07 mars 2017

Ecrire tous les jours ?

Tu ne rates pas toute nouvelle vidéo publiée par Solange te parle... et voici que dans sa dernière en date elle te propose de prendre ou de perdre une habitude, sous le principe qu'il faut 30 jours pour que cela se produise. (Mais à priori c'est un mythe - voir ici). Tu trouves que c'est une bonne idée - écrire tous les jours - parce que tu voudrais t'y remettre toi aussi plus sérieusement et surtout écrire plus longuement, de manière plus fiable, sauf que sa méthode te semble un peu brutale... alors pourquoi ne pas inclure ça plutôt dans ton bullet journal, comme un défi à suivre... ? Tu parleras plus tard ici d'ailleurs de ce que ton bullet journal t'apporte quotidiennement, de ce qu'il te permet d'améliorer dans ta vie, d'organiser ou de constater. Et tu connaissais déjà cette notion d'habitude que tu as déjà expérimentée pour quelques objectifs personnels... alors c'est à réfléchir sérieusement... En attendant, Jérome a lu le dernier livre de Solange, Très intime, et tu trouves qu'à la veille de la journée des droits de la femme ce n'est pas une mauvaise idée de donner le lien vers cette lecture... [ici]. Et tu fais d'une pierre trois coups !

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19 juin 2016

(Presque) jeune (presque) jolie (de nouveau) célibataire, Stéphanie Pélerin

presquejeunepresquejolie "Un classique du genre, ma chérie. Un épisode comme on en trouve dans toutes les romances..."

Ivana se fait larguer du jour au lendemain par Baptiste, après huit ans d'une histoire d'amour que l'on pourrait qualifier de sérieuse. Elle se retrouve donc abruptement, la trentaine passée, et quelques kilos de trop, sur le marché des célibataires. De plus, elle doit se séparer de leur appartement, et la fin de l'année approche. Ivana est professeur de français. Elle tente donc de ne pas se laisser abattre et prend sa vie en main. Elle s'inscrit dans une salle de sport, à des séances de Weight Watchers, et sur le site "Be my boy". Des rencontres ont lieu, plus ou moins intéressantes. Malgré ses désirs de sensualité, Ivana se lasse vite des hommes narcissiques, décevants ou de ces rendez-vous d'un soir qui n'apportent rien de plus. Heureusement, il y a les copines, les fous rires et les confidences qu'elles échangent autour d'un verre, et peut-être cet inconnu contre lequel elle a buté en sortant des toilettes tout à l'heure...

C'est une émotion particulière de lire le premier roman d'une blogueuse avec laquelle on partage depuis longtemps les pages de la blogosphère littéraire et puis également l'atelier d'écriture du lundi de Leiloona. On se dit qu'elle a eu le cran et l'audace dont on manque un peu, et puis on reste bluffée de cette facilité apparente dans l'écriture du texte. Je ne lis pas forcément beaucoup de chick litt, comme on l'appelle communément, je ne suis pas forcément la lectrice cible... mais j'ai pris beaucoup de plaisir à lire ce roman, qui me semble très adapté pour une lecture de plage, ou de transat avec boisson associée, d'été... Personnellement, j'ai aimé que le récit de Stéphanie reste très ancré dans le réel, c'est un livre qui lui ressemble. J'y ai retrouvé ses frasques, et sa personnalité généreuse et battante, sensible aussi, son univers. J'ai beaucoup souri, ai presque eu envie de devenir professeur de français, de relire Zola et d'aller acheter mon pain le matin sans me laver les dents, signe d'empathie réelle avec le personnage d'Ivana. Je souhaite un merveilleux succès à ce roman !

Editions Mazarine - 15 € - 15 juin 2016

Jérome a aimé qu'y soit dressé le portrait d'un homme réaliste Gros coup de coeur pour Fanny - A égaillé Laurie !!

