24 octobre 2010

Le sang visible du vitrier, James Noël

lesangvisible_du_vitrierNotre siamoise différence

beaux mes bras
à être mutilés
suis-je un vitrier
qui fait pacte avec les pierres
pour célébrer leur impact sur les vitres

ouvre mon image pour t'atteindre
de ressemblance et de fracture
tu chanteras notre siamoise différence

je coupe les vitres
quand ça casse
un sang coule net dedans
il m'arrive même en écrivant
de croire que c'est la vérité qui blesse
pourtant de là ma visibilité renforcée
coeur brisé du miroir
miroir brisé du coup

je coupe les vitres
en m'ouvrant les veines

Vent d'ailleurs 2009 - 9€

James Noël est né à Hinche en Haïti en 1978.
Sa poésie m'est apparue pleine de force rentrée, de colère et d'énergie. Elle est à la fois violente et amoureuse, mais aussi tour à tour fière et désabusée.
Je me suis penchée avec curiosité sur cet opus d'une poésie haïtienne que je ne connais pas. J'en ai aimé la vitalité et la simplicité. J'ai eu conscience de découvrir un univers très éloigné du mien. Voici un livre qui mérite de multiples lectures. Difficile de lire un recueil de poèmes d'une traite, comme on lit plus généralement un roman ou tout autre oeuvre linéaire...
Le petit plus de cette lecture ? Cette évidence qui apparaît très rapidement à la lecture. James Noël s'inscrit dans une modernité sans complexes, chacun de ses mots est vivant, persuadé d'être entendu. De quoi en prendre de la graine.

Un grand merci à BOB pour ce partenariat et à Vents d'ailleurs pour l'envoi !!

Le billet très riche de Pascale sur ce recueil

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15 avril 2010

La couleur de l'aube, Yanick Lahens

la_couleur_de_l_aube"Des quatre coins de la ville, des feux montent des ordures empilés et nous brûlent les yeux. A la fin de chaque crépuscule, des pyromanes crucifient la misère de Port-au-Prince pour la faire taire. Nous avançons apaisés, à moitiés aveugles dans une brume mensongère. C'est le moment où la nuit descend sur le visage de Mère. Ce visage unique de qui ne part jamais, de qui reste pour toujours auprès de vous, malgré l'orage sur votre vie, malgré l'incendie qui la ravage. Le visage de Mère est un morceau de terre douce. Sur cette terre nous posons nos pieds nus sans crainte de nous faire mal. A tant vouloir fouiller la nuit, Mère est un bateau qui fend une eau noire. Elle avance mais ne va nulle part. A l'intérieur d'elle le silence est aussi profond que dans le grand ventre d'eau de la mer. Aurait-elle perdu le nord ? Elle a si peur de chavirer. Oui, si peur. Par moments la lune déverse de la chaux vive et, soulagée, elle scrute le monde dans cette blanche lumière. Et elle met le cap à nouveau vers l'attente de son fils."

Dans une maison de Port-au-Prince, on s'inquiète de l'absence du plus jeune frère de la famille, Fignolé. Quelque chose dans l'air, une menace, règne et nourrit l'angoisse. Angélique, infirmière sage et soumise, et sa soeur, Joyeuse, sensuelle et révoltée, enquêtent et parcourent la ville, tout en rêvant secrètement d'une vie meilleure qui donnerait sa part belle à l'amour et à l'apaisement...

Grâce au collectif édité par le Serpent à Plumes en faveur des sinistrés d'Haïti, j'ai découvert la plume de Yanick Lahens. Je voulais en lire plus, voici pourquoi j'ai ouvert ce livre-ci.
Mes impressions de lecture sont très complexes. Dans l'ensemble, j'ai beaucoup aimé ce roman, que je vous recommande. Yanick Lahens a une écriture extraordinaire, forte et sensuelle, terriblement évocatrice. Que de paragraphes à citer telles de petites perles... !! Par ailleurs, ce récit, à la texture apocalyptique, semble annoncer des terreurs à venir, politiques et physiques, et lorsque l'on songe aux évènements que cette île vient d'endurer, cela donne rétrospectivement froid dans le dos. Ensuite, je me suis attachée aux personnages à tel point que cet écrit m'a semblé trop court. Angélique et Joyeuse prennent la parole tour à tour, et l'on se prend à admirer ces femmes de caractère, sans hommes, qui luttent tout simplement pour vivre.
Mon petit bémol vient de "l'économie de moyens" que l'éditeur évoque en quatrième de couverture. Il m'a fallu de nombreuses pages avant de repérer les protagonistes, comprendre qui avait la parole, qui était qui, et cela me gêne toujours de devoir ainsi avancer dans le flou en lecture. Sans cela, ce titre aurait été sans conteste, un grand coup de coeur !!
Mais je chipote je chipote...
Car cela dit, je suis heureuse d'avoir ouvert ce roman, que je reprendrais bien à présent pour le relire une seconde fois, ce que je ne fais jamais d'ordinaire. Je suis heureuse de cette rencontre avec l'écriture de Yanick Lahens, que je vais renouveler dès que possible en lisant son premier roman Dans la maison du Père.
En somme, une lecture découverte qui m'ouvre quelques perspectives. Voilà qui est bien jubilatoire !

