02 février 2017

Je dansais, Carole Zalberg

jedansais

Tu ne savais pas qui dansait dans ce livre quand tu as répondu oui... à Carole Zalberg. Mais tu avais lu A défaut d'Amérique, alors tu savais donc déjà (par contre) que tu aimerais l'écriture... Tu ne savais pas non plus que l'on pouvait écrire de nouveau sur l'enfermement, et aussi bien, après le bouleversant et prodigieux Room... mais si. Lorsque tu ouvres les premières pages de Je dansais, tu n'as pas lu la quatrième de couverture, exprès (tu aimes les surprises des premiers mots), et les premières phrases te prennent à la gorge, très vite... Tu reconnais la situation, le duel qui se joue, l'horreur, et cette ambivalence terrible qui lie peu à peu la victime à son bourreau... le vide en soi, la lutte tapie dans le creux du cerveau, l'attente qui s'épuise. Marie, treize ans, a été enlevée et séquestrée. Son ravisseur, brûlé au visage par accident, devenu un monstre, croit avoir reconnu en la petite fille son amour, sa précieuse. Il y a effectivement ce jour où, en le croisant dans la rue, elle n'avait pas baissé son regard devant lui. L'erreur. Il l'a choisie ce jour là, pour ce défi. Avant, Marie dansait, faisait le bonheur de ses parents, un bonheur pourtant si fragile... Lire tout cela, pour toi lectrice, au fur et à mesure des pages, c'est presque laisser couler dans tes veines de l'acide, t'obliger à faire taire la révolte qui sourde en toi, avec le temps qui file, les années qui passent et la résignation... Et Carole Zalberg fait danser sa plume sur cette sensation, te trouble à essayer de comprendre les motivations du bourreau, sa pauvre peine. Elle laisse aussi pénétrer dans son livre les voix de toutes ses jeunes filles qui de par le monde sont en butte à la violence des hommes. Et toi tu as juste envie de crier NON... et lorsque tu fermes ce livre tu sais la trace indélébile, presque la blessure, qu'il a laissée en toi... la force de son frisson.

Editions Grasset - 16 € - Février 2017

Ptitlapin l'a lu aussi

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27 septembre 2016

Petit pays, Gael Faye ~ Rentrée littéraire 2016

petitpays

"J'avais beau espérer, le réel s'obstinait à entraver mes rêves."

Nous sommes au Burundi, au début des années 90, Gaby vit avec sa petite soeur Ana, et ses parents, dans un quartier préservé réservé aux expatriés. Le père de Gaby est français, sa mère est rwandaise. Les journées passent doucement, tout est paisible et doux. Gaby passe son temps libre avec une bande de copains, tous habitants de la même impasse. Mais peu à peu, le quotidien change. Les parents de Gaby se séparent, la famille rwandaise de sa mère commence à craindre pour sa vie, et le vent de démocratie qui a engendré les dernières élections au Burundi s'avère être un feu de paille.

Gaël Faye explore dans ce premier roman un monde disparu, fait de moments simples, avant que l'Histoire ramène chacun à son identité ethnique, détruise et sépare. La violence (et quelle violence !) s'insinue dans un univers d'enfant espiègle et innocent, et c'est cette intrusion qui serre le coeur du lecteur, alternativement balancé entre le sourire et les larmes. Mais la tragédie est là, et elle ne laisse pas le choix. Il faudra bien protéger sa vie, fuir en France, se rendre compte que le passé ne reviendra plus. J'ai beaucoup aimé le ton léger de ce livre, qui n'empêche jamais de comprendre ce qui se passe en arrière plan via les conversations des adultes, et la multitude de personnages qui l'habite. Je décerne une mention spéciale à la bibliothèque de Madame Economopoulos et aux instants de tendresse disséminés ici et là... Une lecture de rentrée indubitablement marquante.

Éditions Grasset - 18€ - 24 août 2016

Ce roman a reçu le Prix Fnac 2016 - Lu dans le cadre du challenge Premiers romans... et du challenge 1% rentrée littéraire...

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24 août 2016

Police, Hugo Boris ~ Rentrée littéraire 2016

police

 "La voiture avance comme un cauchemar dans le silence retombé, à peine froissé par le battement du clignotant."

