14 janvier 2017

Thomas Vinau

Je garde les yeux ouverts. Je me force à garder les yeux ouverts. Craquement. Déchirure. Viande froissée. Grande claque de lumière. Quelque chose dans l'air gifle ma peau. Raye. Me brûle. Quelque chose de blanc me traverse. J'arpente un éclair. Un éclat de foudre. Je ne vois plus rien mais je garde les yeux ouverts. Il faut s'habituer. Apprivoiser l'éclat. La brûlure. Mes yeux sont rouges et ils pleurent. Mes yeux sont deux braises que le dehors souffle. Mes larmes sont des cloux ronds. Des plaies de bijoux glacés.

Extrait de Blanc, Editions Initiales - Novembre 2015 - A télécharger gratuitement ici [clic]

blanc

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24 novembre 2016

En cours de lecture...

heartbis

 "[...] l'amour est une chose sérieuse comme la terre, sérieuse comme nos plaines vides où souffle un vieux chant de guerre, comme nos plaines sous lesquelles sont enterrées plusieurs strates de cadavres, nos marécages, nos steppes, l'amour remonte le cours du temps, il revient aux origines, il réveille les conflits, déterre les haches, il demande de préciser sa loyauté, de déposer une obole sur son seuil avant d'entrer, on ne reste jamais à un seul niveau du temps, aucune unité de lieu, d'espace, l'amour rappelle qu'il y a des frontières et qu'on ne les franchit pas impunément."

Extrait de Le dernier amour d'Attlia Kiss de Julia Kerninon... et comme ce livre est magnifique.

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16 octobre 2016

Jean-Luc Lagarce

"Raconter le Monde, ma part misérable et infime du Monde, la part qui me revient, l'écrire et la mettre en scène, en construire à peine, une fois encore, l'éclair, la dureté, en dire avec lucidité l'évidence. Montrer sur le théâtre la force exacte qui nous saisit parfois, cela, exactement cela, les hommes et les femmes tels qu'ils sont, la beauté et l'horreur de leurs échanges et la mélancolie aussitôt qui les prend lorsque cette beauté et cette horreur se perdent, s'enfuient et cherchent à se détruire elles-mêmes, effrayées de leurs propres démons.
Dire aux autres, s'avancer dans la lumière et redire aux autres, une fois encore, la grâce suspendue de la rencontre, l'arrêt entre deux êtres, l'instant exact de l'amour, la douceur infinie de l'apaisement, tenter de dire à voix basse la pureté parfaite de la Mort à l'oeuvre, le refus de la peur, et le hurlement pourtant, soudain, de la haine, le cri, notre panique et notre détresse d'enfant, et se cacher la tête entre les mains, et la lassitude du corps après le désir, la fatigue après la souffrance et l'épuisement après la terreur."

Extrait de De luxe et de l'impuissance, Jean-Luc Lagarce - In Juste La fin du Monde - 7.50€ - Les Solitaires Intempestifs

lagarce

Ci-dessus, le CD, et le texte de la pièce à l'origine du film de Xavier Dolan, par Jean-Luc Lagarce, mort du sida en 1995 avant que sa pièce connaisse le succès. La lire et constater cet intéressant travail de réécriture cinématographique.

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10 janvier 2016

En cours de lecture...

einstein

Extrait de La déesse des petites victoires de Yannick Grannec, tandis que j'écris un texte pour l'atelier d'écriture de Leiloona demain !

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19 août 2014

Quand on comprend que l'énergie ne se lit pas seulement dans le mouvement

patients

"[...] C'est peut-être un monde fait de décence, de silence, de résistance,
Un équilibre fragile, un oiseau dans l'orage,
Une frontière étroite entre souffrance et espérance,
Ouvre un peu les yeux, c'est surtout un monde de courage.

Quand la faiblesse physique devient une force mentale,
Quand c'est le plus vulnérable qui sait où, quand, pourquoi et comment,
Quand l'envie de sourire redevient un instinct vital,
Quand on comprend que l'énergie ne se lit pas seulement dans le mouvement.

Parfois la vie nous teste et met à l'épreuve notre capacité d'adaptation,
Les cinq sens des handicapés sont touchés mais c'est un sixième qui les délivre,
Bien au-delà de la volonté, plus fort que tout, sans restriction,
Ce sixième sens qui apparaît, c'est simplement l'envie de vivre."

Extrait de Patients par Grand Corps Malade - Editions Points - 5.70€ - Mai 2014

Ce témoignage (qui raconte comment la vie de Fabien a changé juste après sa chute, et sa lente ascension vers l'autonomie) m'a marqué par sa simplicité et sa sincérité, exemple de courage et de grande ténacité, à l'image de ce que le jeune artiste semble être à l'écran. 
Je vous renvoie vers l'article de Clara [clic ici].

[Et sinon, un petit retour tout doux par ici... avec pour bientôt, quelques lectures de rentrée.]

