05 juillet 2011

Le Cheval soleil, Steinunn Sigurdardottir

Tu n'as vraiment rien d'un cheval soleil, ma petite.

le_cheval_soleil"Je n'ai [...] jamais été telle que je suis, sauf un temps après mon émergence de la gousse moisie de l'enfance. Avant que la vie elle-même ne s'abatte sur moi avec les gardes de nuit au service des mourants et la maison avec mes filles et tout. Ce temps-là, où je fus moi, fut le temps avec toi et ce fut toi qui me fis à mon image. Cette image de moi au bord de la mer est toujours dans mon portefeuille. Afin que je puisse la sortir en vitesse pour voir qui j'étais telle que je suis, qui je pourrais être."

Les parents de Li ne prennent pas soin d'elle, ni de son petit frère. Ils sont trop occupés à soigner et sauver les enfants des autres. Li découvre un beau jour, grâce à un amoureux combien il est bon et doux que quelqu'un soit là, pour elle, totalement. L'amoureux est prévenant mais la jeune fille le congédie bien avant que cela ne devienne trop sérieux entre eux. Il faut dire que rien n'est simple. Qui pourrait comprendre cette vie entre des Époux indifférents et un quotidien à sans cesse tenter de sauver du désastre ?

Le Cheval soleil est un roman surprenant, navigant toujours au bord du précipice. On frôle la folie, la maltraitance, l'absurde, sans pourtant y tomber réellement. L'Islande y paraît un pays bien dur, et peu coloré, un lieu où il est bon de saisir au vol le bonheur fugace qui vient vous éveiller de peur qu'il ne se représente jamais. Cependant, j'ai aimé me laisser bercer par son ambiance mélancolique. L'écriture de l'auteur accroche. Le dénouement laisse perplexe, vous le constaterez sans doute, mais peu importe, car on a suffisamment été troublé et captivé pour ne pas s'en offusquer. Un petit livre au charme particulier qui n'oublie pas de nous laisser réfléchir aux conséquences des blessures d'enfance.

bouton3 Editions 10/18 - 7.40€ - Mars 2011

 Une tentation contractée chez Cathulu - Lu aussi par Liloubi

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11 juin 2011

Comme une mère, Karine Reysset

COMMEUNEMERE"Elle n'est plus là. Le drap du berceau a gardé l'empreinte de son corps en boule. Notre rencontre aura été de courte durée. Je n'ai même pas eu le temps de lui parler. Je vais me préparer et partir, je n'ai plus que ça à faire maintenant. Sur ma main, il y a encore son odeur de bébé. Une odeur de lait et de cassis, ou de mûre."

Emilie est trop jeune, trop seule, trop peu capable d'élever cet enfant qu'elle va mettre au monde dans quelques minutes. Il naîtra sous X, sera élevé par une famille d'accueil aimante, loin d'elle, et voilà tout. Mais rien ne se passe comme prévu, ni l'attachement subtil qui attache la jeune femme à sa petite fille dès qu'elle l'aperçoit, la sent, l'entend, ni la présence de cette autre femme dans la maternité qui profite d'un moment d'inattention pour enlever le nourisson, tellement pleine de désir d'enfant et de cette douleur absolue d'avoir encore une fois perdu le sien...

Entre Paris et l'espace Thalasso de Saint-Malo, c'est le destin d'une petite Léa née pour susciter l'amour d'une mère que l'on suit. Et c'est avec une émotion à fleur de peau que l'on rentre dans ce récit de Karine Reysset. Je dois avouer que des larmes ont coulé. Dans ce roman, il est surtout question du lien maternel et de la possessivité qui en découle, mais aussi de cette possibilité courageuse d'une vie recommencée loin des orages du passé, et puis de folie.
Voici le troisième roman que je lis de l'auteure, en peu de temps. Après avoir lu A ta place et Les yeux au ciel, je pense cerner à présent l'ambiance de ses textes, son univers littéraire. Il me plait beaucoup. Je vais sans doute attendre, cependant, avant d'en lire un quatrième... Point trop n'en faut pour conserver le plaisir !

bouton3 Editions Points - 6€ - Avril 2009

Merci Clara !! 

La lecture d'Amanda - Celle de Laure - Valérie l'a lu... - Cathulu aussi !! 

