29 avril 2017

Avec mon corps, Nikki Gemmel

"Vous savez maintenant quel est le plus grand gouffre qui puisse exister entre deux personnes, de tous les gouffres qui s'élargissent, vous aspirent et vous submergent.
C'est la retenue de l'amour, chez un parent.
Si vous voulez faire souffrir quelqu'un au plus haut point, l'abîmer en profondeur, c'est ce qu'il faut faire. Si vous voulez le voir guérir comme par miracle, essayez le contraire. Retenir son amour peut bloquer une vie. Saborder la confiance, l'estime, la force."

avecmoncorps

Te voilà bien embêtée au moment d'écrire un billet coup de coeur pour ce titre... car tu as rarement ressenti autant de sentiments différents à propos d'un livre. Oui, mais, avant tout, tu as été chamboulée. Tout d'abord, situons un peu les choses, il faut que tu avoues connaître Nikki Gemmel depuis très longtemps, bien avant son succès de librairie La mariée mise à nu [clic]. En effet, tu avais adoré déjà lire étudiante ses Noces sauvages [clic] et son Love song. En ouvrant les premières pages de ce titre là, aujourd'hui, tu te retrouves plongée avec la narratrice dans une vie de famille un peu sclérosée. Atteignant la quarantaine, elle ne s'épanouit pas dans le tourbillon d'occupations vides de sens que requiert le fait d'avoir un mari médecin et trois garçons, malgré l'affection évidente. Son corps lui semble mort. Et puis, habitante étrangère d'une petite ville d'Angleterre, elle regrette la lumière de son Australie natale. Et tout à coup, Nikki Gemmel nous propulse dans l'enfance de cette narratrice, dans la chaleur de son Bush et tu découvres une autre personne, à la sensualité sauvage, qui cherche à vivre et à répondre à ses envies. Elle fait la connaissance d'un écrivain, solitaire, en mal d'écriture, qui va l'initier aux plaisirs les plus divers, ouvrir son corps, tout en la maintenant en retrait. Et tu as pensé à l'Amant de Marguerite Duras, et tu as été gênée par le jeune âge de l'héroïne, cette inconscience de présenter ainsi des relations sexuelles non protégées... Ton toi adulte a d'abord été un peu choqué par ça. Ce roman est sorti en version poche dans une catégorie érotique, et il est vrai que les scènes de ce roman sont à la fois explicites, presque brutales et très sensuelles. Mais tu as, personnellement, surtout été intéressée par la quête de cette jeune fille délaissée par son père, son désir d'être aimée entièrement, sa soif d'apprendre, son intérêt pour les mots et l'écriture. Et comme tu as aimé aussi retrouver la Nikki Gemmel australienne, sentir sous ses phrases la rudesse du Bush. C'est un roman qui ramène à l'adolescence, au temps de l'innocence et du passage à l'âge adulte. Et tu as aimé retrouver un peu de tes genoux écorchés d'enfant dans cette enfant perdue qui fuit la maison en appuyant fermement sur les pédales de sa bicyclette. Tu as aimé les dernières pages de ce roman à la fois dérangeant et plein d'espoir. Il montre qu'à tout âge la vie peut reprendre son sens. Lire Avec mon corps t'a procuré une palette d'émotions très diverses et tu apposes avec prudence, mais conviction, un coup de coeur sur ce roman dont certaines phrases vont sans doute rester gravées dans ta mémoire.

Editions Au diable vauvert - janvier 2015

Un avis assez équivalent sur le blog de Blablablamia

Posté par Antigone1 à 09:40 - - Commentaires [10] - Permalien [#]
Tags : , , ,


29 octobre 2016

Comme dans un film, Régis de Sa Moreira ~ Rentrée littéraire 2016

commedansunfilm

"C'est un peu comme dans un film quand on sent qu'une partie se termine, et qu'une autre est sur le point de commencer." 