Virginie et son équipe ont ordre de reconduire à la frontière un migrant, afin qu'il retourne dans son pays d'origine, le Tadjikstan. Ils prennent donc la direction de l'aéroport Roissy-Charles de Gaulle tous les quatre, elle, le migrant, et Erik et Aristide, ses collègues. L'interpellation a eu lieu un peu plus tôt dans l'après-midi, à la suite d'un incendie dans un centre de rétention. Ce n'est pas la procédure habituelle, ils sont des flics en tenue peu habitués à ce genre de mission. Le trajet en voiture réveille tout d'abord les doutes de Virginie qui compulse sans autorisation le dossier du Tadjik. Elle se rend compte très vite qu'il risquera sa vie dès son arrivée chez lui. Elle est déjà elle-même chamboulée par l'acte qu'elle va accomplir demain, avorter de l'enfant qu'elle attend depuis peu de sa relation adultère avec Aristide. Mais comment renverser le cours de la journée ? Permettre la fuite ? Convaincre ses collègues masculins ? Prendre le risque d'enfreindre les ordres ? Un contre la montre tendu et bouleversant se met alors en place.

Quelle excellente surprise que de tomber sur une telle écriture inventive et un petit livre qui suscite des émotions de toutes sortes ! Police tient à la fois du roman policier et du roman intimiste, il est très très bien fait, et il m'a personnellement bouleversée. Il faut dire qu'Hugo Boris n'en est pas à son premier opus, il a déjà remporté quelques prix ou a été dans leurs sélections finales pour ses précédents romans. Pour moi, c'est une très belle découverte. Je vous engage à lire ce titre qui ouvre quelques portes, et surtout celles de l'empathie, et qui vous surprendra. Je l'ai aimé dès ses premières lignes, et du début à la fin. Un coup de coeur inattendu de cette rentrée !

Editions Grasset - 17.50€ - 24 août 2016

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01 juin 2016

Branques, Alexandra Fritz

branques

 "Car la norme est obligatoire pour vivre en société"

Ce roman nous plonge dans l'univers particulier d'un service en hôpital psychiatrique, via les voix de Jeanne, Isis, Tête d'Ail et Frisco, des résidents... Jeanne tient un journal, elle est la voix principale de ce récit, elle essaye d'analyser ce qu'elle voit, de porter un regard objectif sur elle et sur les autres, de savoir pourquoi et comment tout cela est arrivé, sa présence dans ces lieux. Elle est prise au piège, chambre 203, jamais deux sans trois. Les autres tentent de gérer leurs émotions, le mieux qu'ils le peuvent, acceptent ou non les rencontres, les échanges. C'est ce qui est confortable soudain, plus de normalité, plus de conventions, plus de jugements... l'impolitesse est possible.

Branques est un premier roman assez étonnant qui se picore sans précipitation. D'ailleurs, j'ai mis du temps à le lire... Il recèle de très beaux moments d'écriture, de fabuleux moments que l'on aurait envie de noter et de garder pour soi pour plus tard. Le journal de Jeanne est un délice. En effet, se pose très vite la question avec elle de qui est fou ? Malgré cela, ce n'est pas un écrit très facile à appréhender. Il y a du flou dans Branques, du désordonné, qui peut aussi désarçonner. Nous passons d'un personnage à un autre, d'un instant émotionnel à un autre, sans trop comprendre, ou savoir, quel fil narratif suivre réellement. J'ai apprécié l'écriture mais je me suis un peu perdue dans ce petit livre écarlate. A demi conquise et persuadée, donc.

Editions Grasset - 17€ - Mars 2016

Lu dans le cadre du challenge Premiers romans... 

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 Un véritable plaidoyer à vivre follement pour Sabine enthousiaste - Une écriture et une construction littéraires intéressantes pour Cécile - "Parfois le lecteur se sent perdu, égaré dans la logorrhée d'un patient et au moment où il va lâcher prise, une phrase d'une beauté et d'une sensibilité à pleurer le rattrape par le colbac." pour Albertine - "Mais ces trois là, entraînant dans leurs déraison, sont follement lucides"... Anita - Une lecture peu commune et un bon premier roman pour Nathalie - "Choc frontal pour ce premier roman court, intense, serré, parfois trop..." pour Catherine - Nadine s'est ennuyée - Virginie n'a pas du tout accroché - Décousu mais très fort pour Joelle - Geneviève n'est pas prête d'oublier Branques - Un livre pas fait pour Anne ! 

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30 avril 2016

Les Vrais durs, TC Boyle

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"Il était donc chez elle, sans se rappeler comment il y était arrivé, la succession d'évènements, la voiture qu'on gare, les portières qu'on ouvre et qu'on referme, les bottes remisées sur la véranda, la clé dans la serrure : tout oublié."

