce que tu ne voulais plus me donner. Je sors, je fais la fête. La vie est devenue un kaléidoscope qui m'empêche de pleurer. Je singe parfaitement la comédie du bonheur. A force, je finirai par y croire. Mais tu serais surpris de savoir que depuis l'Incident, notre dernière dispute, j'écoute en passant devant chez toi un à un tous tes albums préférés. Ils me parlent de toi. Ils sont ce qu'il reste de nous. Pour peu qu'un jour pourquoi pas... ils te réveillent.

Un titre emprunté au dernier roman de Catherine Cusset (non lu encore). Et un texte écrit pour l'atelier d'écriture de Leiloona [clic ici] 

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13 novembre 2016

Dimanche

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J'ai eu une envie soudaine de dessiner mon personnage du texte qui sera en ligne pour l'atelier d'écriture de Leiloona demain. En voici le résultat. Fait au BIC, et à main levée. Comme d'habitude. Pour une fois, je suis presque satisfaite. Même si je ne suis pas très douée pour rendre l'épaisseur d'un manteau. J'ai un rapport particulier avec le dessin. Gribouiller a toujours été pour moi un moyen de faire baisser la pression, en classe ou ailleurs, un biais pour me ramener à qui je suis. Gribouiller calme les tempêtes intérieures, comme le tricot, comme tout ce que l'on fabrique de ses mains. Mais je n'ai jamais su dépasser ce stade du portrait de 3/4. Rien de grave. ;) Je vais peut-être cependant essayer de gribouiller plus souvent. Tout est bon à prendre pour se sentir bien, n'est-ce pas ? Bon dimanche !!

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31 octobre 2016

Quelqu'un manque ~ atelier d'écriture

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Dans mon coeur désaffecté, quelqu'un manque. Comme je l'imagine il a les cheveux couleur miel. Il hante mes rêves, presque toutes mes nuits. Il existe seulement là, entre la brume du sommeil qui tombe et la brutalité du réveil où sa main tendue m'échappe alors. Qui est-il ? A quel moment de ma vie l'ai-je perdu ? Etait-il cette ombre qui marchait près de moi en longeant la rivière, ce bruit de bicyclette qui sifflait dans mes oreilles les jours où je fuyais, près de moi encore quand j'étais seule à la récréation, ou quand mes orteils rosissaient sur le carrelage de la piscine, avant la peur de sauter ? Je l'ai recherché plus tard dans ce garçon à qui j'ai tenu longuement la main, dans celui dont je suivais les pas, dans cet autre, tous ces autres qui n'ont pas voulu de moi, dans celui qui m'a embrassé sous la pluie, dans ce dernier à qui j'écrivais. Dans mon coeur désaffecté, il manque, ce garçon au mince sourire qui veillait sur moi. Je crois qu'il était mon aîné, je crois qu'au-delà de ma mémoire, un jour il m'a serré dans ses bras, ou aidé à remettre la chaîne de mon vélo. Je crois qu'il a existé. Et que depuis je porte comme une croix l'empreinte de son étreinte au creux de moi, comme le souvenir d'un amour éperdu, perdu à jamais. Dans mon coeur oublié, je lui ressemble, j'ai aussi les cheveux couleur miel. Je suis prête à le suivre au bout du monde, ou au bout de la rue. La piscine municipale n'a pas encore fermé ses portes. Elle est encore ce lieu où l'on pouvait acheter les cheveux dégoulinants d'eau chlorée des glaces pop à la framboise au goût de carton et de vacances. Dans mon coeur désaffecté, il y a de la place, trop de place. Sous le coup de la colère, et du désespoir, j'ai badigeonné ses murs de tags monstrueux qui n'effraient que moi. Il y avait largement de la place pour toi. 

