20 mars 2017

Se résoudre aux adieux, Philippe Besson

seresoudreauxadieux

Tu te demandes toujours quel livre choisir pour ta lecture de PAL du mois... et finalement, depuis quelques temps, tu laisses faire le hasard. Là, tu avais croisé sur les réseaux sociaux une citation tirée de ce titre, que tu trouvais émouvante...  Choix tout trouvé alors ! Ce sera donc lui ton livre du mois. Ça fait mal d'apprendre à quitter ceux qui nous quittent, d'apprendre à les aimer en silence, le dos tourné, les yeux baissés. De devoir apprendre à son coeur la force de se vider tout en demeurant habité. Apprendre à pleurer en souriant, à s'en aller en aimant... Louise écrit à Clément des lettres. Elle est partie très loin pour oublier la rupture. Elle lui écrit de là-bas, sur sa souffrance, sur son amour, sur sa peine, sur la difficulté de tourner la page, de se résoudre aux adieux... Il faudra de nombreux mois, de nombreux voyages (La Havane, New-York, Venise), beaucoup de mots, et un retour à bord de l'Orient Express pour retrouver dans Paris le vide, intact. Rien n'a suffit. Il est parti pour une autre. Elle n'a pas été choisie. Elle méritait de l'être. Tout le monde le mérite. Tu es restée suspendue aux mots de Philippe Besson, qui parle si bien dans ce livre d'une voix de femme. Tu es tombée en empathie avec son personnage. Et tu trouves que chaque rupture, chaque convalescence d'amour, devrait pouvoir se vivre comme cela, en partance... si seulement. Se résoudre aux adieux est un magnifique roman épistolaire, rempli d'une sincérité forte et touchante, qui pourrait être une version moderne des Lettres portugaises, pourquoi pas. C'est en tous les cas, avec certitude, un livre qui a fait vibrer ton petit coeur tout mou...

Editions 10/18 - Janvier 2008

objectif pal

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13 mars 2017

Le Bal mécanique, Yannick Grannec

lebalmecanique

Tu avais beaucoup aimé La déesse des petites victoires de Yannick Grannec, un livre que l'on t'avait gentiment recommandé... et tu as donc battu de tes deux mains lorsque ce Bal mécanique a débarqué dans ta boîte aux lettres l'an dernier. Puis tu l'as prêté, et il t'est revenu, et la rentrée littéraire battait littéralement son plein à son tour, te noyant un peu d'ailleurs au passage... Ce bal a donc attendu. Parfois aussi, un livre que l'on prête est chargé du lecteur précédent, de son avis, de son geste quand il nous le retourne... Et alors il faut attendre un peu, parce que prêter un livre n'est pas un acte anodin, malgré la désinvolture affichée... Bref, tu savais qu'il y avait deux parties dans ce livre, une recherche de tableaux, et quelques longueurs... de l'ennui un peu aussi. Mais toi, il s'avère que tu ne t'es pas ennuyée une seconde pendant cette lecture. Par contre, effectivement, les deux parties étaient bien là... Au départ, tu rencontres Josh Schors, animateur de télévision à Chicago qui, avec son épouse, déconstruit et reconstruit des maisons et des familles sous l'oeil goguenard des caméras... Le père de Josh, Carl, peintre reconnu, vit à Saint Paul de Vence et est hanté par ses souvenirs de la guerre de Corée. Il comprend soudain au détour d'une information qu'il peut être concerné par cette découverte étonnante, la plus grande collection d'art spoliée du IIIème Reich est réapparue chez un certain Cornelius Gurlitt. Le portrait de son père, peint par Otto Dix en fait partie. La deuxième partie commence lorsque le lecteur est plongé dans le passé de Carl, dans le mystère de sa conception entre les murs du Bauhaus, école d'architecture novatrice fondée en Allemagne en 1901. Et comme tu as aimé y croiser Paul Klee, Kandinsky, etc... En réalité, ce qui est assez fabuleux dans ce livre, loin de son épaisseur, de sa somme de connaissances, et de l'histoire qu'il raconte... c'est de se rendre compte à un moment donné que t'es donné en préambule de chaque chapitre un tableau à voir. Et tu as cliqué sur ton smartphone pour contempler les oeuvres, tu t'es questionnée à chaque fois sur leur importance dans l'élaboration de l'écriture, tu y a parfois vu des scènes entières ou juste un détail... Quel régal, et quelle bonne idée, et quel roman intéressant !! Tu recommandes donc ce livre à tous les lecteurs curieux qui ne redoutent pas les longueurs, et les pavés !

