13 novembre 2010

Sous le sable

Jean a disparu. Chaque été, lui et sa femme Marie se rendent dans leur propriété familiale des Landes. Et là, tout à coup, sur une plage sauvage, alors qu'elle s'est endormie et se retourne vers le large, plus rien, aucune trace de l'homme qu'elle aime. S'est-il noyé, suicidé, enfui ? De retour sur Paris, Marie ne peut se résoudre à l'absence, elle imagine sa présence continuelle auprès d'elle, elle survit en état second.

Un film troublant de françois Ozon, vu hier soir (sorti en DVD en 2004)

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31 octobre 2010

Invitation pour la petite fille qui parle au vent, Sébastien Fritsch

invitation_pour_la_petite_fille_qui_parle_au_vent"L'une et l'autre s'étonnèrent de voir la première carte de loup collée au mur. L'une et l'autre gardèrent cette impression pour elles. Et aujourd'hui encore, l'une et l'autre y repensent souvent. Mais ni l'une ni l'autre n'en dira rien. Autour de Christophe, elles font tinter leurs verres de rosé pour trinquer à leurs retrouvailles, au mariage si proche et à la vie, tout simplement. [...] Estelle est loin maintenant. Clara et Salomé doivent revenir à leurs personnages de fleuriste amoureuse et de médecin humanitaire désabusé. Elles doivent reprendre leur place dans cet étrange film de la vie. Le seul dont le scénario n'est pas connu d'avance. Le seul dans lequel les premiers rôles peuvent être dévolus aux absents."

heart Tout commence comme un thriller qui mettrait sur le devant de la scène un médecin légiste amoureux et une vendeuse de bijouterie au chignon impeccable... Mais c'est mal connaître Sébastien Fritsch, rien n'est si simple, car nous plongeons tout à coup dans le futur, dans le passé, et nous comprenons vite qu'il est bien entendu question ici de cadavres - objet de toutes les préoccupations de Thomas, le père - mais surtout d'amour, fatalement imparfait, celui qui lie entre eux les membres d'une même famille, un couple et ses trois filles.
Clara, la seconde, la plus raisonnable, va se marier. Elle est fleuriste. Salomé, la plus jeune, au Kenya depuis deux ans en profite pour revenir, lourde de tout ce qu'elle a laissé là-bas. Estelle manque, c'est l'ainée, elle manque depuis si longtemps que la blessure de son absence est un récit à lui tout seul, une présence. Elle envoie des cartes, à l'effigie du loup qui la représente, une unique phrase au dos, bouleversante, "Je cherche toujours". Tout ce qui gravite autour est histoire d'amitié, d'imaginaire, d'enfance, d'écriture et de chemin de vie.

Je connais Sébastien Fritsch depuis quelques temps déjà, principalement via son blog... Il me fait d'ailleurs de temps en temps la gentillesse de commenter mes petits textes. J'ai lu ses deux précédents romans (Le sixième crime et Derrière toute chose exquise). Il m'avait déjà surprise et conquise à l'époque par sa capacité à inventer une structure savante et subtile. Il m'a étonnée encore une fois, émue au possible par ce roman-ci, que je ne peux qu'ajouter à mes autres coups de coeur. Sans doute quelques éléments ont dû faire écho en moi, sans doute... J'ai été touchée par le regard délicat qu'il posait par exemple sur l'adolescence. J'ai aimé cette toute nouvelle touche de profondeur qu'il donne à ses personnages, des êtres de papier soudain vivants que l'on se prend à aimer. Mais surtout, plus j'avançais dans cette lecture, plus je me suis sentie fière de le connaître, plus j'ai pensé qu'il aurait été dommage qu'elle ne soit jamais publiée cette histoire. Car c'est une belle histoire, une histoire merveilleuse d'amour, de tolérance et de liberté, ne passez pas à côté.

bouton3 Note de lecture  : Coup de coeur ! - Editions fin mars début avril - 17€ - Sortie le 23 Octobre 2010

Toutes les informations pour le commander sont ici http://marsavriledition.canalblog.com/
Des avis de lecteurs  - Pour lire les trois premiers chapitres...

Dans la région, vous pouvez vous procurer des exemplaires dans cette librairie : Maison de la Presse  6, place du Champ de Foire 85600 Montaigu (Vendée)

Je me permets d'ajouter en point final une des petites variations que Sébastien Fritsch a inventé sur le thème du joli nom de sa maison d'édition...

