21 mai 2013

Une visite surprise, Claudie Pernusch

unevisitesurprise"Ce sentiment subit d'être un raté, un raté esseulé, mais c'est idiot ! Totalement. Je suis un idiot. Mais non je ne suis pas un idiot. J'ai fait des études universitaires normales. Me suis gentiment reconverti dans le commerce sans problèmes. J'ai trouvé la femme de ma vie. J'habite une région merveilleuse. Je viens de me réconcilier avec ma soeur. Alors..."

Paulin, ancien professeur de mathématiques en région parisienne, tient aujourd'hui un commerce de poteries sur Soulac-sur-Mer. Il a le sentiment très fort d'être arrivé à un moment de sa vie où tout est parfait, jusqu'à la présence à ses côtés depuis plusieurs mois d'une petite amie, Lena, à coup sûr la femme de sa vie. Lorsque Louise, une ancienne relation d'un soir, lui envoie une lettre lui demandant de faire un test de paternité, l'enveloppe rejoint sans tarder la poubelle, personne ne gâchera son bonheur tout neuf. Qu'a-t-il donc à faire d'une petite fille dans un avenir à la ligne enfin toute tracée et paisible ? Lena et lui se suffisent à eux-même. Cependant, Louise insiste. Le test s'avère positif. La mère et son enfant débarquent à Soulac, déterminées à faire sa connaissance...

J'ai accepté de recevoir ce livre en souvenir de merveilleuses vacances en famille passées à Soulac. Nous avions été si surpris par la quiétude que dégage une forêt de pins et avions été enchantés de notre séjour. Et puis, cette couverture-là, avec son énorme ballon vert et blanc, n'est-elle pas une promesse d'été à elle toute seule ?

Une visite surprise est cependant un petit roman sans prétention, assez vite lu et léger. Il analyse pourtant avec assez de justesse le cocktail d'émotions que peut ressentir un père dans de telles circonstances, et j'ai aimé cette finesse psychologique là, la montée chaotique du sentiment de tendresse chez Paulin. A son actif, je dois dire que les divers personnages en second plan du récit sont également très attachants. J'ai reconnu avec plaisir les lieux emblématiques de Soulac, son atmosphère. Le tout est à la fois mignon et gentiment sensuel, à mon avis assez masculin, alors que l'auteure est une femme, connue en littérature jeunesse sous le pseudonyme de Sandrine Pernusch !

Merci à l'auteure et aux éditions Belfond ! - 18€ - 16 mai 2013

Saxaoul est bien plus bavarde que moi sur ce titre [sa lecture ici]

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02 mai 2013

Passager de la fin du jour, Rubens Figueiredo

passagerdelafindujour"Il n'avait pas besoin de rester au Tirol. Il en repartait toujours le dimanche en début de soirée, pour n'y revenir que le vendredi suivant. [...] Le Tirol, pour lui, c'était à horaires fixes. Pedro pouvait très bien ne pas y aller, en vérité, il pouvait tout à fait rester chez sa mère [...].
Sauf que, dans le cas de Pedro, dernièrement, il y avait plus que cela. Le Tirol, se confondant avec Rosane, ou prenant presque sa place, ou même prenant la place des gens qui, comme Rosane et sa famille, habitaient là, le Tirol exerçait une sorte d'attraction, parfois violente, contre laquelle Pedro voulait lutter. Mais montait en lui, sans qu'il comprenne son origine, un désir impulsif de s'agréger à cet endroit, d'y disparaître : la suggestion quelque peu brutale que tout cela était une qualité intrinsèque de sa personne, une inclination naturelle, et que cela faisait partie de lui plus que n'importe quoi d'autre."

Pedro, comme chaque vendredi soir depuis plusieurs mois, se rend en bus dans le quartier du Tirol pour rejoindre Rosane avec laquelle il passe dorénavant tous les week-ends. Il tient par ailleurs une librairie, consacrée principalement aux livres juridiques, dans un autre quartier du centre ville de cette métropole brésilienne aux multiples visages qui ne sera jamais réellement nommée.
Le temps du voyage vers cette banlieue pauvre et violente qui l'hypnotise pourtant, Pedro partage avec nous le fil de ses réflexions, de ses souvenirs et de sa lecture. Dans ses mains, il tient le livre des aventures que Darwin a vécu dans ce même pays, quelques siècles plus tôt, alors que l'esclavage régnait.
Mais des rumeurs d'émeute font dévier le bus de Pedro de son trajet habituel...

