20 juillet 2016

Le Coeur du Pélican, Cécile Coulon

lecoeurdupelican"Anthime n'irait pas en enfer simplement pour allumer sa cigarette. Il irait pour en rapporter des pierres fumantes et les porter dans ses poings le reste de sa vie."

Anthime a été une star lorsque adolescent il excellait au huit cent mètres, porté par son coach Brice, son entourage, sa famille, et l'admiration muette de sa jeune voisine Joanna. Anthime était alors surnommé Le Pélican. Mais quand la chute survient, la blessure, il faut réinventer sa vie, oublier les idylles que l'on croyait pouvoir commencer avant la défaite, fuir l'inaccessible Béatrice, et se laisser emprisonner par l'affection des petites voisines. Anthime épouse Joanna sans l'aimer, passe des concours administratifs, mène une vie de famille rangée, dans un lotissement banal. Vingt ans après, alors qu'Anthime est devenu un homme bedonnant sans panache, simple habitant d'un pavillon avec terrasse, quelque chose se réveille en lui. Le Pélican n'a alors de cesse de vouloir réouvrir ses ailes...

De Cécile Coulon, j'avais déjà lu Le rire du grand blessé [clic ici] et ce avec une grande admiration pour cette dystopie réussie. Le genre est ici très différent. Le récit se glisse dans l'intérieur d'une maison, dans la vie d'un couple bancal, dans l'histoire d'un jeune homme qui n'a pas su grandir et qui se laisse guider par les désirs des femmes, son épouse, sa soeur. La course est vue comme une libération mais le sport comme un monde cruel tenu en laisse par la compétition et les flatteries. Désillusions, non-dits, obligations et rumeurs, sourires de façade, tout vole en éclats. Un mariage se brise mais le récit nous explique pourquoi, où se situait déjà la faille. J'ai beaucoup aimé l'écriture de Cécile Coulon, son regard incisif et cru, la brutalité parfois tendre de cette histoire qui se lit le souffle court et que l'on dévore littéralement. Une lecture qui n'est pas de tout repos. Du grand art !

Editions Points - 6.90€ - Juin 2016

Puissant et percutant pour Clara Il est tombé des mains d'Alex - Sans doute le plus abouti pour Gwenaelle - Brillant pour Noukette qui l'a lu pour le prix du meilleur roman des lecteurs de Points !

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08 octobre 2015

Leurs contes de Perrault, Collectif d'auteurs

leurscontesdeperrault

 "De la difficulté d'exercer son libre arbitre, à brûle-pourpoint, en forêt (et de retour à la maison itou)."

Avec cette collection, il est proposé aux écrivains de puiser dans le patrimoine littéraire et d'en faire un remake. Onze auteurs se sont emparés des contes de Perrault, en les réinterprétant, de manière plus ou moins fidèle. plus ou moins originale, tout en cherchant à garder la trame, l'esprit, du conte premier.
Riquet à la Houppe, Cendrillon, Peau d'âne, Le petit chaperon rouge, etc...

J'ai été séduite d'emblée par le concept et séduite aussi par les premières nouvelles, assez amusantes et étonnamment modernes de ce recueil, dont je recommande chaudement la lecture, et dont je fais un coup de coeur de rentrée ! Mais trois nouvelles se détachent nettement. Cécile Coulon réinvente Barbe Bleue, assez méconnaissable ici, mais son récit est d'une grande qualité et m'a beaucoup troublé. Emmanuelle Pagano, qui elle a choisi Griselidis que je ne connaissais pas, est fidèle à son écriture, précise et belle, et nous cueille en fin d'histoire, comme jamais. Mon véritable coup de coeur ira cependant à la version extrêment touchante et délicate de Les souhaits ridicules de Christine Montalbetti car elle met en scène un couple âgé confronté au difficile choix des trois voeux, et la morale de son histoire est si belle que c'en est à pleurer.

Editions Belfond - 17€ - Octobre 2015

23 août 2015

Le Rire du grand blessé, Cécile Coulon

leriredugrandblesse

 "En secret, les marmots rêvaient de prendre la galopante. Partir signifiait couper le seul lien qui les rattachait à la terre ferme : ils ne savaient ni lire, ni écrire. Rien ne pouvait les sortir du fond de leur cave humide où s'entassaient des bocaux de nourriture pour les périodes de vaches maigres. Ils en étaient conscients.
Rien n'y faisait.
Rien, sauf l'uniforme des Agents du Service National."

1075 est, dès son intronisation, meilleur que les autres, plus dur, plus inflexible. Il est un des Agents du Service National, recruté pour son analphabétisme, pour être l'élite du pays, et maîtriser les foules, quand la lecture est devenue la drogue des plus faibles. Le Grand en a effectivement fait son pouvoir. Utilisant la méthode de Lucie Nox, il a jeté les vieux livres, banni la littérature, demandé aux auteurs de produire des ouvrages classés par émotion, mis en place de grandes messes où des Lecteurs sont ovationnés comme des dieux. Une manière de contrôler le peuple. Cependant, 1075 se fait mordre par un molosse. Dans l'hôpital dans lequel il séjourne quelques temps, il entend la voix d'une institutrice... qui annone l'alphabet. Pour 1075, c'est un bouleversement total.

"Tout ça à cause d'un chien stupide, et d'une femme que je ne connais pas."

Cécile Coulon connaît elle parfaitement les codes de la dystopie *. Et j'ai sans doute été gênée au départ de reconnaître quelques ressorts déjà observés dans The Giver, Hunger Games ou Divergente par exemple, comme une impression de facilité et de déjà vu. [Je vous avais caché que j'avais vu (et apprécié) ces films dernièrement.] Cependant, il faut avouer que la contribution de Cécile Coulon au genre est plutôt intéressante, et qu'elle devient très vite captivante, qu'elle a cette particularité de faire de la chose écrite un danger, une menace, l'acte de rébellion ultime dans cette société sous contrôle étant d'apprendre à lire en secret. J'ai aimé, outre le personnage principal, celui de Lucie Nox, sa fausse naïveté, connaître ses premières motivations. L'écriture de Cécile Coulon est froide, presque distante, mais elle donne au texte toute sa dimension de fable, et de mise en garde, contre l'uniformisation, pour la littérature. Un titre que l'on a envie de relire tout de suite une seconde fois dès la dernière page refermée, comme si lors d'une deuxième lecture, l'effet de surprise passé, chaque détail pouvait enfin véritablement exploser.

Editions Points - 5.90€ - 20 août 2015

* La dystopie est un récit de fiction dépeignant une société imaginaire organisée de telle façon qu'elle empêche ses membres d'atteindre le bonheur. Une dystopie peut également être considérée comme une utopie qui vire au cauchemar et conduit donc à une contre-utopie. L'auteur entend ainsi mettre en garde le lecteur en montrant les conséquences néfastes d’une idéologie (ou d’une pratique) présente à notre époque (source wikipedia).

lautrerentree

Si Blablablamia avait été prof elle l'aurait fait étudier à ses élèves Percutant pour MicMelo - En toute subjectivité Valérie aime !

Il y a presque dix ans, Points lançait la rentrée littéraire parallèle, celle des poches ! Ils nous permettent de revenir cette année sur la Rentrée Littéraire précédente et sur les livres qui ont marqué l'année 2014 en sortant 7 titres le 20 août. [Toutes les infos ici]

 

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