13 janvier 2008

La répudiée, Eliette Abécassis

Résumé (extrait de la quatrième de couverture) : "Au premier regard, Rachel a aimé Nathan, le mari qu'on lui destinait. Et c'est avec bonheur qu'elle a accepté son destin de femme pieuse dans ce quartier traditionaliste de méa Shéarim, à Jérusalem, où elle a grandi. Mais au fil des années se dessine le drame qui la brisera : le couple n'a pas d'enfant. Et la loi hassidique donne au mari, au bout de dix ans, la possibilité de répudier la femme stérile."

Avis d'Antigone : Déjà, et avant tout, je trouve la couverture de la version poche magnifique (détail de Eve ou l'amour en blanc, Sandorfi) ! Et puis, bien sûr, il y a cette histoire, belle et bouleversante. Ce n'est pourtant pas le roman d'Eliette Abecassis que je préfère. Un style peut-être trop simple, à mon goût, mais ce style est également la voix de cette femme, pudique et pieuse, qui exprime, sans pathos, ses sentiments, alors il devient cohérent et évident, à la lecture. Enfin,  il y a ce thème, très fort, celui des lois religieuses, ces lois humaines, si inhumaines, dictées au nom de Dieu, et qui tuent... Alors, il n'y a plus rien à dire, ce roman devient un témoignage universel, et je ne peux qu'être touchée.

Extrait : "Tous les mois, c'est la même chose. Je pleure. Je soupire. J'attends. Que le linge au-dessous de moi ne soit point taché de rouge. Et tous les mois, mon ventre me fait mal. Le sang s'échappe, je saigne, je prie, je pleure. Mes larmes mouillent le mur occidental. Telle une brebis abandonnée, ainsi j'erre dans les rues. Mes paupières tremblent, mes jambes vacillent, mes yeux brillent de douleur. Je regarde autour de moi, je ne vois personne pour m'aider.

Ma mère, qui est la gardienne du mikvé, le bain rituel, a honte de ma stérilité. Chaque mois, je viens me tremper dans l'eau de pluie car, à la fin des sept jours sans tache, la femme doit s'immerger dans le mikvé à la nuit tombée, après que trois étoiles ont été visibles.

Il me semble que j'expie quelque chose. Je souffre, je vomis, je me traîne par terre, je cogne ma tête contre les murs. Toute la journée, je reste couchée. Nathan a trouvé un nom pour les jours impurs. Il me demande quand sera finie "ma maladie". Il n'a pas pas tort. L'impureté mensuelle, c'est la maladie de la femme stérile.

Mais on ne peut devenir pure que parce que l'on est impure. C'est pourquoi la femme, chaque mois, s'élève en se purifiant. Quand tout est fini, je me rends au bain rituel, je me déshabille, et, aidée par ma mère Hanna, je plonge dans le bassin d'eau froide, tête comprise : c'est une naissance.

- Toujours rien ? demande ma mère.

- Toujours rien.

- Cela va bientôt faire dix ans.

- Je sais. S'il le veut, Nathan peut me répudier."

La lecture d'Anne (qui suit le même chemin de lecture que moi...)

Les autres titres lus du même auteur : Un heureux évènement et Clandestin.

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07 janvier 2008

Les adolescents troglodytes, Emmanuelle Pagano

    heart  Livre de la sélection de l'"Eté des Libraires" 2007

Résumé (extrait de "Page des libraires" de juin-juillet 2007) : "Adèle est conductrice de bus scolaire dans une région perdue du côté de l'Ardèche. Contre vents et congères, elle conduit son bus et prend soin des enfants. Le temps d'une moitié d'année scolaire, elle raconte. Elle se raconte. Adèle est comme la nature de cette région retirée, tourmentée, oubliée mais forte et combative. Petit à petit, nous faisons connaissance avec "ses" enfants, du plus petit aux plus grands, leurs tracas, leurs premières amours... Petit à petit, nous apprenons à comprendre Adèle en découvrant son secret, bien caché dans son corps de femme. Adèle est revenue dans cette région dans laquelle elle est née mais où personne ne la reconnaît parce qu'elle était alors un autre, parce qu'elle était alors un petit garçon. Elle est née dans un corps d'homme, dans un corps qui n'était pas fait pour elle. Le combat d'Adèle et de sa navette scolaire contre la nature hostile, est à l'image du combat d'Adèle contre cette erreur de la nature qui l'a fait naître femme dans un corps d'homme"

