15 octobre 2016

Molécules, François Bégaudeau ~ Rentrée littéraire 2016

molecules

"Ça l'embête qu'ils deviennent ennemis, ce serait indigne de leur belle histoire. Elle a raison, on ne peut pas en vouloir à quelqu'un de ne pas aimer. L'amour n'est pas une créance. Elle ne lui doit rien."

Jeanne Deligny est morte, tailladée sur un des paliers de son immeuble. Il faut retrouver son agresseur, comprendre qui a pu vouloir la mort de cette femme sans histoires qui laisse derrière elle un mari pharmacien et une toute jeune fille. Elle travaillait dans un centre pour handicapés, pensait adopter Didier, malgré ce que Charles en pensait. Il a dit les fous ne sont pas tes enfants. Mais maintenant, tout a changé, depuis le meurtre de Jeanne, et la sidération, il est prêt. Sa fille Léna récupère un frère. Et l'on retrouve le meurtrier de Jeanne, un ancien amoureux transi, Gilles, qui avoue sans sourciller avoir voulu supprimer enfin la cause de tous ses malheurs...

Je lis régulièrement François Bégaudeau depuis que je l'avais écouté en rencontre il y a fort fort longtemps... et je reste souvent assez curieuse de ce qu'il écrit, même si le résultat est parfois désarçonnant, entre sentiment d'agacement et coup de coeur. J'avais par exemple adoré son Au début [clic], aimé Entre les murs, mais moins Fin de l'histoire [clic] ou La blessure, la vraie [clic]. Bref, François Bégaudeau ne me laisse pas indifférente, j'ai donc voulu lire encore en cette rentrée son nouvel opus. Et cette fois-ci, il m'a surprise encore, à s'essayer ainsi à un style qui frôle l'enquête policière et le thriller psychologique. Et en réalité, j'ai aimé ce que j'ai lu cette fois-ci, l'écriture inventive et vivante, et cette ambiance, un peu glauque (mais pas trop), une peu tendue (mais pas trop) et un peu sarcastique. Un texte à découvrir, avec beaucoup de second degré en soi.

Editions Verticales - 19.50€ - 18 août 2016

 


21 mai 2012

Au début, François Bégaudeau

audébutbégaudeau"La question ici c'est le début. Le désir, si c'en est un.
Le désir ne doit pas être confondu avec les causes, qui elles-mêmes n'équivalent pas aux circonstances. D'un système complexe de circonstances est né un enfant. Rencontre d'un mec super + inconséquence de l'amour + goût incurable pour l'enfance + facteur X = je me retrouve maman."

Oubliez cette couverture. Un brin effrayante je dois l'admettre.
Oubliez ce que j'ai pu vous dire autrefois sur l'auteur (combien il était macho dans ses propos, etc...).
Oubliez que vous lisez un livre écrit par un homme.
Puis, écoutez parler ces femmes, des commencements, du début, du moment ou est venue l'envie, l'idée de l'enfant.

François Bégaudeau a retranscrit ici, dans son roman, le récit de plusieurs grossesses, difficiles ou parfois terriblement simples. L'amour n'y est pas si évident, naturel, la vérité bien crue, pas celle que l'on imaginait. La mort et la douleur sont en lisière, à l'affut, prêtes à dégainer leurs armes cruelles à l'occasion. La solitude aussi. Autour de ces femmes en gestation, en attente d'enfants, il y a parfois foule, un compagnon, ou le vide, mais il y a toujours en conclusion cette rencontre unique entre une mère et son bébé.

Je suis toujours très sensible sur le sujet. J'avais accueilli le roman d'Eliette Abécassis à sa sortie, Un heureux évènement, comme une bénédiction. J'ai été très émue par ce recueil de nouvelles, à la délicatesse bien inattendue.
Merci monsieur Bégaudeau ! Cette fois-ci, vous avez su toucher mon coeur !

Quelques petits détails m'ont amusé également, qu'un des personnages accouche dans le même hôpital de Nantes que moi par exemple, ou reconnaître dans le récit-hommage halluciné d'une future mère l'héroïne angoissée de Rosemary's baby.

"Je me suis dit : maintenant ça rigole plus, maintenant tu es en vie. Pendant vingt-cinq ans j'avais flotté dans une certaine incrédulité quant à la réalité de ma présence au monde. Là j'en étais. Les deux pieds dedans."

Une lecture étonnante et très féminine, axée sur ce qu'est la véritable maternité. Un coup de coeur !!

heart   Alma éditeur - 18€ - Février 2012 - Merci ma bibli !!

La collection Pabloïd/Roman chez Alma (l'éditeur qui monte !!)

J'avais noté ce titre chez George et je la remercie pour son billet qui a su me convaincre. 

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18 janvier 2011

La blessure la vraie, François Bégaudeau

la_blessure_la_vraie"Deux pieds et deux jambes pour moi, les minutes et les secondes contre moi. Une course contre la montre, exactement. Fendant une foule de Hollandais et d'Allemands, comme un vélo champion au sommet d'un col.
C'est comme ça que ça a commencé la blessure.
La blessure et courir dessus."