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01 juin 2015

Mon alter ego (atelier d'écriture)

porte-marion-pluss

Je regarde cette porte, que tu as poussée hier, la lumière qui frôle le sol, le jeu des ombres sur les murs. Et tu me manques. Ton rire me manque. Le jour s'est levé sur ton absence, plein de perplexité. Ce n'était pas un rêve, je t'ai vraiment demandé de t'en aller. Je me pensais incapable de faire de nouveau cela dans ma vie, m'arracher le coeur. Mais j'ai réussi. Et tu es parti. Et peu importe à présent si mon corps est blessé, strié de grandes cicatrices douloureuses, si je ressens physiquement la lame d'un poignard me transpercer le ventre et y creuser ta tombe. Nous n'étions plus que des fantômes l'un pour l'autre, en danger. Et j'avais besoin que tu t'en ailles pour retrouver celle que je suis. Dans le tumulte qu'est notre vie présente, nous nous serions perdus de toutes façons. Je commençais à me détester de te chercher, de t'attendre. Depuis la veille, étrangement, chacun de mes gestes résonnent dans l'appartement. Le choc de la bouilloire sur la gazinière a provoqué tout à l'heure un long écho lugubre. Toi parti, les sons semblent avoir appris un autre langage. Le temps s'écoule par petites gouttes pointues. J'ose à peine bouger, je redoute la vague de remord qui me fera douter. J'ai pris ma journée pour pleurer ce qu'il faut, m'enrouler dans des pulls, des écharpes, éprouver ma douleur jusqu'au bout, boire et manger du bout des doigts. Oublier les échanges, les autres. Rester avec la part animale qui hurle en moi. Toutes les deux nous avons besoin de parler, de décider du silence des prochaines semaines, de l'abandon. Tu as tes erreurs à faire. Ces erreurs qui font vibrer ton téléphone les week-ends, et te rendaient dernièrement trop soucieux. J'ai confiance. Je sais que ce qui nous rapproche trouvera bientôt son chemin dans mes disparitions. Que ton départ était le seul moyen de ne pas te perdre. Qu'il n'y a pas de souffrance inutile, pas de patience vaine. J'attends ton retour. Mon alter ego.

Une photo (de Marion Pluss), une inspiration, beaucoup d'imagination, et au final un texte... tout ça pour l'atelier d'écriture de Leiloona [clic]. Un texte, rédigé in extremis dimanche soir, et largement inspiré par la chanson de Jean-Louis... et peut-être aussi par mes souvenirs de Soie d'Alessandro Barrico, parce qu'elle me rappelle ce roman cette photo.

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18 mai 2015

Une belle histoire (atelier d'écriture)

ateliermai

 J'avais envie de te raconter une belle histoire, pour changer. Parce que le soleil écrase tout à l'extérieur, qu'il s'appuie sur les murs, sur le sol, qu'il entre même dans mes pores, et qu'il ravive brutalement les couleurs. Et que quand les couleurs dansent comme ça, comme aujourd'hui, ce n'est pas de tristesse dont on a envie, mais de joie. 
Je ne t'avais jamais raconté l'amitié et l'amour, et combien elle pouvait creuser d'entailles en moi, autrefois, là-bas. Des rigoles d'attachement, souvent gonflées de larmes. Cela tenait sans doute du manque de confiance, cette blessure. Le manque de confiance n'est pas séduisant. Mais aussi de mon mal être. Le quotidien lourd, matériel, peu satisfaisant. Et j'ai évidemment trop tardé à le laisser sur place, à tout quitter, à me réfugier ici. 
Ma belle histoire tient en quelques mots. Sache que depuis que je suis arrivée ici justement, dans ce lieu où la magie règne, et où de petits bonzes dansent et prient, ta présence m'est devenue assez vite familière, et que tu m'as rappelé que j'avais laissé quelqu'un ailleurs. Le souvenir de cette personne se ravive en moi à chaque fois que je te vois. Tu lui ressembles peu, mais notre complicité me renvoie à lui. L'entaille que l'autre avait creusé en moi se pare à ton contact de fleurs. Je ne pensais pas que l'on puisse emporter ainsi en voyage la tendresse que l'on conservait pour quelqu'un, juste l'amour que l'on ressentait pour lui, rien d'autre, vivant en soi. La rancoeur est restée dans l'avion, elle n'a pas atterri. Et c'est l'histoire que je voulais te raconter à présent, ce souvenir qui se transforme, mais aussi cette lettre que je lui ai envoyé, nos échanges depuis, et la reconstruction. C'est le cadeau que j'ai envie de te donner, cette quiétude qui m'est revenue grâce à toi, cette réconciliation avec mon passé.
Je savais que les voyages formaient la jeunesse, je ne savais pas qu'ils formaient aussi le corps et le coeur, et que l'on pouvait créer à travers eux une chaîne de bienveillance, étrange et inattendue. J'aimerais tellement t'apporter à mon tour l'apaisement, que tu sois touché par la grâce du moment suspendu qui s'agite devant nous. D'ailleurs, je viens de prendre le jeune moine en photo, pour que tu en conserves l'image. Et puis je te confie cette jolie histoire, fais en bon usage.


