30 mars 2014

La Chine d'en bas, Liao Yiwu

lachinedenbas"Nous n'étions pas les seuls à avoir tout perdu. Des milliers de gens ont été dépossédés de leurs biens et ont vu leur familles brisées, parce qu'accusés d'être des propriétaires fonciers ou des contre-révolutionnaires."

Liao Yiwu est né au Sichuan en 1958, l'année même du "Grand Bond en avant" initié par Mao Zedong. Pendant la révolution culturelle, ses parents ont été arrêtés, accusés d'être des contre-révolutionnaires. Marqué par les évènements de la place Tiananmen, Liao Yiwu devient opposant au régime communiste en 1989. Ses écrits sont censurés, il séjourne en prison, et finit par traverser clandestinement la frontière sino-vietnamienne en 2011. Il vit aujourd'hui à Berlin.
La chine d'en bas retranscrit les divers entretiens (28 au total) qu'il a pu mener avant sa fuite avec des personnages emblématiques de la chine oubliée, des exclus, des marginaux, d'anciens prisonniers du régime. Tous ont quelque chose à raconter, notamment les horreurs et les tortures subies par les représentants de l'autorité sous Mao, mais aussi par leurs concitoyens, parfois leurs propres voisins. A travers ces témoignages, c'est une chine réelle, terrible, ignorée, qui nous est révélée. Une chine encore très influencée par les anciennes croyances, mais qui se tait, et qui porte tout son espoir sur les générations futures.

Ce titre est un témoignage passionnant sur la chine moderne. J'ai appris beaucoup en le lisant. Il donne une vision réaliste (non édulcorée) des évènements qui ont eu lieu, de la révolutions culturelle à Tiananmen, et voilà qui est rare et important. J'ai cependant un peu regretté la longueur du texte, et l'aspect un peu systématique des récits, à la longue. Pour autant, il me semble être de ces livres à lire absolument, et à transmettre, car au service de la Vérité et de l'Histoire.

Editions 13e note - 23.90€ - 26 mars 2014

 

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14 mars 2014

Dieu me déteste, Hollis Seamon

 

dieumedeteste

 "[...] récemment, ma mère a pris un congé dans ses deux boulots, quand l'expression phase terminale a commencé à fleurir partout dans mon dossier et que soins palliatifs est devenu mon adresse permanente."

Nous sommes à NewYork, hôpital Hiltop. Richard a presque dix-huit ans et une chambre dans l'unité des soins palliatifs. Son seul souhait est d'être considéré comme un adolescent ordinaire, et de pouvoir serrer dans ses bras Sylvie, l'autre adolescente de l'étage, qui lui demande d'ailleurs abruptement d'être son premier, avant que de... Forts de leur projet et de leurs sentiments naissants, les deux amoureux devront se confronter pourtant à l'hostilité des familles qui ne voient dans cette amourette que danger et sujet à colère.

Je ne suis pas très fan des récits qui miment le langage parlé, surtout quand ce langage mime un phrasé enfantin ou adolescent. Pourtant, j'ai aimé ce récit-là qui, dans son genre, est très bien fait et prenant. Hollis Seamon a, semble-t-il, voulu rendre hommage à la fougue et au panache des enfants rencontrés à l'hôpital, ainsi qu'au travail du personnel infirmier. Le résultat est enjoué et pudique à la fois, bien que rien ne soit caché des défaillances et des désirs de chacun. Il n'y a pas dans ce roman de pathos exagéré non plus, ni de larmes à l'oeil... juste du courage et du tonus à revendre, et quelques bêtises. Je salue la galerie de personnages (hauts en couleur) et le talent de l'auteure qui a su conserver un ton juste tout au long de son récit.
Un titre que l'on a envie de mettre dans d'autres mains après sa lecture. 

Ce roman est le fruit d'une nouvelle collaboration entre les éditions Anne Carrière (Stephen Bordes) et M Toussaint Louverture (Dominique Bordes).