Sten et Carolee sont en croisière. Lors d'une excursion sur la terre ferme, leur groupe est pris à parti par des truands qui cherchent à voler leurs bijoux et leurs papiers. Sten, ancien Marine, sauve la situation en attrapant un des protagonistes du gang fermement et l'étrangle malgré lui. Après quelques heures désagréables, il est finalement considéré comme un héros et rentre en Californie poursuivre sa retraite paisible et aisée. Seulement, il y a Adam, le fils de Sten, embarqué un beau jour par Sara dans sa voiture, un peu désaxé, souffrant d'une psychose paranoïaque et Sara elle même, adepte du libre arbitre, et contre ce gouvernement avec lequel elle n'a, selon elle, pas passé de contrat. Cette rencontre est le début d'un drôle de voyage à bord d'une folie qui ne laissera personne tranquille...

Je suis très partagée sur ma lecture de ce roman assez particulier. Il est en effet assez rare que je sois à ce point moralement dérangée par des personnages. Mais il faut reconnaître à TC Boyle ce talent là, de rendre le désagréable et le dérangeant hautement captivants. J'ai donc été tenue par l'intrigue, attachée malgré moi à Sara, voulant savoir à quel point tout pouvait basculer, ou rester sur le fil, les individus s'empêtrer eux-mêmes dans des impasses et la violence. Le regard de l'auteur sur ses contemporains, sur la nature (très présente), sur des notions comme le bien et le mal, sont très cyniques et justes. On ressort de ce livre assez bouleversée et déstabilisée. Je ne suis pas certaine d'avoir cependant su voir au-delà de la réalité crue pour apprécier cette lecture à sa juste valeur, le sentiment désagréable restant gravé en moi pour ce roman-là qui est pour autant, et sans conteste, véritablement brillant.

Editions Grasset - 22€ - Mars 2016

Badge Lecteur professionnelClara : "C’est incisif, percutant, creusé et ça secoue !" Un humour décapant pour Anne !

 

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09 mars 2016

Nuit de septembre, Angélique Villeneuve

nuitdeseptembre

 "Le mot suicide, sifflant, corrosif, qui glisse et coule et partout se déverse en rongeant les peaux et les os."

Ce petit livre qui tient dans une main signifie beaucoup. Il est le récit qu'Angélique Villeneuve a voulu faire après, après la perte du fils. Il ne s'agit pas de parler de lui, pas vraiment, mais surtout du parcours de la douleur en soi et du chemin de la vie, qui prennent les mêmes routes. Après cette nuit de septembre, dont elle continue d'être sidérée, s'enchainent les rencontres pour ce livre qui a du succès, le quotidien. Elle vient parfois s'asseoir dans cette chambre dans laquelle il a décidé d'arrêter, et le temps passe, les objets changent de place, subrepticement, les premières fois après l'évènement s'accélèrent. Tous ces moments sans lui sont pourtant à vivre. Ça va aller, se dit-elle. Mais ils sont étonnants et doucement violents, muets, ces moments, et non ça ne va pas aller réellement tous les jours. Il manque quelqu'un dans le creux de la paume, dans le creux des hanches, il y a une présence, invisible et vibrante, où se niche toute la souffrance. Comment savoir que faire de soi après cette perte qui n' a pas de nom dans la langue française... comme un déni d'existence.

Je lis beaucoup en ce moment sur le sujet (les livres arrivent ainsi), ce récit m'a également touchée en plein coeur. Surtout qu'il m'est arrivé d'échanger plus personnellement avec Angélique Villeneuve et que j'ignorais tout de cette nuit de septembre. Alors ce livre est tombé comme une bombe sur mes genoux. J'espère avoir trouvé les mots pour en parler, j'espère que vous le lirez, parce que je crois très fort au pouvoir de l'écriture mais qu'il ne fonctionne jamais autant que quand les mots écrits sont lus. L'auteure délaisse ici son style habituel de romancière pour fouiller plus profondément dans l'intime, et chaque phrase interpelle, arrache son petit lambeau de tristesse, tout en laissant petit à petit, page après page, entrer de plus en plus la lumière. 

Editions Grasset - 14€ - mars 2016

Sur ce blog... Un territoire, Les fleurs d'hiver, Yeu à la bouche, Le festin de Citronnette

La lecture de Cathulu

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