10 octobre 2016

Je viens de m'échapper du ciel, Mattiussi ... d'après Carlos Salem

jeviensdemechapperduciel "On reste comme ça, au bord de l'amour ou du désastre, sans se décider à agir et se perdre enfin."

Impossible de chercher un sens, de résumer cet album qui ouvre les frontières du réel, de l'imaginaire et mélange à son gré la chronologie. Il y a des visages qui apparaissent à des moments clés, un masque de Titi ridicule, un braquage de banque, des femmes belles et inaccessibles (ou blessées), des bars à l'atmosphère enfumée. Et il y a Poe, sorte de loser charismatique qui prend des décisions en comptant le nombre d'allumettes qui s'échappent de sa poche, qui pense à Lola, qui parle aux fantômes.
Laureline Mattiussi mêle ici polar et onirisme et on la suit, avec son trait épais, son dessin en noir et blanc parfait. Et c'est très beau, plein de désir et de folie, assez magique, plein d'humour noir aussi. J'ai beaucoup aimé.

Voici ce que l'auteure en dit sur son blog [clic ici]... Après avoir rencontré Carlos Salem au festival du Goéland Masqué il y a trois ans, et décidé en chœur de mélanger nos mondes dans un livre commun, j'adapte actuellement plusieurs de ses nouvelles. Le livre qui en découle s’appellera "Je viens de m'échapper du Ciel". Il fricote avec les bas-fonds, le roman noir, les soûlards désemparés et leurs fantômes fessus. Il rêve d'amour tendre avec beaucoup d'alcool fort. 

Editions Casterman - 18.95€ - 24 août 2016 - Merci ma bibli !!!

jeviens1           jeviens2

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19 juin 2016

(Presque) jeune (presque) jolie (de nouveau) célibataire, Stéphanie Pélerin

presquejeunepresquejolie "Un classique du genre, ma chérie. Un épisode comme on en trouve dans toutes les romances..."

Ivana se fait larguer du jour au lendemain par Baptiste, après huit ans d'une histoire d'amour que l'on pourrait qualifier de sérieuse. Elle se retrouve donc abruptement, la trentaine passée, et quelques kilos de trop, sur le marché des célibataires. De plus, elle doit se séparer de leur appartement, et la fin de l'année approche. Ivana est professeur de français. Elle tente donc de ne pas se laisser abattre et prend sa vie en main. Elle s'inscrit dans une salle de sport, à des séances de Weight Watchers, et sur le site "Be my boy". Des rencontres ont lieu, plus ou moins intéressantes. Malgré ses désirs de sensualité, Ivana se lasse vite des hommes narcissiques, décevants ou de ces rendez-vous d'un soir qui n'apportent rien de plus. Heureusement, il y a les copines, les fous rires et les confidences qu'elles échangent autour d'un verre, et peut-être cet inconnu contre lequel elle a buté en sortant des toilettes tout à l'heure...

C'est une émotion particulière de lire le premier roman d'une blogueuse avec laquelle on partage depuis longtemps les pages de la blogosphère littéraire et puis également l'atelier d'écriture du lundi de Leiloona. On se dit qu'elle a eu le cran et l'audace dont on manque un peu, et puis on reste bluffée de cette facilité apparente dans l'écriture du texte. Je ne lis pas forcément beaucoup de chick litt, comme on l'appelle communément, je ne suis pas forcément la lectrice cible... mais j'ai pris beaucoup de plaisir à lire ce roman, qui me semble très adapté pour une lecture de plage, ou de transat avec boisson associée, d'été... Personnellement, j'ai aimé que le récit de Stéphanie reste très ancré dans le réel, c'est un livre qui lui ressemble. J'y ai retrouvé ses frasques, et sa personnalité généreuse et battante, sensible aussi, son univers. J'ai beaucoup souri, ai presque eu envie de devenir professeur de français, de relire Zola et d'aller acheter mon pain le matin sans me laver les dents, signe d'empathie réelle avec le personnage d'Ivana. Je souhaite un merveilleux succès à ce roman !

Editions Mazarine - 15 € - 15 juin 2016

Jérome a aimé qu'y soit dressé le portrait d'un homme réaliste Gros coup de coeur pour Fanny - A égaillé Laurie !!

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30 mai 2015

L'inattendu, Claudie Pernusch

linattendu

 "Je ne lui ai pas confié la clé du chalet, bien qu'elle se promène seule très souvent. J'attends. Je ne sais pas quoi. Un évènement, un signe, un déclic. Donner la clé représente pour moi un engagement d'une importance capitale, la concrétisation d'une union, d'un lien. Alors j'espère. Je veux y croire sans vouloir y croire. C'est compliqué !"