Voici un roman qui m'a beaucoup plu, et qui m'a redonné en toute simplicité le goût de la lecture. Comme quoi le talent n'a que faire des fioritures stylistiques ! Rubens Figueiredo a d'ailleurs été par deux fois lauréat du prix Jabuti, l'équivalent brésilien du Goncourt. 
Il est vrai que la narration nous donne bien parfois le sentiment de passer du coq à l'âne mais tel est le cours de la pensée, non ? J'ai été profondément touchée par la vision du Brésil que donne l'auteur ici, par les portraits qu'il nous délivre. J'ai retenu notamment avec émotion un épisode qui se déroule dans un supermarché et qui nous montre combien l'on peut broyer parfois de l'humain avec sauvagerie et froideur.
Une lecture qui ouvre avec finesse une fenêtre vers cette Amérique du Sud si souvent ignorée.

Un grand merci à Books Editions pour l'envoi !! - 20 € - 24 Avril 2013

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23 avril 2013

Les Vaches de Staline, Sofi Oksanen

lesvachesdestaline"Ce n'est qu'en maigrissant que je pouvais m'éloigner, m'enfuir, m'en aller, non, tu ne pourras jamais m'attraper, ni toi ni personne, je ne laisserai jamais personne m'attraper, même si le fait que je reste pétrifiée sur place pouvait signifier en réalité que je voulais rester là pour une fois, devant toi, devant toi qui t'approches, être ici... non ! Si le corps refuse d'obéir autrement, il ne reste qu'une façon de se déplacer ; en rapetissant et en rétrecissant. Mon évasion par kilos est la seule échappatoire, puisque mes jambes refusent de coopérer."

La mère d'Anna a tout fait au quotidien pour faire oublier à son entourage ses origines estonniennes. Ayant épousé un finlandais, elle a eu à coeur dans son pays d'adoption de gommer tout ce qui aurait pû permettre aux inconnus de la confondre avec ces filles de petite vie qu'elle croise dans la rue. Mais cela ne l'empêche pas de rendre visite régulièrement à sa famille restée derrière la frontière, et de tirer dans son sillage sa fille Anna qui est sommée de se conformer à ses ordres de discrétion. L'ère soviétique fait rage. Anna et sa mère, elles, oscillent entre deux mondes.
Devenue grande, puis adulte, Anna souffre de graves troubles alimentaires. Elle est fière de ses 45 kilos, de sa manière unique et tendue de sculpter son corps, et de sa capacité formidable à ne s'attacher à personne...

J'ai eu une lecture laborieuse avec ce roman de Sofi Oksanen, et pourtant je sais que j'en ai aimé l'atmosphère, le contexte, et ce qu'il m'a permis d'apprendre sur l'Estonie. Seulement, il m'a fallu quelques temps, plusieurs pages en fait, pour suivre au mieux les changement d'époques et de personnages que l'auteure opérait dans sa narration. Une fois les jalons compris, mon attachement acquis à Anna, j'ai aimé ce que j'ai lu.
Les Vaches de Staline, premier roman de Sofi Oksanen, raconte au mieux les ravages de la propagande et du communisme amenés à son paroxysme. De plus, il est intéressant de constater à quoi peut ressembler le bonheur aux yeux de ceux qui manquent de liberté, quelques vêtements modernes, des déodorants, du shampooing et des bananes en tas sur des étals.
Les affres de la boulimie d'Anna sont également bien décrites, et amènent aux yeux des larmes de compassion mêlées d'effroi.
Une lecture exigeante et fière.

Editions du Livre de Poche - 7.90€ - 17 avril 2013

Aifelle est restée partagée sur ce titre - Percutant pour Clara - Ptitlapin aime aime ! 

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15 avril 2013

Efflorescences, Ismaël Billy

efflorescencesVous avez déjà eu un petit aperçu [ici] de la poésie incluse dans le recueil ci-contre. Je dois dire que j'ai passé un excellent moment à lire Ismaël Billy. Je n'ai pas tout aimé d'égale façon dans sa production, mais il ne s'agit là en l'occurence que d'une histoire de goût et de sujet, et non pas de manque de talent.
J'ai aimé surtout sa première partie, celle dédiée à l'amour (D'amour à l'arrachée Livre I), je suis moins sensible aux épopées et aux termes plus savants (inconnus) qui parsèment quelques poèmes (Des corps couchés sous d'autres lunes Livre II). Mais il est évident que nous avons affaire là à un véritable poète, comme le souligne Michel Cazenave dans sa préface.