Avis d'Antigone : Quel roman magnifique ! J'ai été surprise, étonnée, chamboulée par ce récit étonnant et subtil. Car malgré l'aspect un peu "téléréalité" du secret de l'héroine, ce livre n'a rien d'indécent ou de voyeur, il n'est que finesse et grandeur. Le personnage principal, Adèle, est tout de suite sympathique, forte et touchante. Nous la suivons avec plaisir dans ses déplacements quotidiens. Nous craignons, avec elle, que la neige entrave la route et que les enfants arrivent en retard à l'école. La montagne devient belle, sous les mots d'Emmanuelle Pagano, dure et inquiétante, comme ses habitants, et puis, tout à coup, douce et enveloppante, rassurante. Je vous recommande ce livre, chaudement, vous y trouverez beaucoup de force, et de respect !

Extrait : "La navette qui fait ma vie depuis dix ans, c'est un petit fourgon, portes coulissantes, quatre roues motrices, neuf places. C'est la première année que toutes les places sont prises. Huit enfants, huit ados, matin et soir.

Avec eux un trajet - parfois des écarts l'hiver, le détour des congères. Le trajet des grands n'est pas tout à fait celui des petits. Si beaucoup de grands ont des petits frères et soeurs, certains grands sont les petits derniers. Et certains petits sont les tous premiers, mais ne seront pas, sûrement pas fils uniques, ici je n'en connais pas, même dans les familles rapportées.

Quand j'étais petit, y'en avait bien une, mais ses parents l'avaient eu très en retard, c'est pour ça. Elle sentait mauvais.

Les derniers et premiers des nouvelles familles, il faut les prendre à d'autres hameaux, d'autres fermes. Mon circuit change à chaque fin de fratrie, à chaque début.

Aujourd'hui pas d'engueulade. C'est la rentrée, c'est normal."

La lecture enthousiaste de Clarabel

Le blog d'Emmanuelle Pagano

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13 décembre 2007

Moderato Cantabile, Marguerite Duras

Hier au soir je suis allée à la deuxième séance de l'Atelier livres en poche, sorte de club de lecture, organisé par la Maison Gueffier.

Atelier livres en poche

Voici le livre lu et présenté :

Résumé (extrait d'une critique de Dominique Aury) : "De quel poids le destin pèse-t-il sur ceux qui en sont témoins ? Pourquoi le cri soudain d'une inconnue et la vue de son corps en sang ont-ils troublé si fort Anne Desbaresdes, qui est une femme jeune et riche, uniquement attachée à son petit garçon ? Pourquoi retrourne-t-elle au café sur le port, où le cadavre de l'inconnue s'était écroulé dans le jour tombant ? Pourquoi interroge-t-elle cet autre inconnu, Chauvin, témoin comme elle ? Une étrange ivresse s'empare d'elle, où les verres de vin qu'elle se fait servir, et qu'elle boit lentement, ne sont au mieux que des prétextes. Sur le lieu du crime commis par un autre elle revient chaque jour. Chaque jour elle interroge plus avant, parle elle-même un peu plus longuement. L'enfant joue dehors pendant qu'elle s'attarde. Mais un jour elle viendra seule. Un jour elle aura la réponse. Que cherchait-elle donc ? L'amour de Chauvin ? La mort des mains de cet homme qu'elle désire, et qui la désire, comme l'avait obtenue de son amant la femme assassinée ? Un immense scandale silencieux s'est enflé autour d'Anne et de Chauvin et se résout dans le silence par leurs mains qui se joignent une seconde seulement, les lèvres posées sur les lèvres une seconde. Adieu. Tout est dit."

Avis d'Antigone : J'avais déjà lu ce court roman pendant mes années universitaires. Il m'avait troublé à l'époque, comme tous les romans de Marguerite Duras que j'ai pu lire depuis : des personnages fragiles, sensibles et passionnés, ballotés par une vie qu'ils n'ont pas toujours choisie, avides de rencontres libératrices qui surviennent finalement dans des moments inattendus, voire désespérés. Une deuxième lecture, a réveillé chez moi des émotions différentes car aujourd'hui je suis mère et je pourrais avoir l'âge de cette héroïne perdue dans sa vie. Cette histoire qui me paraissait lointaine se rapproche tout à coup de moi. Mais la comparaison s'arrête là, car il est difficile de comprendre les motivations de cette femme se rendant chaque jour dans ce café et qui semble subir sa vie, comme les faits et gestes de son petit garçon. Symboliquement, il semble que ce premier meurtre, dont le cri a envahi la ville, a ouvert un gouffre dans les rues tranquilles de cette bourgade de province, maritime, un appel d'air de passion et de folie dans lequel deux êtres, ce Monsieur Chauvin et Anne Desbaresdes, déjà fragilisés, l'un par le chômage et l'autre par une sorte de baby blues jamais soigné, vont s'engouffrer et se perdre. Et puis il y a le style de Marguerite Duras, cette impression de ne pas y toucher, fausse, et qui remue toujours en profondeur !

