02 octobre 2016

Je n'ai pas dansé depuis longtemps, Hugo Boris

jenaipasdansedepuislongtemps

"Il sent qu'il y a autre chose, qui lui interdit de se satisfaire des hypothèses que son imagination élabore pour lui."

Nous sommes en URSS, juste avant le chaos et les chamboulements qui ont entraîné la dissolution de l'Union soviétique. Ivan a été retenu parmi de nombreux postulants pour être le premier homme à rester plus de quatre cents jours en orbite autour de la Terre. Il va donc bientôt partir pour la station Mir. Il est cosmonaute, mais surtout médecin, ses taches seront donc différentes des pilotes qu'il accompagne. Père de deux enfants, Ivan est depuis toujours quelqu'un de très sûr de lui, et de ses performances. Pourtant, très vite, alors que les trois hommes cohabitent dans la station, Ivan commence à ressentir des maux liés à l'apesanteur [voir wikipedia ici] qui peuvent menacer son équilibre mental et la réussite de sa mission.

Je ne pensais pas être capable d'apprécier un récit traitant d'un tel sujet, le voyage dans l'espace. Et je ne serais pas allée naturellement vers ce livre si je n'avais pas décidé de faire confiance les yeux fermés à Hugo Boris après ma lecture de Police et du Baiser dans la nuque. Bien m'en a pris, car même si dans ce roman-ci l'écriture est plus classique, voire technique, la trame en est terriblement addictive, et le lecteur se prend très vite de passion pour l'univers restreint de cette station qui subit quelques soubresauts et incidents. Et puis, il y est surtout question de l'âme humaine, des décisions et des choix que l'on prend et qui engagent notre vie, de notre propension à prendre des risques et à accepter notre fragilité comme une force potentielle... Un excellent roman, qui regorge de très belles scènes.

Editons Belfond - 20 € - Janvier 2010 - Merci ma bibli !!

 

Le billet de Sébastien qui souligne la faculté d'Hugo Boris à nous surprendre - La lecture de Sophie Adriansen !

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18 août 2016

Voici venir les rêveurs, Imbolo Mbue ~ Rentrée littéraire 2016

voici venir les rêveurs

"Quels étaient ses choix ? Que faire pour rester ? Rien, sauf implorer la clémence du juge, lui avait dit Boubacar."

Jende et Neni sont prêts à pas mal de sacrifices pour pouvoir rester en Amérique. Venus du Cameroun avec un visa pour trois mois, leur rêve est d'obtenir la Green Card et d'offrir à leur fils Liomi un avenir. Jende trouve finalement un travail de chauffeur chez les Edwards, tandis que Neni entreprend des études avec brio et ténacité, son objectif étant de devenir pharmacienne. Les Edwards, les employeurs de Jende, s'avèrent généreux et agréables. Une complicité particulière, mêlée de pudeur et de respect, nait peu à peu entre ces personnes que tout oppose. Jende et Neni gardent leurs distances mais s'attachent au fil du temps aux fils du couple Edwards et entrevoient peu à peu l'avenir sous un jour heureux. Le rêve américain ne serait donc pas un mythe ? New York offre à Jende et Neni ses plus beaux atours. Et puis la crise des subprimes arrive, et Monsieur Edwards, employé chez Lehman Brothers, est touché de plein fouet. Tout s'écroule. C'est la sidération. Mais les prémices étaient déjà là, dans les conversations entendues, dans la fragilité de Madame Edwards, dans les envies de fuite de leur fils Vince et la tendresse désespérée de Mighty. Comment rêver encore d'Amérique alors que le service de l'immigration profite de ce moment tendu pour toquer à la porte de Jende et Neni ?

Ce premier roman, traduit de l'anglais (Cameroun), est une des bonnes suprises de cette rentrée littéraire. L'éditeur l'inscrit dans la lignée d'Americanah de Chimamanda Ngozie Addichie (que je n'ai pas encore lu mais qui a connu un grand succès). C'est un roman qui se lit avec facilité et enthousiasme, le lecteur se sentant galvanisé par la détermination de ce couple qui oeuvre pour son avenir et est persuadé de trouver à New York un destin meilleur que celui qui l'attendait au pays. J'ai aimé qu'Imbolo Mbue sache à la fois accorder une certaine réalité au rêve américain, elle qui a suivi le même chemin que ses personnages et a pu faire ses études aux Etats-Unis, et en montrer avec lucidité les travers et limites. On s'attache aux personnages, à leur tendresse, à leurs défauts, à leurs erreurs. J'ai particulièrement eu de l'empathie pour Neni et sa volonté farouche de ne pas baisser les bras quoiqu'il arrive. Une lecture pleine de richesse !

Editions Belfond - 22€ - 18 août 2016

Un grand merci à Belfond et à Babelio pour l'envoi de ce titre !

tous les livres sur Babelio.com

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23 mars 2016

Les Amis du Paradis, Caroline Vermalle

lesamisduparadis

 "Camille sourit d'un petit sourire fatigué. Et quand la rampe d'ampoules s'illumina peu à peu, en balbutiements de lumière, sur ses pupilles de vieux fantôme se dessina le reflet somptueux de l'amour d'Odette."