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02 juin 2011

Une année avec mon père, Geneviève Brisac

Ce qui n'est pas écrit disparaît. (Ce qui est écrit disparaît aussi, le plus souvent. Mais d'une manière toute différente.)

une_ann_e_avec_mon_p_re"Ne plus conduire, ne plus s'autoriser à prendre un volant, un tel renoncement ne se peut penser aisément ni sans pleurer. Mon père est un hors-la-loi déguisé en homme de loi, un franc-tireur habillé en Salomon laïque, un aristocrate revêtu des insignes de la République. J'ai longtemps été dupe de ses proclamations.
Aujourd'hui, je sais qu'il n'attache vraiment de prix qu'à sa liberté."

Un accident de voiture, terrible. Du couple âgé qui avait pris la route ce jour-là ne survit que le père. Il est blessé, il faut s'en occuper, veiller, et en même temps respecter la distance qu'il impose, sa liberté d'homme fier et intelligent.
Une fille, respectueuse et inquiète, raconte ici son père, dans ces multiples moments partagés où la relation est sans cesse à recodifier, à réinventer, quand le corps vieillissant impose à tout être un lâcher-prise intransigeant, être à la fin de sa vie à la charge morale et physique de ses propres enfants...

Voici un récit où étrangement la pudeur naît de l'impudeur des faits relatés... L'entrée dans l'intimité est là, matérielle et corporelle, mais elle est marque de respect, de recherche de sens et de fidélité à la mémoire d'un homme que l'on a aimé et admiré. Geneviève Brisac mêle à son récit de nombreuses références littéraires comme si elle recherchait dans ses textes préférés, fondateurs, un appui sûr contre la déchéance des corps et l'évanouissement des vies.  
Un agréable et touchant moment de lecture que je rapproche, dans l'idée et en version masculine, au magnifique Grandir de Sophie Fontanel...

bouton3 Editions Points - 6€ - Avril 2011

Ma rencontre avec Geneviève Brisac date d'une lecture publique autour de Virginia Woolf - J'ai lu depuis La marche du cavalier et Les filles sont au café (52 ou la seconde vie)... parions que je ne vais pas m'en tenir là !

Ce titre a réconcilié Cathulu avec l'auteure, et moi je lis dans les commentaires qu'il me fallait attendre le bon moment, c'est fait... - La lecture très tentante également de Véro l'encreuse - Un très beau billet sur Enfin livre !

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05 mai 2011

Les reliques, Jeanne Benameur

les_reliques"Soulever le couvercle de bois.
Retrouver.
En mémoire le corps.
Dans le souffle toujours vivant de leurs trois poitrines.
Qu'importe les lambeaux, rien ne ternit sous la terre. Qu'importe le lieu où les os de Mira oublient ce que fut le poids de cette femme sur la terre. Ils ont leur trésor. Non, elle ne repose pas là-bas, au milieu des autres de la terre, sagement alignés dans les allées bordées de graviers. Non. Elle est avec eux. Entière. Vive. Dans l'éclat des paillettes dérobées au cirque.
Le temps n'existe pas.
Le mémoire est comme la souffrance. Intacte."

Que reste-t-il donc d'une femme que l'on a aimée ? Presque rien, sauf le souvenir.
Ils sont trois, ils sont issus du cirque, Hésior le magicien, Zeppo le clown, Nalbatar le soigneur de fauves, ils sont vieux et ils ont aimé Mira, tous les trois. Maintenant qu'elle n'est plus là, l'amante, la trapéziste, ils fabriquent de fausses reliques qu'ils enterrent dans la terre, pour perpétrer ce qu'elle a été, pour l'avenir...

J'ai rencontrée Jeanne Benameur, dernièrement lors d'un apéro littéraire... Je n'ai pas parlé de cette rencontre ici car je n'ai pas pris vraiment de notes sur l'instant, et que les phrases que j'ai retenu de ce moment je les ai logées dans un petit coin de ma tête pour ne pas les oublier mais qu'elles en disent peut-être finalement un peu trop sur moi... Jeanne Bennameur est une personne très intéressante à écouter, concernée, une personne d'opinion qui aime les gens, lance - comme ça en l'air - des phrases pansements inattendues sur les liens humains, sur la vie... J'ai adoré l'écouter. Interviewée par Eric Pessan, le temps est passé très vite.
Il a beaucoup été question, bien entendu, de son dernier roman Les insurrections singulières (2011) mais c'est vers celui-ci, Les reliques, tout juste sorti en poche mais publié chez Denoël en 2005 que s'est porté mon choix.
Comme ce que j'ai déjà lu d'elle, ce texte fait la part belle à l'écriture poétique, à la sensualité brute, au lyrisme contenu. La ponctuation arrête souvent les phrases au bord du trop, juste avant. Il ne faut pas y chercher un sens réaliste, vous y perdrez la raison, mais se laisser porter par la musique des mots, à la limite lire tout haut, et oublier l'ordre du temps.
Jeanne Benameur nous a rappelé avoir commencé sa vie éditoriale par un recueil de poèmes, Naissance de l'oubli (1989) et nous a promis quelque chose dans ce sens pour la rentrée, comme un retour aux sources... A suivre, donc !