Editions La Belle colère - 19€ - 13 mars 2014

Un coup de coeur pour Cathulu [clic] - Clara veut le mettre dans les mains des ados (je suis d'accord) [clic]

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13 mars 2014

Une collection de trésors minuscules, Caroline Vermalle

 

unecollectionde

  "Moi, je préfère dire qu'il faut y croire. C'est pas grand-chose, croire, c'est donné à tout le monde, il suffit juste d'y mettre du sien, de faire taire le bruit alentour, d'ouvrir les yeux et de voir sa bonne étoile. Les gens n'y croient pas, à leur bonne étoile, c'est dommage. Et ils ont tort, bien sûr. Elle est là pour chacun, seulement, il faut prendre la peine de la chercher. Des fois, elle brille dans des trucs minuscules, des trucs de rien du tout. Une présence, par exemple. On est sept milliards sur terre et pourtant, par une espèce de miracle incompréhensible, il suffit d'une voix, d'un coeur, d'une façon de voir les choses pour tout illuminer d'un coup."

Frédéric Solis est un brillant avocat qui semble avoir tout pour lui, le charme, le succès, la notoriété, son entrée dans les salons les plus huppés. Cependant, sa petite amie l'a quitté depuis peu, et il est acculé par les huissiers. Des dettes se sont accumulées depuis qu'il a investi bien plus que ses économies dans un très beau Sisley. Son goût pour les impressionnistes est tout près de le mener à la ruine. Il ne fait pas très attention non plus à sa jeune assistante, Pétronille, qui n'a pourtant d'yeux que pour lui. Un notaire lui annonce un jour qu'un héritage l'attend. Mais quelle déception ! Ce qu'il découvre en fait de fortune consiste en quelques tickets d'entrée et une carte au trésor. Le jeu de piste auquel il accepte de jouer lui apportera pourtant bien plus qu'il n'y paraît...

Qu'il est bon de parfois se laisser mener par le bout du nez dans une histoire pleine de bons sentiments comme celle que nous a concocté Caroline Vermalle !! Alors, peu importe que les ficelles soient un peu grosses, l'enchaînement prévisible, et la fin attendue. A lire un tel livre, le lecteur devient tout tendre et tout sucré, effiloché tel une barbe à papa, bon et moelleux comme un chou à la pistache ou au chocolat. Etant donné qu'une telle transformation est certainement le but inavoué de l'auteure, le pari est réussi. Et puis et puis, il y a ce voyage féerique dans les jardins de Giverny et les tableaux de Monet... 
Une lecture qui éveille la gourmandise, la curiosité et l'amitié.

Editions Belfond - 19€ - 13 mars 2014

Le blog de Caroline Vermalle - Mes autres lectures de l'auteure : L'île des beaux lendemains - Nouvelles contemporaines - L'avant-dernière chance

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12 février 2014

Du Sang sur Abbey Road, William Shaw

 

dusangsurabbeyroad

"Breen se demanda s'il aurait le temps d'aller chez le coiffeur avant samedi soir. Quoique... en y repensant, ce ne serait peut-être pas une mauvaise idée de se laisser un peu pousser les cheveux."

Dans le Londres des années 60, quartier Abbey Road, une jeune-fille est retrouvée morte dans un coin de rue, sous un matelas. Elle est complètement nue, et la première difficulté est de savoir qui elle est. Breen est chargé de l'affaire. Et pourtant, il est mal vu dans son service, surtout depuis qu'il a laissé tomber un de ses collègues lors d'une échauffourée. Et puis, il vient de perdre son père. Mais on lui adjoint quand même une jeune inspectrice stagiaire,Tozer, pour l'assister. L'enquête emmènera tout d'abord le duo vers le studio où enregistrent parfois les Beatles, à deux pas du lieu de meurtre. Et si la victime était une de leurs fans ? 

Du sang sur Abbey Road est un roman policier très séduisant. Les premières pages sont en effet pleines de vivacité, et le rythme ne faiblit pas au cours de la lecture. Le duo Breen/Tozer fonctionne bien. De plus, il est plutôt excitant de s'imaginer croiser un des Beatles au détour d'une page et de connaître mieux cette époque. Dommage, peut-être que l'intrigue soit peu originale - bien que ferrant intelligemment le lecteur, et que les dialogues soient parfois incompréhensibles. Allez, malgré mes quelques bémols, je n'ai tout de même pas boudé mon plaisir avec cette lecture légère et à l'ambiance pop.