"Il sera là fin mars, début avril au plus tard. On n'est jamais vraiment sûr, tu sais. Enfin non, tu ne sais pas. Tu ne sais plus. J'aurais bien aimé que tu saches. Et je me demande déjà, au cas où il te ressemblerait, si je devrais en pleurer ou en être heureuse."

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17 octobre 2010

A la recherche de l'inspiration...

...ou comment Peter pan est venu à James Barrie.
Vu hier soir avec délectation. Cela donne un joli moment de cinéma tout en émotion. De quoi retrouver un peu ses émois d'enfant, de quoi se dire que favoriser l'imagination, finalement, n'est rien moins qu'essentiel.

Neverland - Dvd oct 2005 - avec Johnny Depp et Kate Winslet

À Londres, au début du XXe siècle, l’auteur de théâtre réputé James M. Barrie vient d’essuyer un cuisant échec avec sa nouvelle pièce lorsqu’il fait la connaissance d’une jolie veuve, Sylvia Llewelyn Davies, et ses quatre jeunes fils. Entre eux, se noue une forte complicité qui va inspirer à James son chef-d’œuvre, Peter Pan…

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03 octobre 2010

Retour aux mots sauvages, Thierry Beinstingel

retour_aux_mots_sauvages"Nous sommes transparents comme l'eau claire, clame la direction, et ce "nous" collectif se perd dans la léthargie de l'été. Pourtant, en juillet, à Marseille, dans la torpeur estivale, avec la mer scintillante des calanques, le ciel d'airain comme un couvercle brûlant, tout cela n'avait pas suffi à taire le drame qui s'était déroulé et les mots implacables de celui qui avait affirmé : Je me suicide à cause de mon travail. A cause de. Origine, fondement, raison, motif.
Retour brutal aux mots sauvages."

Comment passer aussi aisément qu'on le voudrait d'un poste qui demandait avant technicité, amour du travail bien fait, dextérité des mains, camaraderie, à cette fonction nouvelle d'opérateur qui ne réclame lui qu'élasticité de la bouche, perte d'individualité, de prénom, abrutissement.
Le nouveau, qui n'était avant qu'un homme taiseux aux mains abîmées, devient une voix, renommée Eric, pour faire bien, au bout du fil. Pour l'obtenir, appuyer sur la touche 9.
Alors pour échapper à l'enfermement des plateaux ouverts où chaque tête surmontée d'un casque répète en boucle le même discours appris par coeur, étalé sur l'écran - suivre le déroulement -, Eric transgresse, prend des notes, collationne, rappelle des clients et se rend même chez l'un d'eux.
Au dehors, il s'agit de vivre, alors pour ce faire il court, sensation sèche et addictive des poumons qui se blessent. Et puis ne pas oublier de saluer la boulangère, ne pas oublier tout court, être celui qui voit. Pas dupe.

heart J'ai été laminée par ce livre qui se présente comme un roman, mais si criant de vérité, ciselant finement un quotidien qu'ils sont nombreux à connaître, que je devine si aisément... Pourquoi se plaindre, comment oser, lorsque l'on a la chance d'avoir un travail ? Alors peu importe que la route pour se rendre à ce nouveau poste se soit allongée, le savoir-faire savamment appris remisé à la cave, et que le discours des responsables soit devenu si lénifiant. Il faut vendre, mentir, tromper, ne plus se reconnaître dans ce que l'on fait, tant pis. A présent pas le choix. On en vient à se dire au fil des pages qu'Eric a de la chance, finalement, d'être où il est, que c'est moins pire qu'ailleurs, pas si mal, l'équipe est chaleureuse, les chefs pas si terribles. On en oublierait presque les drames relatés qui jalonnent le récit, le retour à la réalité, aux mots sauvages.
D'une écriture efficace et sobre, Thierry Beinstingel dresse ici le portrait troublant d'un homme ayant troqué sa bouche contre ses mains, ses rêves contre un cauchemar dont il ne peut rien dire. D'où l'envie parfois de se laver, effacer enfin toute cette glue des jours.
J'ai été bouleversée, voilà, par la timide révolte de ce personnage de papier et par la simplicité terrible des mots de son créateur... Une lecture qui me semble nécessaire.

bouton3 Note de lecture : Coup de coeur ! - 19€ - Fayard - Août 2010

La lecture de Cathulu !!! - Un titre en lice pour le prix Goncourt des lycéens 2010...