Août 2016 - Anne Carrière

Clara l'a lu aussi

05 mars 2017

De la joie d'être bordélique, Jennifer McCartney

delajoiedetrebordelique

Ceci n'est pas un livre sur le rangement. Ce n'est pas non plus un livre de développement personnel. Ceci est juste une parodie. Et tu ouvres ce livre, donc, reçu un beau jour avec une pluie de badges (moment joyeux), persuadée de ne pas être la cible d'un ouvrage qui prône ainsi dès sa couverture l'art du dérangement, toi qui vient de commencer un bullet journal, qui n'a de cesse de faire des piles droites, de ranger derrière tes enfants et de vouloir contrôler tout bazar susceptible de débordement... Et en fait si, tu te découvres un peu bordélique (quoique organisée), puisque tu aimes (dans le désordre) les ardoises à craie, entasser des livres, des objets de décoration, enfourner tes vêtements dans le placard au petit bonheur la chance, collectionner. Tu n'avais pas réalisé qu'il pouvait y avoir une conspiration du rangement, que quelques grandes marques (suédoises par exemple) complotaient pour nous donner envie d'acheter armoires, bibliothèques et autres casiers... Hihihi. Ce qui n'est pas faux. Car toi aussi tu as succombé aux bibliothèques Billy, aux corbeilles en rotin, aux si jolis boîtes en carton colorées. Rhhhaaa ! Mais que faire donc ? Comment profiter de la vie, déstresser, et arrêter de perdre son temps à ranger ? Jennifer McCartney a quelques astuces, elle propose déjà de sortir une bonne bouteille de vin de sa cave, et puis de semer du bordel partout dans la maison. De la joie d'être bordélique assume complètement sa résolution d'être à contre courant de La magie du rangement, récent best seller, sur le principe que toutes les maisons bien rangées se ressemblent et sont sans âme. La science a prouvé que les personnes désordonnées étaient plus créatives, profitons-en ! Jennifer McCartney vit à Brooklyn mais elle distille un humour et des conseils applicables en france... et si personnellement tu serais plutôt une adepte du slow life et du minimalisme (sauf en matière de livres, et sans vraiment y arriver non plus), tu as vraiment beaucoup ri... et tu en as profité pour t'acheter quelques nouvelles fringues ! Histoire d'ajouter un peu de bordel dans ton armoire déjà pleine.

