22 août 2016

Vie prolongée d'Arthur Rimbaud, Thierry Beinstingel ~ Rentrée littéraire 2016

vieprolongeedarthurrimbaud "L'orgueil que Nicolas éprouve est tonique, intact. Pour la première fois depuis longtemps, il est en accord avec Arthur."

Et si, en Novembre 1891, ce n'était pas la dépouille d'Arthur Rimbaud que sa soeur Isabelle avait ramenée à Charleville, mais celle d'un inconnu, un voisin de chambre de cet hôpital de Marseille où son frère est hospitalisé ? Et si il y avait eu confusion ? Si Arthur Rimbaud avait finalement survécu, amputé d'une jambe, malgré la douleur, le cancer, les délires, l'agonie ? C'est le parti pris de Thierry Beinstingel dans ce livre, prolonger la vie d'Arthur Rimbaud au-delà de cette mort prématurée à l'âge de 37 ans. Il imagine alors un homme, plus proche de celui qui a vécu en Afrique, que de celui qui fuguait loin de sa mère et a un temps eu une aventure tumultueuse avec Paul Verlaine. Thierry Beinstingel imagine un Arthur Rimbaud, rebaptisé Nicolas, avide d'oublier son passé de poète, d'entreprendre, de fonder une famille, témoin muet et parfois agacé des efforts du monde littéraire, de sa soeur, de porter ses écrits de jeunesse et son oeuvre à la postérité.

Je suis partagée sur cette lecture de rentrée dont j'attendais beaucoup. J'avais été très enthousiasmée par ma lecture de Retour aux mots sauvages et de Ils désertent, par l'inventivité et la force d'écriture de Thierry Beinstingel. L'écriture est dans ce roman-ci bien différente, elle n'est pas là pour se distinguer, pour cela il y a la poésie de Rimbaud, mais pour servir le récit. Petite déception donc. J'ai pour autant accepté assez facilement le subterfuge de l'auteur, ce faux avenir d'un jeune Rimbaud survivant, qui semble vrai, et en ai profité pour apprendre beaucoup sur ce poète que je connaissais finalement assez peu. En cela, ce livre est intéressant. Le personnage d'Isabelle, la seule à connaître le secret de la résurrection de son frère, est touchant, ainsi que les membres de cette nouvelle famille que le poète se crée, loin du tumulte de Paris, et du monde des lettres, insensible au culte qu'on commence à lui vouer. On voyage dans ce livre dans un début de XXème siècle foisonnant, changeant, qui voit se monter la Tour Eiffel, et débarquer la première guerre mondiale. Thierry Beinstingel mélange réalité et fiction avec brio, se joue de son lecteur, qui est tenté constamment de vérifier ses dires... mais c'est une lecture qui reste malgré tout pour moi teintée de déception. 

Editions Fayard - 20.90€ - 17 août 2016

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18 juillet 2016

Une famille normale, Garance Meillon

unefamillenormale

 "Dans la voiture, je fis taire Chopin, qui lui non plus ne comprenait plus rien."

La famille de Cassiopée est (d'apparence) une famille banale. Damien et elle forment en effet un couple uni, ont chacun un métier, des passions, un entourage amical. Ensemble, ils ont eu deux enfants, une fille et un garçon, maintenant adolescents, et ils habitent tous les quatre un bel appartement dont la jeune femme est assez fière. La routine a bien un peu pris le dessus sur le sentimentalisme des débuts, ce qui arrive à de nombreux mariages. Mais l'emploi du temps est devenu une donnée maîtrisée, peut-être même un peu trop. D'ailleurs, Cassiopée organise tout dans cette maison, les activités des enfants, le régime sans sel de la famille, et ferme les yeux sur les loisirs extravagants de son mari, notamment sur cette casquette affreuse qu'il tient à porter tous les dimanches. Les rares moments d'abandon sont par ailleurs soigneusement réglementés, l'amour c'est le mardi, et les comics n'ont leur place que dans les toilettes. Et puis un jour, la mère de Cassiopée décède, et tout ce bel édifice édifié avec soin pour ne laisser entrer aucun sentiment, ni aucun imprévu, craquelle. Les larmes peinent pourtant à venir. Les deux femmes étaient si différentes. Cet évènement, et des lettres que Cassiopée découvre, vont pourtant faire voler en éclats les faux-semblants de cette famille normale. Il faut croire qu'elle n'attendait que cela...

