27 juin 2017

Les Bottes suédoises, Henning Mankell

lesbottessuedoises

Tu ne pensais pas pouvoir lire encore un inédit d'Henning Mankell, encore deux ans après sa disparition... Quelle joie donc que cette sortie poche ! Les bottes suédoises sont la suite des Chaussures italiennes, avec lequel tu as découvert l'auteur en 2011, et c'est comme une boucle qui se boucle, car tu as entre temps passé de merveilleux moments aussi avec son personnage Wallander... D'ailleurs, tu as trouvé dans ce roman beaucoup de similitudes avec L'homme inquiet, le dernier opus de la série. Cette même appréhension du grand âge et du corps qui ne suit plus, la solitude, l'envie de se rapprocher de sa fille et de sa petite fille... Tout commence lorsque Fredrik, aujourd'hui un vieil homme de soixante dix ans, échappe de peu à l'embrasement de sa maison. Il se retrouve alors hors de chez lui, devant sa maison détruite, avec pour seul bien une caravane et une paire de bottes dépareillées. Il vit depuis longtemps sur cette île, dans cet archipel du nord où tout le monde se connaît et se rend service. Qui a pu vouloir lui faire du mal ? Fredrik est soupçonné d'avoir mis le feu à sa propre maison, une journaliste vient l'interviewer... Mais d'autres maisons prennent feu, tandis que des personnalités du coin décèdent subitement... C'est la fin d'une époque et Fredrik se rend compte à quel point il tient à Louise, sa fille, dont il a appris l'existence dans Les chaussures italiennes. Il fera tout pour reconstruire sa maison et lui léguer un bel héritage... Et toi lectrice tu as aimé ton tête à tête avec les mots, les phrases et la douceur d'écriture d'Henning Mankell. Tu fais de cette lecture un tendre coup de coeur, persuadée qu'elle ne plaira pas à tout le monde, par trop de lenteur, de tranquillité narrative... mais toi tu l'as aimée, beaucoup, et tu as encore le bruit des flots dans la nuit de l'hiver baltique dans les oreilles. Merci monsieur Mankell !

Editions Points - juin 2017 

Posté par Antigone1 à 17:48 - - Commentaires [10] - Permalien [#]
Tags : , ,


13 avril 2017

L'avortement, Richard Brautigan

lavortement

De Richard Brautigan tu ne connaissais rien... mis à part son nom et sa réputation, ainsi que quelques citations et hommages. Et tu as eu envie de dépasser ça, cette faible connaissance, en découvrant un de ses romans. Ouvrir L'avortement par sa préface, c'est déjà tomber sur le regard de Pierre Reverdy sur ce texte. dans cette constatation que jamais personne à propos de ce livre, ou en général, ne dit le mot. Même Annie Ernaux, à propos de l'acte, préférera évoquer L'Evènement. Quand on parle de ce roman, dit Pierre Reverdy, il n'est question que de la bibliothèque, premier personnage évident de ce livre. Et il est vrai qu'elle est fascinante. On se croirait chez Jorge Luis Borges. Dans les premières pages, le narrateur évoque sa situation, sa vie de cloîtré dans ce lieu qui recueille nuit et jour des manuscrits. Les visiteurs sont invités à inscrire leur titre, jamais publié, dans le grand cahier et de le poser sur les étagères de la bibliothèque. L'accueil est chaleureux, bienveillant et respectueux, peu importe la qualité et le sujet des écrits. Un jour, Vida entre dans l'établissement, avec son texte et son corps sublime qu'elle porte comme un fardeau. Les deux solitudes se rencontrent, s'approchent et prennent soin l'une de l'autre, jusqu'à ce qu'advienne l'avortement, qu'il faudra pratiquer au Mexique. Cela signifie laisser la bibliothèque sous la garde de Foster, prendre l'avion et s'en aller dans des lieux inconnus. Et pour toi lectrice, c'est comme suivre un couple à la Boris Vian (L'Ecume des jours) dans une aventure à la fois triste et froide. Tout se passe bien, mais Vida sera dorénavant la plus adepte des pro-pilules, elle le jure. Et tu t'étonnes de la douceur de cette voix d'écrivain masculin sur ce parcours, du féerique qui ne cesse d'entourer cette histoire là du début à la fin, et de ce roman, posé (encore une fois par un homme) comme un acte militant. La première édition date de 1970. Tu ne t'attendais pas à ça... à toute cette douceur et à cette féerie, seulement à cette ironie qui parfois parcourt le texte. Quelle rencontre !