bordelfringues

Mazarine - Février 2017

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02 mars 2017

Les examens de conscience, Stephen Grosz

lesexamensdeconscience

Tu as déniché ce titre dans ta pile de livres à lire... sans vraiment savoir de quoi il retournait (en fait tu avais oublié), mais peut-être seulement en raison de cette peinture en couverture, celle de Magritte, de ce clair obscur improbable qui t'intrigue toujours et qui signifie qu'il ne faut pas se fier aux apparences mais lever un peu les yeux, et chercher au-delà du premier regard... En réalité, tu apprends rapidement par la quatrième de couverture, et l'avant propos, que Stephen Grosz est psychanalyste. Il exerce à Londres depuis plus de vingt-cinq ans. Et ce livre est un recueil de quelques unes des séances qu'il a conduites avec ses patients. Il parle ici de quelques cas significatifs, avec bienveillance... sans chercher le sensationnel. Ce livre parle... [...] de notre désir de parler, de comprendre et d'être compris. Ce livre dit aussi comment on s'écoute les uns les autres, et pas seulement par les mots qu'on se dit, mais aussi par les vides entre les mots. C'est quelque chose qui habite notre quotidien : on frappe contre un mur, et on écoute. Tu pensais, en tant que lectrice, t'ennuyer un peu dans cet exercice, mais au contraire... comme il est intéressant de constater que la solution des angoisses se tient parfois dans les détails innocents d'un rêve, d'un souvenir, d'une parole, d'une habitude. Et le praticien mène l'enquête, conjointement avec son patient, tous les deux avides du même désir de changement et de guérison... Tu as beaucoup aimé parcourir ces tranches de vie, tu as souri souvent... Ce titre fait étrangement du bien, il apporte, il donne quelques clés pour qui aurait par hasard des serrures à ouvrir... Comme The Guardian, tu l'as trouvé doux, intense et croustillant. Et comme The New Yorker, haletant comme un polar... pour une fois que tu es en accord avec des citations dithyrambiques, profitons-en. 

Editions Slaktine et Cie - Mars 2016

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26 février 2017

Ma mémoire est un couteau, Laurie Halse Anderson

mamemoireestuncouteau

Lire Laurie Halse Anderson te fait toujours un bien fou... et agît comme un baume qui aurait le pouvoir de refermer toutes tes plaies encore ouvertes. Et tu ne comprends pas bien pourquoi, comment la magie fonctionne. Ses personnages sont pourtant toujours terriblement cabossés et bien loin de ta réalité... Mais peut-être est-ce ce retour improbable vers l'adolescence qui au détour de quelques phrases te renvoie son miroir ? Et l'humanité qui se dégage de ces récits à la fois éprouvants et combatifs qui t'apaise ? Sans doute. Le personnage de ce nouvel opus, Hayley, a encore une fois sa place dans cette magnifique collection de La belle colère (Et as-tu déjà dit combien tu aimais cette collection qui trône en bonne place sur tes étagères Ikea ?)... L'adolescente a débarqué depuis peu de temps dans cette ville où sa grand-mère possédait une maison. Son père et elle ont déposé leurs bagages là, après avoir sillonné les routes. Andy a décidé que sa fille ferait sa dernière année d'étude avant l'entrée à l'université dans un établissement normal. Malheureusement, Hayley rechigne à s'adapter à son nouvel environnement scolaire et son père, ancien militaire, continue à être hanté par ses démons et ses souvenirs... Et il y a des scènes de violences et de désespoir inouïes qui démontrent combien les dégâts sont importants... Mais il y a aussi Finn, avec son amour et son attention délicate, et Gracie, l'amie fidèle, et une confiance difficile à accorder de nouveau... pour que tout s'arrange, et que l'avenir puisse avoir un sens. Tu as dévoré ce roman, bien au chaud sous ta couette, comme on regarde une série pour adolescents en famille, avec la tête de ses enfants sur ses épaules et un thé fumant qui termine d'infuser sur la table basse, avec apaisement. Laurie Halse Anderson a vraiment une voix particulière, manie l'humour et la sensibilité, sans jamais tomber dans le pathos, mais avec pudeur et ironie. Elle donne envie de ne plus lire que des romans jeune adulte, et de se donner la chance (le courage) de pouvoir, à chaque âge, réinventer sa vie... et toi tu en redemandes.

