15 novembre 2015

Etta et Otto (et Russell et James), Emma Hooper

ettaotto

"Tu attends et tu travailles, se murmura-t-elle. Tu attends et tu travailles. Son ventre tout retourné, suturé, frappé."

Etta est partie, simplement à pieds, pour effectuer si elle le peut plus de 3000 kilomètres à travers le Canada. Elle a 83 ans. Elle a pris quelques affaires, traversé les champs devant chez elle, puis a continué sa route, rien ne peut l'arrêter. Etta a laissé quelques instructions à Otto pour qu'il ne soit pas perdu, des recettes, quelques modes d'emploi, et surtout l'assurance qu'il ne doit pas s'inquiéter. Cette étrange voyageuse attire sur son passage la curiosité. Un reportage la met en lumière, on parle d'elle dans les journaux, tandis qu'Etta perd peu à peu la notion du réel, entre de plein pied dans un monde nébuleux, imaginaire, discute avec James, file vers la mer. Otto est à la maison, s'occupe comme il le peut, lui écrit des lettres, se souvient de leur jeunesse, quand Etta était son institutrice, et ne tente rien pour dissuader Russell, son meilleur ami, de se lancer à la poursuite de sa femme...

Voici un roman d'une grande douceur, mais également d'une grande beauté, dont j'ai pourtant eu du mal à suivre l'intrigue dans les premières pages. Alors qu'il fallait seulement s'accrocher aux personnages, comprendre ce qui nous ramenait sans cesse au passé, et se laisser porter par les pas d'Etta... Quelle femme ! Il y a beaucoup d'attente dans ce livre, de contemplation, d'amour, de partage et de bienveillance. C'est un récit avec lequel il est tendre de voyager, qui n'exclut pas l'onirisme et laisse la part belle à la créativité. Ce qu'Otto fait pour s'occuper l'esprit pendant l'absence de sa femme est assez prodigieux. Un titre lumineux, apaisant, qui personnellement m'a fait beaucoup de bien.

Editions Les Escales - 21.90€ - 22 octobre 2015 - Merci NetGalley !

Cryssilda recommande chaleureusement - Un roman magnifique, d'une douloureuse douceur pour Cuné - Un roman plein de douceur sur l'amour qui défie le temps pour Marie-Claude !


31 octobre 2015

Histoires extraordinaires et poèmes - textes d'Edgard Poe - illustrations David Plunkert

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J'attendais le jour parfait pour vous parler de ce magnifique album/livre/recueil de poèmes édité chez Textuel. Aujourd'hui me semble bien, car c'est un des seuls jours de l'année où s'effrayer de la mort est réellement amusant. J'ai étudié les nouvelles de Poe lors de mes études universitaires, et je me souviens encore très bien de l'impression qu'elles m'ont laissées. Je vous conseille donc vivement cette lecture de textes, traduits pour la plupart par Charles Baudelaire, je vous promets que vous n'en sortirez pas indemnes.

Editions Textuel - 29€ - 30 septembre 2015

En extrait un poème...

Seul

Depuis l'heure de l'enfance, je ne suis pas
Semblable aux autres ; je ne vois pas
Comme les autres ; je ne sais pas tirer
Mes passions à la fontaine commune
D'une autre source provient
Ma douleur, jamais je n'ai pu éveiller
Mon coeur au ton de joie des autres
Et tout ce que j'aimai, je l'aimai tout seul.
C'est alors - dans mon enfance - à l'aube
D'une vie de tumulte que fut puisé
A chaque abîme du bien et du mal,
Ce mystère qui toujours me retient -
Au torrent et à la fontaine
Dans la falaise rouge de la montagne -
Dans le soleil qui roule autour de moi
En son or automnal
Dans l'éclair qui volait au ciel et passait
Près de moi pour s'enfuir,
Dans le tonnerre et dans l'orage
Et dans le nuage qui prenait la forme
(Alors que le reste du ciel était bleu)
D'un démon à mes yeux.

