01 décembre 2008
Les déferlantes, Claudie Gallay
Qui viendrait se réfugier à La Hague ? Là où les tempêtes arrachent les pensées, emportent les bateaux et les hommes ?
La narratrice de cette histoire est pourtant venue ici, chercher refuge, oublier l'homme qu'elle a tant aimé, et perdu, prendre du recul. Employée par le Centre ornithologique, elle compte les oiseaux, arpente une côte inhospitalière, rude et belle, qui apaise ses souvenirs.
Un jour, un homme vient troubler sa fragile quiétude, un homme qu'une vieille folle, Nan, prend pour un autre, et que Lili, la cafetière semble connaître, Lambert. Entre photos volées, paroles tues, et jouets retrouvés, une intrigue prend forme et se fortifie, jusqu'à briser des silences et raviver des colères...
Comment ne pas aimer ce livre ? Alors, oui, bien sûr, on y retrouve des ingrédients déjà lus dans Seule Venise, oui. Et bien, tant pis. Peu importe. C'est l'univers de Claudie Gallay, et on aime ça, c'est dit. Et puis, on les oublie très vite, ces redondances, au profit d'une histoire sauvage et forte, faite de secrets, de rencontres et de vent. Comment ne pas tomber amoureuse de l'engourdissement qui nous prend à la lecture de ce roman ? On marche près de la narratrice, on écoute avec ses oreilles les secrets du passé, on aime, avec elle, ces vieilles personnes qui radotent un peu, ces plus jeunes qui transpirent de rêves... On s'emmitoufle dans de vieux pulls qui sentent la poussière et l'hiver. On se tient chaud dans un café aux vitres embuées. On repeint sa chambre en vert Hopper et on attend, on attend que l'amour vienne à nouveau croiser notre chemin... On aime l'univers des déferlantes, et on en redemanderait bien, une autre bouffée, encore. Voilà, c'est dit...ça aussi.
Un extrait...
"Il s'est jeté dans l'eau comme une bête en colère. Je ne voyais rien de lui mais je l'entendais, sa respiration, son souffle pour lutter contre le froid, et le battement violent de ses bras qui fendaient l'eau. Etait-il nu ? Il s'était retourné, il m'avait dit, Vous ne venez pas ?
Personne ne se baignait jamais là. A part l'été, quelques habitués.
Son corps d'homme s'est mêlé à la nuit. Pris par la mer.
Son corps de vivant.
Il a disparu. J'ai attendu qu'il revienne, les genoux dans les mains. Sous mes doigts, les galets.
J'ai regardé les étoiles.
Il a nagé encore. L'eau était froide ici, bien plus froide qu'ailleurs.
Avait-il rendu visite à Théo ? Il m'avait dit qu'il voulait lui parler, mais l'avait-il fait ? Pourquoi s'attardait-il ainsi ?
Il est remonté vers moi, la chemise roulée à la main. Le pull anthracite à même la peau.
- Vous êtes allé nager loin...
J'ai senti son regard dans la nuit.
Dans la voiture, il a mis le chauffage à fond. Ses cheveux étaient mouillés.
- J'ai eu peur que nous ne reveniez pas.
Il a écarté les doigts. Il les a refermés. Il a fait ce geste plusieurs fois.
- Il fallait que je nage...
Il a allumé les phares et il a regardé la mer. Cette partie de nuit éclairée. Il a laissé rouler sa tête sur le côté.
Et il m'a regardée pour ne plus voir la mer."
Un livre lu dans le cadre du grand prix des lectrices de
2009
Catégorie Roman
ISBN 978-2-8415-6934-2 - 21.50 € - 03/2008
Clarabel le dit, ce roman est magnifique !
Gawou a été envoûtée.
Une lecture plaisante pour Gambadou
Pour Sylvie, un livre fort, dense et sombre
Pour Cathulu, un livre précieux et nécessaire...et j'aime beaucoup ce qu'elle en dit.
Bellesahi a beaucoup aimé, beaucoup. Liliba et Leiloona aussi.
06 octobre 2008
Seule Venise, Claudie Gallay
"A quarante ans, quittée par son compagnon, elle vide son compte en banque et part à Venise, pour ne pas sombrer. C'est l'hiver, les touristes ont déserté la ville et seuls les locataires de la pension où elle loge l'arrachent à sa solitude. Il y a là un aristocrate russe en fauteuil roulant, une jeune danseuse et son amant. Il y a aussi, dans la ville, un libraire amoureux des mots et de sa cité qui, peu à peu, fera renaître en elle l'attente du désir et de l'autre." (extrait de la quatrième de couverture)
Ce roman, écrit par l'auteur des Déferlantes (qui est toujours dans ma PAL), est "presque" un coup de coeur de lecture pour moi !! Il m'a manqué quelques petites choses ici et là, des émotions plus fortes, des concrétisations peut-être...mais ne vous laissez pas influencer car je parie que vous serez séduits !! J'ai aimé l'ambiance d'une Venise en hiver, et cette pension brinquebalante, en huis clos, qui serre en son sein des personnages hauts en couleur et denses (j'y ai retrouvé quelques éléments de "Ensemble, c'est tout" d'Anna Gavalda...). J'ai aimé ce libraire vers lequel notre héroïne se sent attirée, séduite par son sourire, ses silences et sa voix... Oui, j'ai aimé ce livre... Il m'a laissé une sensation de douceur bien agréable !
Un extrait...
"Toujours, des hommes et des femmes se sont rencontrés à Venise. Toujours, des hommes et des femmes se sont aimés. Ont bravé le vent.
Je vous regarde.
Je ne vous connais pas. Je vous rencontre.
- Vous rougissez.
Je détourne la tête.
Vous souriez.
C'est à cause de ça.
Votre sourire. Et votre voix. J'ai aimé votre voix comme on aime un corps.
On regarde ailleurs. L'eau découvre les marches, le bois pourissant des pieux.
Avec les lumières, on voit à l'intérieur des palais. Les lustres éclairés.
- Les vénitiens sont là. Ils seront là jusqu'à la fin.
Vous aussi vous êtes là, je dis, mais pas suffisamment fort. Vous n'entendez pas."
ISBN : 2 7427 5573 X - 8.20 € - janvier 2006
Un grand merci "à qui me l'a conseillé" !!
Une lecture enthousiaste chez Gambadou.

