Une étrange adolescente au teint diaphane apparaît un soir dans le jardin de Viviane. Cette dernière la recueille pour la nuit, puis pour quelques jours, et se prend à rêver à une maternité tardive, à l'adoption. Il faut dire que la jeune retraitée a toujours désiré une famille, qu'elle n'a pas eu en définitive, faute de trouver un père adéquat, l'amour. Mais là elle tient sa revanche sur sa vie, et comme la jeune Cosima est enceinte, le chalet prend soudain des allures de refuge, le bonheur semble à portée de mains. Cependant, des doutes pernicieux assaillent régulièrement Viviane, devant le comportement troublant de la jeune fille, et la réaction contrastée de son entourage amical. 

J'avais déjà lu de l'auteure Une visite surprise [clic ici], que j'avais plutôt aimé, et qui déroulait son histoire à Soulac sur Mer. L'inattendu est un roman très réussi, qui étend lui son histoire au creux des collines de Montbury (lieu imaginaire ?), et qui sait à la fois nous faire craindre le pire, et analyser avec justesse les pièges de l'attachement excessif. Dans le roman de Claudie Pernusch, il y a suffisamment de rebondissements, de chaleur humaine, et d'inquiétude, pour tenir le lecteur en haleine. J'ai pensé assez souvent en le lisant à l'atmosphère en huis clos de Esprit d'hiver [clic ici] de Laura Kasischke, à ce face à face tendu entre une mère et sa fille... mais ce roman n'est pas que cela. Bien que quelques pages ont réussi à littéralement me faire frissonner. Claudie Pernusch explore elle plutôt les liens d'une parenté improvisée et entoure le duo d'une galerie de personnages attachants qui apporte de la couleur et une texture riche à son histoire. Une aventure à tenter !

Editions Belfond - 18.50€ - 2 avril 2015

Saxaoul a eu du mal à comprendre Viviane - Canel a eu de mal à rentrer dans ce roman puis s'est laissée entrainer par l'intrigue plus sombre...

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15 février 2015

Nous ne sommes pas nous-mêmes, Matthew Thomas

nousnesommespasnousmemes

 "Il en allait ainsi de la vie, parfois ; pendant des années, les choses se passaient d'une certaine manière, et puis, en un clin d'oeil, presque sans que personne en ait conscience, ce n'était plus le cas, comme si une valve s'ouvrait, relâchant toute la pression qui soudait les apparences."

Fière de sa culture irlandaise, mais marquée par une jeunesse difficile dans un appartement du Queens où sa mère noyait son mal-être dans l'alcool, et son père ses regrets dans une notoriété de bistrot, Eileen veut s'en sortir, et décide d'avoir pour ses parents, pour sa famille, de l'ambition. Après la seconde guerre mondiale, les filles ont peu d'opportunités de réussite. Alors, elle entame des études d'infirmière, grimpe vite les échelons, épouse Ed, un scientifique à l'intelligence rare et décide de monter une à une avec lui les marches de la réussite, quitte à le pousser un peu. Mais Ed résiste, malgré la naissance d'un garçon, et les désirs de son épouse de déménager vers un quartier plus prestigieux. Son seul souhait est d'être un professeur respecté, de pouvoir écouter le soir des morceaux de musique classique sous son casque, et d'apprécier un quotidien sans chaos. La vérité sur l'état d'Ed n'apparaîtra que tardivement, obligeant Eileen à revoir ses priorités, à s'armer de courage, et à découvrir la douceur.

Voici un très beau roman, un pavé de presque 800 pages dans lequel je me suis complètement fondue. Je n'avais pas lu depuis longtemps une si belle histoire d'amour, dans laquelle la maladie d'Alzheimer (puisqu'il faut la nommer) s'invite malheureusement, mais donne au récit une belle dimension, pleine d'humanité. Il est intéressant de suivre dans ce récit l'évolution d'Eileen, presque au jour le jour, de sa vie de petite fille, dure et décourageante, à sa vie de grand-mère, apaisée, en passant par une vie de femme, complexe et remplie de souhaits. La densité du livre, qui peut sembler un défaut, est aussi sa force, car nous assistons à chaque petite victoire du quotidien, à chaque désir parfois couvé dans l'oeuf ou réalisé, et à chaque déception. L'auteur, qui a semble-t-il écrit ce livre dans un petit deux-pièces alors qu'avec sa compagne ils élevaient des jumeaux a su brosser le portrait méticuleux, précis et bouleversant d'une vie, celle d'une femme américaine dans la deuxième moitié du vingtième siècle. D'écriture et d'apparence classique, Nous ne sommes pas nous-mêmes s'avère en fait passionnant à lire, prenant. Il m'a par de multiples petites phrases laissée songeuse... Il est sans conteste une aventure à tenter.