Editions Les Escales - 21.90€ - 23 janvier 2014

Val est contente de l'avoir lu  - La lecture de Keisha

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04 février 2014

La Piste de Chajnantor, Alain Keralenn

 

lapistedechajnantor

"Avec une fierté à peine dissimulée, Vincent contemplait le spectacle. Pour mener à bien ce chantier, il avait fallu combiner le meilleur des talents humains et les avancées technologiques les plus novatrices."

Vincent est responsable d'un projet de grande envergure, appelé ALMA. Près de la frontière bolivienne, s'édifie en effet le plus grand observatoire d'astrophysique jamais réalisé et l'enjeu est important. Les travaux sont presque terminés. A quelques jours de l'inauguration, l'homme se voit cependant affublé d'une stagiaire chinoise, Julia, qu'on lui recommande d'emmener partout avec lui. Il est débordé mais ne peut refuser ce service à la directrice générale. Il ne lui faudra que quelques heures pour tomber sous le charme de la jeune-fille, enthousiaste et curieuse. Pendant ce temps, Fidel, son fidèle et fiable contremaître indien aymara, semble nerveux et est très pris par un militantisme délirant qui flirte dangereusement avec des groupuscules extrémistes. Vincent saura-t-il démêler le vrai du faux, reconnaître ses véritables amis, et comprendre les stratégies qui entourent le lithium, minerai abondant dans la région ?

J'avais beaucoup aimé le précédent ouvrage d'Alain Keralenn, La croisière d'ultime espérance. Et même si, encore une fois, je me suis heurtée à une écriture qui manque (pour moi) de fluidité, j'ai été peu à peu prise par l'histoire que nous raconte l'auteur, et finalement séduite par ce livre. Car, comme dans son précédent opus, l'écrivain sait nous planter un décor, asseoir ses personnages - attachants - et nous emporter dans un tourbillon de rebondissements dignes des plus grands romans d'espionnage. Il suffit simplement de se laisser porter sans a-priori par le vent du désert d'Atacama...

Un grand merci à l'auteur pour cet intéressant voyage !

Editions Beaurepaire - 16€ - Janvier 2014

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12 janvier 2014

Le russe aime les bouleaux, Olga Grjasnowa

 

lerusseaimelesbouleaux

"J'imaginais qu'Elischa était allongé à côté de moi. Je tendrais la main vers lui et il serait là, de son côté du lit, les genoux repliés et les cheveux ébouriffés. Je me pencherais au-dessus de lui et lui dirais bonjour. Sa barbe gratterait. Je le toucherais. Son corps serait chaud. Je le serrerais contre moi et ne le lâcherais plus. Puis il me repousserait, se lèverait, irait à la salle de bains, se recoucherait peut-être encore un petit peu avec moi. Il porterait des vêtements qui n'iraient pas ensemble et je le taquinerais. Les draps avaient encore un peu son odeur, je portais ses affaires pour dormir. Ce n'était qu'au matin que je commençais à le chercher dans le lit et que je me souvenais."

Mascha est le fruit d'une génération cosmopolite, une jeune fille juive qui vit en allemagne, et parle mieux l'arabe littéraire que l'hébreu. Sa famille a autrefois fuit l'Azerbaïdjan et les massacres. Elle conserve au creux de sa mémoire des images fortes de cette époque, qui parfois la hantent dans ses cauchemars. Pour autant, son quotidien se limite à Elias, son petit ami, et les murs de leur appartement. Alors, lorsqu'Elias meurt subitement, des suites néfastes d'une blessure mal guérie, Mascha vit de nouveau au milieu des fantômes. Elle décide de partir en Israël, en quête d'un "chez soi", d'une petite place au soleil...