poe2


Ne pariez jamais votre tête au diable - Le coeur révélateur - Le chat noir - Bérénice - La Chute de la maison Usher - Le masque de la mort rouge - Le Puits et le pendule - Double assassinat dans la rue morgue - Hop-Frog - La Vérité sur le cas de M Valdemar - La Barrique d'Amontillado - L'ensevelissement prématuré - Tamerlan - Seul - Lénore - La Dormeuse - La Cité en la mer - Le Palais hanté - Le Ver vainqueur - Terre de songe - Annabel Lee - Un rêve dans un rêve - Les cloches - Le Corbeau

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26 octobre 2015

Retour à Little Wing, Nickolas Butler

retouralittlewing

 "Quand je n'avais nulle part d'autre où aller, je revenais ici. Quand je n'avais rien, je revenais ici. Je revenais ici et je créais quelque chose à partir de rien. Je pouvais vivre pour trois fois rien ; il n'y avait rien où dépenser de l'argent, personne à impressionner. [...] J'étais revenu ici et j'y avais trouvé ma voix, comme un truc qui serait tombé de ma poche, comme un souvenir depuis longtemps oublié. Et chaque fois que je revenais, j'étais entouré de gens qui m'aimaient, qui tenaient à moi, qui me protégaient sous une espèce de cloche de tendresse. C'est ici que j'entends tout [...]."

Ils sont un petit groupe d'amis qui se connaissent depuis l'enfance dans cette petite bourgade du Winconsin. La trentaine bien sonnée voit les mariages se multiplier. Certains sont partis de Little Wing puis revenus. Kip a racheté la fabrique, fort d'un projet qui redonnera de la vie à la petite ville, du moins il l'espère. Lee, devenu un chanteur à succès et le fiancé d'une actrice connue, n'imaginait pas se marier ailleurs que dans le pays qui l'a vu naître. Mais l'amitié n'empêche pas les secrets, les disputes et les rivalités, les jalousies. Ronny, victime d'un accident, ancien alcoolique, ne sera pas officiellement invité au mariage de Kip. Le groupe aura du mal à oublier cette trahison, ainsi que la foule de paparazzi se ruant sur Lee. Ce dernier d'ailleurs n'est pas en reste, il a toujours été amoureux de Beth et cache depuis des années à son meilleur ami Hank qu'ils ont eu une courte liaison il y a dix ans. Heureusement, l'alcool, la fête et l'attraction puissante de Little Wing peuvent réparer bien des défaillances. Et puis, peut-on réellement quitter Little Wing ?

Voici un titre au charme évident qui vous bercera doucement au son de l'amitié et de la country. J'ai beaucoup aimé son atmosphère et les caractères à la fois forts et tendres de ses personnages. Ecrit en forme de roman choral, chacun prenant la parole à son tour, il sait nous raconter une certaine Amérique, aux deux visages, à la fois celle de la campagne profonde, avec ses traditions rassurantes, et celle foisonnante et moderne des grandes villes. Un délicieux moment de lecture.

Editions Points - 7.95€ - Août 2015

Un coup de coeur pour MicMelo - Un très bon roman sur l'amitié pour Clara - Une découverte comme elle les aime pour Kathel - De l'attachement et de l'émotion chez Un autre endroit - Un roman attachant pour Sylire qui ne s'est pas sentie captivée pour autant par les affres de ces trentenaires - Un roman choral qui ne laissera pas un souvenir impérissable à Jérome - Tiphanie l'a beaucoup apprécié ! - Une merveille pour Ptitlapin qui l'a lu également en poche !

 

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15 octobre 2015

Le Cas Eduard Einstein, Laurent Seksik

lecaseduardeinstein

 "Est-ce que l'on a toujours ce que l'on mérite ? Personnellement, je n'ai rien fait de mal qui puisse me justifier. Je ne suis pas comme toi. Toi, tu as un destin. Personne n'empruntera ta voie. Tandis que moi, j'ai l'impression qu'ils sont plusieurs."

D'Albert Einstein, on connaît bien souvent cette formule E=mc2 et puis cette photo, la langue sortie, impertinente. L'histoire intime du savant, et de sa famille, est assez méconnue du grand public. Dans Le cas Eduard Einstein, on apprend donc qu'il avait deux fils d'un premier mariage, et que le cadet a été diagnostiqué schizophrène. A l'époque, Albert Einstein vit déjà avec sa deuxième épouse Elsa, plus conforme aux souhaits de sa famille, il est resté à Berlin, tandis que Mileva est revenue en Suisse. Montée du nazisme oblige, Albert Einstein finit par quitter le vieux continent pour l'Amérique, non sans dire un dernier adieu à son ex-épouse, et à son fils, Eduard (la photographie en couverture du poche), ils ne se reverront plus.