bouton3 Babel - 6.50 € - Février 2011

Et une illustration trouvée chez Ptitlapin aujourd'hui - Signée Walter Ottokar - complètement dans l'esprit du texte !

walter_ottokar

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02 mai 2011

De chair et de sang, Michael Cunningham

de_chair_et_de_sang"Une jolie épouse, des meubles de pin massif, des pommes de terre et des côtelettes de porc qui vous attendent au chaud dans le four. Il voulait être heureux de façon permanente, consistante, heure après heure, pas seulement par petits accès qui s'emparaient de lui à l'improviste, en général quand il se trouvait seul. Il avait travaillé si durement. Il se disait qu'en se comportant comme quelqu'un d'heureux, en s'exprimant comme un homme heureux, il pourrait peut-être retrouver le bonheur. Il pourrait le saisir par ses ailes invisibles et le tenir serré contre sa poitrine."

En ce début des années 50, aux Etats-Unis, Constantin et Mary ont tout à prouver, descendants d'immigrants pauvres, la vie les a unis très jeunes (pour le meilleur espèrent-ils). Et la réussite est effectivement là au détour du chemin, bienvenue après des années de galère. Constantin fait fortune dans l'immobilier.
Mais la violence est très présente aussi. Constantin pique des colères terribles. Et le désir de perfection dans lequel Mary met tout son honneur et toute son énergie pervertit tout, et surtout le lien qui les unit à leurs enfants.
Susan devra s'enfuir pour rompre la relation - à la limite de l'inceste - initiée par son père. Billy se cherchera longtemps avant de se trouver dans un nouveau prénom, une autre vie. Zoé, la petite dernière, adoptée par un travesti de Manhattan, deviendra la mère célibataire d'un enfant noir.
Pour des parents, cherchant à tout prix à maintenir une façade de respectabilité au sein d'une haute société à majorité blanche, la pilule est difficile à avaler et le scandale total. Cependant, le temps qui passe lisse les aspérités de chacun et laisse - contre toutes attentes - entrevoir l'existence d'une famille soudée malgré les divergences...

Ce roman, épais et dense, est à la fois effroyable et magnifique. Effroyable par ce qu'il suppose de violence et de descentes aux enfers personnelles. Magnifique dans l'écriture, et dans cette particularité qu'à l'auteur de faire avancer le temps de scènes en scènes. Elles sont décrites au scalpel, d'une rare perfection. Avec elles, nous allons au creux du Moi et de ses ambivalences constantes.
Michael Cunningham est notamment l'auteur du roman Les heures, dont je n'ai vu que l'adaptation cinématographique, et qui aborde trois destins de femmes dont celui de Virginia Woolf. J'ai retrouvé ici quelques scènes terribles et similaires, comme par exemple celle de la confection du gâteau parfait. On retrouve également la description d'une femme confrontée au silence impersonnel d'une chambre d'hôtel. 
J'ai aimé lire ce roman car sa qualité est indéniable et l'expression de la solitude fort bien décrite. J'ai aimé aussi ce qui anime les personnages, malgré leurs erreurs, et tout ce qui amène en fin d'ouvrage à prôner la tolérance. J'ai moins aimé peut-être l'accumulation de moments qui m'ont parfois semblé un brin sordides, même s'ils servent de manière indéniable la narration. Un roman riche et profond, un presque coup de coeur !

bouton3 Les éditions du Livre de Poche - Avril 2011 - 6.95€

Lu dans le cadre d'un partenariat avec BOB ! Merci aux éditions du Livre de Poche !

