14 décembre 2014

Ton ombre fuyante (atelier d'écriture)

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Je te vois toujours de dos. C'est devenu une habitude, ta fuite. Et puis il y a ce brouillard qui se dépose doucement sur tous mes gestes, depuis la première fois. Chaque matin, je dois m'ébrouer avant de sortir. J'aime entendre le chant qui timidement veut se faire entendre sous les sirènes qui hurlent en moi. Tu étais où quand je me brûlais, tu étais où quand j'avais froid ? Tu pourrais, d'un seul clignement de cil, ouvrir tellement de portes qui resteront, je le sais, hermétiquement closes. A te regarder disparaître, je chahute, je fais du bruit, pour le peu que tu me remarques, pour atteindre ta nuque, raide du départ inévitable. Et je te trouve si beau, inaccessible et beau, inatteignable, élégant. Et je suis tellement quelconque, avec mes bras chargés de cadeaux, ces sentiments embrouillés que je voudrais déposer à tes pieds. Mon nez rouge, mes cheveux en désordre, ma robe froissée, quand disparaîtront-ils à tes yeux ? Quand sauras-tu réellement me voir ? Je suis là. Je vois ton dos. Ton ombre fuyante. Mes pensées en pagaille. Et ma main qui saura un jour retenir ton manteau. Peut-être.

Une photo, une inspiration, et au final un texte ... tout ça pour l'atelier d'écriture de Leiloona [clic ici].

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07 décembre 2014

Si j'osais (atelier d'écriture)

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Je te dirais que la vie est un passage, et qu'évidemment toi tu étais là, juché accidentellement sur mon parcours. Je te dirais tout un tas de mensonges pour te laisser partir, pour alléger ta conscience. Tu ne m'en sauras à peine gré, tout préoccupé par ton propre voyage. Mais comment t'en vouloir ? Je saurais être patiente. Attendre. T'attendre. Pour peu que cela suffise. Le monde est depuis quelques mois une foule compacte et dure, et toi tu étais au centre, immobile, le regard honnête et droit, ma balise dans la tempête, mon caducée. Un coup d'oeil sur toi et je me sentais protégée. J'ai perdu quelqu'un. Et j'ai perdu plus que cela. J'ai perdu la pluie sur mon visage, le gras des trottoirs, nos chahuts, la ville que nous partagions, ce que j'imaginais que nous ferions ensemble, ton sourire invisible. Tu n'imagines pas combien marcher seule est devenu douloureux. Mais comment savoir ce que tu ressens ? Il faudrait pour cela te presser de questions, prendre le risque de te regarder lentement ajouter encore une couche au masque qui recouvre déjà ton visage. Je ne sais pas être quelqu'un d'autre. Et toi le sais-tu ? T'aimer était prendre le risque de ton absence, je le savais. Aimer est toujours un risque. Mais il est aussi le signe que je suis vivante. Que ce sont bien mes pas qui résonnent dans la nuit vide, mon ombre que les réverbères étalent derrière moi, ton souvenir vivace qui flotte au creux de moi.

Une photo, une inspiration, et au final un texte ... tout ça pour l'atelier d'écriture de Leiloona [clic ici]. J'espère ne pas vous lasser, mais j'ai envie (besoin) d'écrire en ce moment sur l'amitié, l'amour, les retours et les départs. Je voudrais parfois réussir à mieux libérer mon écriture. Comme d'habitude, rien n'est vrai, et puis ce n'est pas ça l'important. Merci en tous les cas pour vos dernières précieuses lectures. Toujours comme un petit écho à ce texte là [clic] et à celui-ci [clic].