Laurent Seksik instaure dans ce livre un dialogue sourd entre un fils prisonnier de sa maladie mentale, une mère, délaissée par l'amour de sa vie mais fière, et un père qu'une découverte fabuleuse a propulsé au firmament mais qui est rongé par la culpabilité et le découragement. Comment communiquer ? Comment parler de ce qui embarrasse au plus haut point ? Alors, l'Histoire s'en mêle, elle ruine le savant nobélisé, elle sépare les êtres, permet la fuite au loin, arrange les choses à sa manière. Laurent Seksik sait dans ce livre raconter les émotions et le passage du temps, l'infinie solitude, l'accablement et l'impuissance. Et j'ai aimé sa manière fine et subtile de nous en apprendre beaucoup tout en accordant tellement d'importance à la psychologie humaine. Un très beau livre, qui m'a rappelé une autre lecture, L'idée ridicule de ne plus jamais te revoir de Rosa Montero [clic ici], mais aussi son Les derniers jours de Stefan Zweig dont je n'ai lu que la version BD [clic ici].

Editions J'ai Lu - 7.60€ - Janvier 2015

La lecture de Sébastien qui pose sur ce livre son brillant regard d'écrivain [clic]

15 septembre 2015

Le Chevalier d'Eon T2, Agnès Maupré

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 Je suis une grande adepte de ce que Agnès Maupré fait, et ce depuis ma découverte de son Milady de Winter [clic ici], pour lequel j'avais eu un gros coup de coeur. J'ai enchaîné naturellement à l'époque avec le tome 2, toujours en noir et blanc [clic ici].

Pour son Chevalier d'Eon, Agnès Maupré s'est emparée de la couleur [voir le tome 1 ici] mais reste toujours fidèle à ces ambiances de cour qu'elle affectionne, libertines et pleines d'intrigues. Décidément, j'aime son ton, son oeil moderne sur l'histoire, je me sens toujours bien dans les pages de ses albums, espiègles, fortes et pleines d'assurance.

Dans ce tome 2, encore très réussi, Charles a un peu vieilli et a laissé de côté ses robes et bustiers. Il a intégré la cour du roi d'Angleterre, s'est rapproché de Sophie, l'épouse du roi. Resté l'espion préféré du roi Louis XV, ministre, il mène grand train. Cependant, sa position est mise en péril par la jalousie du roi d'Angleterre qui voit d'un mauvais oeil cet homme passer son temps libre dans l'intimité de sa femme. Pour protéger son espion, le roi de France affirme qu'il est une femme et nomme un autre sur son poste, le reléguant ainsi à une place de secrétaire dangereuse et peu enviable. Le Chevalier d'Eon devra redoubler d'intelligence pour éviter de tomber en disgrâce.

Editions Ankama - 15.90€ - Mai 2015 - Merci ma bibli !!

Le blog d'Agnès Maupré

lechevalierdeon2bis

 

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10 septembre 2015

Macadam, Jean-Paul Didierlaurent... Rentrée littéraire 2015

macadam "Depuis ce matin, les anges crient dans ma tête. C'est à cause du sparadrap."

L'auteur du Liseur de 6h27 a connu un grand succès avec ce drôle de petit roman, dont je vous parlais ici [clic]. Une version poche de son titre est d'ailleurs sortie chez Folio. La rentrée littéraire est une occasion pour son éditeur grand format, Le Diable Vauvert, de sortir ce recueil de nouvelles qui regroupe l'univers court de Jean-Paul Didierlaurent, et pour lequel il a reçu depuis 1997 de nombreuses distinctions, lauréat à plusieurs reprises du Prix Hemingway par exemple. 