La belle colère - Février 2017

Mélo l'a lu aussi

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23 février 2017

Tendres silences, Angela Huth

tendressilences

Refermant tout juste la toute nouvelle édition de La vie rêvée de Virginia Fly... ton choix de lecture de PAL du mois était tout trouvé en cet exemplaire du même auteur, datant de 1999, chiné chez un bouquiniste nantais, et perdu depuis dans ta bibliothèque... Mais outch, tu ne t'attendais pas à une telle histoire ! Angela Huth manie décidément avec art l'humour cynique et joue délicieusement avec nos nerfs... Mais tu t'expliques... La romancière a, dans ce roman, décidé de faire entrer son lecteur dans l'intimité d'un couple sans histoires, les Handle. Ils ont une vie douce, rythmée par des habitudes bien ancrées, un silence tendre et complice. Depuis quelques temps, un jeune voisin, Lucien, vient troubler les matinées de Grace avec ses apparitions extravagantes en fin de petit déjeuner. L'épouse tranquille est à la fois déstabilisée, inquiète, et heureuse d'être dérangée. William, son mari, n'est de toutes façons pas très attentif à ses émotions, il faut dire qu'il disparaît à chaque fois juste avant l'arrivée du jeune homme, pour étudier sa musique à l'étage. Le quatuor dans lequel il joue depuis plus de vingt ans vient par ailleurs de subir une petite révolution qui le préoccupe bien plus. Un des musiciens a été remplacé par une femme. William est subjugué par Bonnie, et tombe rapidement dans une sorte d'obsession amoureuse qui le mènera à envisager... le meurtre de sa femme adorée, Grace... Là tu dois dire qu'à plusieurs reprises au cours de ta lecture, tu as eu envie de t'exclamer... mais enfin William !!... En effet, les diverses stratégies de William pour arriver à ses fins, et séduire en parallèle la jeune Bonnie, sont pour le moins drôles, tristes et ridicules. On tremble, on rit jaune, et on se demande véritablement comment tout cela va se terminer... Mal ? Forcément. Bizarrement la musique est là (beaucoup de musique), la gentillesse, la belle lumière qui plonge dans la cuisine, le repas qui mijote aussi, et l'on se prend à espérer que les esprits échauffés vont recouvrer raison. Mince alors... quelle aventure !

Quai Voltaire - 1999

Lu en version poche par Tlivres

objectif pal

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19 février 2017

La Vie rêvée de Virginia Fly, Angela Huth

laviereveedevirginia

De Angela Huth tu avais déjà lu L'invitation à la vie conjugale... dont tu avais aimé le propos, ce regard lucide et léger sur des femmes au foyer désespérées... Alors, lorsque Babelio t'a proposé ce nouveau titre, avec cette délicieuse couverture, dans le cadre d'un Masse critique privilégié, tu n'as pas pu résister. Même si un autre roman d'Angela Huth t'attend depuis des lustres dans ta PAL... Et le livre est arrivé tout pimpant dans ta boîte aux lettres, au terme d'une journée sur Nantes particulière, où tu t'es à la fois occupée de ta santé, et a dévalisé les boutiques... Mais de quoi s'agit-il ? Virginia Fly est une jeune institutrice de 31 ans. Elle vit chez ses parents et est encore vierge. Mais comme l'indique son nom (idée élégante qui t'a fait sourire), la vierge Virginia voudrait bien sortir de cette situation, s'envoler enfin vers des plaisirs troublants. De l'amour, elle ne connaît que ce baiser violent reçu à 13 ans, et des rêves sensuels qui lui font entrevoir une volupté intense enviable. Pour perdre sa virginité, elle compte sur l'arrivée imminente à Londres de son correspondant américain Charlie, qu'elle n'a jamais vu. Mais également sur ce reportage télévisé, auquel elle participe avec détachement, et qui met en lumière sa situation particulière... Et si jamais quelqu'un était séduit par son sourire ? Parce que les occasions de rencontrer des hommes sont rares, même si il y a ce professeur, plus âgé qu'elle, qui l'emmène régulièrement écouter des concerts, ou ce séduisant jeune homme, Ulick Brand, croisé dans un bar, qui l'intrigue. Que devient la vie rêvée quand elle rencontre le prisme cruel de la réalité ? C'est ce qu'aborde Angela Huth dans ce roman d'une étonnante modernité (il a été écrit en 1972). Mais elle a surtout le talent de décrire avec un implacable humour des personnages à la fois plein d'attentes et défaillants. Tu as aimé les descriptions travaillées de ce pavillon de banlieue où Virginia vit sagement avec ses parents, leur amour bienveillant et enfermant, leurs absurdes habitudes. Tu as aimé l'écriture alerte de l'auteure. C'est un livre que tu as eu hâte de retrouver chaque soir, dont tu as tourné rapidement les pages, qui t'a fait voyager dans Londres, écouter de la musique... Tu as aimé aussi les moments où Virginia l'institutrice veillait sur sa classe studieuse et concentrée, toute occupée à dessiner des couchers de soleil ou des journées colorées... Un livre qui t'a donné envie de sortir enfin de ta PAL Tendres silences, cet autre roman d'Angela Huth, dont tu espères le même plaisir de lecture... 