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30 novembre 2014

Ton visage (atelier d'écriture)

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Il sera au départ question de ton visage. Ou bien, de ce que je me souviens de ton visage. Son incandescence dans ma mémoire. La lumière du souvenir qui sublime tes traits, ou les fait disparaître, c'est selon. Bientôt tu seras là, de retour, de nouveau en face de moi. Réel. Je me prépare au choc de nos retrouvailles, à cet accident de nos regards qui plongent l'un dans l'autre, comme si le temps n'était pas passé, comme si hier rétrécissait brutalement vers aujourd'hui. Il faudra alors que l'image de toi dont j'avais conservé le souvenir, ton toi d'avant, s'ajuste. Forcément, tu auras changé. Saurons nous retrouver la familiarité des gestes, de la voix, de nos présences côte à côte ? Saurons nous retrouver la légèreté dans laquelle nous étions parvenus à inscrire notre amitié ? Tu t'es enfui si loin. J'ai cru que tu étais parti à cause de moi, à cause du dilemme, pour fuir le précipice vers lequel nous plongions tous les deux, sans se le dire, sans se l'avouer, juste parce que nous savions ce qui nous reliait, ce qui était invisible pour tous les autres, un son dans nos deux voix qui s'engageait sur la même note, juste ça. Et puis le sourire dans tes yeux, confidentiel, qui n'éclatait vraiment que pour moi. Tu es de retour. Et je ne sais pas si le ciel va se remettre à briller, si je t'attendais vraiment, si la violence de ton départ n'était pas suffisante. J'ai peur que tu m'indiffères. Alors, ton visage prendrait les teintes du décor autour de nous, des autres visages, et tu deviendrais semblable à tous les autres, unique pour personne. Alors, je pleurerais sans doute, sur ton visage disparu, sur l'oubli, sur l'amitié, sur les départs, et sur les retours trop longtemps reportés.

Une photo, une inspiration, et au final un texte ... tout ça pour l'atelier d'écriture de Leiloona [clic ici]

Et comme un petit écho à ce texte là, pour le jeu [clic]

 

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28 septembre 2014

Pas gagné

genou

Il faudrait écrire sur la peur
Et c'est ton toi de dix ans pédalant frénétiquement sur ton vélo rouge rouillé que tu vois

Il faudrait écrire sur cette fatigue qui prend régulièrement le contrôle de ton corps
Sur cette étrangère
Et c'est serrer des torses vaillants dans tes bras que tu souhaites, l'amitié

Il faudrait écrire, tout simplement
Mais ne s'adresser à personne, laisser tes mots résonner dans une pièce vide
Ecrire pour écrire
Et ce sont des mots valises vides que tu traînes derrière toi

Il faudrait avoir du courage 
Pour une fois ne pas faire de désordre
Etre pragmatique, efficace, concentrée, s'attaquer aux problèmes à résoudre
Mais tu n'en peux plus de la transparence, de l'invisibilité

Alors tu chahutes, tu luttes et tu te blesses
Ta vie, parfois, c'est pas gagné

© Les écrits d'Antigone - 2014

 

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17 février 2014

Curiosité

situvoulais

Si tu voulais me trouver
Tu me chercherais sous mes phrases
C'est là que je suis

Si tu voulais savoir
Il te suffirait d'un souffle
Eparpiller les confettis, la poudre aux yeux

Dégager la surface

© Les écrits d'Antigone - 2014

 

Sur le principe qu'il ne faut pas lâcher ça... écrire. Malgré.

La poésie, c'est "quelque chose qui me sert chaque jour, chaque matin, à me remettre droit, à me nettoyer les yeux, à étirer mes rêves, à muscler ma lucidité..." dixit Thomas Vinau [clic ici]

 

 

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16 novembre 2013

En cours de lecture... "Le début de la fiction"