Extrait : "L'homme qui était au bar essaya de caresser au passage les cheveux de l'enfant - celui-ci s'enfuit, sauvagement.

- Un jour, dit Anne Desbaresdes, j'ai eu cet enfant-là.

Une dizaine d'ouvriers firent irruption dans le café. Quelques-uns reconnurent Chauvin. Chauvin ne les vit encore pas.

- Quelquefois, continua Anne Desbaresdes, quand cet enfant dort, le soir je descends dans ce jardin, je m'y promène. Je vais aux grilles, je regarde le boulevard. Le soir, c'est très calme, surtout l'hiver. En été, parfois, quelques couples passent et repassent, enlacés, c'est tout. On a choisi cette maison parce qu'elle est calme, la plus calme de la ville. Il faut que je m'en aille.

Chauvin se recula sur sa chaise, prit son temps.

- Vous allez aux grilles, puis vous les quittez, puis vous faites le tour de votre maison, puis vous revenez encore aux grilles. L'enfant, là-haut, dort. Jamais vous n'avez crié. Jamais.

Elle remit sa veste sans répondre. Il l'aida. Elle se leva et, une fois de plus, resta là, debout près de la table, à son côté, à fixer les hommes du comptoir sans les voir. Certains tentèrent de faire à Chauvin un signe de reconnaissance, mais en vain. Il regardait le quai.

Anne Desbaresdes sortit enfin de sa torpeur.

- Je vais revenir, dit-elle.

- Demain."

Résumé de la séance : Chaque participant de l'"Atelier" a eu sa propre lecture de cette oeuvre là, car l'écriture de Duras laisse la part belle à l'interprétation et à l'imagination. Tous ont aimé, même si il y eut quelques frustrations d'un texte qui peut sembler ne pas en dire assez de prime abord. Mais cette histoire est envoûtante et a séduite les deux protagonistes masculins présents qui n'avaient jamais lu cet auteur et qui vont sans doute à présent continuer de la lire. Une histoire d'amour improbable entre deux êtres différents, issus de deux mondes qui ne se côtoient pas, une histoire de rencontre inaboutie, d'attente. Et un style, épuré, efficace, qui reste dans une focalisation externe, en observateur, et qui émeut, paradoxalement, d'emblée.

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10 décembre 2007

Dialogue avec mon jardiner

   

Résumé : Un peintre parisien reconnu revient dans sa maison natale, abandonnée depuis le décès de ses parents. Fuyant une situation de couple en rupture, il s'installe dans les lieux, souhaitant repeindre les murs et entretenir le grand jardin. Pour ce faire, il passe une annonce afin de trouver un jardinier. Le premier candidat est un ancien camarade d'école, perdu de vue depuis bien longtemps. Se côtoyant de jour en jour, ils se découvrent une véritable amitié, faite de franchise, d'émerveillement et de simplicité.

Avis d'Antigone : Le film commence par cette image d'une route de campagne, en été, vide de voitures, une photographie qui nous met immédiatement dans une ambiance douce, idéale, et qui m'a évoqué à moi une foule de souvenirs d'enfance. Et puis, il y a cette couleur verte, omniprésente, qui vivifie. Enfin, cette amitié, ces dialogues qui font sourire, puis rire franchement. Que dire, à part que les acteurs sont bons, que cette histoire est belle, bien que simple et que c'est un de ces films qui devraient être prescrits contre la morosité ! Je n'ai pas encore lu le livre, il se trouve que le hasard a voulu que je visionne le DVD en premier, mais je suis certaine que le plaisir sera renouvelé.

Bande-annonce :


Dialogue avec mon jardinier
envoyé par cinemaleclub

Je rassure Arlette, j'ai toujours le livre dans ma Pile à lire. Je le lirai un peu plus tard...

Petite info pour les fans (11/12/07): "120 paysages que je ne peindrai jamais", de Henri Cueco est sorti aux éditions Le Temps qu'il fait en mars 2007 (lien fnac.com).

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