Editions Points - collection Signatures - 13 Avril 2017

Points réédite également d'autres titres de l'auteur en avril dans la collection Poésie. Le samedi 22 avril aura lieu une rencontre à La Maison de la poésie en l'honneur de Richard Brautigan. Toutes les infos ici [clic].

Posté par Antigone1 à 06:28 - - Commentaires [10] - Permalien [#]
Tags : , , ,

20 juillet 2016

Le Coeur du Pélican, Cécile Coulon

lecoeurdupelican"Anthime n'irait pas en enfer simplement pour allumer sa cigarette. Il irait pour en rapporter des pierres fumantes et les porter dans ses poings le reste de sa vie."

Anthime a été une star lorsque adolescent il excellait au huit cent mètres, porté par son coach Brice, son entourage, sa famille, et l'admiration muette de sa jeune voisine Joanna. Anthime était alors surnommé Le Pélican. Mais quand la chute survient, la blessure, il faut réinventer sa vie, oublier les idylles que l'on croyait pouvoir commencer avant la défaite, fuir l'inaccessible Béatrice, et se laisser emprisonner par l'affection des petites voisines. Anthime épouse Joanna sans l'aimer, passe des concours administratifs, mène une vie de famille rangée, dans un lotissement banal. Vingt ans après, alors qu'Anthime est devenu un homme bedonnant sans panache, simple habitant d'un pavillon avec terrasse, quelque chose se réveille en lui. Le Pélican n'a alors de cesse de vouloir réouvrir ses ailes...

De Cécile Coulon, j'avais déjà lu Le rire du grand blessé [clic ici] et ce avec une grande admiration pour cette dystopie réussie. Le genre est ici très différent. Le récit se glisse dans l'intérieur d'une maison, dans la vie d'un couple bancal, dans l'histoire d'un jeune homme qui n'a pas su grandir et qui se laisse guider par les désirs des femmes, son épouse, sa soeur. La course est vue comme une libération mais le sport comme un monde cruel tenu en laisse par la compétition et les flatteries. Désillusions, non-dits, obligations et rumeurs, sourires de façade, tout vole en éclats. Un mariage se brise mais le récit nous explique pourquoi, où se situait déjà la faille. J'ai beaucoup aimé l'écriture de Cécile Coulon, son regard incisif et cru, la brutalité parfois tendre de cette histoire qui se lit le souffle court et que l'on dévore littéralement. Une lecture qui n'est pas de tout repos. Du grand art !

Editions Points - 6.90€ - Juin 2016

Puissant et percutant pour Clara Il est tombé des mains d'Alex - Sans doute le plus abouti pour Gwenaelle - Brillant pour Noukette qui l'a lu pour le prix du meilleur roman des lecteurs de Points !

Posté par Antigone1 à 10:30 - - Commentaires [28] - Permalien [#]
Tags : , , ,

21 décembre 2015

La Vie amoureuse de Nathaniel P., Adelle Waldman

lavieamoureusedenat "Hannah agrippa la bouteille de vin avec ses deux mains. Une petite ride se creusa entre ses sourcils. Un instant, Nate la vit sous un jour inconnu - vulnérable, en manque d'affection. Sa culpabilité se teinta d'agacement. Pourquoi en faire un drame ? De quel droit ? Pourquoi devrait-il se sentir mal à l'aise juste parce qu'il n'était pas d'humeur à se plier à un rendez-vous romantique un mardi soir ? Il avait envie de lire. Ou de s'amuser en ligne. Et alors ?"

Nate est devenu un auteur reconnu dans le milieu littéraire très fermé de New York. Mais sa vie amoureuse est un échec. Cependant, il ne s'en formalise pas. Ce n'est pas comme si il n'avait pas déjà essayé, avec Kristen ou dernièrement avec Elisa. Il ne comprend pas vraiment d'ailleurs pourquoi cette dernière s'accroche encore à lui. Leur essai d'amitié est de toute évidence un échec et Nate vit avec désagrément ce sentiment de culpabilité qu'elle provoque chez lui. Il est bien mieux seul, dans son appartement négligemment entretenu, à écrire son livre, et à voir à l'extérieur ses amis de temps en temps. Séduire est distrayant, le reste, la vie à deux, provoque très vite l'ennui chez lui. Mais pourtant, et si Hannah était différente ? La jeune femme, qu'il vient de rencontrer, le bouscule dans ses certitudes.