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18 février 2013

Anna de Noailles

 

Ai-je imprudemment souhaité
annadenoaillesGuérir de toi? Quelle ignorance
M’irritait contre ma souffrance!
— Ah! Que rien ne me soit ôté

De la détresse qui me cache
Le passé, le lendemain!
Sois La seule chose que je sache
Et qui blesse ! Rien ne déçoit
Dans la sombre et féconde ivresse
D’un désir encore ascendant.
— Lèvres rêveuses sur les dents,
Regard qui se meut ou se pose,
Gardez votre pouvoir ardent,
Vous qui, dans une chambre close,
Par le souvenir obsédant,
M’inondez d’une odeur de roses!

 in Poème de l'amour

Et plein d'autres merveilleux poèmes d'Anna de Noailles (1876-1933) à découvrir [par ici]

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29 juin 2012

Guy Goffette

"Réveil en musique : il pleut. Rester couché surtout : écrire n'est plus de mise quand la pluie sur le toit chante sans effort, et son vers est impair et passe en sautillant. [...] Ce qu'il dit importe peu : c'est l'âme des choses qu'on croyait en allée pour toujours et qui revient, remplit les creux. On s'en rend compte dès que la pluie a tourné au coin de la rue, pas besoin d'ouvrir les yeux. Le silence n'est plus l'absence de bruits, mais la voix soudain en nous, accordée, complice, de la vie et de l'être. Le temps ne passe plus. Et la terre est enfin bleue comme une orange. Les poètes ont toujours raison."

orange bleu chaise

"Au fond, les vrais voyages sont immobiles. Immobiles et infinis. Solitaires. Silencieux. Souvent, ils commencent dans une chambre où l'on est enfermé parce qu'il pleut ou parce qu'on est malade, obligé de garder le lit. On a huit ou neuf ans, le goût des images qui partent toutes seules dans tous les sens et qu'on lit de même, en sautant par dessus les fuseaux horaires, uniquement préoccupé du cours qu'elles ouvrent en nous et attentif au fleuve qui va venir, qui doit venir, gonflé qu'il est de toute l'eau du regard, de la pluie qui tombe peut-être dans ce monde tout près où l'on n'est plus ; gonflé, oui, et irisé par la fièvre douce (encore et peut-être) qui nous saoule un peu et nous fait dériver entre les motifs du papier peint décoloré."

"Demain, le jardin du monde va refleurir, qui rend ses couleurs aux plus vieilles images, toute sa lumière à celui qui, regardant, voit plus loin que ses yeux et met la mer en bouteille en marchant dans un livre."

... quelques extrait de Les derniers planteurs de fumée (Folio2€). Merci Cathulu !!
Et un auteur qui a pris tout de suite à mon oreille ce ton familier qui fait les belles découvertes. A suivre.

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15 juin 2012

En cours de lecture...

manque"La sensation de manque ne vous laisse pas un instant de répit, jamais - elle ne peut pas, ne devrait pas nous lâcher, cette sensation, puisqu'il manque effectivement quelque chose.
Cela n'est pas négatif en soi. Cette part manquante, ce passé manquant, peuvent constituer une ouverture plutôt qu'un vide. Ils peuvent devenir une entrée autant qu'une sortie. Ils sont une preuve fossilisée, la marque d'une autre vie, et même si cette vie vous sera à jamais inacessible, vous pouvez suivre sa trace du bout des doigts, à l'endroit qu'elle aurait pu occuper, et du bout des doigts, apprendre une nouvelle forme de braille.
Les marques sont là, des zébrures saillantes. Lisez-les. Lisez ces blessures. Récrivez-les. Récrivez ces blessures.
C'est pour cette raison que je suis écrivain - je ne dis pas que j'ai "décidé" de l'être ou que je le suis "devenue". Ce n'était pas un acte volontaire ni même un choix conscient. Pour éviter la trame serrée du récit de Mrs Winterson, je devais être capable de faire mon propre récit. Mi-réalité mi-fiction, voilà les ingrédients qui composent une vie. Et comme dans l'espionnage, il s'agit d'une légende, d'une couverture. J'ai rédigé mon issue de secours."

Extrait de Pourquoi être heureux quand on peut être normal ? de Jeannette Winterson - Mai 2012

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05 mai 2012

"Il n'y a que dans les livres...

pour tout direque l'on peut changer de vie. Que l'on peut tout effacer d'un mot. Faire disparaître le poids des choses. Gommer les vilenies et au bout d'une phrase, se retrouver au bout du monde."

Extrait de La Liste de mes envies de Grégoire Delacourt, à son tour en cours de lecture...

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01 mai 2012

L'art poétique

À Charles Moricemuguet

De la musique avant toute chose,
Et pour cela préfère l'Impair
Plus vague et plus soluble dans l'air,
Sans rien en lui qui pèse ou qui pose.

Il faut aussi que tu n'ailles point
Choisir tes mots sans quelque méprise
Rien de plus cher que la chanson grise
Où l'Indécis au Précis se joint.

C'est des beaux yeux derrière des voiles
C'est le grand jour tremblant de midi,
C'est par un ciel d'automne attiédi
Le bleu fouillis des claires étoiles!

Car nous voulons la Nuance encor,
Pas la Couleur, rien que la nuance!
Oh! la nuance seule fiance
Le rêve au rêve et la flûte au cor !

Fuis du plus loin la Pointe assassine,
L'Esprit cruel et le Rire impur,
Qui font pleurer les yeux de l'Azur
Et tout cet ail de basse cuisine !

Prends l'éloquence et tords-lui son cou !
Tu feras bien, en train d'énergie,
De rendre un peu la Rime assagie.
Si l'on n'y veille, elle ira jusqu'où ?

Ô qui dira les torts de la Rime ?
Quel enfant sourd ou quel nègre fou
Nous a forgé ce bijou d'un sou
Qui sonne creux et faux sous la lime ?

De la musique encore et toujours !
Que ton vers soit la chose envolée
Qu'on sent qui fuit d'une âme en allée
Vers d'autres cieux à d'autres amours.

Que ton vers soit la bonne aventure
Eparse au vent crispé du matin
Qui va fleurant la menthe et le thym...
Et tout le reste est littérature.

 Paul Verlaine

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