Une photo (de Sabine), une inspiration, beaucoup d'imagination, et au final un texte... tout ça pour l'atelier d'écriture de Leiloona [clic].  C'est aussi une sorte de petite référence à ce film, ci-dessous, que j'ai aimé revoir cette semaine... et qui m'a fait du bien.

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16 mai 2015

Guérir de ses blessures affectives, John Gray

guerirdesesblessures

 John Gray est l'auteur à succès des Hommes viennent de Mars et (des) femmes viennent de Vénus. Mais ce n'est pas ce qui m'a attiré vers le titre dont je vous parle aujourd'hui. J'ai en fait été très tentée par la perspective d'en savoir un peu plus sur la notion d'écriture émotionnelle abordée dans ce livre, l'écriture étant vue comme un type de soin.

En quatrième de couverture, John Gray nous propose de lutter contre l'auto-dépréciation, de gérer nos tensions quotidiennes, et d'éviter de nous laisser dévorer par la rancoeur. Il nous propose également de nous expliquer l'origine de nos difficultés relationnelles et de nous offrir des moyens simples et efficaces pour y remédier.

En fait, cet ouvrage ludique et simple ne nous guérit pas vraiment de nos blessures affectives de manière magique, vous vous en doutiez, mais donne des pistes intéressantes, qui ouvrent la réflexion. J'ai par exemple été très intriguée par cette notion de "vases communiquants" dans une relation, par cette passivité affectée chez l'un qui peut entraîner des émotions douloureuses chez l'autre (l'autre étant à ce moment là le miroir de son interlocuteur silencieux, sa face visible, son médium émotionnel, forcément exagéré). John Gray est convaincu de la nécessité d'exprimer ses émotions et ses vérités, de la nécessité aussi de s'éloigner des principes éducatifs qui consistent à masquer ce que l'on ressent par politesse. Car loin de nous permettre de mieux vivre en société, en famille, en couple, le détachement affecté crée un disfonctionnement et un déséquilibre dans nos relations, la colère inquiète de l'autre, et peut nous contraindre à la solitude.

Le passage qui traite de l'écriture émotionnelle met lui en avant le bienfait de poser sur le papier ses émotions. Et j'ai pu moi même constater combien écrire permettait parfois d'avancer, et ce sur des points précis. John Gray parle des blessures affectives, il traite donc ici des émotions que l'on ressent envers une autre personne, et que l'on peut avoir à coeur de regarder en face. Il préconise la forme d'une lettre, comme biais d'écriture, que son destinataire n'est pas obligé de recevoir, et conseille de passer par ces cinq niveaux d'émotions : colère reproche rancoeur, souffrance tristesse déception, peur insécurité, culpabilité regrets ("je suis désolé(e)", amour pardon compréhension intentions.