Photo de Julien Ribot - Ma participation pour l'atelier d'écriture de Leiloona... Une photo, quelques mots [clic ici]

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03 octobre 2016

Mon coeur en hiver ~ atelier d'écriture

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J'ai mis le doigt sur l'endroit où se situe ma douleur. J'ai mis un doigt sur toi. Aujourd'hui je voudrais essayer. Etre certaine que tu me rejettes. Cette fois-ci. Je voudrais que tu m'accordes cela. La rupture. Celle qui brisera enfin ce qui nous lie. Mettre mon coeur en hiver. Toi comme mort. Et le vide tout autour. J'ai bien tenté. A plusieurs reprises. De me défaire de ce fil, ta présence qui s'enroule et serre mon torse, mes tempes, en vain. Tu restes là. Avec ta constance, ton sourire en coin. Présent malgré moi. Présent partout où je suis. Hier, la neige a recouvert ce parc que tu connais, où parfois je te croise. Et je suis restée saisie, envahie par le blanc, la pureté du silence, cette respiration. L'hiver était là, déjà en octobre, et il me chuchotait qu'il était temps. J'ai mis le doigt sur les touches de mon téléphone. Je compose ton numéro sans hésiter. Par coeur. Et je reçois ta voix incertaine comme un cadeau doux dans le creux de mon oreille. Ton salut comme une écharpe de laine qui retomberait légèrement sur ma gorge. Trouver la force. La violence qu'il faut pour briser le sortilège. Te donner des armes. Mentir si il le faut. Tu as l'air si heureux de me parler. Cette distance affectueuse que tu mets en tout. Cette toute petite boîte dans laquelle tu me tiens. Ces parois rugueuses contre lesquelles je me cogne et me blesse. Tes silences. De mon problème tu es la solution. De ma douleur je ne veux plus. Je te livre mon mensonge, le plus gros. Et il est épais et lourd ton souffle au bout du fil, coupant. J'attends le bruit qui annoncera la fin. J'attends que l'amour que je te porte se brise à mes pieds. Enfin. Et tu déglutis, prononce mon prénom, lentement. Ta parole hésite et cherche. Mon prénom encore, dans ta bouche, dans ce fil de téléphone qui nous relie. Mon mensonge qui s'évapore. Ta manière à toi de rebondir sur mon avant dernière phrase, celle qui ne démêlait rien, qui n'avait pas d'importance. Et puis ce A demain. Tu as trié d'un revers de certitude le déraisonnable et le certain, fais un noeud avec le lien qui nous lie, et serré très fort. Je raccroche, garde l'impression terrible que tu tiens à moi et que j'ai seulement ajouté un tour à ce fil qui serre à présent mes poignets, ensemble.

© Kot - Ma participation à l'atelier d'écriture de Leiloona... une photo quelques mots [clic]