"Quand on ne voit plus sa famille ou quand elle a disparu corps et biens, alors ce qui pose problème c'est la façon dont on raconte l'histoire, la vilaire soeur, ce qui est ajouté, ce qui est soustrait, la façon dont je vis l'histoire, différente de celle dont ma soeur l'a vécue ou ma mère ou mon père, chacun de nous a une version de l'affaire, et ces versions n'ont aucun point d'achoppement, elles ne se recoupent jamais, et les évènements remémorés ne sont pas les mêmes, les dates ne sont pas les mêmes, alors il faudrait pouvoir confronter ces versions, mais puisque la famille a disparu ou bien qu'elle est muette ou démantibulée cette entreprise est impossible et ma vérité devient mensonge, elle n'est que ce que j'ai pu vivre et ressentir, elle est incomplète et blessante et invérifiable, nos versions sont comme deux ou trois droites parallèles qui jamais ne se rejoignent, raconter ma propre histoire devient un projet si artificiel et si solitaire, l'élaboration a posteriori donne l'impression d'une trajectoire, d'une volonté et d'un désir, mais ce n'est qu'une vue de l'esprit. Les détails m'emmènent toujours plus loin que je ne l'aurais voulu, ils ouvrent des digressions, des parenthèses, des souvenirs, je vois mes poupées russes s'accumuler, elles me submergent, tombent du bureau, c'est la fantasia des poupées russes. Que faire de ces imbrications ? On se voudrait clinique, on devient baroque. Et quand tout s'est calmé, il ne reste que des fragments disjoints, les dalles disjointes du carrelage, et les interstices laissent voir la terre même, la terre battue, sa poussière, sa sécheresse et sa profondeur."

Extrait de La Grâce des brigands de Véronique Ovaldé

Malgré les quelques défauts que je lui trouve, cette lecture (et des extraits comme celui ci-dessus particulièrement) me donne tellement de frissons (au sens propre du terme), me parle tellement... que je ne pourrai que l'affubler prochainement d'un coup de coeur.
Mon billet bientôt.

ovaldeextrait

 

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12 juillet 2013

Albane Gellé

femmeballons

"les ficelles emmêllées avec des noeuds
dans la tête ça ne la gêne pas l'écriture
c'est pas qu'elle démêle elle démêle rien
elle dit rien elle se laisse faire je me
débrouille avec elle il y a pourtant de l'air
autour mais chaque fois que je me mets
à écrire c'est comme si j'en avais manqué
pendant des siècles je respire j'écris
comme si je me remettais à marcher
après un accident une maladie ça peut
arrriver plusieurs fois par jour un accident
une maladie c'est pas rien mais c'est pas
exceptionnel je n'écris rien d'exceptionnel
les choses viennent et des mots se collent
dessus dedans je m'en occupe je les
accompagne un bout le désordre ne devient
pas de l'ordre je ne range pas vraiment dans
la langue j'essaie de trouver juste assez de
lumière pour y voir clair quand ça arrive
personne n'est là pour m'entendre de toute
façon je ne dis rien"

extrait de L'air libre,Dé Bleu, p.28 [pioché ici]

http://albanegelle.canalblog.com/

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16 juin 2012

Pourquoi être heureux quand on peut être normal ? Jeanette Winterson

pourquoietreheureux"Et les livres n'avaient pas fini de me sauver. Si la poésie était une bouée de sauvetage, alors les livres étaient des radeaux. Dans mes moments les plus fragiles, je tenais en équilibre sur un livre, et ces livres m'ont portée sur des marées d'émotions qui refluaient en me laissant trempée et anéantie."

Ce titre de Jeanette Winterson est une autobiographie. L'histoire "vraie" de l'auteure, celle-là même qu'elle avait déjà parée de fiction dans Les oranges ne sont pas les seuls fruits (Ed Olivier 2012) [roman que je n'ai pas encore lu].
Elevée par une mère adoptive rigide et mystique, Jeannette trouve malgré tout le chemin étroit qui la mènera plus tard vers l'écriture. Dans la bibliothèque qu'elle fréquente en cachette, dans sa petite ville ouvrière d'Accrington au nord de l'angleterre, elle a décidé très jeune de lire l'intégralité des auteurs de A à Z. Remarquant déjà l'absence manifeste de femmes - quoique l'alphabet tienne par chance dans sa lettre A Jane Austen - elle devient très tôt sensible à leur condition. La lutte est depuis lors un mode d'expression, féministe, le fruit d'un instinct de survie fort qui n'empêchera pourtant ni la souffrance, ni les doutes, ni la dépression, et ne remplacera jamais le manque.
Née sous X, Jeannette Winterson cherchera plus tard,  à l'âge adulte, à construire le puzzle de ses premiers instants en partant en quête de ses origines, de son dossier d'adoption et de sa mère biologique.