Un ouvrage intéressant, léger, intergénérationnel (il peut se lire dès l'adolescence), qui a le mérite d'ouvrir des perspectives, et de mettre en avant le bienfait thérapeutique de l'écriture avec des conseils simples et concrets.

Les éditions de l'Eveil - 14.95€ - Mai 2015

 

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04 mai 2015

De la terreur (atelier d'écriture)

julien-ribot-atelier-ecriture

 Je profite du calme qui règne autour de toi, de la douce lumière apaisante de ton atelier, du sentiment de sécurité qui m'étreint et me prend dans ses bras dès que je suis là, assise à te regarder travailler le bois, pour te parler. Je sens qu'il est plus que temps de partager cela avec toi, la terreur. Tu m'écoutes. A peine as-tu suspendu ton geste sur mes premiers mots. Et puis les copeaux se sont de nouveau jetés dans l'air, avec leur odeur poussiéreuse et sucrée rassurante. J'ai pris ton mutisme pour une invitation à poursuivre mon histoire. J'ai vu à ton sourire, au geste doux de ta main pour nettoyer les scories de ta pièce, que j'avais bien fait. Alors, j'ai ravalé les sanglots qui remontaient dans ma gorge. Parce qu'il fallait d'abord que je te dise que la terreur était revenue. Comme la première fois. Même belle allure, même silhouette, même doigt pointé sur moi. Parce que la terreur a un corps, un visage, et des mots. Mais que sa grande force est de rester floue, vague, insinuante et fuyante. Comme la première fois. Je passe très vite sur la cause, ces petites enveloppes rectangulaires, blanches, que je trouvais autrefois en rentrant chez moi, le soir dans ma boîte aux lettres, et qui me promettaient l'enfer. La répétition de leur apparition, d'une régularité de plus en plus effrayante, la reconnaissance immédiate de l'écriture, ces lettres qui dansaient devant mes yeux à l'ouverture, le choc, la spirale, le gouffre qui s'ouvrait devant moi. Combien de fois me suis-je tenue ainsi, le souffle coupé, chancelante, dans le hall d'entrée de notre immeuble, la main crispée sur la rambarde de l'escalier ? A attendre que le sol m'engloutisse. Il y a des milliers de façon de disparaître, de fuir la douleur. Moi je disparaissais sur pieds. Mon corps prenait peu à peu de moins en moins de place. Peut-être qu'à force la terreur allait m'oublier ? Je me souviens de notre première rencontre, du regard sur mes hanches pointues, mes épaules et mes genoux. Nous avons tous les deux fait semblant de croire que tu n'aimais effectivement pas manger seul, pour instaurer nos rendez-vous, ce rituel qui consiste à descendre chez toi à l'heure du dîner, pour partager tes repas. Depuis des mois, tu me nourris, tu m'engraisses, tu prends soin de moi en silence, tu prends la place d'un père, ou celle d'un grand-père. L'amitié avec toi est si simple. Comment te remercier ? Je ne t'apporte que ma pauvre présence. Mais revenons à la terreur. Parce qu'elle est revenue. Et j'ai de nouveau revu le gouffre, la spirale, ressenti l'angoisse que le sol cette fois-ci réussisse à m'engloutir. Je me croyais guérie, à l'abri depuis la disparition subite des enveloppes. Mais la terreur a appris. Elle ne craint plus de me regarder aujourd'hui droit dans les yeux, elle envoie même des e-mails. Elle est apparue l'autre jour près de moi dans la librairie dans laquelle je travaille, a pris son temps pour choisir un titre, a semblé renoncer, m'a jeté quelques phrases avant de disparaître. Une collègue m'a soutenue alors que je vacillais. Tout le monde s'est inquiété pour moi. Puis, je l'ai vue hier devant une devanture, son regard me suivait dans son reflet alors que je longeais les vitrines. J'ai retrouvé sa folie, son désir de destruction, et j'ai reconnu la peur. Depuis mes dernières paroles, j'entends ton souffle s'accélerer. Tu attrapes finalement un couteau sur l'établi et le plante violemment dans le bois strié et profond. Et tu lèves ton visage doux vers moi. A présent nous sommes deux pour l'affronter, me dis-tu. Et j'imagine même que nous pourrions être plusieurs, puisque les gens t'aiment. Je n'y avais pas pensé. Et les sanglots retenus affluent alors que je te serre maladroitement contre moi. Je n'y avais pas pensé que l'amour pouvait vaincre la terreur, que je n'étais pas seule, et que déjà sa puissance s'éteignait un peu dans la pression de ta tempe contre la mienne. Parce que dans la quiétude profonde de ton atelier ce soir, dans la rivière de mes larmes qui ne tarissent plus, j'endosse la cuirasse invisible d'une guerrière désarmée, je prends la mesure de cette force que tu m'accordes, de celle qui existe déjà au creux de moi, et sens claquer autour de mon poignet droit le bracelet invisible qui me lie désormais à notre amitié. Merci.