Comment vous expliquer au mieux ? En lisant les mots de l'auteur sur ma liseuse, j'ai eu l'impression de faire le même voyage que j'avais fait dernièrement en découvrant, en français, la voix d'Emilie Dickinson [ici]. Et puis, j'ai trépigné de joie devant ma découverte, comme lorsque j'avais lu Le Trou de Thomas Vinau, bien avant son succès blogosphérique.

Voici ci-dessous le texte qui a retenu mon attention au préalable sur le site de l'auteur - http://ismael-billy.wix.com/ismaelbilly - inclus dans la troisième partie du recueil (Efflorescences Livre III). J'espère vraiment vous avoir donné envie de découvrir cette écriture à votre tour !!

Rouge

Carmin, dans les sangs d'une jument,
Dans les lèvres entrouvertes
Du pétale baisé par les lèvres.

Et rouge

Créé de double, unie par douleur,
Or comme il n'en est point

D'offrir luxe impie, rouge de voiles.
Encore rouge

Mais cuivré, presque brun, tâches
Éparpillées dans les lisières,
Et souffle mourant de fugace maelström.

Il n'est de rouge si fort que la Terre ne meurt
Encrevassée, déchirée de vengeance,
Ouverte dans la nuit, la boîte à lumières.

Il est un bois dur d'hiver et rouge de corolles
De sels, parfumé de résine.
Rouge maintenant dans son soupir sortant
Des épines, des cimes, des songes maudissant. 

Et le songe appelle à l'idiome, l'être éthéré
Sort de son somme et s'éveille asphyxié,
Détroussé de sa base, réduit à l'enfer,
De toucher de sa cime la profonde Terre.

Louis d'or et sols et ducats,
Bronzes noirs, argent ça et là,
Mais les chairs emmangées de vers,
Cruels, sans eau, l'or, commun comme verre.
Rouge de ne bientôt plus être pâle.
Rouge tant qu'il est encore tant.

Rouge tant que je le puis.

Rouge même mort,

Rouge par delà,

Rouge enfin,

Rouge.

 

Edition Le Menhir - 16.50€ - 26 Février 2013 

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12 avril 2013

Baby Love, Joyce Maynard

baby love"A la télé quand une femme annonce à son mari qu'elle attend un bébé, il l'installe aussitôt dans un fauteuil confortable, et lui met un coussin dans le dos. Et puis il lui prend la main et l'embrasse très tendrement. Il veut savoir à quand ça remonte, pour quand est la naissance. Jill raconterait bien à Virgil qu'elle a dû se cacher dans son placard pour vomir dans la coupe à fruits."

Elles sont quelques jeunes adolescentes à se retrouver régulièrement près du lavomatique, dans cette Amérique profonde où le rêve est bien loin, et la seule ouverture sur le monde l'écran brillant de la télévision. Trois d'entre elles sont déjà devenues mères, une autre soupçonne qu'elle va le devenir bientôt, et la solitude est à la lisière de la vie qu'elles se construisent naïvement. Elles ne se doutent pas, tout en jouant avec leur bébé, que rien n'est acquis, que des adultes de passage vont modifier leur destin, et que la vie ne tient qu'à un fil, bien fragile...

C'est le premier titre de Joyce Maynard que je lis, et l'admiration s'est ici mêlée au malaise... Malaise, car il m'a été difficile d'assister au supplice de la petite Mélissa, brutalisée par sa mère adolescente. Malaise, car cette Amérique sans espoir que l'auteure nous décrit n'est pas du tout attirante mais qu'il est évident qu'elle existe réellement. Et puis malaise aussi, parce que sur tout le récit règne une lourdeur, une atmosphère un peu glauque, que j'ai eu du mal à trouver plaisante. Mais admiration cependant, parce qu'il y a une certaine excellence tout de même dans ce portrait d'une étonnante vérité, et que la naissance du désir maternel chez les jeunes femmes y est subtilement croquée, les désillusions qui s'ensuivent également.
Une lecture choc dont il n'est pas aisé de se défaire.