Ce titre est pour moi un presque coup de coeur de lecture. J'ai aimé lire ce roman tout en délicatesse... Je me rends compte qu'une certaine sensibilité d'écriture allemande me touche beaucoup. A l'instar de ce que peut faire par exemple Katharina Hagena [clic]. Les personnages de cette histoire passent beaucoup de temps au lit, laissent traîner partout des miettes de leur petit-déjeuner, accordent une place privilégiée à la camaraderie, à l'amour, n'hésitent pas à voyager, à se donner des rendez-vous improbables, à faire confiance, à aller au bout du bout de leurs douleurs... Et puis, entre les pages de ce roman, se glisse aussi l'incompréhensible Israël. Et tant de silences, de manque et d'absences. 

Editions Les escales - 20.90€ - 9 janvier 2014

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02 janvier 2014

Tony Hogan m'a payé un ice-cream soda avant de me piquer ma maman, Kerry Hudson

 

tonyhogan

"Le bed and breakfast était mieux que Sleathes, mais moins bien que Burton House. Maman dit que ce n'était pas tout à fait un bed and breakfast, même s'il s'appelait "Pride of Shields B&B", mais un foyer de transition, et quand je demandai transition entre quoi et quoi, elle me répondit : "Tais-toi, petite futée"."

Iris a conçu Janie avec un américain rencontré à Londres. Il constituera pour la petite fille un mythe jamais atteint, un espoir de vie meilleure. Car, sa mère restera ensuite sans nouvelles de cet homme. Elle fait de mauvaise rencontres, fume et boit, et ne cesse de fuir, de bed and breakfast en appartements HLM, entraînant à sa suite ses deux enfants... Bien entendu, elle se débrouille, a toujours des plans pour se loger ou manger, compte ses sous de l'aide sociale, et élève plus ou moins bien ses filles, mais ce que vit et voit Janie laisse des traces, indélébiles.

J'ai lu ce roman avec beaucoup d'empathie et pourtant je dois avouer que son écriture ne m'a pas vraiment plu, trop moderne, parlée, et émaillée d'injures. Pour autant, on ne peut que frémir à suivre ainsi le parcours de la petite Janie, spectatrice et victime malgré elle d'un milieu social et du choix des adultes qui l'entourent. 
C'est un premier roman coloré qui réussit malgré tout assez bien à transformer le chaos d'une enfance traumatisée en parcours initiatique vif et prenant.

Editions Philippe Rey - 19 € - 2 janvier 2014 

 


 

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06 novembre 2013

La mariée était en rouge ~ Anilda Ibrahimi

LAMARIEETAITENROUGE

"Elle arrive un matin de septembre, par une saison sèche où les pluies tardent à venir. Elle est vêtue de rouge. Rouge sang. Comme un sacrifice offert aux dieux pour invoquer la pluie. Comme une mariée."

Saba est mariée de force, pour solder une dette de sang, et pour remplacer la première épouse de son futur mari, sa soeur aînée. Toute maigre, mutique et très jeune, elle est d'abord la servante de sa belle-mère, comme le veut la tradition dans ce village isolé des montagnes albanaises, en ce début de XXème siècle. Mais peu à peu, les enfants arrivant, et surtout un garçon, viendront l'assurance et la fermeté.
Saba raconte le destin de ses proches, de ses soeurs, et de ces traditions qui pèsent et qui peuvent entraîner des familles entières dans la disgrâce pour des générations.
Sa petite fille, Dora, longtemps après, racontera elle sa propre histoire, le régime communiste et son apprentissage étonné de la liberté.

Je suis rentrée dans ce bon gros roman à pas feutrée, un peu déstabilisée tout d'abord par un sentiment de confusion lié à la profusion des historiettes contées, et puis les destins individuels se sont précisés peu à peu, et l'arbre généalogique devenant plus clair, le plaisir de lecture a pris finalement toute la place. Ce qui m'a beaucoup surprise est cette dureté qui parcourt tout le livre et qui semblait être le quotidien des albanais, ces traditions très ancrées qui perdurent et enferment malgré les études et la modernité. Et pourtant, de ces traditions, des croyances mystiques liées, du recul un brin ironique de Saba sur son environnement, nait aussi le charme profond de ce roman, intemporel et à l'allure de conte. 

Anilda Ibrahimi est née en Albanie en 1972. Elle vit aujourd’hui à Rome où elle travaille pour le Conseil Italien aux Réfugiés. La mariée était en rouge est son premier roman. Très remarqué à sa sortie en Italie, il a remporté plusieurs prix littéraires dont le prix national Corrado Alvaro.