Je me note dans un coin les deux autres romans de l'auteur Le livre des jours et La maison du bout du monde

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22 avril 2011

Objectif Pal d'Avril ... L'épouse hollandaise, Eric McCormack

Peut-être faut-il d'abord aimer, sans vraiment savoir grand chose de l'autre.

l__pouse_hollandaise

"Sur le seuil se tenait un  inconnu, un homme robuste coiffé d'une casquette de toile marron qu'il ôta. [...]
"Oui ?" fit Rachel Vanderlinden. [...]
L'homme marmonna quelque chose qu'elle eut du mal à comprendre - il avait un accent, écossais peut-être.
"Pardon ?" dit-elle. [...]
Ses yeux bleux se fixèrent cette fois sur les siens et il s'exprima distinctement. "Je suis votre mari", dit-il en s'attardant sur le "Je suis". [...]
L'homme attendait, l'air embarrassé. Il semblait croire qu'il lui avait remis un message codé qu'elle était censée savoir déchiffrer et escomptait à présent une réponse. [...]
Elle l'observa un long moment. Elle dut s'éclaircir la gorge. "Entrez, lui dit-elle.
- Vous êtes sûre ?" répondit-il.
Elle réfléchit un instant. "Oui", fit-elle."
(scène hautement résumée pour rester digeste)

Alors que le narrateur de notre roman s'installe dans une nouvelle maison pour écrire tranquillement, il est pris à parti par son voisin, un vieil homme érudit qui lui promet de lui raconter l'histoire incroyable de sa mère qui a aimé deux hommes, tous deux nommés Rowland Vanderlinden. L'un était son véritable époux, féru de voyages et de découvertes, l'autre un inconnu, un imposteur disparu en pleine guerre avec ses secrets.
Thomas Vanderlinden s'avère être un formidable conteur qui, lancé jeune homme par sa mère à la recherche de son premier mari, aura ainsi l'occasion de vivre de multiples aventures et de percer les mystères qui entourent une bien surprenante mystification...

J'ai été subjuguée par ce roman, autant le dire sans ambages, écrit sous la forme je trouve du Voyage de Sindbad le Marin, de la modernité dans l'écriture en plus, voilà longtemps que je n'avais été si emballée. Beaucoup de points sont fortement intéressants : les réflexions du narrateur sur son travail d'écrivain, les récits de Thomas qui forment parfois des récits dans le récit, la personnalité féministe et pleine de caractère de Rachel, et une foule de détails qui rendent ce livre foisonnant passionnant. De plus, le dépaysement est garanti.
A la fin, on se dit que l'on se laisse souvent abuser par des impressions, des idées toutes faites sur les gens que l'on croise, et qu'en creusant un peu, la vie intime de ses voisins peut très bien s'avérer pleine de surprises.
Mon petit bémol serait sans doute cette propension de l'auteur à vouloir en fin d'ouvrage résoudre toutes les énigmes et ouvrir toutes les portes mais lorsque ce n'est pas le cas, je râle, donc soyons honnête ce n'est pas si mal de temps en temps de fermer un roman la boucle bouclée, tous les personnages et les faits bien rangés.
Une lecture de PAL qui cachait bien son jeu, en somme. Un coup de coeur !

heart Coup de coeur !! - Editions Points - 7€ - Mars 2007objectif_pal_le_retour

Papillon, emballée aussi - Noté chez Bellesahi en 2007 (ce que le temps passe vite !)

Sinon, pour déposer son billet d'Avril, c'est par ici.
La mise à jour se fait tout doucement, ne vous inquiétez pas, des enfants à préparer pour les vacances... mais que vais-je devenir sans eux ?!
 

 Objectif Pal : 9/12

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06 avril 2011

Les variations Bradshaw, Rachel Cusk

lesvariationsbradshaw"Voilà le sermon, la leçon à retenir : les faits survivent aux émotions, et le savoir est plus puissant que l'amour. Le nombre de choses à apprendre est infini, mais l'amour n'est qu'un espace à capacité limitée."

Tonie a accepté une promotion à l'Université qui l'oblige à faire des heures supplémentaires. Thomas en a donc profité pour prendre une année sabbatique, son but prendre enfin le temps d'étudier le piano. Chez les Bradshaw, les rôles sont désormais inversés mais même si monsieur en profite pour se rapprocher de sa fille de huit ans Alexa, la maison n'est pas très soignée et des tasses sales traînent partout, donnant rapidement à leur demeure l'allure d'un bateau à la dérive...
Tonie voulait explorer sa part de masculinité, sortir de l'atmosphère ouatée de la maternité, Thomas souhaitait sans doute arrêter quelque chose lié à la course du temps et à l'influence de sa propre famille.
Chacun suivra donc dans ce récit sa partition, jouant sur une route chaotique des notes personnelles finalement riches de révélations.