Il est assez étonnant de prendre du plaisir à la lecture d'un titre dans lequel le héros est à ce point irritant, cynique et franchement antipathique. Mais il vend très bien au lecteur cette hypothèse qu'il l'est seulement à son corps défendant, trouvant normal de traiter les femmes qu'il fréquente avec distance, et un brin d'arrogance, n'est-ce pas ? Je ne sais pas ce qui m'a plu dans ce roman, le fait peut-être d'aimer détester Nathaniel P. Et puis c'est un peu comme regarder un vieux Woody Allen. Le héros d'Adelle Waldman, est en effet bavard, un peu imbu de lui-même, mais également un observateur minutieux et critique de ses contemporains.

Editions Points - 7.50€ - Septembre 2015

Une lecture pénible sur le blog de blablablamia - Cathulu a manqué d'empathie mais a pris du plaisir avec l'humour vachard de ce roman !

Posté par Antigone1 à 09:20 - - Commentaires [6] - Permalien [#]
Tags : , , ,

26 octobre 2015

Retour à Little Wing, Nickolas Butler

retouralittlewing

 "Quand je n'avais nulle part d'autre où aller, je revenais ici. Quand je n'avais rien, je revenais ici. Je revenais ici et je créais quelque chose à partir de rien. Je pouvais vivre pour trois fois rien ; il n'y avait rien où dépenser de l'argent, personne à impressionner. [...] J'étais revenu ici et j'y avais trouvé ma voix, comme un truc qui serait tombé de ma poche, comme un souvenir depuis longtemps oublié. Et chaque fois que je revenais, j'étais entouré de gens qui m'aimaient, qui tenaient à moi, qui me protégaient sous une espèce de cloche de tendresse. C'est ici que j'entends tout [...]."

Ils sont un petit groupe d'amis qui se connaissent depuis l'enfance dans cette petite bourgade du Winconsin. La trentaine bien sonnée voit les mariages se multiplier. Certains sont partis de Little Wing puis revenus. Kip a racheté la fabrique, fort d'un projet qui redonnera de la vie à la petite ville, du moins il l'espère. Lee, devenu un chanteur à succès et le fiancé d'une actrice connue, n'imaginait pas se marier ailleurs que dans le pays qui l'a vu naître. Mais l'amitié n'empêche pas les secrets, les disputes et les rivalités, les jalousies. Ronny, victime d'un accident, ancien alcoolique, ne sera pas officiellement invité au mariage de Kip. Le groupe aura du mal à oublier cette trahison, ainsi que la foule de paparazzi se ruant sur Lee. Ce dernier d'ailleurs n'est pas en reste, il a toujours été amoureux de Beth et cache depuis des années à son meilleur ami Hank qu'ils ont eu une courte liaison il y a dix ans. Heureusement, l'alcool, la fête et l'attraction puissante de Little Wing peuvent réparer bien des défaillances. Et puis, peut-on réellement quitter Little Wing ?

Voici un titre au charme évident qui vous bercera doucement au son de l'amitié et de la country. J'ai beaucoup aimé son atmosphère et les caractères à la fois forts et tendres de ses personnages. Ecrit en forme de roman choral, chacun prenant la parole à son tour, il sait nous raconter une certaine Amérique, aux deux visages, à la fois celle de la campagne profonde, avec ses traditions rassurantes, et celle foisonnante et moderne des grandes villes. Un délicieux moment de lecture.

Editions Points - 7.95€ - Août 2015

Un coup de coeur pour MicMelo - Un très bon roman sur l'amitié pour Clara - Une découverte comme elle les aime pour Kathel - De l'attachement et de l'émotion chez Un autre endroit - Un roman attachant pour Sylire qui ne s'est pas sentie captivée pour autant par les affres de ces trentenaires - Un roman choral qui ne laissera pas un souvenir impérissable à Jérome - Tiphanie l'a beaucoup apprécié ! - Une merveille pour Ptitlapin qui l'a lu également en poche !