Rose vient de quitter Hong-Kong, sa carrière de violoncelliste, pour ce petit village de Vendée, Villerude, et cette maison de famille où elle a passé ses vacances d'enfance. Quelque chose s'est brisé en elle depuis longtemps, la musique ne lui apporte plus rien, elle veut retrouver sa liberté et vendre son précieux violoncelle. Antoine, lui, végète, passe d'un petit boulot à un autre, bricole, entretient une relation assez superficielle avec Lalie, l'antiquaire. Mais il y a aussi le Paradis, ce cinéma un peu décrépi qui rassemble le dimanche quelques passionnés et désoeuvrés, dont Rose, dont Antoine qui vient parfois porter main forte au projectionniste Camille. Cependant, un soir d'hiver et de tempête, Camille est retrouvé mort. Antoine est promu projectionniste de remplacement par l'assiociation Les Amis du Paradis, mais cela n'empêche pas le maire de vouloir vendre les lieux, les promoteurs de lorgner sur l'emplacement, le cinéma d'être en danger. Il faudra tout le poids des souvenirs d'enfance, des fantômes bienveillants, et de l'amour pour lutter contre ce qui semble inéluctable.

Les romans de Caroline Vermalle sont toujours de petites choses douces et généreuses, de ces livres qui font du bien, et celui-ci ne déroge pas à la règle. Il s'inscrit dans un coin de Vendée que je connais bien, dont la vue de la plage donnerait sur l'Ile de Noirmoutier. Villerude reste cependant un lieu imaginaire et l'intrigue permet assez vite d'oublier le sable, le vent, les embruns, pour se concentrer sur le cinéma et les personnages qui le hantent. Un bien joli moment de lecture, léger et positif, tout simple, bourré de bons sentiments, de gentils et de méchants, de fantastique assumé et fantaisiste. Bref, je n'ai pas boudé mon plaisir avec cette parenthèse là.

Editions Belfond - 18€ - Octobre 2015

Un très bon fell good novel mignon comme tout pour Caroline - Géraldine a été un peu déçue - Keisha est toujours bon public ! - Il fait du bien au moral confirme Saxaoul - Sandrine a été déçue - Stephie est restée pantoise sur certains ressorts de l'intrigue - 

Camille Vermalle sera présente au Printemps du Livre de Montaigu (85) le 23/24 Avril. 

D'autres lectures sur ce blog... L'île des beaux lendemains - Une collection de trésors minuscules - Nouvelles contemporaines

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31 janvier 2016

J'envisage de te vendre (j'y pense de plus en plus), Frédérique Martin

jenvisagedetevendre

"Alors ? lui demanda-t-il, c'est quoi le programme, maintenant ?"

Frédérique Martin m'avait tenue en haleine dans Le vase où meurt cette verveine, roman qui mettait en scène un couple de personnes âgées contraintes de se séparer pour raisons médicales et qui entretenait une relation épistolaire des plus tendres jusqu'à ce que tout parte un peu en cacahuète... Dans ce recueil de nouvelles-ci, écrites avec un art certain, nous retrouvons la même angoisse sourde, le même déséquilibre désagréable et pourtant fascinant. Frédérique Martin envisage l'avenir de notre humanité sous un jour cynique, via des instants de vie acides et piquants, qui va bien au monde dans lequel nous vivons. Peut-être, en effet, dans un futur proche, pourrons-nous vendre une mère qui nous encombre (fauteuil compris) ? Choisir sa mort, ou bien laisser mourir son prochain pour un bon plan ? Forcer nos concitoyens à jouer, à regarder la télévision, à choisir son enfant sur catalogue ? Qu'en savons nous ?

Si vous souhaitez lire des nouvelles sans avoir l'impression de lire des nouvelles, il faut lire Frédérique Martin. Car elle a l'art de ne pas se coller au genre mais de distiller sa propre voix, de ne pas terminer ses récits par une phrase toute faite qui ferait retomber l'intrigue sur ses pieds. Elle questionne, ouvre des portes et les laisse ouvertes, en ferme certaines et nous laisse pantois, semble aussi à l'aise dans la dystopie que dans l'absurde. Et moi j'ai juste envie de dire chapeau !

Editions Belfond - 17.50€ - Janvier 2016

Jérome n'a pas boudé son plaisir Réjouissant pour Noukette ! - Saxaoul a ri jaune et a été touchée...

08 octobre 2015

Leurs contes de Perrault, Collectif d'auteurs

leurscontesdeperrault

 "De la difficulté d'exercer son libre arbitre, à brûle-pourpoint, en forêt (et de retour à la maison itou)."

Avec cette collection, il est proposé aux écrivains de puiser dans le patrimoine littéraire et d'en faire un remake. Onze auteurs se sont emparés des contes de Perrault, en les réinterprétant, de manière plus ou moins fidèle. plus ou moins originale, tout en cherchant à garder la trame, l'esprit, du conte premier.
Riquet à la Houppe, Cendrillon, Peau d'âne, Le petit chaperon rouge, etc...

J'ai été séduite d'emblée par le concept et séduite aussi par les premières nouvelles, assez amusantes et étonnamment modernes de ce recueil, dont je recommande chaudement la lecture, et dont je fais un coup de coeur de rentrée ! Mais trois nouvelles se détachent nettement. Cécile Coulon réinvente Barbe Bleue, assez méconnaissable ici, mais son récit est d'une grande qualité et m'a beaucoup troublé. Emmanuelle Pagano, qui elle a choisi Griselidis que je ne connaissais pas, est fidèle à son écriture, précise et belle, et nous cueille en fin d'histoire, comme jamais. Mon véritable coup de coeur ira cependant à la version extrêment touchante et délicate de Les souhaits ridicules de Christine Montalbetti car elle met en scène un couple âgé confronté au difficile choix des trois voeux, et la morale de son histoire est si belle que c'en est à pleurer.

Editions Belfond - 17€ - Octobre 2015