L'univers de l'écrivain se dévoile ici plus sombre, comme souvent dans les nouvelles. Au détour de l'une d'entre elles pour autant, Sanctuaire, qui donne voix à une dame pipi, on comprend ce qui lui a inspiré plus tard son roman, démarche d'extrapolation d'ailleurs intéressante. Et puis, l'écriture est là, libre et sans fioritures, assez remarquable. Jean-Paul Didierlaurent maîtrise sans conteste l'art de la nouvelle, et de sa chute. La galerie de personnages est diverse et colorée, étonnante, nous permettant de rentrer dans l'intimité d'un confessionnal, d'un orchestre de corrida, d'une maison de retraite, et ce d'une manière originale. J'ai aimé me laisser surprendre, croiser une Game Boy, un fa dièse, des pneus qui chuintent, et découvrir une plume au prisme large. Espérons que l'auteur continue d'écrire, d'inventer, et qu'il ne perde pas le regard perçant, ironique et ludique, qu'il porte sur ses concitoyens.

Editions Au Diable Vauvert - 15€ - 10 septembre 2015

logo2015

Je participe au challenge 1% rentrée littéraire qui consiste à lire au moins 6 livres de la rentrée littéraire (clic sur l'image pour plus de détails). Challenge : 6/6.

J'ai rempli mon challenge 1% avec succès mais pas de coup de coeur cette année (ce que je déplore), seulement de belles lectures ! Ou alors je suis sans doute devenue difficile ? Je ne tente pas le 2%. L'année dernière le tenter m'avait semblé de trop, et une manière d'étirer exagérément la rentrée littéraire alors que j'étais déjà passée à autre chose. Mes prochaines lectures de rentrée seront donc traitées dorénavant comme les autres, seul le Tag "Rentrée littéraire 2015" sera affublé en bas de billet à ces lectures, pendant encore quelques semaines... vous pourrez ainsi les retrouver en bandeau dans le menu.

09 septembre 2015

Nous serons des héros, Brigitte Giraud... Rentrée littéraire 2015

nouseronsdesheros

 "La première nuit dans la maison fut particulière. J'étais isolé sous le toit, je voyais le ciel par le velux ouvert, la petite chambre était une fournaise. A ce moment là de l'année, il y avait beaucoup d'étoiles, je les observais depuis mon lit, j'avais l'impression que le ciel bougeait, que mon matelas tanguait. Ma tête tournait, se vidait, se remplissait d'images trop vives, celles du Portugal sous le soleil. Je voyais mon père sur un cargo, qui flottait sur l'océan, toujours cette même image. Je me surprenais encore à demander quand il allait rentrer. Puis j'entendis ma mère et Max qui parlaient en bas. J'avais envie de faire un sac et de partir dans la forêt, vivre avec Oceano, j'étais fatigué."

Olivio et sa mère fuient la dictature portugaise, redoutant des représailles. Le père d'Olivio a été arrêté et est mort en prison. Mais le jeune garçon l'ignore, alors que le train l'emmène du Portugal vers La France. Il s'imagine le revoir, il ne sait pas ce qui l'attend dans ce pays inconnu vers lequel il roule, et il sert contre lui son petit chat Oceano. En France, aidés par des compatriotes, ils sont confrontés à une nouvelle langue, doivent refaire leur vie modestement. La mère d'Olivio trouve enfin du travail, rencontre Max, s'installe avec lui dans un pavillon de banlieue. Le quotidien devient morne, souvent tendu et inconfortable pour le jeune Olivio qui se réfugie le plus souvent possible auprès de son ami Ahmed. En effet, Max préfère visiblement son fils Bruno qu'il reçoit en garde alternée. La mère d'Olivio est partagée, passe son énergie à apaiser et composer, à se faire sa place dans cette nouvelle vie. Un jour pourtant, la révolution des oeillets a lieu, et revoir Le Portugal redevient une possibilité.

J'ai retrouvé dans ce roman la voix tranquille et posée de Brigitte Giraud qui sait ici très bien se mettre dans la peau d'un petit garçon confronté à l'exil, au déracinement, puis à l'enracinement. Les petits garçons sont capables de supporter beaucoup de chamboulements du moment que l'amour est là, l'affection. Dans cette histoire, la solidité des adultes n'est pas acquise. Heureusement, Olivio peut compter sur l'attention de son chat et de son meilleur ami Ahmed, mais cela semble tellement peu. Nous sommes des héros ne fait pas dans le tapage et la grandiloquence mais met réellement en lumière l'actualité de cette rentrée par le prisme d'anciennes migrations. C'est certainement un hasard, mais cette coïncidence m'a émue et touchée.