Un grand merci à Babélio pour la découverte ! - Editions Belfond - 23€ - 8 janvier 2015

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25 janvier 2015

La Saison des mangues, Cécile Huguenin

lasaisondesmangues

 "Qu'importe, se dit-elle, si c'était à refaire elle retournerait dans le temple de Kanchipuram s'asseoir sous le manguier magique à quatre troncs qui exauce les souhaits."

De nos jours, à Paris, une femme tente par les épices de retrouver les saveurs de son pays et de son enfance. La mère d'Anita, d'origine indienne, a été mariée autrefois par son propre père à un Major anglais fortuné et en vue. Mais Radhika vit un calvaire en Angleterre, près de cet homme qui s'avère tyranique et rigide, et ne s'en sort qu'en empoisonnant son mari. Elle fuit avec sa fille en Inde et rencontre dans l'avion François, un jeune homme sympathique et féru de culture indienne, qu'Anita finira par épouser. Mira, à la peau couleur de mangue, est l'enfant de ce couple. Lorsque ces derniers décident de vivre à Paris, inquiets pour la santé défaillante de François, l'enfant peine à trouver sa place. Porteuse de diverses origines, c'est finalement plus tard en Afrique qu'elle se sentira chez elle, un petit albinos qu'elle a adopté, prénommé Yacou, dans ses jupes. Laurent, un jeune garçon d'origine plus bourgeoise, en quête d'identité et d'humanitaire, la découvre ainsi. Entre eux deux naît tout de suite une grande complicité, comme si les deux jeunes gens se connaissaient depuis toujours... 

J'ai passé un excellent moment de lecture avec ce roman d'une belle sensualité qui propose également de beaux portraits de femmes. Le personnage du jeune garçon, Laurent, n'est cependant pas en reste. Il est sans doute effectivement celui qui m'a le plus intrigué et intéressé dans ce texte. La Saison des mangues est un curieux récit, qui semble parfois partir dans tous les sens, faire fi de la chronologie, frôler le surnaturel, le délire psychologique, puis retomber des deux pieds dans un réel rassurant et bienveillant étonnant, comme si tout à coup quelqu'un avait rallumé la lumière. Il est tentant au début de cette lecture de penser que l'auteure va s'enferrer dans un roman purement indien mais la narration sait avec légèreté déjouer les pièges de l'attendu et nous emmener dans un voyage finalement aussi imprévisible que dangereux. A découvrir.

Editions Heloïse d'Ormesson - 17€ - 15 janvier 2015

Un très bel article de Sarah par ici [clic] 

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16 janvier 2015

Conception, Chase Novak

conception

 "Le lendemain matin, les jumeaux sont libérés de leur chambre par leur mère, qui semble pleine d'entrain pour attaquer la journée. Elle porte un blue-jean neuf, ce qui pourrait signifier qu'elle est vraiment allée dans un magasin. Malgré son sourire, Adam remarque une nouvelle trace de coup sur le côté de son visage. Alice et lui savent que leur père la frappe parfois. Mais il savent aussi que parfois, c'est elle qui le frappe. Et parfois, ils font semblant de se battre par jeu et il se passe des choses...
Secret de famille."

Alex et Leslie Twisden ont tout pour être heureux, l'amour, un bon travail, une maison bien située dans Manhattan, et beaucoup d'argent. Mais avoir un enfant manque à leur vie, Alex voudrait un héritier. Après de nombreux échecs, le couple décide de s'envoler vers la Slovénie pour la solution de la dernière chance. Ils rencontrent là-bas un étrange docteur Kiss qui leur administre un traitement brutal. Quelques jours plus tard Leslie est enfin enceinte. Mais sa grossesse est entachée de nombreux soucis esthétiques, sa pilosité augmente en effet de manière hallucinante. Heureusement, des jumeaux naissent finalement, Alice et Adam, aussi intelligents que beaux, et obéissants.