J'ai beaucoup aimé ce livre, les secrets révélés, la découverte par Cassiopée des lettres de sa mère, la vague qui prend racine là, dans ce moment de lecture et fait bouger les lignes. Le couple que la jeune femme forme avec Damien est étonnant et assez exceptionnel. L'amour insubmersible de cet homme qui attend, est à l'écoute, et sait profiter de ce que sa femme est à même de donner, est très touchant. Le lecteur entre aussi dans l'intimité des deux adolescents, Lucie et Benjamin, et les regarde aimer, faire des erreurs, se blesser puis se relever. Ce livre est passionnant à lire, d'une simplicité remplie d'émotion, très beau, surprenant, et bien écrit. Un bien intéressant moment de lecture.

Edtitions Fayard - 17€ - Janvier 2016

Un livre lu dans le cadre du challenge Premier roman...

68premieresfois Une lecture forte, à la fois glaçante et tendre, bouleversante pour Martine - Un roman ironique vraiment intéressant à découvrir pour Pativore - Emouvant pour Virginie - Emotions et sentiments pour Nathalie - L'instinct de survie des personnages a plu à Tlivres - Emouvant pour Joelle - Anita a été moins enthousiasmée par la fin que par le début - Une belle leçon de vie pour Plume Nacrée - Une performance honorable pour Anita - Lydie a adoré - De l'ennui dans les jardins d'Hélène - Une lecture intéressante et une écriture prometteuse pour domiclire, malgré quelques bémols - "L’écriture de Garance Meillon est singulière,  sobre, drôle, un poil grinçante…Tout ce que j’aime", chez Framboise - Saxaoul n'a pas été convaincue par le dénouement...

27 janvier 2016

Eileen, Ottessa Moshfegh

eileen "Ça aurait pu être bien pire, évidemment."

Alors qu'elle est à présent une vieille femme et que son environnement est bien différent de celui qu'elle côtoyait jeune fille, Eileen se remémore les circonstances qui ont précédé son départ de X-ville et changé sa vie...
Agée à cette époque de 24 ans, elle passe habituellement ses soirées avec son père alcoolique, ancien flic, et travaille le jour en tant qu'agent d'accueil dans une prison pour adolescents. Un quotidien glauque, un travail qu'elle effectue un masque de mort plaqué sur son visage, un corps qu'elle rejette et qu'elle couvre des vêtements de sa mère morte. Tout concourre à ce qu'Eileen déteste son existence, soumise et sans issue, et rêve en secret du grand départ. L'arrivée de Rebecca au sein du personnel de la prison, Rebecca si belle et si troublante, à la fois proche et distante, va bouleverser la jeune femme avide d'affection. Mais la nouvelle venue se révèle dangereuse, manipulatrice, et va entraîner Eileen dans une bien étrange fascination pour un des détenus, Lee, accusé d'avoir égorgé son père.

Ce titre est un premier roman, et je l'ai choisi béatement pour sa couverture (que j'aime bien) et son résumé, avec l'intention de faire la connaissance d'une jeune fille mal dans sa peau. Je ne m'attendais cependant pas à une telle atmosphère, si désenchantée et sale. Il est difficile, en effet, d'avoir de l'empathie pour Eileen et son comportement bizarre, quoique compréhensible. Pour autant, j'ai aimé lire ce livre, sa voix littéraire, rencontrer ces personnages désagréables, qui passent beaucoup de temps à boire, à vomir et à manger des cacahuètes ou des sucreries immondes. Il n'y en a aucun pour rattraper l'autre, et inutile de chercher non plus en eux un quelconque espoir, et c'est assez rassurant, à défaut d'être apaisant. C'est un genre de littérature que je comprends, le désenchantement. La fin s'avère cependant un grand n'importe quoi grotesque, qui a le mérite de donner à ce roman sa véritable nature, celle d'un thriller qui cache bien son jeu. Il aurait été sans doute judicieux, justement, d'orienter le lecteur vers ce genre dès le départ, afin qu'il ne parte pas sur une fausse idée de roman réaliste, alors que nous sommes ici plus proches du Carrie de Stephen King... sans les effets spéciaux, et le seau de sang. Eileen est pour autant moderne, dans l'air du temps... dans la mouvance de séries telles que True Detective, qui montrent une Amérique profonde, perdue, en marge, brisée, à la déchéance toute tracée, et dont les individus ne peuvent s'extraire qu'au prix d'une grande volonté, ou d'une certaine inconscience.

Editions Fayard - 20€ - Janvier 2016 - Merci à NetGalley !

Lu également par Kathel qui émet des bémols similaires et a ressenti un sentiment de gêne façe à cette atmosphère fangeuse [clic] 

 

Posté par Antigone1 à 07:47 - - Commentaires [16] - Permalien [#]
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