De même que dans Arlington Park (coup de coeur de lecture en 2010 !), Rachel Cusk excelle ici à disséquer les failles du quotidien et du milieu domestique. Ces petites vérités bien que souvent cyniques sont des régals de lecture. J'ai préféré cependant ma lecture précédente (Arlington Park donc), la forme brève des chapitres me semblant plus percutante. Pourtant, tout est ici assez justement saisi. Mon intérêt et mes sourires ont été particulièrement concentré vers le couple secondaire du roman, Howard et Claudie, terribles dans leur manière de fonctionner et pourtant humains à l'excès avec leurs défauts et leur affection débordante parfois mal dirigée.

"Ils en conviennent le chien était trop pour eux. Sur ce point, oui, ils ont dépassé les bornes. Claudia remarque qu'avec tout le travail que cela représente d'élever un chien, ils auraient mieux fait d'avoir un autre enfant."

bouton3 Editions Points - 7€ - 14 Février 2011 (Emprunté en Bibliothèque)

Voici le troisième roman que je lis de l'auteure, Bienvenue à Egypt Farm ayant été une déception.

Cathulu a été la tentatrice 

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13 mars 2011

mr ashenden agent secret, Somerset Maugham

mr_ashenden"Ashenden avait pour habitude d'affirmer qu'il ne s'ennuyait jamais. C'était l'une de ses convictions personnelles que cela n'arrive qu'aux personnes vides de toute richesse intérieure et que seuls les gens stupides comptent sur le monde extérieur pour les distraire."
Extrait de la nouvelle Giulia Lazzari

Mr Ashenden n'est ici autre que Somerset Maugham lui-même, écrivain de profession devenu agent secret depuis qu'un certain Colonnel R. l'a engagé. Il s'acquitte de sa tâche avec une désinvolture toute britannique et un peu de mépris pour les émotions d'autrui... cependant il n'est pas sans se rendre compte des conséquences de ses missions. Souvent replié dans une chambre d'hôtel, gardant comme couverture cette fonction bien pratique de romancier en quête de quiétude et de personnages, il attend, observe et agit.

L'ensemble des nouvelles nous offre une galerie de portraits assez savoureux et hauts en couleurs, ceux d'une époque révolue où l'on ne voyage qu'en train et où les femmes même intelligentes sont jugées sur leurs toilettes. L'espionnage a ici un goût particulier de réalisme qui fait parfois aussi un peu froid dans le dos car cynisme et patriotisme intransigeant sont de rigueur. J'ai aimé cependant le côté Scherlok Holmes du personnage principal, alliant flegme, compétence et assurance.
Au final, voici une lecture plutôt agréable, au charme certain, quoique un peu désuet.

Somerset Maugham himself explique en préface le contenu de son recueil de nouvelles...
"Ce recueil s'inspire de mon expérience d'agent secret pendant la guerre (celle de 14), mais remaniée au service de la fiction. Car la réalité est un piètre conteur. [...] elle n'a pas le sens de la gradation dramatique et en noie les effets dans des détails oiseux."

bouton3 Pavillons poche - 9.90€ - Février 2011

Un grand merci à BOB pour ce partenariat et aux éditions Robert Laffont pour l'envoi.

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06 mars 2011

Les chaussures italiennes, Henning Mankell

les_chaussures_italiennes"Il y avait quelqu'un sur la glace.
Une silhouette noire sur fond de blancheur immense. Le soleil était bas sur l'horizon. J'ai plissé les yeux pour mieux voir. C'était une femme. On aurait dit qu'elle marchait appuyée contre un vélo. Puis j'ai compris : c'était un déambulateur. Je grelottais de froid. Quelle que fût cette femme, je ne pouvais pas rester tout nu à côté de mon trou. Je suis rentré à la maison à toute vitesse en me demandant si j'avais eu des visions.
Une fois habillé, j'ai pris mes jumelles et j'ai escaladé le rocher.
Je n'avais pas eu la berlue."