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29 septembre 2010

Un autre amour, Kate O'Riordan

un_autre_amour"Pour être parfaitement honnête, je ne sais pas quoi penser. Je ne me reconnais pas. Je ne sais pas si c'est mon moi réel, celui que j'aurais dissimulé toute ma vie. Ou juste une mauvaise excuse pour faire une pause dans la réalité."

Connie et Matt forment un couple sans histoires. Avec leurs trois garçons, ils vivent à Londres. Lui est dentiste et elle crée, avec son amie Mary, des cartes originales qui connaissent un succès certain.
Cependant, lors d'un week-end à Rome, les époux font la rencontre inopinée d'une ancienne amie d'enfance, Greta, visiblement à la dérive. Matt décide de rester en sa compagnie pour lui venir soi-disant en aide. Connie rentre seule, effondrée, dans l'obligation d'affronter le regard inquisiteur de ses garçons, dans l'obligation de faire façe, déterminée finalement à ne pas renoncer si facilement à l'amour de sa vie...

A l'instar de Pierres de mémoire, dont je conserve un excellent souvenir, Kate O'Riordan tarde dans ce roman à nous plonger dans l'essentiel émotif de ses personnages...mais ce n'est que pour préparer mieux le terrain d'un tourbillon qui laisse encore une fois le lecteur pantelant en fin d'ouvrage.
En effet, loin de nous bercer d'illusion, de ne nous donner à voir qu'une Connie bafouée et innocente, l'auteure sait par petites touches dresser un portrait original de l'adultère. J'ai aimé que dans ce roman, personne ne soit parfait, chacun ravale en soi des pensées pas très belles, que l'amour y soit si tenace et aux multiples facettes.
Matt y est le personnage sacrifié. Les enfants en sont les héros malgré eux. La solitude étend sa toile et pousse Mary, l'amie reléguée en périphérie, au bord du précipice. Connie ne sort pas grandie de son combat pour l'amour et la famille. Seule Greta semble retrouver au final son chemin vers elle-même...
Une lecture troublante et passionnée, et un judicieux portrait de société.

bouton3 Note de lecture : 4/5 - Editons Joelle Losfeld - 22€ - Sept 2010

La lecture de Cathulu - Celle de Kathel - Et bien d'autres avis chez Bob !

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23 août 2010

Grandir, Sophie Fontanel ... Rentrée littéraire

grandir"Ces temps-ci, quand je pense à ce que j'essaie de sauver, je ressens un tel besoin d'aide que ça me fait trembler. Aider quelqu'un, je le sais maintenant, c'est avoir aussitôt soi-même besoin de secours. Et ces jours, je bois toute sympathie comme un buvard, et la moindre bonté me fait l'effet de l'amour. Jamais je n'ai eu autant la conscience des autres, moi qui ai fondé ma vie sur la liberté."

Une mère, devenue âgée, accepte enfin que sa fille prenne soin d'elle quotidiennement... et c'est encore de grandir dont il est soudain question. Comme si pour une enfant, et même à quarante six ans rien n'était encore fini, les possibles encore ouverts. Cette femme qui se penche vers une autre a encore beaucoup à apprendre de la fragilité de la vieillesse, du laisser-faire de l'impuissance avouée, elle ne s'en doutait pas.

Sophie Fontanel est connue généralement comme étant l'auteure du personnage de Fonelle dans ELLE. Dans ce roman, sans doute de l'auto-fiction, l'humour est donc présent, surtout dans les répliques maternelles, mais tellement enrobé de tendresse qu'il touche plus qu'il ne fait sourire. Cependant, ne vous y trompez pas, il n'est pas le centre du récit, seulement une partie de son attrait. Cette histoire est une histoire d'amour entre une fille et sa mère, principalement.
Et l'on pourrait se dire aussi, encore une apologie parentale, une de plus, mais non, voilà, il est simplement un élégant récit sur soi, et les autres, sur la filiation...
Après avoir vécu les failles, les blessures, les fatigues, la narratrice expose le présent, et il est intéressant d'assister aujourd'hui à un moment intime d'apaisement.
Il n'a bien rien d'inutile ce récit, il est universel, il apporte. Je l'ai beaucoup aimé. Il m'a beaucoup touchée.

