21 juin 2014

Les Filles de l'ouragan, Joyce Maynard

lesfillesdelouragan"Je pense que ça comptait pour Val plus qu'elle ne voulait l'admettre, de savoir ce que cette famille faisait, et ce qu'elle pensait de nous. Connie Plank nous rappelait ce genre de chat affamé et déterminé qui se plante devant votre porte avec une telle persistance - pas toujours, mais souvent - que vous acceptez finalement de le nourrir."

Elles sont soeurs d'anniversaire, comme aime à le dire Connie Plank. Dana et Ruth, nées le même jour, dans le même hôpital, et pourtant loin d'être des jumelles, si différentes. Tout oppose la famille Plank à la famille Dickerson, les premiers sont des fermiers qui élèvent de manière rigoureuse leurs cinq filles et les seconds des artistes fantasques vivants de l'air du temps. Cela rend d'autant plus incompréhensible l'obstination de Connie à conserver le contact, à consacrer une journée par an à aller trouver les Dickerson dans le lieu où ils ont choisi de vivre pour le moment, à envoyer des cartes de voeux avec constance. Mais l'obstination va payer, des liens subtils finissent par se nouer. Ruth Plank va tomber amoureuse de Ray Dickerson, Dana sa soeur, intéressée par l'horticulture, apprendre beaucoup d'Edwin Plank. Alors pourquoi, laisser les inclinaisons se faire, et les sentiments s'exprimer, semble-t-il si compliqué ?

J'ai beaucoup aimé ce roman. J'y ai retrouvé ce qui m'avait déjà plu chez Joyce Maynard, sa manière de planter un décor et de rendre ses personnages vivants et vrais. Chez elle, malgré une simplicité apparente, l'âme humaine est explorée avec minutie et dextérité, et voilà qui est intéressant et fascinant. Le lecteur suit avec passion la vie parallèle de ces deux filles, Ruth et Dana, qui n'ont rien en commun et que pourtant les entêtements des adultes vont rapprocher dans les faits. C'est une lecture qui prend son temps, explore plusieurs décennies, n'hésite pas à aller fouiner quelques pages dans les préparatifs d'une culture, d'un projet ou d'un dessin, et dans les émois amoureux des personnages aussi. On frémit, on s'intéresse, et on referme ce livre avec quelques émotions. Il aurait été un coup de coeur évident si l'intrigue m'avait un peu plus étonnée, mais je chipote sans doute un peu.

Editions 10/18 - 8.10€ - Mai 2013

Sylire en fait un coup de coeur - Un très beau billet enthousiaste de KathelTheoma en souligne l'élégance - De beaux portraits de femmes pour Val - Ce roman était une découverte pour Anne ! - ...

 

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15 août 2013

Une adolescence américaine, Joyce Maynard

uneadolescenceamericaine"L'enfance, je crois, était autrefois un handicap et l'adolescence une période excitante, un horizon élargi, pantalons longs et liberté. Aujourd'hui, la jeunesse - pour ce qu'elle dure - est un temps auquel nous nous accrochons âprement, un temps exalté, surestimé, et si nous ne sommes pas vraiment dans le vent, du moins nous le fait-on croire, en nous affirmant que ce sont les meilleures années de notre vie - et qu'ensuite ce n'est qu'une longue descente."

Au début des années 70 et à tout juste dix-huit ans, Joyce Maynard publie un article dans le New York Times dans lequel elle porte un regard intelligent sur sa génération. Le public est conquis, et le célèbre JD Salinger, de trente-cinq ans son aîné, remarque sa plume et lui envoie une lettre. Ils vivront quelques temps ensemble, et c'est lors de cette relation que la jeune-fille rédigera cette Adolescence américaine, développant ainsi l'article paru dans le Times, sous l'oeil désapprobateur de l'écrivain.