Il y a ELLE et il y a LUI, et une rencontre qui les conduit pour une première fois dans un cinéma de quartier, la vie commune, les disputes, l'amour et les séparations, un anniversaire comme un rendez-vous immuable qui rythme leurs années. La vie. L'amour. Les gens autour qui passent, comprennent ou pas, assistent. Les enfants qui naissent. Tout ce qui fait une vie, dans ce qu'elle a d'imparfaite, de désordonnée, d'intéressante et de parfois aussi un peu loufoque. Mais à force de regarder des DVD ou d'aller au cinéma, on a le sentiment de rejouer sans cesse des scènes déjà vues... et le phénomène est troublant. Comment va donc se terminer cette histoire ? Par un happy end ?

Je dois vous dire d'emblée que ce titre ne plaira vraiment pas à tout le monde. Premièrement, sa forme est celle d'une pièce de théâtre, ou d'un scénario de film, pas d'un roman, et il faut parfois s'accrocher un peu pour suivre les dialogues. Mais voilà, j'ai personnellement une affection particulière pour ce jeune auteur, Regis de Sa Moreira, qui sait dans ses livres utiliser l'absurde et magnifier le réel avec son regard vif, affectueux, romantique et blessant. J'aime son regard particulier sur les couples, qui me fait parfois penser à ce qu'il se joue dans L'écume des jours de Boris Vian. J'ai donc beaucoup aimé le retrouver ici, car il m'a fait encore une fois beaucoup rire et sourire. J'aime son regard sur les absurdités de notre société, et sa connaissance du monde tel qu'il est. Et j'aime que ses personnages se sentent libres de vivre leurs émotions comme ils le souhaitent, voilà qui est très réconfortant. Parce que cette histoire d'amour entre un postier et une bibliothécaire est à la fois concevable et assez improbable. Mais elle m'a permise de passer un moment de lecture assez jouissif. Une lecture de rentrée étonnante, vive et drôle. 

Editions Au Diable Vauvert - 17€ - 18 août 2016

La lecture de blablablamia séduite aussi par la vivacité drôle de ce texte

Ma lecture de Pas de temps à perdre qui vous renverra en fin de billet vers mes autres lectures de l'auteur (Zéros tués - Le libraire - Marie et femme)

02 mai 2016

Le reste de leur vie, Jean-Paul Didierlaurent

lerestedeleurvie

"Mettez-nous encore quatre Dragibus, six Schtroumpfs, deux Cocobat, un Acidofilo cola et... deux Oeufs au plat. Non, attendez, non, mettez un seul Oeuf et ajoutez plutôt un Dentier Dracula."

Manelle est aide à domicile. Elle reste à peine une heure chaque jour chez les personnes âgées chez qui elle travaille, et entretient avec eux des relations plus ou moins amicales. Avec Samuel, c'est différent, lui elle l'embrasse, malgré les interdictions du règlement, et reste une fois par mois déjeuner avec lui. Au dessert, il y a toujours une forêt noire, elle ne sait pas vraiment pourquoi, c'est comme ça. Elle ne connaît pas encore Ambroise, thanatopracteur de son état, qui vit chez sa grand-mère et a du mal, à cause de son métier, à trouver l'amour. Il est également fâché avec son père, le grand ponte, spécialiste du cancer, prix Nobel, mais ça c'est une autre histoire. En attendant, un voyage vers la suisse va rassembler tout ce petit monde, un voyage à l'objectif pas très gai, mais aux conséquences assez inattendues...

Jean-Paul Didierlaurent nous conte là une bien jolie histoire. Et j'ai aimé retrouver dans ce nouveau roman les rares petites piques de fantaisie et d'ironie qui m'avaient séduites dans Le liseur de 6h27. Pour autant, je dois être honnête, malgré les qualités évidentes de ce roman, la déception est un peu au rendez-vous. Il m'a semblé en effet que ce récit là était un peu convenu, moins ambitieux que le précédent, moins original dans les détails, trop plein de bons sentiments. L'auteur a cependant un certain talent pour croquer la vie de son aide à domicile, et les détails justement y sont assez justes et précis. Il en est de même pour le métier qu'exerce avec passion Ambroise, très documenté. Je ne sais pas, je crois que j'ai du mal, sans doute parfois, avec les trop jolies histoires. J'aurais aimé que ce livre soit un peu plus corrosif, ... oui voilà qui m'aurait plu davantage.

