18 février 2015

La Gaieté, Justine Lévy

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 "Ce qui est important c'est de tenter et réussir le coup une deuxième fois. Quel coup ? Toujours le même, mon obsession, ma hantise, le barrage contre le Pacifique de la tristesse héritée, la machine à pomper, siphonner, évacuer les chromosomes de chagrin venus du passé. Je déteste les familles, je déteste les gens qui sont fiers de leur famille, et veulent à tout prix que ça se sache, je déteste les arbres généalogiques, les lignées, les souches, les dynasties et, si je les déteste, si je m'arc-boute contre cette sorte de fierté qui parfois m'aguiche aussi, c'est parce que je sais que c'est par là que tout le mal arrive, le goût de la vinasse, le parfum de la mauvaise tristesse, les règles numéro 2 avec leur fatigue terrible dont je ne veux pas pour mes enfants. Stop.  On arrête tout. On fait un garrot. Un gros pansement. On bloque la propagation du virus. Il y a ceux qui se sentent menacés par les étrangers, les Roms et tout ça, pour moi, ce qui menace Angèle et Paul c'est l'inverse : l'extraction, l'ascendance, l'hérédité, l'atavisme, tous ces trucs dégueulasses dont je veux les libérer et dont j'ai juré une fois pour toutes qu'ils ne passeront pas par moi."

J'ai lu les précédents romans de Justine Levy à rebours [clic ici]. J'ai découvert ainsi son histoire particulière, principalement ses relations compliquées avec sa mère, belle, camée et négligente. Son père traverse ses écrits également, bien sûr, et puis il y a ses ex, son amoureux, le père de ses enfants, etc... Il est une chose certaine, que Justine Levy soit un personnage public ne m'intéresse pas, qu'elle pratique l'auto-fiction non plus. Je ne lis pas ses livres de cette manière. Je prends simplement plaisir depuis plusieurs titres à grandir avec son personnage miroir, Louise. J'aime la sincérité crue, sans artifices, de l'écriture de cette jeune-femme qui tente avec courage d'atteindre la normalité malgré un désordre intérieur apparent, et toujours à l'affut.
Dans La Gaieté, Justine Levy se complaît dans une maternité à la fois terrifiante, envahissante et réconfortante. Elle a décidé en effet dès la naissance de son aînée d'être gaie, de ne pas laisser la tristesse s'incruster dans cette nouvelle vie, dans cette nouvelle famille qu'elle a construite avec son compagnon Pablo. Ce n'est bien entendu pas si simple, un combat quotidien, elle fait de leur appartement un rempart coloré et joyeux, mais parfois le passé rend des visites impromptues et Louise entend dans sa voix des intonations familières et maternelles. Comment s'en sortir ? En s'appuyant très fort sur les bons moments vécus, sur l'amour qui l'entoure, et sur son compagnon, sur le père qu'il est naturellement, parce que c'est solide, un garçon.
Un intime et sensible moment de lecture.

Editions Stock - 18€ - Janvier 2015

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17 février 2015

En cours de lecture...

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 "[...] j'adore cette nouvelle vie de mère de famille un peu débile mais résignée, les jours cousus les uns aux autres par l'habitude et la routine, je me voue tout entière à mes enfants, je les tiens fort dans mes bras, je les tiens fort par la main, et bien sûr qu'eux aussi me tiennent et qu'ils m'empêchent de tomber, de vriller, bien sûr qu'eux aussi me rassurent, me comblent, me protègent et me procurent cette joie bizarre, assez proche de la tristesse peut-être, parce que je vois bien que ce n'est plus seulement de l'amour ça, au fond, c'est de l'anéantissement."

Extrait de... La Gaieté de Justine Levy

 

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21 juillet 2012

Le Rendez-vous, Justine Lévy

lerendezvous"Maman n'a jamais été si en retard. Et je commence à me demander si elle finira jamais par venir. Me serais-je trompée de rendez-vous ? Non, puisqu'elle a fait appeler. D'heure ? Elle a dit qu'elle arrivait. Aurait-elle un problème ? Une bêtise qui la retiendrait ? Ca oui, c'est bien son genre."