Joyce Maynard utilise dans ce texte principalement le nous qui lui permet de parler pour tous ses camarades, et de tout, même de ce qu'elle n'a pas expérimenté elle-même. Des 12 ans de la jeune-fille à ses 20 ans, via un regard lucide et naïf, c'est un peu l'enfance de chacun qui y est tracé, celui d'une époque, et d'une certaine Amérique. L'attention est portée sur les détails, les attitudes, et ces changements de comportement qu'amène inévitablement une décennie en pleine métamorphose. Il y est question de coiffure, de vêtements, de flirts, de musique et de tout ce qui peut intéresser des adolescents, mais également de la guerre et des engagements politiques.
J'ai été happée par cette jeune écriture qui passe sans transition du plus futile au plus grave. Une adolescence américaine est en effet un texte remarquable, très intéressant, universel, qui a su brosser le portrait d'une société, tout en donnant l'impression du futile et du personnel. 
Un coup de coeur de lecture qui a le charme de l'inattendu !!

Editions Philippe Rey - 17€ - Avril 2013

La lecture de Sylire, qui a également envie de tout lire de Joyce Maynard dorénavant Celle de Clara qui ne se lasse pas de lire l'auteure - Je suis dans le même état d'esprit... et je suis d'accord avec Clara, la sincérité de cette femme écrivain est véritablement attachante.

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14 août 2013

Depeche Mode... dans les oreilles

 
Je découvre en ce moment leur album Delta Machine sorti en 2013. Tellement proche et tellement loin aussi du Depeche Mode de ma jeunesse que l'écoute s'en révèle à l'instant affective et troublante. J'aime beaucoup.
 
Côté lectures, je termine tout doucement Une adolescence américaine de Joyce Maynard qui revient elle sur une jeunesse à l'aube des années 70. Ambiance nostalgie, cheveux longs, pantalons larges et crayon noir autour des yeux. Que dire ? Je me délecte.

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12 avril 2013

Baby Love, Joyce Maynard

baby love"A la télé quand une femme annonce à son mari qu'elle attend un bébé, il l'installe aussitôt dans un fauteuil confortable, et lui met un coussin dans le dos. Et puis il lui prend la main et l'embrasse très tendrement. Il veut savoir à quand ça remonte, pour quand est la naissance. Jill raconterait bien à Virgil qu'elle a dû se cacher dans son placard pour vomir dans la coupe à fruits."

Elles sont quelques jeunes adolescentes à se retrouver régulièrement près du lavomatique, dans cette Amérique profonde où le rêve est bien loin, et la seule ouverture sur le monde l'écran brillant de la télévision. Trois d'entre elles sont déjà devenues mères, une autre soupçonne qu'elle va le devenir bientôt, et la solitude est à la lisière de la vie qu'elles se construisent naïvement. Elles ne se doutent pas, tout en jouant avec leur bébé, que rien n'est acquis, que des adultes de passage vont modifier leur destin, et que la vie ne tient qu'à un fil, bien fragile...

C'est le premier titre de Joyce Maynard que je lis, et l'admiration s'est ici mêlée au malaise... Malaise, car il m'a été difficile d'assister au supplice de la petite Mélissa, brutalisée par sa mère adolescente. Malaise, car cette Amérique sans espoir que l'auteure nous décrit n'est pas du tout attirante mais qu'il est évident qu'elle existe réellement. Et puis malaise aussi, parce que sur tout le récit règne une lourdeur, une atmosphère un peu glauque, que j'ai eu du mal à trouver plaisante. Mais admiration cependant, parce qu'il y a une certaine excellence tout de même dans ce portrait d'une étonnante vérité, et que la naissance du désir maternel chez les jeunes femmes y est subtilement croquée, les désillusions qui s'ensuivent également.
Une lecture choc dont il n'est pas aisé de se défaire.

Editions Philippe Rey - 19€ - 11 Avril 2013

Touchant et dérangeant pour Clara qui l'a lu d'une traite

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