Quai voltaire - Février 2017

 

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11 février 2017

Quart de frère quart de soeur, Sophie Adriansen... et le Printemps du livre de Montaigu

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Tandis que les vacances scolaires pointent le bout de leur nez par chez toi... rien de mieux que de parler de cette toute nouvelle petite série (à partir de 8 ans), Quart de frère quart de soeur, dont le premier tome est sorti chez Slalom ce 2 février. Tu en as d'ailleurs vu une bonne pile chez ton libraire BD/jeunesse mercredi dernier, et tu étais ravie car l'auteur Sophie Adriansen (connue aussi pour être la Sophie du blog Sophielit) est une blogueuse amie, en plus d'être une auteure accomplie aux multiples facettes... De ton côté, tu as dévoré ce petit livre aux magnifiques et délicates illustrations de Maureen Poignonec, et qui nous raconte l'entrée en CM2 de deux enfants très différents, rivaux d'emblée. Arthur est reconnu depuis plusieurs années pour être le garçon le plus cool de l'école. Viviane vient d'arriver des Antilles, avec ses multiples couettes, ses vêtements colorés et ses idées nouvelles. Et il est peu de dire que ces deux là ne vont pas s'aimer vraiment, se chamailler beaucoup, et qu'ils vont voir d'un très mauvais oeil leurs parents respectifs, divorcés, se rapprocher... Et tu dois dire que tu as aimé l'objet livre, bien fini et joliment illustré, l'histoire, les petits personnages qui gravitent autour des deux héros de ce premier tome d'une série qui promet !
Sophie Adriansen sera présente au Printemps du livre de Montaigu qui se déroulera les 7 8 et 9 avril prochain à Montaigu (85) [voir la liste des auteurs présents en cours d'élaboration ici]. Et comme chaque année, tu penses t'y rendre, sans doute le samedi, avec sans doute aussi une petite rencontre de blogueuses en début d'après-midi à déterminer... Rhhhaaa, et comme tu aimes tous ces petits projets !!! ;)