Editions Au Diable Vauvert - 17.50€ - Mai 2016

J'ai beaucoup pensé en lisant ce livre au film de Stéphane Brizé sorti en 2012 Quelques heures de printemps... vu en octobre dernier, peut-être donc alors une histoire de comparaison...  

05 novembre 2015

Par bonheur, le lait ~ Neil Gaiman

Par_bonheur_le_lait

"Je ne m'étais jamais retrouvé dans la nacelle d'un ballon à air chaud. C'était très paisible là-haut."

Maman est partie pour quelques jours mais papa est là et a pensé à tout, ou presque. En fait, il n'y a pas de lait pour le petit-déjeuner. Ni une ni deux, papa ira à l'épicerie du coin. Cependant, il tarde à revenir et l'attendre semble prendre un siècle pour des enfants qui ont surtout hâte de tremper leurs céréales dans leur lait, comme d'habitude. Enfin de retour, papa leur raconte la fabuleuse aventure qu'il vient de vivre, et qui l'a malencontreusement retardé. Heureusement, et à aucun moment, il n'a perdu le lait !

Voici un petit livre que j'ai adoré, malgré sa vision pour moi un peu dépassée de la famille (le père lit le journal sur son fauteuil/la mère s'occupe habituellement de tout à la maison). Il convient à des lecteurs de tous âges mais est plus particulièrement destiné aux enfants. Joyeusement illustré par Boulet, c'est un véritable régal d'imagination et d'humour. On y côtoie de drôles de personnages, des pirates, des extraterrestres, des vampires, un volcan en éruption, des poneys multicolores... Le périple du père est décoiffant, amusant et complètement irréaliste. Un coup de coeur !
De Neil Gaiman, j'avais déjà lu et apprécié L'Océan au bout du chemin, un roman plus dense, magnifique récit fantastique, pour les adolescents. Ici, j'ai aussi pensé au curieux, mais également décoiffant, L'île du point Némo de Jean-Marie Blas de Robles, lu il y a peu. Il y a la même énergie, un peu les mêmes ressorts romanesques, absurdes et hétéroclites. Lire ce petit titre m'a d'ailleurs permis de réaliser que je gardais somme toute un bon souvenir de ma lecture un peu laborieuse du roman de chez Zulma.

Neil Gaiman a voulu ici donner le beau rôle aux pères, en faire des super héros du quotidien, et attend même en préface une gratitude internationale de leur part. Il peut, cette épopée est très réussie.

Editions Au Diable Vauvert - 15€ - 5 novembre 2015

10 septembre 2015

Macadam, Jean-Paul Didierlaurent... Rentrée littéraire 2015

macadam "Depuis ce matin, les anges crient dans ma tête. C'est à cause du sparadrap."

L'auteur du Liseur de 6h27 a connu un grand succès avec ce drôle de petit roman, dont je vous parlais ici [clic]. Une version poche de son titre est d'ailleurs sortie chez Folio. La rentrée littéraire est une occasion pour son éditeur grand format, Le Diable Vauvert, de sortir ce recueil de nouvelles qui regroupe l'univers court de Jean-Paul Didierlaurent, et pour lequel il a reçu depuis 1997 de nombreuses distinctions, lauréat à plusieurs reprises du Prix Hemingway par exemple. 

L'univers de l'écrivain se dévoile ici plus sombre, comme souvent dans les nouvelles. Au détour de l'une d'entre elles pour autant, Sanctuaire, qui donne voix à une dame pipi, on comprend ce qui lui a inspiré plus tard son roman, démarche d'extrapolation d'ailleurs intéressante. Et puis, l'écriture est là, libre et sans fioritures, assez remarquable. Jean-Paul Didierlaurent maîtrise sans conteste l'art de la nouvelle, et de sa chute. La galerie de personnages est diverse et colorée, étonnante, nous permettant de rentrer dans l'intimité d'un confessionnal, d'un orchestre de corrida, d'une maison de retraite, et ce d'une manière originale. J'ai aimé me laisser surprendre, croiser une Game Boy, un fa dièse, des pneus qui chuintent, et découvrir une plume au prisme large. Espérons que l'auteur continue d'écrire, d'inventer, et qu'il ne perde pas le regard perçant, ironique et ludique, qu'il porte sur ses concitoyens.