Une tendre lecture de rentrée et un livre qui aide à grandir, oui. Merci Sophie Fontanel !

bouton3 Note de lecture : 4/5 - Robert Laffont - 17€ - Sortie le 23 Aout 2010challengerentr_elitt_raire

Challenge 1% rentrée littéraire 2010 : 3/7

Pour Papillon, c'est également une belle surprise !

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29 juillet 2010

Un temps fou, Laurence Tardieu

untempsfou"Depuis que je vous ai revu, depuis qu'à nouveau vous vous tenez là, à la lisière de ma vie, sans que ni vous ni moi ne sachions ce qui va advenir de nous, si proches et si loin encore l'un de l'autre, après vous avoir tant attendu, tant de jours, tant de nuits, découvrant ce que c'était d'attendre quelqu'un, l'attendre dans sa tête, l'attendre dans son corps, devenir cette attente, ne pouvant me résoudre à ce que vous ayez été qu'un éclat dans ma vie, quelques minutes de saisissement qui m'auraient fait entrevoir un royaume que j'ignorais, puis plus rien, depuis que votre présence si proche me fait éprouver pour la première fois combien le désir d'un homme peut faire vaciller une vie, l'anéantir, la pulvériser, bouleverser un corps, l'assoiffer, et qu'à cela il semble qu'il n'y ait pas de limites, aucune limite [...], depuis que vous êtes là, à nouveau, des souvenirs ressurgissent."

Maud a rencontré un homme un soir de fête. Assis tous les deux dans un coin, ils se sont dévorés des yeux, reconnus, désirés. Six ans plus tard, un coup de fil et la voix de l'homme à nouveau au téléphone fait renaître l'attraction chez la jeune-femme, écrivain et maman d'une petite Marie de six ans. Ils se revoient, pour un projet cinématographique, et s'aiment cette fois-ci pour de bon, physiquement, pleinement. Mais leur vie est occupée, ailleurs, dans le réel ...et la vie, justement, invente parfois ce que nous n'avions pas su imaginer.

J'avais eu pour un précédent livre de l'auteure, Rêve d'amour, un énorme coup de coeur de lecture, un sentiment naturel devant un roman ainsi mené tout en émotion heurtée, en talent si évident. Il était question de rechercher une mère à travers la voix de l'homme qu'elle avait aimé, en secret. L'écriture de celui-ci m'a laissée un peu plus dubitative, peut-être trop de fluidité dans les phrases, presque un sentiment de facilité. Cependant, la palette de sentiments que Laurence Tardieu développe dans son récit m'a beaucoup touchée, malgré les défauts de son texte. J'en garderai certainement des traces.
Après une première partie exaltée, une seconde moitié, moins haletante, plus raisonnée, donne heureusement une profondeur et un relief bienvenu à l'histoire qui permet de refermer ce livre avec une grande sérénité.

Une lecture passionnée, qui sait parler - malgré mes réserves - avec justesse du désir féminin et de l'attachement.

bouton3 Note de lecture : 3.5/5 - Ldp - 6.50€ - mars 2010

Sébastien souligne la platitude du style et je rejoins son avis - Laure, quant à elle, nous parle de la délicatesse de Laurence Tardieu et voilà que je suis d'accord aussi - Pour Clarabel, c'est beau et parfois un peu long- Véro décrit très bien l'ambiguité de cette lecture - Leiloona est du même avis...

Je vous laisse quelques temps...à bientôt !

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07 juillet 2010

Si par hasard, Jean-Baptiste Destremau

si_par_hasard"Décider, c'était exister. Si elle était partie, si elle avait tout quitté, n'était-ce pas justement pour pouvoir continuer à exister par elle-même, parce que vivre parmi les autres, mais sans les siens, n'avait plus de sens ? Ce projet la poussa à réfléchir plus calmement et, ayant épuisé ses larmes, elle parvint à raisonner. Non, elle n'était pas vraiment coupable de la mort de sa famille. Juste un peu idiote et égoïste. Juste absente au bon moment. Non, elle n'avait pas tué son petit frère en n'étant pas à sa place dans le canyon. C'étaient les dés qui avaient décidé. Les dés... Le hasard... Si le petit cube de plastique bleu avait roulé sur le 3 au lieu du 5, elle serait descendue avec eux dans le canyon, elle ne serait plus là à se plaindre d'être en vie."

