22 février 2012

"Ce qu'un autre aurait fait aussi bien que toi, ne le fais pas.

andrégideCe qu'un autre aurait aussi bien dit que toi, ne le dis pas - aussi bien écrit que toi, ne l'écris pas. Ne t'attache en toi qu'à ce que tu sens qui n'est nulle part ailleurs qu'en toi-même."

André Gide

Une petite citation extraite de L'atelier noir d'Annie Ernaux. Il n'y aura pas de billet sur cette lecture d'ailleurs, je l'ai abandonnée... Mon attention défaillante du moment n'a pas suffisamment été retenue par ce journal d'écriture difficile à suivre hors contexte mais intéressant pour qui se pencherait globalement sur cette oeuvre qui explore le Moi avec talent. 

 

 

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14 août 2011

En cours de lecture...

inspiration1"Je me réveille d'un seul coup, aveuglée par un rayon jaune m'expulsant de mes rêves. Il fait pourtant nuit noire.
J'entends la voisine s'agiter doucement de l'autre côté de la cloison. Je fais le moins de bruit possible. Je n'allume pas. Je ne veux pas qu'elle me croit insomniaque. Je n'aimerais pas entendre quelque chose sur mon tapage nocturne interne. Je me déplace à pas de loup.
J'erre, je ne pouvais pas rêver meilleur lieu que mon appartement pour une promenade nocturne. Ce qui est étrange, avec la piqûre d'écriture, c'est la réalité des contours, la précision des perspectives, le calcul des angles, la prise de mesure, la table du temps, l'absorption des lumières, tout est vu, traité, retenu. L'oeil importe, la mémoire engrange, la machine mentale ne se repose pas. Il faudrait pourtant, parfois, faire le vide un moment. Mais le monde entier sollicite, convoque, appelle, appelle au secours."

Extrait de Les Cris de Claire Castillon, in Le Livre de Poche, Mai 2011

Claire Castillon, c'est toujours assez dérangeant, spécial, fascinant... et drôlement bien écrit.

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17 avril 2011

En cours de lecture...

_crivain"Contrairement à ce que certains s'imaginent, ce n'est pas si facile d'écrire un roman. Vous vous forcez à vous lever tous les matins, vous avalez des toasts et un café, et vous vous mettez à votre bureau, paré à vous lancer. Mais ce ne sont là que des préliminaires. Il vous faut alors reconstituer ce monde imaginaire et - ce qui est le plus difficile que tout le matin - réveiller vos personnages, qui sont parfois encore plus endormis que vous et aussi butés que des chats. Certains jours, ils refusent de vous rappeler ce qu'ils faisaient la veille ou vont même jusqu'à changer de nom pour vous dérouter. Et j'en passe. Oui, c'est une entreprise qui peut être exaspérante."

Extrait de Une épouse hollandaise de Eric McCormack, un livre sorti tout droit de ma PAL, et que je boudais, abusée que j'étais par une couverture arborant fièrement un trois mats trompeur... point d'histoire maritime ici, non non non, c'est bien mieux que cela, je me régale je me régale je me régale !

Profitez bien sinon de ce qui reste de ce dimanche ensoleillé !! Dire que certains sont en vacances...

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06 février 2011

En cours de lecture...

changement"Qu'on le veuille ou non, le changement fait peur car il nous conduit à hypothéquer un présent connu, prévisible et par là même rassurant, au profit - mais quel profit ! - d'un avenir incertain et par conséquent anxiogène. En réalité, ce qui fait peur, ce n'est pas le changement lui-même, mais la représentation que nous nous en faisons. Et c'est précisément parce que nous restons bloqués sur cette représentation que nous entrons dans une dynamique d'angoisse. Si nous étions capables de percevoir en nous cette peur du changement et si nous pouvions l'accepter comme faisant partie intégrante de notre difficulté à nous imaginer dans un autre contexte d'habitation, nous serions moins tourmentés par cette perspective. Au lieu de cela, nous jouons crânement les héros impavides alors que nous en avons mal au ventre."