Editions Au Diable Vauvert - 15€ - 10 septembre 2015

logo2015

Je participe au challenge 1% rentrée littéraire qui consiste à lire au moins 6 livres de la rentrée littéraire (clic sur l'image pour plus de détails). Challenge : 6/6.

J'ai rempli mon challenge 1% avec succès mais pas de coup de coeur cette année (ce que je déplore), seulement de belles lectures ! Ou alors je suis sans doute devenue difficile ? Je ne tente pas le 2%. L'année dernière le tenter m'avait semblé de trop, et une manière d'étirer exagérément la rentrée littéraire alors que j'étais déjà passée à autre chose. Mes prochaines lectures de rentrée seront donc traitées dorénavant comme les autres, seul le Tag "Rentrée littéraire 2015" sera affublé en bas de billet à ces lectures, pendant encore quelques semaines... vous pourrez ainsi les retrouver en bandeau dans le menu.

05 août 2015

La Théorie de la tartine, Titiou Lecoq

latheoriedelatartine  "Si on n'avait pas de problème avec la réalité, avec le monde extérieur, on n'avait aucune raison de passer ses soirées enfermé devant son écran. Il fallait être un handicapé social et trimballer une grosse dose de mal-être pour trouver toute sa beauté à internet. Il fallait ne pas se satisfaire du monde tel qu'il était pour partir s'installer à mi-temps dans un univers peuplé d'autres migrants boiteux. Le web avait été les Amériques des handicapés sociaux."

Nous sommes en 2006 et à l'ère des frémissements d'internet en France. Christophe est un jeune Webmaster qui croit en l'avenir de ce média, surtout en matière d'information. Marianne est une blogueuse connue. Paul est un adolescent incompris, asocial, mais un génie en informatique. Ces trois là n'ont aucun point commun mis à part leur addiction à leur ordinateur. La diffusion d'une sex tape compromettante va cependant les réunir. Marianne a besoin d'aide, Christophe prend fait et cause pour elle, quitte à mettre sa carrière en jeu, Paul sera le chevalier servant. Un lien indéfectible se met en place, toujours vivant dix ans plus tard.

De Titiou Lecoq j'ai lu dernièrement Chroniques de la débrouille (sorti aux éditions Fayard sous le titre Sans télé, on ressent davantage le froid), qui sont la retranscription retravaillée des chroniques de son blog, et sans doute pour l'instant mon opus préféré de l'auteure, car me semble-t-il plus intime et plus sincère. La Théorie de la tartine ressemble plus à son premier succès de librairie Les Morues, il s'agit d'un roman, aussi tonique et moderne que le précédent. Et il est en effet également question ici de mener l'enquête, d'amitié, et de mettre à jour les malveillances d'un système. Tous les ingrédients sont réunis pour faire de cette lecture une lecture divertissante, et assez légère. J'ai plus été intéressée cependant par l'analyse qui est faite dans ce livre sur l'évolution d'internet, ayant moi-même commencé à mettre les pieds dedans en 2006. Titiou Lecoq délivre un constat plutôt négatif, entre la normalisation d'un outil au départ synonyme de liberté, et la manipulation organisée d'un système tendant de plus en plus vers le profit et la traque de nos profils et informations individuelles.

Editions Au Diable Vauvert - 22€ - 19 mars 2015

Un roman agréable pour blablabla mia Panorama de l'évolution de nos relations avec internet pour Cathulu ! - Keisha a également été intéressée par ces réflexions - Fanny a adoré !

Je vous invite chaudement à suivre le blog de Titiou Lecoq : Girls and geeks

Posté par Antigone1 à 10:02 - - Commentaires [12] - Permalien [#]
Tags : ,