Voici un titre qui m'a touchée pour de multiples raisons, l'histoire assez terrible qu'elle raconte en premier lieu, et puis ces magnifiques passages sur la place de l'écriture et de la lecture dans une vie qui ne demande par ailleurs qu'à sombrer. Ah, ces enfances meurtries me révoltent toujours autant ! L'écriture est ici bourrée d'émotion à fleur de mots, et elle est pourtant si pudique et si littéraire. Elle avance par touches sensibles comme dans un tableau impressionniste. De plus, le tout est baigné d'amour, malgré les blessures. Pourquoi être heureux quand on peut être normal ? est véritablement un très beau texte.
Une lecture qui lutte pour le bonheur.

Editions de l'olivier - 21€ - Mai 2012

Le billet de Cathulu la tentatrice ! - L'avis de Clara tout aussi positif

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15 juin 2012

En cours de lecture...

manque"La sensation de manque ne vous laisse pas un instant de répit, jamais - elle ne peut pas, ne devrait pas nous lâcher, cette sensation, puisqu'il manque effectivement quelque chose.
Cela n'est pas négatif en soi. Cette part manquante, ce passé manquant, peuvent constituer une ouverture plutôt qu'un vide. Ils peuvent devenir une entrée autant qu'une sortie. Ils sont une preuve fossilisée, la marque d'une autre vie, et même si cette vie vous sera à jamais inacessible, vous pouvez suivre sa trace du bout des doigts, à l'endroit qu'elle aurait pu occuper, et du bout des doigts, apprendre une nouvelle forme de braille.
Les marques sont là, des zébrures saillantes. Lisez-les. Lisez ces blessures. Récrivez-les. Récrivez ces blessures.
C'est pour cette raison que je suis écrivain - je ne dis pas que j'ai "décidé" de l'être ou que je le suis "devenue". Ce n'était pas un acte volontaire ni même un choix conscient. Pour éviter la trame serrée du récit de Mrs Winterson, je devais être capable de faire mon propre récit. Mi-réalité mi-fiction, voilà les ingrédients qui composent une vie. Et comme dans l'espionnage, il s'agit d'une légende, d'une couverture. J'ai rédigé mon issue de secours."

Extrait de Pourquoi être heureux quand on peut être normal ? de Jeannette Winterson - Mai 2012

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24 mai 2012

L'album de Milo, Carolyn Parkhurst

albumdemilo"Je pense à Bettina, dans ce restaurant au dernier soir de son existence, tout juste fiancée, le coeur brisé. Si j'avais été présente dans la vie de Milo d'une façon significative, aurais-je fait quelque chose pour empêcher que cet instant se produise ? J'imagine une réalité alternative, dans laquelle je prends d'autres décisions et où ces quatre années de brouille n'existent pas."

Octavia Frost est écrivain. Elle s'est mise en tête dernièrement de reprendre les fins de tous ses livres, de les remanier, de leur donner ainsi une nouvelle vie. Elle appelera ce recueil l'abum de nulle part, un moyen avoué de retenter un lien desespéré vers son fils Milo, chanteur à succès d'un groupe de rock, qu'elle n'a pas vu depuis des années.
Mais tout se précipite. La petite amie de ce dernier est assassiné dans leur villa et Milo est accusé. Octavia s'envole vers lui, certaine que sa présence aura une utilité...

Mêlant thriller et virtuosité stylistique, Carolyn Parkhurst produit un roman sur la perte, et la force des liens familiaux. Et voici ce qui m'a surtout intéressé dans cet opus, bien plus que la retranscription des fins de romans remaniées par Octavia.
La quête de cette mère, avide des moindres signes d'amour de son fils est touchante, ainsi que sa manière sincère de regarder son passé en face. La mort accidentelle de son mari et de sa petite fille autrefois ont été le fil ténu qui a parcouru toute son oeuvre jusque ici mais elle est soudain prête à envisager un avenir différent, incluant Milo et son monde.
Une lecture, douce et maternelle, qui n'oublie pas d'être aussi captivante.

Editions Philippe Rey - 21.50€ - Avril 2011

D'autres lectures... Cathulu la tentatrice - Cuné - Amandaun coup de coeur pour Lucie !

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