 

Posté par Antigone1 à 10:49 - - Commentaires [28] - Permalien [#]
Tags : , , ,

20 septembre 2015

Pas pleurer, Lydie Salvayre

paspleurer

 "Montse a le sentiment de découvrir à quinze ans la vie qu'on lui avait cachée. Et elle s'y jette. Et elle s'y ébroue. Et c'est une joie pure. Ce qui l'amène à déclarer, soixante-quinze ans plus tard, avec une emphase toute ibérique, que si la guerre des armes a été perdue par les siens, l'autre (guerre) reste à jamais invaincue, escuchame !"

Nous sommes en 1936, en Espagne, c'est l'été. Montse a quinze ans. Sa mère vient de la présenter à Don Jaime Burgos qui souhaite engager une nouvelle bonne. Le notable trouve que la jeune fille a l'air bien modeste, mais ce compliment blesse Montse dans son orgueil, la rend folle. Heureusement, la révolution vient à son secours, elle n'aura pas besoin de faire la bonne. Elle quitte quelques jours plus tard la maison familiale avec son frère José, emportée par le vent communiste qui flotte dans ses paroles et dans celles des jeunes gens qui l'entourent. Ailleurs en Espagne, le catholique Georges Bernanos tremble devant les exactions de son propre camp. Des deux côtés, les esprits s'exaltent, s'enferment et tuent. Montse, elle, découvre l'amour physique avec un français de passage, poète et inconnu, et puis elle se découvre enceinte... 

Lydie Salvayre a déposé dans ce livre la mémoire de sa mère, le souvenir de cet été intense qui changea sa vie. Et j'ai aimé que s'entrecroisent le présent, le langage tronqué de la vieille femme, celui imaginé de Georges Bernanos, et puis l'Histoire. L'écriture de Lydie Salvayre est originale, et cela aussi est véritablement un plus. Je ne m'explique donc pas pourquoi je me suis quelque peu ennuyée dans ce livre, pourtant intéressant par bien des points. Peut-être que le récit de Montse aurait suffit à mon bonheur ? D'ailleurs, la manière de l'auteure de reprendre doucement les erreurs de français de sa mère est véritablement touchante et croustillante. Mais ai-je réellement apprécié cette caution littéraire et érudite, parfois malvenue, qu'est ici le personnage de Bernanos ? Comme si le reste ne suffisait pas. Avais-je réellement envie de comprendre les franquistes ? Pour autant, Lydie Salvayre a eu raison de balayer ainsi tous les points de vue au sein de cette guerre d'Espagne complexe. Il est à noter que la conclusion du livre qui relate l'exode, la retirada, de toutes ces familles fuyant les violences m'a bien sûr replongée encore une fois dans l'actualité. 

Editions Points - 7.30€ - Août 2015

lautrerentree

Impression d'ensemble très positive pour Aifelle - Alex a été gênée par la différence entre les deux voix du livre - Gambadou a ressenti le même retrait que moi

Il y a presque dix ans, Points lançait la rentrée littéraire parallèle, celle des poches ! Ils nous permettent de revenir cette année sur la Rentrée Littéraire précédente et sur les livres qui ont marqué l'année 2014 en sortant 7 titres le 20 août. [Toutes les infos ici] 

Posté par Antigone1 à 14:42 - - Commentaires [20] - Permalien [#]
Tags : , ,

01 septembre 2015

Dans les yeux des autres, Geneviève Brisac

danslesyeuxdesautres

 "Ecrire lui était déjà interdit avant. Lui avait toujours été interdit. Elle s'était bardée d'une obligation d'interdiction, alourdie d'un devoir de transgression, paralysée par la nécessité de l'empêchement. Mais elle ne s'en était pas rendue compte. C'est ainsi que souvent s'expliquent les courages : le courage des taupes. Elle voulait croire que l'on peut dire sans dire, écrire sans blesser. Les taupes ne savent pas ce qu'elles font."