Editions Philippe Rey - 19€ - 11 Avril 2013

Touchant et dérangeant pour Clara qui l'a lu d'une traite

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27 mars 2013

Un Père en colère, Jean-Sébastien Hongre

unpereencolere"Comment en sommes-nous arrivés là ? Je ne sais pas. Sans doute, comme pour beaucoup de parents, par ces abandons successifs de territoire, ces reculs de notre autorité, dès la naissance, qui sont peut-être la faiblesse principale de notre génération. Nous n'avons plus su dire non quand tout autour d'eux disait "just do it". Et si nous n'avons plus su dire non, c'est d'abord à nous qu'il faut nous en prendre : car pour dire un grand non, il faut porter en soi un grand oui. Or notre génération n'a pas su aimer la vie, tout occupée qu'elle était à accumuler des objets, à gagner de l'argent, à prendre sa revanche sur des siècles d'opression des masses."

Lorsque Stéphane, ingénieur, et Nathalie, enseignante, se rencontrent, ils s'installent très vite dans une confortable maison à proximité de Paris pour élever leurs enfants. Vingt ans plus tard, Fred et Léa sont devenus deux jeunes adultes. Logés à Saugny, ils ont dû s'adapter à la violence croissante de leur environnement et ont choisi de passer du côté des plus forts, de celui des "bourreaux", au grand dam de leurs parents. Mais un drame se produit, Nathalie a un accident et est plongée dans le coma, Stéphane pense au suicide. En colère contre ses enfants qu'il juge coupables de la dépression de leur mère, il décide alors d'ouvrir un blog et devient le porte-parole malgré lui des parents déboussolés. Les médias s'emparent de son histoire. Aurait-il mieux valu rester dans le silence ?

Ce qui m'a attiré au tout départ dans ce titre est le contre-pied émotionnel qui nous est proposé, le renversement d'autorité qui semble régner dans cette famille au fond du gouffre. Dans les premières pages, j'ai cependant tiqué sur certaines expressions, un brin caricaturales pour mon goût. Et puis, j'ai compris que j'étais tombé dans le piège du politiquement correct, et du style, et qu'il fallait se laisser faire par l'intrigue, plutôt bonne, qui a le mérite de creuser son sillon dans une certaine réalité.
Il est intéressant au final d'accompagner ce père dans son combat, non pas "contre" ses enfants, mais "pour" leur avenir. Ces deux parents, dépassés par la violence d'enfants impliqués dans des réseaux de drogue où l'argent coule à flot, quelle autre alternative ont-ils donc à proposer ? Dans le récit, on apprend que Nathalie, professeure, a su se battre avec d'autres mères à une époque puis qu'elle a ensuite baissé les bras. Stéphane tente de croire encore à la science et s'attache ainsi à Kamel, le vrai rayon de soleil de cette histoire.
Une lecture qui sort de mes lectures habituelles mais que j'ai finalement beaucoup aimé.

Merci aux éditions Max Milo ! - 18€ - 21 mars 2013

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24 mars 2013

Le Silence, Jean-Guy Soumy

LESILENCE"[...] il y avait eu un empêchement, c'est ainsi qu'ils appelaient tout ce qui contrariait un de leurs projets. Que de fois avaient-ils été une famille empêchée !"

Alexandre Leroy se tire une balle dans la tête dans une chambre anonyme d'un hôtel sans charme et toute sa famille (sa femme et ses deux enfants adultes) se questionne sur ce geste étonnant et brutal.
A Chicago où il habitait, il était un mathématicien reconnu et estimé, et même si leur couple s'était un peu endormi, sa femme Jessica ne s'explique pas un tel acte qui ressemblait si peu à l'homme qu'elle pensait connaître. Estimant qu'elle doit chercher à savoir, au moins pour ses fils, elle fouille peu à peu les archives de son mari et tombe sur des détails troublants, des citations de son poète préféré disséminées ici et là, une photo de ses beaux parents inexplicablement falsifiée, un appartement secret, et une correspondance avec un certain Samuel, menuisier en France.

Je suis heureuse d'avoir ouvert ce roman de Jean-Guy Soumy avec lequel j'ai passé de charmantes heures de lecture. Car, malgré la candeur du style, on s'attache à une intrigue munie de multiples rebondissements inattendus qui nous emmène là où elle avait décidé de nous emmener, tout en laissant par ailleurs son personnage principal faire son travail de deuil.
L'auteur, professeur de mathématiques, a su ne pas encombrer son propos de romancier par des détails théoriques qui auraient pu éloigner l'intérêt du lecteur. Les mathématiques ne sont ici que la toile de fond d'une histoire humaine, faite de secrets, de colères et de pardon.
Une lecture d'une douceur désarmante, à découvrir.