Une photo (de Julien Ribot), une inspiration, beaucoup d'imagination, et au final un texte... tout ça pour l'atelier d'écriture de Leiloona [clic]. 

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20 avril 2015

L'effet papillon (atelier d'écriture)

atelierrer

Qu'il m'écrive. Après, je pourrai respirer.
Mon coeur s'est mis au rythme de l'instantané, il oublie le monde autour, s'accroche au petit icône qui signifiera l'annonce d'un message. Ensuite, il décortiquera chaque mot, les répétitions, la place des virgules, pour comprendre. Le sursaut de bien-être à l'apparition du nom attendu s'estompe vite. L'effet d'équilibre qu'il génère est si bref. Le réconfort, éphémère. Aucun texto ne pourrait remplacer le plaisir ultime de serrer quelqu'un dans ses bras, le besoin du peau à peau, de l'odeur d'un parfum, de lire dans des yeux l'attente. Mais non, mon interlocuteur garde précautionneusement ses distances, me tient en surface de sa vie, à une place qui n'existe pas.
Ça y est, le message est là. Son nom s'affiche. Et je ressens de nouveau des papillons dans mon ventre, ils bruissent légèrement. Comme si le monde tournait de nouveau rond, reprenait sa marche lente. Je respire. Mais pour combien de temps encore ? Cette correspondance est comme une drogue. Elle me piège. Et pourtant, elle ne signifie rien. Elle pare simplement mon environnement de jolies couleurs pâles. Elle pourrait ressembler aux lettres que s'envoyaient autrefois Balzac et Madame Hanska, et dont j'ai dévoré étudiante la relation épistolaire longue de dix-huit années. Une relation que la réalité a rapidement balayée. Peut-être que se voir détruirai quelque chose, même si nous nous connaissons déjà ? Il faut certainement se contenter de ce lien ténu qui existe entre nous, et qui ne vit que dans le virtuel, au travers de mots qui prennent de nos nouvelles, se font la bise et se disent à bientôt. Mais garder sa place est aussi simple que douloureux, insatisfaisant, et je me lasse.
Qu'il cesse donc de m'écrire, et que nos mots deviennent des sons, et que nos joues se frôlent. Après, nous partagerons l'air que nous respirons. Après, la réalité se chargera du quotidien, d'en raviver ou d'en ternir les teintes s'il le faut. Après, nous verrons bien. Je voudrais sortir de notre chrysalide, je m'impatiente d'exister. Je glisse mon smartphone dans ma poche. Jusqu'au prochain message.

Une photo (de Kot), une inspiration, beaucoup d'imagination, et au final un texte.
.. tout ça pour l'atelier d'écriture de Leiloona [clic].  Pas très satisfaite de mon texte cette fois-ci. Merci pour vos lectures !