Fredrik Welin, ancien chirurgien orthopédique, s'est réfugié sur une île il y a douze ans de cela suite à un bouleversement dans sa vie professionnelle... Il y vit depuis en reclus en compagnie de son chien et de son chat, perturbé seulement par la visite régulière de Jansson, le facteur. Tous les jours, il se baigne nu dans un trou creusé dans la glace et annote son journal. Pourtant dans sa vie actuelle rien ne se passe, seule la fourmilière qui a envahi une partie de son salon progresse tranquillement... Un beau jour, son ancien amour délaissé débarque brusquement arrimé à un déambulateur, Harriet. Fredrik découvrira alors que le temps de la solitude a tout à coup pris fin...

heart Voici exactement le type de lectures dont j'avais besoin en ce moment... des envies, comme ça, que l'on me raconte des histoires, et de belles histoires par dessus le marché. Pourtant, les personnages de ces chaussures italiennes ne sont pas tous recommandables mais ils ont décidé de vivre selon leur bon vouloir, de se rencontrer, de se quereller, de se pardonner, et aussi de finir leurs jours où bon leur semble, c'est tout. Je ne pouvais qu'assigner à ce livre un coup de coeur car à défaut d'être parfait, il a eu le mérite de me faire vibrer, beaucoup.
En vrac et au milieu de paysages de la Baltique que l'on devine magnifiques, vous trouverez des femmes battantes, des tours en bateaux, un facteur hypocondriaque, une roulotte tapie au fond d'une forêt, un lac, un road movie, un créateur de chaussures uniques et une fête d'été improvisée. Du rêve, de la chaleur et de la psychologie travaillée donnent à l'ensemble tous les ingrédients d'un très bon moment de lecture.

bouton3 Editions Points - 7.50€ - Février 2011 - Emprunté en médiathèque.

Entre autres lectures...

Pour Cuné : "Un roman magnifique et vibrant, tout en retenue et pureté. Des personnages qui explosent de présence, Louise qui croit en un monde où l'on résiste ou Jansson l'hypocondriaque qui peut prédire la météo grâce à ses pouces, de l'entraide, une douceur qui est tout sauf triste, un univers douillet et précieux que l'on quitte à grand regret. Je ne connaissais pas la plume d'Henning Mankell sous cet aspect, je suis complètement sous le charme."
Pour Cathulu : "Une psychologie fouillée mais sans pathos qui réussit tout en délicatesse à nous amener parfois au bord des larmes sans pour autant être déprimante, un roman chaleureux qui nous prend par la main et qu'on ne lâche plus."
Pour Aifelle : "Henning Mankell nous laisse entrevoir une rédemption possible pour Fredrik et c'est une fin qui me convient. Il excelle à nous transporter dans les paysages suédois, l'île, la forêt, la neige, le froid. Jusqu'à présent, je n'avais lu qu'un policier de cet auteur, sans plus d'intérêt. Là, je suis enthousiasmée par ce roman introspectif."

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24 janvier 2011

Objectif Pal de Janvier... Luxueuse austérité de Marie Rouanet

luxueuse_aust_rit_"Qu'opposer à ce qui attire l'enfance ? Le silence ? La tranquillité de l'esprit ? L'exquise pénurie qui libérait de tant d'astreintes imposées par le standing des maisons ? Comment défendre ces jours dont il n'y a rien à raconter si ce n'est cette simplification de la vie, non pas choisie mais rendue obligatoire par les circonstances, qui non seulement n'enlevait rien à l'intensité de la joie mais fondait sa naissance ?"

Marie Rouanet raconte une maison - peut-être la sienne - une maison héritée et sommaire, une qui en exige par sa simplicité, son éloignement, son intrinsèque austérité. Peu à peu, à la description des gestes, à l'évocation de l'histoire de cette demeure qu'une ancêtre a patiemment modelée à sa convenance, se mêle un profond bonheur et une réflexion sensible et sage sur notre manière moderne de vivre.

J'ai plongé dans ce petit livre comme on entre dans une maison de vacances pour prendre doucement possession des lieux. J'ai parfois zigzagué au gré de la pensée de l'auteure mais j'ai aimé, énormément, cette apologie du peu, de l'essentiel, du dépouillement, des bonheurs simples.

Cela ressemble à cette mode du Slow Life dont ELLE nous parlait cette semaine. Cela ressemble aussi à ce qu'il devrait nous être permis plus souvent de faire, s'arrêter pour rêver, penser, regarder.
Cela met en valeur l'ordinaire des jours, ou les jours ordinaires, les taiseux, et moi ça me plait bien.

"On ne vit qu'alourdi du bonheur saisi, puis enfui."

bouton3 Le livre de poche - 5€ - Septembre 2008objectif_pal_le_retour

La lecture de Cathulu, elle tout pleine de réserves... (Merci !)

Pour déposer son billet de pal de janvier, c'est toujours par ici !
                                                                                                    Objectif Pal : 6/12

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