Je prends les écrits de Justine Lévy à rebours... Une occasion pour moi de constater combien la jeune écrivain était déjà précoce et combien aussi son écriture s'est améliorée. Voici donc son premier roman publié. Après viendront chronologiquement Rien de grave et Mauvaise fille.

Louise a dix-huit ans et attend Alice, sa mère, dans un café. L'attente s'éternise, Alice ne vient pas.
Le temps s'étire, les serveurs passent et les souvenirs ressurgissent. Louise a vécu jusqu'à ses huit ans auprès de sa mère, une enfance où elle était une petite fille chahutée par une fantasque, inconstante et sublime maman. Entre adoration et colère, Louise dresse le portrait d'une cohabitation chaotique et blessante...
Heureusement, la jeune-fille est aujourd'hui étudiante et sourit enfin à la vie, et à cet Adrien si beau qui pourrait devenir une histoire, un rendez-vous réussi, lui.

Encore une fois, ce roman a été un joli moment de lecture, sensible, fondateur de l'oeuvre à venir, moins dense peut-être, dans un sens traité plus légèrement. J'ai retrouvé quelques moments évoqués depuis dans ses autres romans, sous un autre angle. Justine Lévy pratique l'autofiction avec une grande grâce et beaucoup de talent. Dans Mauvaise fille - sans conteste mon préféré - elle revient à nouveau sur cette relation maternelle compliquée alors que l'une lutte contre le cancer et que l'autre s'apprête à donner la vie.

"Maman, ma maman, mon anti-modèle absolu. Voilà. C'est comme ça. C'est là que nous en sommes.
Je pourrais t'expliquer mieux, aller plus avant dans la dette et la rancune. Mais à quoi bon ? Pourquoi revenir sur le mal que tu m'as fait et sur ce que, sans le vouloir non plus, tu m'as donné ? Tout cela est si loin."

Editions Pocket - 5.20€ - Septembre 2011 pour cette couverture et Décembre 1997 pour la précédente édition

Midola a aimé  

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30 novembre 2010

Objectif Pal de Novembre... Rien de grave, Justine Levy

rien_de_grave"Est-ce qu'il est temps, encore, de se blinder ? Est-ce que je pourrai aller jamais sans béquille, sans Xanax, les yeux grands ouverts, la vie en face ? [...] C'est difficile, le monde dans la gueule. C'est difficile, de bien voir, de bien entendre, de tout sentir, sans filtre. Est-ce que je pourrais vivre sans mes lentilles ? Est-ce que c'est pas elles qui me protègent ? Est-ce que je reverrai jamais le temps d'avant, le temps où je n'avais pas peur, où rien n'était si grave, où personne ne mourait, où le cancer n'arrivait que chez les écrivains, où Adrien était l'homme de ma vie, où papa arrangeait toujours tout ?"

Louise et Adrien étaient de jeunes mariés à l'amour lumineux, unique. Ils sont à présent un couple divorcé. Entre-temps, Paula est arrivée armée de son regard de tueuse, la dépendance aux médicaments a pris Louise pour cible, les désirs de carrière d'Adrien sont venus tout gâcher et puis l'incompréhension a occupé toute la place. C'est la vie, c'est celle de Louise, c'est un peu beaucoup celle de Justine Levy aussi, on le sait, ce livre a fait assez de bruit lorsque Paula est devenue première dame. Mais peu importe, malgré le décès de sa grand-mère, le cancer découvert bien trop tard de sa mère, Louise avance, rencontre Pablo, décide que peut-être elle souhaite aujourd'hui, pourquoi pas oui, avec lui ...faire un bébé.

La suite est contenue dans le roman suivant de Justine Levy, Mauvaise fille, que j'ai lu à sa sortie et beaucoup aimé. C'est donc ici à rebours que je reprends l'histoire... Les thèmes de cet opus là m'ont moins intéressée mais je suis toujours émerveillée par le talent de cette jeune-femme qui, mine de rien, mène sa barque de bout en bout sans faillir, d'une plume fluide et ferme, que je trouve très belle. Elle parle, elle nous raconte, elle est fragile, elle vomit entre deux chapitres, ne se lave pas toujours, ne se lève pas tous les jours, voit le monde à travers un brouillard dense, s'éparpille, tangue et se relève. Autofiction, ou pas, elle nous intéresse à sa vie. Avec ce deuxième roman, elle confirme tout l'intérêt que j'avais déjà eu avec ma précédente lecture pour elle. A suivre, donc...

bouton3  Note de lecture : 4/5 - Stock - Fev 2004

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Objectif pal 2ème : 4/12

Comme je suis très très en retard pour tout, le bilan des lectures de PAL de Novembre ne sera en ligne que demain. Merci à vous !!