Editions Stock - 17.50€ - Août 2015

Un grand merci aux Ediitons Stock chez qui j'ai gagné ce titre qui me tentait en cette rentrée !!

 

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Cathulu a été très émue par le portrait d'une mère "à la fois volontaire et discrète, blessée mais digne, qui se forge discrètement une place dans la société française du début des années 70 et laisse sous le boisseau ses chagrins et sa détresse" - Laure a beaucoup aimé, et aime de toutes façons l'écriture simple mais pourtant si juste de l'auteur

Je participe au challenge 1% rentrée littéraire qui consiste à lire au moins 6 livres de la rentrée littéraire (clic sur l'image pour plus de détails). Challenge : 5/6.

01 septembre 2015

Dans les yeux des autres, Geneviève Brisac

danslesyeuxdesautres

 "Ecrire lui était déjà interdit avant. Lui avait toujours été interdit. Elle s'était bardée d'une obligation d'interdiction, alourdie d'un devoir de transgression, paralysée par la nécessité de l'empêchement. Mais elle ne s'en était pas rendue compte. C'est ainsi que souvent s'expliquent les courages : le courage des taupes. Elle voulait croire que l'on peut dire sans dire, écrire sans blesser. Les taupes ne savent pas ce qu'elles font."

Anna est écrivain. Elle et sa soeur Molly, à présent médecin, étaient très proches dans les années 70, attirées par le même idéal communiste, amoureuses, pleine d'idées et d'envies de solidarité. Elles ont d'ailleurs à l'époque suivi Boris et Marek, leurs amants, au Mexique, pour poursuivre le combat. Que Marek se soit fait arrêter, que les relations amoureuses aient pris entre eux tous un tour inattendu, que la mère des deux soeurs se soit mêlée à tout ça avec son exubérance sauvage, c'en était sans doute de trop pour Anna qui a décidé de tout déballer dans un livre à son retour en France. Le livre a eu du succès mais lui a fermé des portes, celle de la maison de sa soeur en particulier, mais également celle de sa mère, puis enfin du milieu littéraire parisien, aussi prompt à aimer qu'à détester ce qu'il a pu apprécier quelques années plus tôt. A-t-on le droit de tout écrire ? A-t-on le droit d'écrire sur sa famille ?

Voici un roman que j'avais abandonné au bout de quelques pages à la dernière rentrée et à qui j'ai donné une seconde chance en petit format, et bien m'en a pris. En effet, cette seconde lecture a été agréable, très fluide, sans envie d'abandon. J'ai aimé me laisser bercer par l'histoire de ces deux soeurs que tout oppose et rapproche, leurs velléités politiques, leurs renoncements, le constat de leurs vies bancales. Et puis, il y a le portrait chatoyant et contrasté de leur mère, finalement un être toxique, qui manipule et qui brise par mégarde, par trop de carisme, de présence et d'inconscience. Dans les yeux des autres est un roman au charme doux amer qui n'oublie pas de brosser le portrait d'une époque où le communisme embrasait le coeur des jeunes gens, et qui pose un regard assez ironique sur le désir d'engagement. Un roman intéressant.

Editions Points - 7.30€ - 20 août 2015

lautrerentree

Cathulu parle aussi de mélancolie, du regard sur les petites choses du quotidien, ainsi que de l'écriture ample de Geneviève Brisac... et elle a raison.

Il y a presque dix ans, Points lançait la rentrée littéraire parallèle, celle des poches ! Ils nous permettent de revenir cette année sur la Rentrée Littéraire précédente et sur les livres qui ont marqué l'année 2014 en sortant 7 titres le 20 août. [Toutes les infos ici]

 

 

 

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08 août 2015

L'idée ridicule de ne plus jamais te revoir, Rosa Montero

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 "Il faut faire quelque chose avec tout ça pour que ça ne nous détruise pas, avec ce grondement de désespoir, avec ce gâchis interminable, avec ce furieux mal de vivre quand la vie est cruelle. Les êtres humains se défendent de la douleur insensée en l'ornant de la sagesse de la beauté. Nous écrasons du charbon à mains nues et nous réussissons parfois à faire ressembler ça à des diamants."