Slalom - Février 2017

08 février 2017

Le Quatrième mur, Sorj Chalandon & Corbeyran & Horne

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Tandis qu'une pile de romans t'attendent, toi tu lis et empruntes des BD... Mais comment résister à cette adaptation du roman éponyme de Sorj Chalandon, déjà lu et adoré, et qui met en scène la pièce d'Antigone par Anouilh ? Hein, comment ?... Raisonnable est un mot que ton blog ne connaît pas, et certainement pas ton pseudo... Tu ouvres donc cet album d'un rouge flamboyant en sachant déjà que l'histoire t'est connue. Et tu ne t'attends pas forcément à rencontrer du noir et blanc, et non plus Anouilh en personne dès les premières pages, qui déclame les paroles du choeur... (Voilà. Ces personnages vont vous jouer l'histoire d'Antigone. Antigone, c'est la petite maigre, qui est assise là-bas, et qui ne dit rien. Elle regarde droit devant elle. Elle pense. Elle pense qu'elle va être Antigone tout à l'heure...) Tu dois avouer que le dessin ne te séduit pas d'emblée, non plus que ce gris lavé, et la physionomie des personnages. (Tu confondras d'ailleurs quelques visages au cours de ta lecture.) Mais l'histoire reste la même, aussi étonnante et sensible, forte que dans le roman. Tu salues d'ailleurs la dextérité de cette transposition d'un roman foisonnant en dialogues brefs et percutants. L'histoire ? Samuel veut monter l'Antigone d'Anouilh à Beyrouth, en prélevant dans chaque camp un des personnages, pour un message de paix et d'espoir. Mais Samuel est malade, alité à Paris. Nous sommes en 1982. Il envoie alors son ami à sa place, ce jeune père de famille, Georges, qui va rencontrer là-bas, des difficultés à rassembler tout le monde, mais surtout la guerre et la mort... Et que les images de la fin de cet album sont ingénieuses, visuellement réussies ! Tu restes d'ailleurs un peu figée devant ces cases montrant Georges tenant Imane indéfiniment dans ses bras..Il y a 73 ans, le 4 février 1944, avait lieu la première représentation de l'Antigone de Jean Anouilh, au Théâtre de l'Atelier. «L'Antigone de Sophocle, lue et relue et que je connaissais par cœur depuis toujours, a été un choc soudain pour moi pendant la guerre, le jour des petites affiches rouges. Je l'ai réécrite à ma façon, avec la résonance de la tragédie que nous étions alors en train de vivre.» Et c'est ce message que véhicule le roman de Sorj Chalandon, un message de candeur, de lutte têtue et de paix. Je dirais que l'album, lui, semble plutôt démontrer combien vivre pour ses idéaux est à la fois beau et périlleux... mais essentiel, tellement essentiel, et il fait de Georges une figure d'Antigone, masculine et bouleversante. 

Editions Marabulles - Octobre 2016

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En Lecture Commune avec Mo' du Bar à BD.
Lu aussi par Noukette et Jérôme !!

Ceci est ta BD de la semaine, tous les autres liens sont chez Stephie

 

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02 février 2017

Je dansais, Carole Zalberg

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Tu ne savais pas qui dansait dans ce livre quand tu as répondu oui... à Carole Zalberg. Mais tu avais lu A défaut d'Amérique, alors tu savais donc déjà (par contre) que tu aimerais l'écriture... Tu ne savais pas non plus que l'on pouvait écrire de nouveau sur l'enfermement, et aussi bien, après le bouleversant et prodigieux Room... mais si. Lorsque tu ouvres les premières pages de Je dansais, tu n'as pas lu la quatrième de couverture, exprès (tu aimes les surprises des premiers mots), et les premières phrases te prennent à la gorge, très vite... Tu reconnais la situation, le duel qui se joue, l'horreur, et cette ambivalence terrible qui lie peu à peu la victime à son bourreau... le vide en soi, la lutte tapie dans le creux du cerveau, l'attente qui s'épuise. Marie, treize ans, a été enlevée et séquestrée. Son ravisseur, brûlé au visage par accident, devenu un monstre, croit avoir reconnu en la petite fille son amour, sa précieuse. Il y a effectivement ce jour où, en le croisant dans la rue, elle n'avait pas baissé son regard devant lui. L'erreur. Il l'a choisie ce jour là, pour ce défi. Avant, Marie dansait, faisait le bonheur de ses parents, un bonheur pourtant si fragile... Lire tout cela, pour toi lectrice, au fur et à mesure des pages, c'est presque laisser couler dans tes veines de l'acide, t'obliger à faire taire la révolte qui sourde en toi, avec le temps qui file, les années qui passent et la résignation... Et Carole Zalberg fait danser sa plume sur cette sensation, te trouble à essayer de comprendre les motivations du bourreau, sa pauvre peine. Elle laisse aussi pénétrer dans son livre les voix de toutes ses jeunes filles qui de par le monde sont en butte à la violence des hommes. Et toi tu as juste envie de crier NON... et lorsque tu fermes ce livre tu sais la trace indélébile, presque la blessure, qu'il a laissée en toi... la force de son frisson.

Editions Grasset - 16 € - Février 2017

Ptitlapin l'a lu aussi

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