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12 septembre 2016

Ma rebelle ~ Atelier d'écriture

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Tu avais décidé de prendre de la hauteur, de t'en moquer un peu de la solitude, d'enfreindre les règles non écrites, celles qui ressemblent vite à des habitudes de célibataires. Ces soirées pyjama qui s'éternisaient sur le canapé et qui te laissaient groggy, insatisfaite. Tu avais revêtu ce blouson en cuir que tu ne mets jamais, remisé depuis son achat dans un creux de ta penderie. Il sentait bien un peu mauvais, le bois, le neuf et le renfermé. Mais avec ta jupe fleurie, il te donnait cet air de rebelle dont tu avais besoin ce soir. Accord parfait. Ta liberté tu la trouvais dorénavant dans tous ces gestes anodins, ces petits pas de côté, ces manières d'être différente, de dire non, plus tard, peut-être, ou jamais. De ne jamais être là où l'on t'attendait. Une lutte continuelle. Tu ne cherchais pas la provocation. Non. Plutôt à faire entendre ta voix dans le brouhaha du monde, ta différence, ton identité. A ne jamais te laisser engloutir par cette norme que tout le monde cherche. Ce graal moderne. Être une Antigone. Partout. A la sortie de l'école, en prenant les mains de tes enfants. Au travail, en cherchant au-delà des fenêtres quelque chose, un détail, qui te ferait sourire, et t'extraire. A la maison, en laissant des tâches de côté pour attraper un livre, en pensant à une phrase au milieu du ménage, en laissant refroidir l'eau de la vaisselle pour vérifier une pensée. A donner un sens à tout. De l'air à ton esprit. Surtout depuis que tu savais combien ta vie t'appartenait. Surtout depuis qu'elle t'avait parue si fragile. Tu avais décidé que ce soir était le bon soir pour aller sentir le vent dans tes oreilles Place de la Concorde et peut-être monter sur la grande roue. Apprivoiser Paris la nuit. Même seule. Tes enfants chez leur père. Tu imaginais leur visage bleuté, reflétant la lumière de la télévision. Disney pour un soir. Le sucre et le miel qu'accordent les parents esseulés pour palier l'absence de l'autre. Et là, pour toi ce soir, le cuir sur ta peau nue. Tes cheveux pour une fois attachés en un chignon défait. Le tissu de ta robe frôlant tes cuisses. Et puis ce regard que tu te lances dans le miroir de l'ascenseur, souligné de noir. Le sourire que tu t'adresses. Encore un moment de gagné sur la course du monde, cette sortie. Encore un jour de gagné pour la joie. Oublié le temps des pleurs, de la séparation douloureuse, et du confinement qu'amène cette certitude de ne plus jamais être heureuse. Comme tu te trompais. Comme le temps arrange bien des choses, et surtout l'amour que l'on se porte à soi-même. Le couple, la famille, cet autre enfermement dans lequel tu t'étais laissée piéger. L'autre qui t'étouffe au point de ne plus savoir qui tu es. Alors que l'amour c'est seulement respirer mieux, plus fort, à deux. Et comme Paris allait être magnifique ce soir vu d'en haut. Comme tu te sentais belle, libre, enfin, ma rebelle.

Un texte écrit pour l'atelier d'écriture de Leiloona [clic ici]... une photo, quelques mots. 

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15 février 2016

Comme un rempart (atelier d'écriture)

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 J'ai mis ma jupe rouge ce matin, celle que je mets rarement, parce qu'avec elle je me sens vulnérable. Je sais que c'est idiot, mais il faut être une fille pour comprendre ce mélange d'envie de féminité qui parfois nous prend au réveil, et cette certitude de ne pas passer inaperçue. J'ai mis des collants noirs et mes petites chaussures d'hiver. Dehors, il fait froid. Avec mon bonnet, mon manteau droit et mon air renfrogné, je pense être tranquille. Je me déteste de réfléchir à ça. Mais sur le chemin de la faculté, entre ma résidence, et le parking étudiant, les filles se font régulièrement harponner, pour un sourire, quelques sous, une cigarette. T'es jolie mais tu fais la gueule, m'a-t-on dit souvent au passage, dommage, j'aurais bien pris ton numéro, mademoiselle. Hier tu m'as reproché de m'habiller comme un garçon manqué, avec mes jeans et mes pulls longs dont je tire les manches sur mes poignets. Tu m'as reproché de vouloir disparaître. Tu m'as demandé à quoi ça sert, ce camouflage ? J'ai eu l'impression que je commençais à moins te plaire que dans cette boîte il y a trois mois, cette soirée où tu m'avais trouvée si sexy. Dans ce café bruyant où nous avions trouvé refuge, ton regard passait d'un groupe à l'autre, s'attardait sur un dos réhaussé de dentelle ici, sur des jambes fines là, et puis sur d'autres chevelures lumineuses que des mains lourdes de bagues attrapaient prestement et montaient en chignon. Je ne suis pas ce genre de femme, et pourtant je les envie, j'envie l'insouciance qu'elles assument. Ce sont des guerrières. A quoi ça sert ce camouflage ? A quoi ça sert donc cette peur d'être jolie, qu'on me remarque ? Ce matin, j'ai donc mis ma jupe rouge, celle dans laquelle je me sens belle. Je ne l'ai pas fait pour toi, je l'ai fait pour moi. Hier soir, j'ai mis fin à notre relation. Je mérite que l'on vienne me chercher sous mon pull et les cheveux qui tombent sur mon front. Te quitter comme ça, sur un coup de tête, m'a vidé le corps, me fait un peu trembler aujourd'hui et perdre l'équilibre. J'espère ne pas croiser au dehors ces types qui semblent attendre le moindre jupon, s'agglutinent et forment comme un rempart sur mon chemin. Je n'ai pas envie de lutter, faire l'effort de répliquer quelque chose pour m'en débarrasser. Les croiser tous les jours est une épreuve indescriptible. Je voudrais seulement pouvoir marcher dans la rue, ne pas redouter d'être une femme, porter ce que je veux et que l'on me laisse tranquille.