Ce qui m'a fortement attirée vers ce titre est l'allusion faite en quatrième de couverture par The New York Times à Rosemary's baby, un roman glaçant qui m'avait impressionnée plus jeune. Conception n'a pas vraiment la même qualité littéraire, loin s'en faut, mais fonctionne très bien dans son genre. J'ai bien accroché aux premières pages puis ai été très vite surprise par le tour un peu rocambolesque des évènements. Finalement prise par l'intrigue, j'ai ensuite été tenue jusqu'à la fin, le souffle coupé. Il est intéressant en fait de découvrir dans les premiers instants les sentiments contradictoires de Leslie face à la maternité et la volonté féroce d'Alex de poursuivre sa lignée. Constater ensuite que le passage en Slovénie (haut lieu de l'irrationnel ?) était une erreur est facile. Pour autant, le lecteur s'habitue à l'étrangeté d'Alex et de Leslie devenus parents, à leurs moeurs soudain animales, sauvages, et même dangereusement cannibales. Adam et Alice sont des enfants touchants et sensibles, projetés à leur corps défendant dans un monde qui les dépasse, certains de leurs vérités, condamnés à fuir leur parents, accrochés aux mains du seul homme qui accepte de les protéger, leur professeur. Ce roman est une lecture divertissante qui tient parfaitement en haleine et intrigue, mais également dérange car Conception a le talent de frôler au plus près le réel sans jamais tomber dans le grotesque.

Editions Préludes - 14.90€ - 6 janvier 2015

Un très bon billet (plus complet) sur le blog de Blablabla mia 

 

 

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13 janvier 2015

Un parfum d'herbe coupée, Nicolas Delesalle

unparfumdherbecoupeeCe livre est arrivé sans prévenir dans ma boîte aux lettres. Mais en fait, j'avais déjà lu ce texte en version numérique [ici], chez Storylab. Je l'avais lu sur ma liseuse à l'époque et je n'avais sincèrement pas été complètement conquise.

"Le texte est composé de courts moments en forme de souvenirs d'enfance. L'écriture de Nicolas Delesalle est alerte, ironique, un peu gouailleuse, plutôt agréable. J'ai adhéré au style de l'auteur. Il est seulement parfois difficile d'être touché par les souvenirs des autres et ici quelque chose n'a pas fonctionné pour moi malgré la sincérité évidente de l'ensemble."

Nicolas Delesalle est grand reporter à TéléramaUn parfum d'herbe coupée est son premier écrit littéraire. Il a reçu le Prix des lecteurs du livre numérique en 2013.

Malgré mes bémols, je tenais cependant à parler de ce titre et du remarquable travail d'édition de Préludes, la maison d'édition grand format née tout dernièrement des éditions du Livre de Poche, car leurs livres sont vraiment très beaux (je lis un autre de leurs romans en ce moment).

Editions Préludes - 13.60€ - 7 janvier 2015

L'avis de Keisha - Clara - et l'Irrégulière

 

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16 juin 2014

L'argent a été viré sur votre compte, Dimitris Sotakis

largentaeteviresurvotrecompte

"J'avais beau avoir accepté la situation, ce monceau chaotique d'objets qui envahissaient le salon avait une allure franchement pénible."

Notre narrateur est à la recherche d'un emploi, et de tout ce qui pourrait le sortir de la précarité dans laquelle il se trouve. De plus, sa mère est malade et les médicaments coûtent cher. Il répond donc à cette annonce parue dans le journal - une société cherche un collaborateur - et se rend à l'entretien d'embauche auquel on le convie. Mais rien ne se déroule comme prévu, le recruteur souhaite connaître avant tout la superficie de l'appartement du jeune-homme. Perturbé notre narrateur est ébahi. On lui propose sans ambiguïtés de prêter son appartement pour y entasser des meubles, et d'être pour ce faire grassement rétribué... Après une nuit de réflexion, il est évident pour lui qu'accepter est la solution la plus raisonnable. Il s'imagine déjà acheter une maison avec cet argent, rendre Rissa heureuse. Cependant, les livraisons se succèdent, les meubles s'entassent et la situation devient de plus en plus inextricable.

Attention, ce roman est une drôle de surprise, où l'absurde devient petit à petit un personnage central. Le lecteur n'a plus qu'à se laisser submerger par l'angoisse d'une situation on ne peut plus rocambolesque, qui s'intensifie au fil des pages. Je ne vous en dévoilerai pas ici tous les tenants et aboutissants (ce serait gâcher la surprise) mais j'ai été littéralement prise à la gorge, tenue, et un peu axphixiée également, par ce récit. J'ai apprécié pour autant que l'auteur ne reste pas cantonné à la froideur que le genre en général privilégie mais sache faire la part belle à la tendresse et à la conscience. On pense à Martin Page, à Régis de sa Moreira... Une grande réussite.

Editions Intervalles - 21€ - Mars 2014

Ce livre a reçu le prix Athènes de Littérature en 2010

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12 juin 2014

L'immeuble des femmes qui ont renoncé aux hommes, Karine Lambert

limmeubledesfemmes

 "C'est toujours quand elles sont assises dans le canapé en velours rouge que la conversation devient plus intime."