Anna est écrivain. Elle et sa soeur Molly, à présent médecin, étaient très proches dans les années 70, attirées par le même idéal communiste, amoureuses, pleine d'idées et d'envies de solidarité. Elles ont d'ailleurs à l'époque suivi Boris et Marek, leurs amants, au Mexique, pour poursuivre le combat. Que Marek se soit fait arrêter, que les relations amoureuses aient pris entre eux tous un tour inattendu, que la mère des deux soeurs se soit mêlée à tout ça avec son exubérance sauvage, c'en était sans doute de trop pour Anna qui a décidé de tout déballer dans un livre à son retour en France. Le livre a eu du succès mais lui a fermé des portes, celle de la maison de sa soeur en particulier, mais également celle de sa mère, puis enfin du milieu littéraire parisien, aussi prompt à aimer qu'à détester ce qu'il a pu apprécier quelques années plus tôt. A-t-on le droit de tout écrire ? A-t-on le droit d'écrire sur sa famille ?

Voici un roman que j'avais abandonné au bout de quelques pages à la dernière rentrée et à qui j'ai donné une seconde chance en petit format, et bien m'en a pris. En effet, cette seconde lecture a été agréable, très fluide, sans envie d'abandon. J'ai aimé me laisser bercer par l'histoire de ces deux soeurs que tout oppose et rapproche, leurs velléités politiques, leurs renoncements, le constat de leurs vies bancales. Et puis, il y a le portrait chatoyant et contrasté de leur mère, finalement un être toxique, qui manipule et qui brise par mégarde, par trop de carisme, de présence et d'inconscience. Dans les yeux des autres est un roman au charme doux amer qui n'oublie pas de brosser le portrait d'une époque où le communisme embrasait le coeur des jeunes gens, et qui pose un regard assez ironique sur le désir d'engagement. Un roman intéressant.

Editions Points - 7.30€ - 20 août 2015

lautrerentree

Cathulu parle aussi de mélancolie, du regard sur les petites choses du quotidien, ainsi que de l'écriture ample de Geneviève Brisac... et elle a raison.

Il y a presque dix ans, Points lançait la rentrée littéraire parallèle, celle des poches ! Ils nous permettent de revenir cette année sur la Rentrée Littéraire précédente et sur les livres qui ont marqué l'année 2014 en sortant 7 titres le 20 août. [Toutes les infos ici]

 

 

 

Posté par Antigone1 à 20:21 - - Commentaires [8] - Permalien [#]
Tags : , , ,

23 août 2015

Le Rire du grand blessé, Cécile Coulon

leriredugrandblesse

 "En secret, les marmots rêvaient de prendre la galopante. Partir signifiait couper le seul lien qui les rattachait à la terre ferme : ils ne savaient ni lire, ni écrire. Rien ne pouvait les sortir du fond de leur cave humide où s'entassaient des bocaux de nourriture pour les périodes de vaches maigres. Ils en étaient conscients.
Rien n'y faisait.
Rien, sauf l'uniforme des Agents du Service National."

1075 est, dès son intronisation, meilleur que les autres, plus dur, plus inflexible. Il est un des Agents du Service National, recruté pour son analphabétisme, pour être l'élite du pays, et maîtriser les foules, quand la lecture est devenue la drogue des plus faibles. Le Grand en a effectivement fait son pouvoir. Utilisant la méthode de Lucie Nox, il a jeté les vieux livres, banni la littérature, demandé aux auteurs de produire des ouvrages classés par émotion, mis en place de grandes messes où des Lecteurs sont ovationnés comme des dieux. Une manière de contrôler le peuple. Cependant, 1075 se fait mordre par un molosse. Dans l'hôpital dans lequel il séjourne quelques temps, il entend la voix d'une institutrice... qui annone l'alphabet. Pour 1075, c'est un bouleversement total.

"Tout ça à cause d'un chien stupide, et d'une femme que je ne connais pas."

Cécile Coulon connaît elle parfaitement les codes de la dystopie *. Et j'ai sans doute été gênée au départ de reconnaître quelques ressorts déjà observés dans The Giver, Hunger Games ou Divergente par exemple, comme une impression de facilité et de déjà vu. [Je vous avais caché que j'avais vu (et apprécié) ces films dernièrement.] Cependant, il faut avouer que la contribution de Cécile Coulon au genre est plutôt intéressante, et qu'elle devient très vite captivante, qu'elle a cette particularité de faire de la chose écrite un danger, une menace, l'acte de rébellion ultime dans cette société sous contrôle étant d'apprendre à lire en secret. J'ai aimé, outre le personnage principal, celui de Lucie Nox, sa fausse naïveté, connaître ses premières motivations. L'écriture de Cécile Coulon est froide, presque distante, mais elle donne au texte toute sa dimension de fable, et de mise en garde, contre l'uniformisation, pour la littérature. Un titre que l'on a envie de relire tout de suite une seconde fois dès la dernière page refermée, comme si lors d'une deuxième lecture, l'effet de surprise passé, chaque détail pouvait enfin véritablement exploser.