Un texte écrit pour l'atelier d'écriture de Leiloona mais cette semaine, l’atelier prend une autre dimension et sort du cercle du net. Comme l’an dernier, Framboise a proposé de collaborer avec elle à un projet.  

Comme l’année précédente, nous organisons sur l’Université de Toulon, une manifestation autour de la question du sexisme et du harcèlement de rue. Vos textes feront l’objet d’une exposition durant toute la semaine. Et, pour illustrer notre débat (qui clôturera une semaine d’évènements culturels) vos textes seront lus sur scène par des étudiants de l’atelier théâtre.

Deux contraintes pour cet atelier : écrire à partir d’une photo et d’une thématique : le harcèlement de rue.

Les autres textes sont à lire ici [clic]

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08 février 2016

T'attendre (atelier d'écriture)

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 Je me suis enroulée dans mon écharpe. Mon nez au dessus de la laine est froid, et brille un peu. Je t'attends. Je sais que tu vas arriver, tu n'es jamais en retard. C'est ce que j'aime d'ailleurs chez toi, c'est bête, cette ponctualité, le fait que jamais tu ne me laisses tomber dans l'angoisse de l'attente, tu ne voudrais pas. Je suis arrivée en avance, je me suis assise sur un bout de trottoir, la pierre est dure et gelée sous mes fesses, je sens sa dureté à travers mon jean. Je devrais me lever, marcher un peu, mais je reste assise. La vue que j'ai d'ici est belle, comme un tableau. Bouger ferait se transformer l'image, ce serait dommage. Plus bas, la Seine est aussi transie que moi, immobile. Au loin, la Tour Eiffel, la Grande Dame, semble attendre la nuit, un rendez-vous, ou que la journée passe. Elle se dresse sur le bleu du ciel, sombre et droite. J'aime quand le ciel se transforme ainsi, prend son air de entre chiens et loups. C'est l'heure des possibles, de l'inattendu. Et même si rien ne se passe, il y a comme un frisson dans l'air qui espère. T'attendre, c'est savoir déjà tes bras autour de moi, la chaleur de tes lèvres sur mon nez, puis sur ma bouche, l'étreinte. T'attendre, c'est être déjà avec toi. Ensuite, nous irons tous les deux marcher dans les rues, et si je glisse sur les pavés, tu me tiendras la main, comme tu le fais souvent. Tu me demanderas peut-être si j'ai oublié mes gants, si je préfère que nous allions moins vite. Ton pas s'accorde toujours au mien. Les secondes s'égrennent, tu ne vas pas tarder. Et je chiffonne entre mes doigts un coeur de papier qui s'est envolé jusqu'à ma chaussure, un reste de mariage sans doute. Le rose vif du confetti se détache violemment sur le bleu alentour, la nuit qui tombe doucement.
J'espère trouver les mots tout à l'heure, ceux qui disent je t'aime, je souhaite, et ceux qui disent pardonne moi

Crédit photo Leiloona - texte de fiction pour son atelier d'écriture Une photo quelques mots [ici]

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