 

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16 octobre 2009

Mauvaise fille, Justine Lévy (Rentrée littéraire 2009)

mauvaisefille"Elle croit que je suis sa mère. Ca me fait peur, cette confiance qu'elle met en moi. C'est pas normal, je me dis. Elle le croit vraiment, que je suis sa mère. Elle ne sait pas que je suis cinglée, mauvaise, une catastrophe ambulante, un bloc de culpabilité, une punition."

Louise est la fille d'une mère justine_levy_200pas vraiment attentionnée, voire même dangereuse, négligente. Combien de fois Louise s'est-elle retrouvée, dans son enfance, sans rien à manger, sans personne pour la conduire à l'école ? Combien de fois l'enfant qu'elle était alors a-t-elle retrouvé cette femme, censée être responsable d'elle, dans des états lamentables, saoule ou victime d'abus de toutes sortes ?
Et aujourd'hui, Alice, qui était si belle autrefois, la mère de Louise donc, est malade, victime d'une récidive de cancer, sur le point de mourir, et Louise est enceinte, Louise est sur le point de devenir mère, à son tour... Comment cela est-il possible ? Comment le lui dire ? Comment ne pas se sentir une mauvaise fille, d'ainsi oser porter la vie, d'ainsi oser la poursuivre, de proposer sans vergogne une vie pour une autre ?

Il est de notoriété publique que Justine Lévy pratique l'autofiction. Mais ce n'est pas ce que je recherchais dans ce livre, le voyeurisme, autant lire la presse people. Je voulais simplement découvrir une écriture dont j'avais entendu dire du bien, voilà tout. Et puis il y avait ce titre, qui me faisait de l'oeil, auquel j'avais envie de répondre.
Alors ? J'ai aimé, beaucoup, le ton, et la cadence d'écriture de cette toute jeune auteure qui ne se met pas en valeur, ne met pas de voiles sur sa nature profonde, se met à nue. J'ai aimé les questions qu'elle se pose, ses crises d'hystérie et sa manière d'être pudique, pour des broutilles, tout à coup. J'ai aimé son désarroi de porter la vie, et sa solitude, l'évidence d'être mère qu'elle ressent simplement, juste après l'accouchement.
Bien entendu, vous retrouverez dans ce livre la figure du père de Justine, étrange personnage, qui arrive toujours à point nommé, tel un chevalier un peu fantômatique, iréel - un appui trop souvent absent pour cette jeune femme si fragile. Vous retrouverez son compagnon, en futur père attentionné, vaguement inquiet, vaguement réconfortant. Mais là n'est pas le sujet.
Mauvaise fille est avant tout l'hymne d'amour d'une fille à sa mère, une mère imparfaite et déstabilisante, mais une mère tout de même, et un questionnement sur cette faculté que nous avons - en nous - de laisser la vie continuer, perdurer, fleurir, au-delà des disparitions.

"[...] comment je vais faire ? comment je vais lui donner ce que je n'ai pas eu ? est-ce que je sais, même, comment ça aime une mère, comme ça élève, comment ça gronde, comment ça punit, comment ça fait faire des devoirs, comment ça console d'un bobo ? J'ai les livres. Juste les livres."

14863bouton3 Note de lecture : 4/5
ISBN 978 2 234 05864 4 - 16.50€ - SEPT2009

Ce roman est en lice pour le 22ème Prix Goncourt des Lycéens parmi 14 titres. - Déjà lu dans cette liste... Ce que je sais de Vera Candida, de Véronique Ovaldé. - Le blog du Prix

Grand merci aux organisateurs pour l'envoi !

 

Posté par LESECRITS à 06:46 - - Commentaires [42] - Permalien [#]
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