Editions Points - 5.90€ - 20 août 2015

* La dystopie est un récit de fiction dépeignant une société imaginaire organisée de telle façon qu'elle empêche ses membres d'atteindre le bonheur. Une dystopie peut également être considérée comme une utopie qui vire au cauchemar et conduit donc à une contre-utopie. L'auteur entend ainsi mettre en garde le lecteur en montrant les conséquences néfastes d’une idéologie (ou d’une pratique) présente à notre époque (source wikipedia).

lautrerentree

Si Blablablamia avait été prof elle l'aurait fait étudier à ses élèves Percutant pour MicMelo - En toute subjectivité Valérie aime !

Il y a presque dix ans, Points lançait la rentrée littéraire parallèle, celle des poches ! Ils nous permettent de revenir cette année sur la Rentrée Littéraire précédente et sur les livres qui ont marqué l'année 2014 en sortant 7 titres le 20 août. [Toutes les infos ici]

 

Posté par Antigone1 à 17:27 - - Commentaires [24] - Permalien [#]
Tags : , ,

16 août 2015

Claude Ponti, Nantes... et des lectures

Il n'y a plus de billets sur ce blog depuis le 8 août. Mais que se passe-t-il ? Rien de grave, seulement la reprise de la vie matérielle, de la fatigue parfois, mais aussi quelques occupations. Je dépose ici quelques photos postées sur mon compte #Facebook et #Instagram. Parce que pendant la pause, les activités continuent.

claudeponti

Claude Ponti a de nouveau déposé ses petites merveilles dans le Jardin Des Plantes de Nantes. Ci-dessus, un poussin au repos. J'ai visité ce parc un mercredi de grosse chaleur et en bonne compagnie. [Plus de photos par ici - clic]

flamandsethollandais

Le même mercredi de grosse chaleur, il semblait bienvenu de visiter cette expo, au sein du Château des Ducs de Bretagne, toujours à Nantes. Salles climatisées, peintures magnifiques, légendes riches et intéressantes. J'ai aimé. Exposition ouverte jusqu'au 30 août. [Plus de détails ici - clic]

autrerentreelitteraire

Sinon pendant ce temps, je lis quand même... un peu pour la rentrée littéraire grand format (des billets à venir sur ce blog à partir du 20 août) mais aussi pour la rentrée poche (quelques lectures à venir aussi de ce côté). Les Editions Points ont décidé de mettre en avant ce qu'ils appellent L'autre rentrée littéraire, et j'aime assez leurs bandeaux, leur démarche éditoriale en général, ainsi que leurs publications. Cette rentrée (effective le 20 août aussi) est une bonne alternative pour les petits budgets. J'ai décidé de lire trois titres de la sélection ci-dessus. [Crédit photo facebook Points - clic ici]

amorostasiat2

Enfin, j'ai eu de belles lectures BD cet été dont le prenant Amorostasia [Clic ici]. J'ai lu le tome 2 ce week-end, qui loin de me décevoir m'a plu tout autant [Contrairement à Noukette qui avait tellement aimé le premier tome - clic ici]. L'épidémie de maladie d'amour est toujours d'actualité dans ce deuxième opus, elle sévit maintenant depuis plus de trois ans, et a pris des proportions mondiales. Les gens continuent de se figer. La prise d'un médicament qui bride les émotions a été rendu obligatoire dans les lieux publics. Des groupes de résistance se sont constitués. Les recherches continuent. Kiran est le cobaye idéal. Les expériences réveillent Olga, réfugiée dans la maison de ses parents. La jeune femme souhaite retrouver Kiran, pour pouvoir se figer de nouveau avec lui, mais en attendant elle doit fuir et se cacher, traquée par les autorités. 

Bon dimanche !!