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13 avril 2015

Qui je suis (atelier d'écriture)

atelierjulienribot

 J'envie ceux qui naturellement savent qui ils sont. Qui ne s'éparpillent pas au moindre incident en de multiples particules éclatées de matière. Et qui se tiennent debout, droit. Moi, pour savoir qui je suis, il me faut chercher loin, passer par ma colonne vertébrale, retrouver les gestes de l'enfance où n'entraient pas le doute. Ainsi, je peux me souvenir de la corde à linge humide de rosée, du jardin, de la bassine lourde coincée sur ma hanche, du plaisir d'être au dehors, seule, et du déplaisir de manipuler des tissus mouillées. Les gestes simples, le jeu de la lumière sur mon visage, mes mains actives, les feuilles des arbres, le bruit des oiseaux, tout à cet instant m'indiquaient qui j'étais. Et le phénomène était le même lorsque je m'éloignais de la maison, les mouvements saccadés de mes jambes sur mon vélo, le bruit de l'air dans mes oreilles, la présence bruissante et sage de la nature, le glougloutement continu de la rivière. Cependant tout cela supposait la solitude, et le silence. Dans l'enfance, les mots étaient rares, ils ne blessaient pas, ils étaient écrits, et au mieux racontaient des histoires. Et ils ne franchissaient la barrière de mes lèvres que pour l'essentiel. Ils étaient un trésor à ne pas dépenser trop vite. Plus tard, les mots sont devenus plus libres, moins rangés, ils sautillaient sur les pages de mes cahiers, tentaient de trouver un sens au quotidien, aux émotions. Et ils inventaient des récits qui faisaient briller de curiosité les yeux de mes jeunes voisines. Quand ils sont devenus plus blessants, manipulés par d'autres, il a fallu un peu de courage pour ne pas se surprendre à les détester. Mais la littérature était là, qui continuait fidèlement à les chérir, qui nourrissait le goût et la bienveillance, et savait réparer. J'envie ceux que les mots des autres n'éparpillent pas en milles particules de matière étonnée, et qui ne sombrent pas dans le doute à la moindre occasion. J'envie ceux qui n'ont pas besoin de voyager si loin dans les sensations de l'enfance pour ne pas sortir du chemin, s'égarer, et qui savent capter au quotidien assez de lumière pour ne pas lâcher le guide et se préserver. 

Une photo (de Julien Ribot), une inspiration, beaucoup d'imagination, et au final un texte... tout ça pour l'atelier d'écriture de Leiloona [clic]. 

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06 avril 2015

Du courage (atelier d'écriture)

concorde

 Depuis hier, je suis dans mon lit. Je ressasse ma peine, mon angoisse, je me ferme aux vicissitudes de l'extérieur, à Paris qui d'habitude sait suffisamment me faire tourner la tête pour m'apaiser. Mais là rien ne va, et même la Grande Roue de la Concorde n'y pourrait rien. Sous mes draps, dans le creux de mon odeur familière, je forme un cercle apaisant de musique et de mots. Un livre ouvert sur le ventre, j'évite le défilement des pensées qui amènent systématiquement des larmes à mes yeux. Quelle poisse, ces émotions qui me submergent, quelle poisse cette sensibilité qui se déverse. Tu m'as dit que si je ne tombais pas c'est que j'étais forte, et presque un peu coupable, pourquoi pas. Mais est-ce que tu me vois là ? Et est-ce que tu m'as vu quand j'ai perdu l'équilibre ce matin ? La force ne se mesure pas à l'aune du courage. Tu n'as pas compris comment j'avais pu revenir après le conflit, comment j'avais pu reprendre ma place, affronter les réactions de ceux qui m'avaient regardé tanguer. Ce petit chef que nous avons depuis quelques mois a reconnu en moi sa proie, j'étais facile à trouver. Tu ne peux pas savoir les humiliations d'avant, les heures passées au collège à soutenir de multiples regards blagueurs et violents. Le courage qu'il fallait pour ne pas être la première à baisser les yeux, la victoire si acide, et cette destruction irréversible à l'intérieur de soi de quelques cellules, chaque jour. Cela a recommencé, j'ai appris. Mais à chaque fierté gagnée, à chaque pas en avant, j'ai perdu un peu de mon être. Et je suis restée une proie facile. Tu m'as dit qu'il fallait le comprendre, je n'étais certainement pas assez souple, une collègue facile. Malgré le soutien de ceux qui me connaissent depuis des années, leurs encouragements à rester forte, c'est de toi dont j'attendais les mots qui soulagent et rassurent. Parce qu'à toi j'avais confié mon amitié. Tes doutes m'ont fait perdre encore quelques cellules et je me sens ce week-end comme soufflée de matière. J'ai peur cette fois-ci d'y laisser ma peau, de manquer de courage. Pourtant je sais que même vidée de l'intérieur, bouleversée, avec seulement la peau sur les os, et le coeur qui bat la chamade, je serai présente à tes côtés dès lundi. Il ne faudra pas que tu pleures sur notre amitié, je ne peux pas me permettre de m'appuyer sur des sables mouvants. J'ai déjà livré trop de batailles, je redoute seulement celle qui pourrait m'achever. 