Rosa Montero vient de perdre l'homme qu'elle aimait et la voilà chargée de rédiger la préface d'une prochaine publication, celle du journal que Marie Curie a tenu juste après l'accident qui a coûté la vie à son époux, Pierre. Hasard, coïncidence, ou acte bienveillant, ce projet est une opportunité, celle de raconter Marie Curie, Pierre, mais aussi Pablo, et son propre deuil. A travers l'histoire d'une femme extraordinaire, Rosa Montero aborde également la question de l'amour, de la féminité, de la place des femmes dans l'histoire de la science, de la ténacité, du courage et de la légèreté.

Ce livre est un récit que l'on choisit d'abord pour la beauté indéniable de son titre, qui provoque à lui seul un petit effondrement intérieur. Et puis, en parcourant ses premières pages, on se demande comment survivre à la perte de l'être que l'on aime, comment il est possible à Rosa Montero de ne plus revoir Pablo, à Marie Curie de ne plus revoir Pierre. C'est par le biais d'une douleur terrible que l'on fait connaissance avec cette femme exceptionnelle qui a découvert le radium, sans se méfier au demeurant de son pouvoir destructeur, mortel. Et j'ai aimé apprendre beaucoup sur Marie Curie. J'ai aimé l'écriture de Rosa Montero, moderne (un peu étonnée quand même de cette utilisation constante du #hashtag, utilisation auquelle on s'habitue tout de même), précise, documentée et sincère. J'ai aimé ce livre.

Editions Métailié - 17€ - janvier 2015 - Merci ma bibli !!

Sur le blog de MicMelo, et en commentaire, l'explication de l'utilisation des hashtags par la traductrice Myriam Chirousse - Passionnant, vivant et audacieux pour Clara ! - Aifelle a quelques réserves sur la forme - Cuné s'est sentie furieusement proche de Rosa Montero - Keisha aime de toutes façons Rosa Montero - #GrandMomentDeLecture pour Marilyne !!

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01 août 2015

La Silencieuse, Ariane Schréder

lasilencieuse

 "La maison, vue du portail, pouvait sembler petite, noyée dans un fouillis de verdure, de printemps frais. Il avait plu, le ciel était encore gris mais le soleil perçait, comme exprès pour faire tout briller. J'ai senti tout de suite que j'allais l'aimer."

Clara et Barnabé ont partagé quelques années un spectacle de marionettes. Puis, Barnabé a voulu expérimenter autre chose dans sa vie de comédien, et a laissé tomber la jeune femme qui s'est repliée vers ses sculptures et son atelier parisien. La rupture amoureuse a suivi très vite la rupture professionnelle. Il fallait sans doute s'y attendre. Le jeune homme s'est laissé prendre par son nouveau milieu, a fait une rencontre. Lors de leur séparation, il reproche à la jeune femme son vide et ses silences. Clara cherche un lieu où se reconstruire, travailler ses sculptures aériennes. Elle trouve cette maison près du fleuve, à plus d'une heure de Paris, spartiate mais pourvue d'un bel espace pour créer. Petit à petit, Clara apprivoise l'endroit, les habitants du village proche, tisse des liens, adopte un chaton... mais l'exercice du bonheur est un équilibre fragile.

J'ai choisi ce titre sur ma PAL (Pile A Lire) urgente de manière tout à fait hasardeuse, sans me douter que les premières lignes de ce livre m'attraperaient comme un hamecon, et que je le finirai en fin de journée, la larme à l'oeil. J'ai ressenti beaucoup d'empathie pour le personnage féminin du roman, ses émotions, son envie de se terrer dans le silence puis de s'ouvrir irrésistiblement aux autres. Mais j'ai surtout aimé comment Ariane Schreider décrit son environnement, le fleuve, la nature foisonnante de détails, le bienfait que le temps, le passage des saisons, fait en passant sur toute peine. Il y a plein de passages très beaux et très doux dans ce livre, qui est une lecture délicate, et un véritable baume au coeur !!

Editions Philippe Rey - 8.50€ - Mars 2015

Un baume pour Charlotte Une très jolie parenthèse pour Mirontaine - Un très joli premier roman pour Marilyne - Aifelle a été charmée par cette parenthèse discrète - Un grand bonheur de lecture pour George

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