Eté 86, la chaleur, Saint Michel en l'Herm, la côte vendéenne et la Faute sur Mer bien avant la marée, et avoir 15 ans, et ne penser qu'à une seule chose, devenir un homme, coucher avec une fille... Qu'on en finisse une fois pour toutes avec ce passage obligé, qu'à la rentrée ce soit fait et voilà. Pas si facile, pas si simple. Le petit François né à Luçon, et qui a grandit dans ce village semblable à tant d'autres, est devenu entre temps Le Nantais. Retour au pays pour l'été. On retrouve le groupe d'amis, le café Chez Gaga et des stratégies de copinages à faire pâlir les candidats de Koh-Lanta (cela dit on ne les imagine pas encore). Les filles sont des caricatures de Madonna. Les garçons friment en mobylette. Bardé de son 17 sur 20 en anglais, notre héros fait pâle figure devant les cadors du coin qui râflent largement la mise malgré leurs dents manquantes et leur propension à boire de la Kro plus que de raison... L'amour sortira-t-il gagnant de cette histoire ? Pas si sûr. La vérité, la vraie, aura-t-elle été évoquée ? Pas certain.

Je ne pouvais passer à côté de cette enfance vendéenne qui malgré ses accents de couverture semble en grande partie fictionnelle. Ayant déjà lu, vu et entendu François bégaudeau à plusieurs reprises (ma lecture de Fin de l'histoire) je n'ai pas été surprise de retrouver ce même petit accent macho et ce rythme d'écriture vif et haletant qui fait sa signature. Tout cela est souvent cru sans être vulgaire du tout, d'une inconvenance toute adolescente qui passe très bien, c'est drôle aussi et cocasse, par moments assez inconcevable. Ca ne plaira pas à tout le monde, moi j'ai aimé le lire. C'est un peu, j'ai trouvé, le côté verso de cette nouvelle de Brigitte Giraud, Baby foot qui conte un amour d'été, version adolescente... Alors que les filles regardent les yeux des garçons, les garçons eux pensent parfois à autre chose...

bouton3 Editions Verticales - 19 € - Janvier 2011

Un titre sélectionné aussi pour le prix Landerneau 2011

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30 mai 2009

Fin de l'histoire, François Bégaudeau

findel_histoireFlorence Aubenas est revenue, libérée après cinq mois de captivitée. Elle donne une conférence de presse. Elle est là pour répondre aux attentes des journalistes, avides de détails croustillants, de révélations ; elle est là pour donner des faits en pâture...mais ce n'est pas réellement ce qu'il va se passer. En 45 minutes et 14 secondes de récit, Florence Aubenas va incarner, avec humour, une femme...dans l'Histoire, une femme qui ne souhaite pas rentrer dans la légende...et François Bégaudeau est là, attentif aux sens cachés, aux sous-entendus, à ce qui peut-être compris et incompris, à ce qui est tu.

Mon avis ? J'ai lu ce titre, loin de la polémique qu'il a suscité, loin de l'indécence que l'on peut trouver dans ses lignes... J'ai lu ce titre comme si le temps avait fait son oeuvre, et l'oubli aussi... Et j'ai aimé le lire.
Bien entendu, je me suis demandée en le parcourant, si Florence Aubenas était en accord avec le fait que l'on parle d'elle, aussi intimement. Apparemment, une décharge a été signée... Apparemment, elle n'a pas lu ce roman. Et là n'est sans doute pas l'important, en somme, et autant le comprendre, pour apprécier le fond de cette
fin d'histoire.
François Bégaudeau y est égal à lui-même, à ce qui fait son charme, à ce qui provoque l'agacement aussi. Sur le même ton sur lequel il rédige, dans Muze, sa rubrique "Accroc à mon héroïne" il nous dresse ici le portrait de Florence Aubenas. Il s'appuie sur son discours, et en profite pour parler des femmes, de sa vie, avec des mécanismes d'écriture reconnaissables, par moment un brin macho, mais pour moi assez attrayants. En bref, j'ai aimé ce jeu d'écriture, sorti à mon avis trop tôt après la libération de l'ex-otage...

Un extrait...
"Donc c'que je vous propose, la façon d'faire qui me paraît la plus simple...je suis désolée j'ai la voix cassée, parce que j'ai pas parlé pendant cinq mois, là j'ai repris mon niveau normal, c'est-à-dire pour ceux qui me connaissent parler tout le temps rires donc du coup les cordes vocales se remettent en service Pendant cinq mois c'est pas sa famille qui lui a manqué, pas les Vins divins de son pays, ni ses livres si elle lit, ni ses enfants si elle en a, ni les crèmes hydratantes de sa salle de bains si elle habite quelque part. C'est parler. Là on lui offre une plage de quarante-cinq minutes, quarante-cinq minutes de talk show prononcez à l'américaine, trop beau pour être vrai, elle s'en lèche les babines avec sa langue bien pendue, la vie c'est parler ou alors c'est pas la peine, pour le silence on a toute la mort devant soi Donc c'que je vous propose... si vous n'en n'êtes pas d'accord poussez un hurlement, j'vous fais confiance... c'est de vous faire un récit un peu chronologique des choses"

bouton3 Note de lecture : 4/5

ISBN 978 2 07 078472 1 - 12.50€ - 08/07

Pour en savoir plus, ou peut-être mieux... Un article sur Remue.net - Et un autre sur Rue89 -

 

Posté par LESECRITS à 06:29 - - Commentaires [15] - Permalien [#]
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