Une photo (de Leiloona), une inspiration, beaucoup d'imagination, et au final un texte... tout ça pour l'atelier d'écriture de Leiloona [clic].  Un petit écho à ce texte là [ici].

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30 mars 2015

Toi (atelier d'écriture)

atelierfemmemarionpluss

Etre une femme, cela ressemble à ce que tu vois. Cela suppose des formes, une douceur dans la nuque, une fragilité des attaches, de la finesse dans les traits. Et bien sûr, c'est toi, tu es tout cela. Tu fais illusion. Le miroir te renvoie une image conforme. Le regard des hommes aussi, qui s'arrête sur chaque relief de ta silhouette, jauge, juge et soupèse. Tu aimerais leur dire que tu n'es pas seulement ce qu'ils voient, un être fait de creux et de bosses. Que tu regrettes parfois ce temps où ton torse plat pouvait mentir sur ton genre. Il était alors facile de s'imaginer garçon. Il était alors facile de s'imaginer tous les avenirs. Il t'en a fallu du temps pour trouver du plaisir à l'épanouissement. Longtemps, tu as laissé ton corps rester androgyne, disparaître sous des vêtements trop grands, informes. Ton corps nu ressemblait à celui d'un jeune garçon sous alimenté que la vie n'intéresse pas, et qui soulage sa soif d'apprentissage dans la lecture. Être une femme, ce n'est jamais gagné d'avance. Cela peut ressembler au départ à une suite de subtils renoncements et d'asservissements. Tu voulais que l'on t'aime pour autre chose que pour ta bouche pulpeuse, tes grands yeux et tes bouclettes brunes, la douceur de ta peau entre tes cuisses. Tu voulais que l'on t'aime pour tes gestes lents, ta douceur, ton regard sur les paysages qui peuplent tes pensées, ta fraîcheur. Et puis, est venu l'enfant. Et avec lui la volonté de faire de ce corps inexploité un berceau, un rempart contre la faim et le froid, un abri, un tremplin vers l'ailleurs. Tu as alors compris quelque chose, ou cru le comprendre, trouvé un élan, une raison de croire à ta féminité, de la trouver glorieuse. Et tu ne te trompais pas, pas vraiment, mais tu oubliais l'essentiel, ta multiplicité. Car être une femme, c'est porter en soi tous les désirs, toutes les conquêtes, et tous les genres, et ne jamais cesser de croire aux transformations. Etre une femme, c'est se réinventer sans cesse, avec son corps, ses pensées, sa complexité, et bousculer les codes, et aimer le faire.

Une photo (de Marion), une inspiration, beaucoup d'imagination, et au final un texte... tout ça pour l'atelier d'écriture de Leiloona [clic]. Double contrainte cette fois-ci, puisque le texte devait (si nous le souhaitions) parler aussi du sexisme... j'avais oublié, pas certaine d'être dans le thème.

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