Claire et sa famille sont en vacances dans l'Ouest américain. La jeune-fille et son frère s'ennuient un peu, adolescents ils font les fous dès que leur parents ont le dos tourné. Finalement, Max et elle jouent une punition aux dés, elle perd. Ainsi, tandis que ses parents et son jeune frère s'enfoncent dans un canyon pour une balade, Claire rumine dans la voiture de location. Aucun d'entre eux ne peut se douter du drame qui va suivre, une vague énorme déferle dans l'anfractuosité, les parents de Claire n'avaient pas vu le panneau interdisant l'entrée de la faille pour la journée...
Seule survivante, désespérée et honteuse de n'avoir pu sauver les siens, la jeune-fille prend la fuite, s'enfonce dans le désert, prend le parti de n'être plus qu'un fétu de paille ballotté par le hasard. Elle fera ainsi des rencontres dangereuses et d'autres heureuses, jusqu'à atterrir au japon et se donner ainsi le courage du pardon.

Si par hasard est un road movie prenant - à l'écriture et au style fluide impeccables - qui ne perd pas le nord et ne laisse pas en repos. Même s'il est parfois difficile d'imaginer qu'une adolescente de seize ans puisse faire tout ce que Jean-Baptiste Destremau a imaginé pour son héroïne, j'ai été séduite par la volonté de cette jeune-fille perdue que la culpabilité ronge. Nous parcourons avec elle le désert, redoutons le passage à Phoenix, jouons à Las Vegas, espérons pour elle à San Francisco et prenons enfin l'avion pour l'Asie.
Une lecture distrayante, qui fait battre énormément le coeur, à ne pas laisser de côté.

bouton3 Note de lecture : 4.5/5 - Max Milo - 19.90€ - Mars 2010

J'avais acheté mon exemplaire ici, et mon choix avait été aussi celui du hasard (un heureux hasard en l'occurence)...

Le site de l'auteur : http://jeanbaptistedestremau.blogspot.com et ici la genèse du roman.

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26 mai 2010

Le goût des pépins de pomme, Katharina Hagena

le_go_t_des_p_pins_de_pomme"Le mur était éblouissant de blancheur. Pourquoi Max se comportait-il d'une manière si bizarre ? Je me postai à côté de lui, mais cette fois encore, il ne leva pas la tête. Le mur était entièrement peint et pourtant, Max se tenait là, à peu près au milieu, et il continuait de badigeonner. Il me sembla qu'il recouvrait de peinture quelque chose qui n'avait pas tout à fait disparu. Y avait-il eu à cet endroit une autre inscription en rouge que je n'avais pas vue et qu'il n'avait pas voulu me signaler, peut-être pour me ménager ? Je remarquai alors qu'il recouvrait de peinture quelque chose qu'il avait peint lui-même sur le mur. Mon nom. Une douzaine de fois environ.
- Iris, je...
- Ce mur me plaît.
Nous sommes restés là à le regarder pendant un long moment."

Iris vient d'enterrer sa grand-mère, entourée de sa mère et de ses deux tantes. A sa grande surprise, elle apprend, lors de l'ouverture du testament que c'est à elle que Bertha a légué sa maison. Iris doit décider en quelques jours de ce qu'elle souhaite en faire, avant de rentrer à Fribourg où elle exerce le métier de bibliothécaire.
Alors, la jeune fille s'installe entre les murs lourds de souvenirs de la petite maison, farfouille dans la penderie de ses tantes, va nager dans le lac et parcourt en tous sens sur le vélo de son grand-père le lieu des étés de son enfance.
Viennent lui tenir compagnie les fantômes des absents, sa grand-mère et la disparition progressive de sa mémoire, son grand-père poète à ses heures, mais aussi Rosemarie, cette cousine aux cheveux roux morte à l'aube de ses seize ans. Et puis, il y a Max, l'avoué, le petit frère de son ex-amie, celui qu'elle traitait de nigaud autrefois, qu'elle ne cesse de croiser depuis son arrivée...