Juliette est enfin tombée sur la perle rare, grâce à son amie Clara qui part quelques temps explorer d'autres horizons, un logement pas cher en plein coeur de Paris. Elle est heureuse, sait que les appartements de l'immeuble concerné sont tous occupés par des femmes, mais ne s'attend pas vraiment à ce qu'elle va découvrir là, une sorte de ruche "interdite aux hommes" au sommet de laquelle règne une reine, ancienne gloire de la danse. Autant les autres habitantes ont, semble-t-il, "renoncé à l'amour" que Juliette, elle, clame tout haut qu'il n'en est pas question. La nuit, elle compulse le net en recherche de l'âme soeur, et ravive peu à peu chez ses voisines d'anciennes blessures, des rêves évanouis et des désirs brimés...

Attention livre léger à déguster sans a-priori ! Si vous avez aimé par exemple Demain, j'arrête de Gilles Legardinier [clic ici] vous serez sans conteste séduit(e)s par les ingrédients de cette histoire-là. Tout est fait en effet pour nous tenir bien au chaud : un immeuble où des femmes sympathiques prennent le thé ensemble, une impasse où tout le monde se connaît, des commerces tenus par des jumeaux timides et des familles souriantes, un chat qui se prénomme Jean-Pierre, un ami Max qui sait voir les matins chagrins et nous prendre dans ses bras, une scène de piscine mémorable, et tout un tas de jolis moments doux comme des odeurs de printemps. J'y ai trouvé ce que j'avais envie d'y trouver.

Editions Michel Lafon - 14.95€ - 7 mai 2014

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27 mai 2014

Petits arrangements avec nos coeurs, Camille de Peretti

petitsarrangementsavecnoscoeurs "Ce fut le début de l'ennui. Tout était parfait. Il se levait tôt et m'apportait ma tasse de thé au lit. Dans la pénombre de la chambre, je le regardais s'habiller. Rituel du matin, bruit de l'eau de sa douche, du frictionnage intensif de son épaisse chevelure, parfums du savon Dove et du shampoing Head & Shoulders. Il fallait acheter les bouteilles par lot de quatre, pour en avoir toujours d'avance, Stanislas avait horreur de manquer. Rasage de près, T-Shirt blanc."

Lorsque Camille avait seize ans, il était facile pour elle d'être cruelle avec Stanislas. Elle savourait alors ce pouvoir immense d'être aimée et de choisir le moment exact où elle allait le quitter, juste avant l'insatisfaction. Plus tard, il serait le sujet de son deuxième livre, un personnage secondaire, victime innocente du couple qu'elle avait décidé de former alors avec son ami Julien, en imagination, des répliques étudiantes du vicomte de Valmont et de la marquise de Merteuil. Mais Camille vit aujourd'hui avec César et pense à Stanislas, cherche à le retrouver, lui envoie de nombreux mails, enveloppe sa méfiance. Ils tomberont de nouveau dans les bras l'un de l'autre, s'installeront ensemble à Londres, au coeur de la City, pour le meilleur et peut-être aussi pour l'ennui... Alors, il faudra imaginer un autre sursaut, un voyage, pour tenter d'endiguer une fin inexorable.

J'avais adoré ma lecture de Nous sommes cruels, acheté et dédicacé sur Bordeaux en 2008. [Ma lecture ici] Il faut dire que j'ai un amour (un peu pervers ?) pour Les liaisons dangereuses de Choderlos de Laclos et que j'en avais apprécié réellement la parodie dans son roman épistolaire d'alors. On retrouve dans Petits arrangements avec nos coeurs Camille, et sa manière bien particulière de briser les coeurs, de s'ennuyer ferme rapidement et d'être pour autant affectée par le désordre qu'elle provoque. Ce roman-ci m'a sans doute laissée un peu plus indifférente dans les premières pages, entraînée vers le détachement, mais m'a cueillie littéralement dans sa troisième partie, alors que Camille se laisse prendre à son propre piège. J'ai eu le sentiment d'entendre là la véritable voix de l'auteure et que tout ce qui avait précédé, semblé un peu froid, n'était en fait que l'expression d'une grande pudeur. Et puis, ce qu'elle est agréable cette imperfection manifeste et vivante des personnages croqués par l'auteure ! On aime finalement détester Camille, la trouver frivole, peste et dangereuse, insupportable.

Editions Stock - 18.50€ - 30 avril 2014

Un coup de coeur pour le blog de Muze [ici]

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