bouton3 Note de lecture : 4.5/5 - 20 € - Sabine Wespieser éditeur - Nov 2008 -

Biblioth_que_et_LALPour info, le blogoclub aura pour thème les auteurs haïtiens le 1er juillet prochain - Ce titre a reçu le prix RFO 2009 - Vous trouverez en cliquant sur le lien ci-contre la fiche du livre sur le site éditeur avec un extrait pdf à télécharger -

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17 février 2010

Le Serpent à Plumes pour Haïti (collectif)

Mes_images18

Pour info, Les éditions du Serpent à plumes publient une revue dont les bénéfices iront à l'Hôpital de la Communauté Haïtienne. Sa sortie est prévue pour demain, 18 février, en librairie.

En voici le sommaire :
•Dany Laferrière, Le Cri des oiseaux fous, roman (extraits).untitled
•David Damoison, Nuits noire et nuits blanches, photographies.
•Louis-Philippe Dalembert, Les dieux voyagent la nuit, romane (extrait) ; Liens de sang, nouvelle.
•Yannick Lahens, Dans la maison du père, roman (extraits).
•Gary Victor, Banal Oubli, roman (extrait).
•Frankétienne (en attente).
•Fred Koenig, photographies.
•René Depestre, entretien Depestre par lui-même.
•Thomas C. Spear, Lettre à Sergine. inédit.
•James Noël, témoignage, inédit.
•Rodney Saint-Éloi, La tendresse et l’élégance nous sauveront du séisme.
•Hervé Télémaque, tableaux.
•Evelyne Trouillot, roman à paraître, La Mémoire aux abois (extrait).
.
Syto Cavé, Fatras-Bâton, nouvelle.
•Émile Ollivier, Mère-Solitude, romans (extraits) ; Des nouvelles de son excellence, nouvelle.
. Frankétienne, D'un pur silence inextinguible, (extrait).

"Pourquoi publier un numéro hors-série du Serpent à Plumes ?
Depuis sa création, Le Serpent à Plumes a su construire un superbe catalogue d'auteurs francophones. Il s'est étoffé au fil des ans d'auteurs étrangers et de tous bords, mais la littérature haïtienne y occupe une place à part. Dany Lafarrière, Yannick Lahens, Emile Ollivier, Louis-Philippe Dalembert, tous on publié dans cette maison d'édition. [...]
A notre façon, nous avont voulu offrir au public un morceau de culture haïtienne. En recueillant des extraits de romans, des nouvelles, des entretiens et des témoignages, des photos et des tableaux. "

"L'Hôpital de la Communauté Haïtienne est l'un des rares centres médicaux à Portau- Prince qui se concentre sur les soins apportés aux plus pauvres, sans aucune aide de l'Etat. Sa capacité de 50 lits est, depuis le tremblement de terre, totalement dépassée : des milliers de victimes se présentent, jour après jour, et les besoins sont immenses. Manque de médicaments de base, de matériel orthopédique, de personnel : la plupart des patients, aujourd'hui, n'ont plus de maison, plus de foyer, souvent plus de famille, ne savent plus où aller. Les traumatismes sont ceux du temps de guerre : surtout des membres écrasés et des blessures à la tête. L'aide n'est pas seulement nécessaire : elle est urgente, vitale. Elle ira à ceux qui, depuis toujours, sont les délaissés, les nécessiteux, les sans-abri d'Haïti, et qui, plus que jamais, sont seuls. L'Hôpital de la Communauté Haïtienne est leur hôpital."

ISSN 2268069362 - 15 € - 176 pages

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