22 février 2010

Mon père, Eliette Abécassis

monp_re"Un matin, je me suis éloignée de mon père. C'était la veille du jour de mes vingt ans, le premier anniversaire que je passai sans lui. Le lendemain, mon père me téléphona tôt dans la journée pour me dire combien il était heureux du jour de ma naissance.
- Tu es le premier, dis-je.
Et le soir, tard, à nouveau, mon père appelait.
- Je suis le premier et le dernier.
Mon père était l'alpha et l'omega. Il commençait et finissait ma journée ; pourquoi sa mort n'aurait-elle pas été la fin de ma vie ?"

Hélèna a perdu son père il y a deux ans de cela. Le deuil est difficile à faire, leur relation ayant été plus qu'importante pour elle, primordiale...

La lectrice que je suis s'est alors dite qu'elle allait encore une fois assister à une apologie du père, béate et à sens unique. Mais rien de tout cela... Eliette Abécassis cache finement son jeu dans les premières pages, car avec l'arrivée d'un demi-frère inconnu dans sa vie, Hélèna va peu à peu prendre conscience de la relation toxique et malsaine qui la liait à ce père qu'elle ne connaissait pas ou si mal. En effet, au terme du roman, on apprend qu'elle a été l'enfant non désirée, celle qui a empêché le père de vivre son amour réel, celle a qui il a donné le prénom de la femme qu'il aimait véritablement, la mère de son fils, pour mieux raviver chaque jour sa souffrance à lui sans doute, et l'empêcher de réellement se donner le droit de vivre sa vie, à elle.

Un livre fort, un peu dérangeant, déroutant dans sa construction, comme parcouru d'ellipses inexplicables... Ce n'est pas, et loin de là, ma meilleure lecture de cette auteure mais j'ai aimé la ligne encore une fois hors des sentiers battus de son roman. Une mise en lumière particulière du thème de la relation père/fille.

bouton3 Note de lecture : 3.5/5objectif_pal

Du même auteur ... sur ce blog, vous trouverez ma lecture de La Répudiée... mais j'ai également lu Un heureux évènement et Clandestin que j'avais beaucoup aimé.

En bref, je n'en ai sans doute pas fini avec Eliette...;o)

Objectif Pal : 8/50

Posté par LESECRITS à 09:19 - - Commentaires [25] - Permalien [#]
Tags : ,


13 janvier 2008

La répudiée, Eliette Abécassis

Résumé (extrait de la quatrième de couverture) : "Au premier regard, Rachel a aimé Nathan, le mari qu'on lui destinait. Et c'est avec bonheur qu'elle a accepté son destin de femme pieuse dans ce quartier traditionaliste de méa Shéarim, à Jérusalem, où elle a grandi. Mais au fil des années se dessine le drame qui la brisera : le couple n'a pas d'enfant. Et la loi hassidique donne au mari, au bout de dix ans, la possibilité de répudier la femme stérile."

Avis d'Antigone : Déjà, et avant tout, je trouve la couverture de la version poche magnifique (détail de Eve ou l'amour en blanc, Sandorfi) ! Et puis, bien sûr, il y a cette histoire, belle et bouleversante. Ce n'est pourtant pas le roman d'Eliette Abecassis que je préfère. Un style peut-être trop simple, à mon goût, mais ce style est également la voix de cette femme, pudique et pieuse, qui exprime, sans pathos, ses sentiments, alors il devient cohérent et évident, à la lecture. Enfin,  il y a ce thème, très fort, celui des lois religieuses, ces lois humaines, si inhumaines, dictées au nom de Dieu, et qui tuent... Alors, il n'y a plus rien à dire, ce roman devient un témoignage universel, et je ne peux qu'être touchée.

Extrait : "Tous les mois, c'est la même chose. Je pleure. Je soupire. J'attends. Que le linge au-dessous de moi ne soit point taché de rouge. Et tous les mois, mon ventre me fait mal. Le sang s'échappe, je saigne, je prie, je pleure. Mes larmes mouillent le mur occidental. Telle une brebis abandonnée, ainsi j'erre dans les rues. Mes paupières tremblent, mes jambes vacillent, mes yeux brillent de douleur. Je regarde autour de moi, je ne vois personne pour m'aider.

Ma mère, qui est la gardienne du mikvé, le bain rituel, a honte de ma stérilité. Chaque mois, je viens me tremper dans l'eau de pluie car, à la fin des sept jours sans tache, la femme doit s'immerger dans le mikvé à la nuit tombée, après que trois étoiles ont été visibles.

Il me semble que j'expie quelque chose. Je souffre, je vomis, je me traîne par terre, je cogne ma tête contre les murs. Toute la journée, je reste couchée. Nathan a trouvé un nom pour les jours impurs. Il me demande quand sera finie "ma maladie". Il n'a pas pas tort. L'impureté mensuelle, c'est la maladie de la femme stérile.

Mais on ne peut devenir pure que parce que l'on est impure. C'est pourquoi la femme, chaque mois, s'élève en se purifiant. Quand tout est fini, je me rends au bain rituel, je me déshabille, et, aidée par ma mère Hanna, je plonge dans le bassin d'eau froide, tête comprise : c'est une naissance.

- Toujours rien ? demande ma mère.

- Toujours rien.

- Cela va bientôt faire dix ans.

- Je sais. S'il le veut, Nathan peut me répudier."

La lecture d'Anne (qui suit le même chemin de lecture que moi...)

Les autres titres lus du même auteur : Un heureux évènement et Clandestin.

Posté par LESECRITS à 10:14 - - Commentaires [10] - Permalien [#]
Tags : ,