Extrait de La Maison sur le divan de Patrick Estrade, Editions Pocket, Octobre 2010
Un essai psychologique qui tourne autour de la maison, comme le souligne son titre, mais qui parle aussi beaucoup de nous et de ce qui nous est important, du foyer. J'y picore de temps en temps de petites choses intéressantes. Pour preuve, mon ouvrage est strié de pages cornées. Merci Cathulu ! (son billet)

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19 mai 2010

Marie-Jeanne Durry

toupie"Dans un vide rempli de mots que je ne trouverai jamais tourbillonne le chaos où chacun ressemble à tous et ne ressemble qu'à lui-même. Les choses dont je m'empare avec les mains, avec les yeux, sont la vie séparée que je ne puis rejoindre. Incroyable première feuille au bout d'un tordion de vigne, je te perds si ne te saisit ma parole. Flocons de neige rouge que le vent chasse des pêchers, un langage pour vous recueillir dans mon coeur ! Mais lourde près de toi, et closes mes lèvres sur l'amour que rien n'exprime, quel cri m'ouvrira où je me délivre enfin ?"

in Soleils de Sable, ed. Seghers, 1958

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10 mai 2010

10. Ecrire

lorette_nob_court"Je ne sais pas très bien à quoi cela tient un écrivain. Pourquoi ni comment quelque chose en soi résiste au-delà de tout, au-delà des soucis d'argent, de la solitude, du sentiment d'incompréhension et d'inutilité qui parfois submerge, de la vanité de toute cette énergie consacrée à témoigner d'une certaine vision du monde, d'une exigence, ou plutôt d'une soif qui exige en soi. Je ne sais pas. Je sais seulement que je ne peux faire autrement, parce que autrement pour moi, c'est mourir. Or, j'ai choisi la vie."

Extrait de L'Usure des jours de Lorette Nobécourt...
... un livre qui malheureusement est devenu assez rapidement pour moi un abandon de lecture. comme une chanson qui aurait été prise un ton trop haut et dont je n'aurais plus entendu soudain que les aigus. Une belle écriture, cependant, à laquelle je n'ai seulement pas été assez sensible.

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24 mars 2010

Elle a dit...

marina_fo_s"Au petit de 18 mois, j'ai raconté l'autre jour : "Toi et ton frère, vous êtes les deux seules personnes à avoir squatté mon corps." A l'aîné, j'ai ajouté : "Tu sais, je t'avais mis des petits bouquins pour que tu ne t'ennuies pas." Il m'a répondu : "Oui, et une petite lampe !"."

(Marina Foïs dans le Elle du 19 mars 2010)

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10 mars 2010

En cours de lecture...

homme"Il y a un manque. Comme si j'étais amputé de choses qui n'existent pas encore. Il n'y a pas de mot pour décrire ces choses pas encore nées. Des gens que je ne connais pas me manquent. Je sais que je les rencontrerai un jour, qu'ils et elles seront mes amis, que j'aimerai cette femme dont l'empreinte spectrale flotte autour de moi.
Je suis enceint de ces êtres aimés à venir. Ils sont les fantômes, non pas les fantômes de ceux qui ne sont plus, mais les fantômes de ceux qui ne sont pas encore à mes côtés. Fantôme n'étant pas le bon mot pour parler de ces formes vaporeuses, j'ai inventé le terme émofant. Les émofants, les fantômes de ceux qui ne sont pas encore là."

Extrait de Une parfaite journée parfaite, Martin Page

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28 octobre 2009

Eluard

bobinesLe front aux vitres comme font les veilleurs de chagrin
Ciel dont j'ai dépassé la nuit
Plaines toutes petites dans mes mains ouvertes
Dans leur double horizon inerte indifférent
Le front aux vitres comme font les veilleurs de chagrin
Je te cherche par-delà l'attente
Par-delà moi-même
Et je ne sais plus tant je t'aime
Lequel de nous deux est absent.

Extrait de L'amour La poésie - 1929

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30 septembre 2009

Cécile Mainardi

livremer"Je suis le capitaine qui sombre avec le livre qu'il écrit. J'écris le livre dont je suis le capitaine à y sombrer avec. Je suis le capitaine d'un livre écrit pour sombrer. Je suis sombre, vous le savez, et j'ai une âme de capitaine. Je sombre avec le livre que j'écris pour en être vraiment le capitaine. A en être éxagérément le capitaine, on peut faire sombrer un livre. Je suis le livre que le capitaine fait sombrer droit dans son axe de capitaine debout (car un livre sans capitaine ne sombre pas, ne peut pas sombrer). Je suis capitaine hélas, et j'ai fait sombrer tous les livres. J'écris sombrement un livre sur le capitaine que je suis, et l'eau commence à le recouvrir. J'écris un livre sur ta blondeur."

Extrait de La blondeur, poème lui-même extrait de Poé/tri "40 voix de poésie contemporaine" chez Autrement, 2001

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