Editions Laffont - 18€ - Janvier 2013
Ce livre était en compétition pour le prix-relay-logo (clic sur le logo pour plus de détails) dans la sélection de Février : http://prixrelay.com/book/le-silence/ - La page facebook - @PrixRelay 

L'auteur sera au salon du livre de Montaigu (Vendée) les 20 et 21 avril 2013 !

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19 mars 2013

L'Ile des beaux lendemains, Caroline Vermalle

liledesbeauxlendemains"Chaque pas chassait l'inessentiel, le pressé, l'anxieux, l'insatisfait."

Jacqueline a soixantre-treize ans et découvre tout à coup à cet âge l'urgence de vivre ce qu'elle n'a pas vécu depuis trop longtemps. Elle laisse son mari Marcel seul et part retrouver sa jeunesse en la personne de sa cousine Nane qui habite sur l'Ile d'Yeu, en Vendée. Tout d'abord désarçonnée par le personnage sur lequel elle tombe, qu'elle n'avait plus vu depuis ses dix-sept ans et qui a bien changé, elle se laisse bientôt faire par l'ambiance de la maisonnée. Le soir, elle fouille même mystérieusement dans les trésors oubliés de l'atelier de son hôtesse, à la recherche d'un passé qui semble encore aujourd'hui la bouleverser...

Quel joli livre que ce nouveau roman de Caroline Vermalle ! Nous nous penchons de nouveau, après L'avant-dernière chance, sur le sort de personnages à l'âge avancé, bardés de courage et d'allant. De quoi se sentir ragaillardis ensuite pour quelques semaines !
L'auteure a choisi de raconter ici l'histoire de Jacqueline via la voix de papillons et d'insectes (très belle couverture) décrits avec force détails savants, et j'ai vraiment beaucoup aimé cette idée très poétique qui passe très bien et qui apporte une petite touche très subtile au style de la narration. Elle permet également de passer d'un protagoniste à un autre avec fluidité. Car en effet, outre la fuite de notre héroïne, nous suivons en parallèle le défi fou de son mari qui décide de descendre La Loire plus ou moins à la nage, puis de traverser l'Atlantique afin de retrouver son épouse. Le projet m'a semblé sur ce point assez étonnant, surtout que je lisais concrètement ce livre (petit apparté sur mon quotidien de cette semaine) tout en traversant en train matin et soir La Loire (celle de Nantes) et ses bouillons déchaînés, et que je le connais assez bien aussi du côté d'Ancenis ce grand fleuve sauvage que j'adore. Cependant, je suppose que quelqu'un a certainement eu un jour l'idée d'exécuter ce projet incroyable et même pourquoi pas de se passer de la navette qui relie le continent à l'Ile d'Yeu. Mais peu importe, car je pense que Caroline Vermalle peut bien m'emmener sur la lune (Paul nous y embarque presque) ou en l'occurence ici chez moi sans que rien ne vienne troubler mon adhésion à l'histoire qu'elle me raconte. Et puis, quel plaisir que de retourner ainsi faire une balade, même imaginaire sur une île que j'ai visité il y a déjà trop longtemps avec bonheur.
Bref, vous l'aurez compris, voici une lecture lumineuse au goût de sel, de celles qui font du bien. A goûter sans modération.
(Ah tiens, je n'ai pas non plus parlé des seconds rôles qui amènent chacun à leur façon du vivant au récit, et de la gourmandise avec laquelle j'ai apprécié leurs réparties et leur gouaille...)

Merci à Caroline Vermalle et aux éditions Belfond ! - 18€ - 14 mars 2013

Caroline Vermalle sera au salon du livre de Montaigu (Vendée) les 20 et 21 avril !

Quelques autres lectures... Un moment de rêve et de poésie pour Aifelle - Une bouffée d'oxygène et de tendresse pour Clara - Keisha évoque le printemps et un brin de fantaisie - Saxaoul a autant aimé celui-ci que les précédents de l'auteure !

Le blog de Caroline Vermalle 

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24 février 2013

Le détour, Gerbrand Bakker

ledetour"Elle l'a entendu se lever, l'a vu du coin de l'oeil écarter le chien avec son genou, a senti sur son dos une main, un avant-bras tout entier, a perçu l'odeur de son souffle. Elle a pressé sa tête contre l'abdomen du garçon. "Je suis bien contente que tu sois là", a-t-elle dit. Ses yeux, dirigés vers le sol impeccablement balayé de la cuisine, glissaient le long des jambes de pantalon de Bradwen. Un L sur une chaussette. Un R sur l'autre. Des pieds larges.
"Je suis là."