Voici une bien belle histoire que ce goût des pépins de pomme.
Ce roman m'a plongé dans ce qu'il y a de meilleur parmi mes souvenirs d'enfance. Il est rempli de sensations, de bruits et d'odeurs. J'en ai aimé la petite folie douce, engendrée par le personnage d'Iris, avec cette manière qu'elle a de se déguiser avec les robes de ses tantes, de retomber en enfance, d'agir tout à coup selon le goût du moment. On ressent à quel point la jeune fille a été touchée par la maladie de sa grand-mère, à quel point elle se protège, et combien dans cette maison elle se laisse soudain couler vers le passé, en confiance.
Et puis, il y a Max, et là mon âme romantique a encore été comblée. Pfiou.
Ce livre est un presque coup de coeur, il m'a semblé que quelques longueurs s'insinuaient dans ma lecture aux trois quarts du roman...mais allons, juste le temps d'une petite sieste à l'ombre d'un pommier.
Une lecture au doux parfum de campagne et d'enfance.

bouton3 Note de lecture : 4.5/5 - 19.50€ - Janvier 2010

Ce titre est un livre voyageur d'Aifelle, un grand merci à elle, j'ai adoré !! Elle souligne d'ailleurs à bon escient la gaieté et l'humour de ce texte, dont je ne vous ai pas parlé dans mon billet.

L'avis de Ptitlapin : "Il y a de la folie, de la jalousie, de l'amour, de la tendresse, de la peur. On passe du grave au superficiel tout en aimant redécouvrir le goût des pommes. Tout est léger même si les souvenirs sont lourds."

Mango : "Ce récit est comme une pyramide, large à la base,  très resserré à la fin sur ce drame qui a fait éclater tous les liens, chacun s’éloignant des autres, dans un immense chagrin silencieux. Tout ce livre cependant respire l’aspiration à un bonheur simple et paisible. Je l’ai beaucoup aimé !"

Cathulu en a abandonné la lecture, et Véronique La Pyrénéenne est plus pondérée :"Je ne me suis vraiment attachée ni à la maison ni à aucune de ces femmes, le plus touchant pour moi ayant certainement été Max, le petit frère de l'ancienne amie d'Iris, aujourd'hui avoué en charge de la succession et qui tombe amoureux sans avoir eu le temps de s'en rendre compte..."

Les avis sont partagés !!

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23 mai 2010

Là-haut, tout est calme ~ Gerbrand Bakker

l__haut_tout_est_calme"J'ai mis Papa là-haut. Après l'avoir assis dans une chaise, j'ai démonté le lit. Papa est resté dans cette chaise, comme un veau né de quelques minutes et que la vache n'a pas encore léché, tête vacillant de façon incontrôlée, regard qui ne s'attache à rien. J'ai arraché du matelas couvertures, draps et alèse, posé le matelas et les planches du fond le long du mur, défait les vis qui maintenaient tête et pied aux côtés. J'essayais autant que possible de respirer par la bouche. La chambre d'en haut - ma chambre - je l'avais déjà débarrassée."

Helmer décide un beau jour de tout changer. Son père, devenu un vieillard grabataire et peu bavard, dormira dorénavant là-haut, dans son ancienne chambre. Le fermier s'approprie petit à petit l'espace du rez-de-chaussée, repeint, modifie la décoration. Rien n'avait bougé depuis trente-cinq ans, depuis la disparition de son frère jumeau, Henk, dans un tragique accident de voiture. Helmer ne se plaint pas, mais une sourde colère semble le ronger, et le faire agir méthodiquement. Etonnament, au milieu de ce bouleversement, Riet, l'ancienne fiancée de son frère, fait son apparition, lui demandant de s'occuper quelques temps de son plus jeune fils, prénommé lui aussi Henk...

Certains livres nous imposent leur rythme, nous obligent à ralentir notre lecture, nous retiennent et nous apaisent étrangement, Là-haut, tout est calme est de ceux-ci. J'ai cédé à l'envoûtement de son atmosphère bucolique et à la cadence de son personnage taiseux, qui tel Robinson sur son île se construit geste par geste son nid.
Cet homme dont tout le monde a oublié le chagrin - avoir perdu en cours de route sa moitié, son double - cherche le bonheur, une sorte de vérité intérieure qui serait également le fil de sa future vie à lui, celle où après le décès de son père sa famille ne serait plus.
Les rapports entre les êtres sont ici décrits par touches infimes d'humanité. Personne n'est parfait. Rien ne s'avère être de la faute de personne. Chacun est responsable de son propre destin.
Une lecture au charme étonnant et à la force discrète. Un roman que j'ai véritablement aimé lire.

bouton3 Note de lecture : 4.5/5 - Gallimard - 21.90€ - Octobre 2009

Ce titre est un livre voyageur de Cathulu, merci !!

Bellesahi l'avait lu la première ... "Etrange. Il est comme vide et pourtant il vous tient."

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