Editions Books édition - 20€ - 6 novembre 2013

Les six premières pages à découvrir [clic ici]

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17 octobre 2013

L'âme chevillée au corps, Eve Lerner

lamechevilleeaucorps"Je n'avais aucune affection pour les impondérables car ils ont bien failli me faire devenir femme au foyer ou guichetière de banque. Si je les avais laissé faire, je serais restée rivée à ma ville natale et j'aurais, par leur faute, dépéri à vue d'oeil. Je me serais desséchée sur pied. Oui, c'est bien ce qui serait arrivé sans la vigilance du corps enseignant que je remercie de m'avoir aidée à lutter contre les impondérables, cet ennemi briseur de carrière, mangeur d'avenir, rétrecisseur de vie et saboteur de poésie."

Linguiste de formation, poète, Eve Lerner décortique ici les expressions populaires de son enfance, les met en perspective et en profite pour nous raconter sa vie. Et on se rend compte alors combien les mots, le langage, les images employées, ont eu un impact sur son imaginaire, comme plus généralement sur le comportement humain, la mémoire, les pensées. 

Véritable hommage aux mots et à la verve langagière, ce livre est véritablement passionnant. Le premier texte en prose d'Eve Lerner. Et j'ai aimé retrouver dans ses pages des phrases entendues fréquemment dans ma jeunesse, et m'étonner - comme l'auteure - d'en avoir bien souvent plus compris le sens que véritablement les mots. Et puis, Eve Lerner sait avec justesse toucher, en évoquant tout ce que son parcours a pu parfois avoir de chaotique et de riche.
Une heureuse surprise de lecture.

"Ma pauv' fille, tu ne sauras jamais rien faire de tes dix doigts ! Je n'ai pas échappé à cette malédiction maternelle assez bien partagée. [...] Mon frère m'avait un jour asséné un coup de planche sur l'annulaire droit, ce qui avait entraîné la douleur et la perte de l'ongle, suivi de sa lente repousse. Plus tard, un panaris tenace avait failli m'amputer de l'auriculaire de la même main. Foulure, entorses, bandages, coupures, brûlures vinrent prendre le relais comme pour m'assurer que je ne pourrais rien faire de mes dix doigts."

Un grand merci aux éditions Dialogues !! - 16.90€ - 10 octobre 2013

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24 mai 2013

Dressing, Jane Sautière

dressing"Tout cela, le sentiment de se lover, la douceur et la chaleur bien sûr, tout cela, qui gonfle les armoires et dont il est presque impossible de se défaire."

Jane Sautière raconte ici le vêtement (les siens, ceux qui ont compté dans sa vie), mais également le nôtre au travers de ce que contient sa penderie et ses souvenirs. Il est compliqué de parler au mieux de ce livre qui est comme une promenade au pays d'une vie vue à l'orée exclusive de ses habits. Et pourtant l'aventure est intéressante, prenante, finalement si humaine et sensible.

Comment expliquer ainsi ce désintérêt soudain pour un jean tellement porté qu'il était une seconde peau, et cet intérêt tout à coup pour la nouveauté d'un haut original, intérêt qui ne dépassera pas les premiers jours de l'acquisition ?
Il est bien connu que nous sommes bien souvent ce que nous portons, même si l'adage sait que l'habit ne fait pas le moine.

Ah, j'ai beaucoup aimé ce dressing qui m'a semblé d'une intimité très apaisante, comme un après-midi de conversation dans la chambre d'une copine.

"Souligner un regard, illuminer des doigts, ceindre les poignets, les cous, les tailles, chercher la beauté, marquer les différences sexuelles et parfois sociales par la parure, aucune civilisation ne l'ignore. Les corps périssables, qui s'illuminent, une fois, un moment, le bref temps d'être. Pas une conjuration, une dérivation, un leurre, mais la célébration de la fulgurance de la vie."

Editions Verticales - 14.50€ - Avril 2013

Pour Cathulu la tentatrice, "on se love dans ce texte comme dans un vieux pull chéri".

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