Qu'est-ce qu'une jeune femme peut bien venir chercher dans une maison isolée du Pays de Galles ? On devine assez vite qu'elle a laissé là-bas dans sa fuite, en Hollande, un mari, un amant étudiant, et un scandale à l'université où elle travaillait. Peu importe, elle recommence ici et dans les traces de présence d'une précédente occupante, une nouvelle vie. Elle jardine, bricole, est troublée par ce troupeau d'oies qui semble peu à peu décroître, va chercher au-delà des murs en pierres d'autres chemins, tombe trois fois sur un blaireau vindicatif...
L'arrivée soudaine du jeune Bradwen, qui s'installe petit à petit dans son intérieur va rompre sa solitude et l'écarter de sa fascination obsédante et courroucée pour la poétesse Emily Dickinson.

Après avoir succombé à son étonnant et profond roman Là haut tout est calme en 2010, il me tardait de découvrir le nouvel opus de Gerbrand Bakker. Encore une fois, le rythme est tranquille et apaisant, mais ici faussement serein et finalement très troublant. Loin de chercher à se reconstruire, l'héroïne du Détour lutte et se débat, prenant chaque rayon de soleil comme une aubaine mais également chaque contrariété avec le détachement des vaincus. J'ai aimé et ai été gênée à la fois par la grande sensualité qui se dégage des pages de ce roman, rythmé par des citations de la poétesse. C'est un livre que j'ai pour autant dévoré avec une avidité rare.

Une lecture qui sort ses griffes dans des mots de velours.

Editions Gallimard - 19.90€ - Février 2013

Un pur bonheur pour Cathulu la tentatrice !!

 

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08 février 2013

L'atelier des miracles, Valérie Tong Cuong

latelierdesmiracles"Faites-moi confiance, Mariette. Des gens comme vous, au bout du rouleau, j'en suis depuis si longtemps, si vous saviez. Nous vous écouterons, vous nous écouterez, c'est l'essentiel de la recette. Nous vous apprendrons à vous regarder telle que vous êtes vraiment, et non au travers des yeux des autres, ni des filtres que vous a imposés votre histoire. C'est ce qui nous tue : les filtres. Il faut les cerner et les anéantir. Nous vous apprendrons à aimer vivre chaque instant. Il n'y aura plus de pièces manquantes, de chevilles mal fixées, de tristesse ou de pessimisme, et puis vous savez ? Cela marchera tellement bien qu'il arrivera un jour où ce sera votre tour d'aider les autres à vivre."

Mariette, professeur d'histoire-géographie, craque. Un de ses élèves la harcèle depuis de nombreux mois et un jour c'est le drame, la gifle balancée qui fait tout basculer. Millie n'en peut plus de ces missions interim qu'elle enchaîne, elle trouve sans la chercher une porte de sortie dans un incendie et le confort de l'amnésie feinte. Monsieur Mike, lui, installé dans la rue, sûr de sa carrure, sera mis à terre sous les coups d'un confrère pour le privilège d'une place bien située.
Tous, au fond du trou, rencontreront la main tendue de Jean, qui gère avec talent l'Atelier, un lieu connu pour faire des miracles. Pour le meilleur et peut-être aussi pour le pire...

Autant annoncer la couleur d'emblée, je ne partage pas du tout l'enthousiasme complet rencontré ici et là pour ce roman. J'en ai eu personnellement une lecture très partagée.
Dès les premières pages, l'écriture m'a déplu, sauté au visage. J'ai passé outre car les personnages sont attachants et j'avais très envie tout de même de connaître la fin de l'histoire. Et puis, en tant que lectrice, je suis toujours friande de ces petits bijoux littéraires qui font du bien, quitte à être parfois un peu bon public pour le style.
Je pense que c'est en fait la trame du récit, oui sans doute, qui n'a finalement pas emporté mon approbation, le fil qui tient le tout ensemble et l'explique, et que vous découvrirez si vous lisez L'atelier des miracles.
Pourtant pourtant, j'ai aimé rencontrer Mariette, Millie, Monsieur Mike et leur part d'ombre.
Pour eux, pour ce qu'ils ont de réel, pour leurs doubles vivants qui errent dans nos villes, ce livre valait sans conteste ma lecture.
Bouh, allez, je vous laisse faire le tri dans cet avis très emmêlé. ;) M Antigone, lui, a beaucoup aimé.

Editons JcLattès - 17€ - Janvier 2013

Un coup de coeur qui fait du bien pour Clara ! - Il a beaucoup plu à Lucie aussi !!

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