26 février 2012

Le garçon dans la lune, Kate O'Riordan

legarçondanslalune"Se demander si cela révélait trop de choses ou s'il fallait en révéler davantage et, dans ce cas, si on risquait de le regretter. Toutes ces suppositions se faisaient en silence, tandis que l'eau bouillait, qu'on posait les tasses sur les soucoupes avec un petit tintement. Julia était stupéfaite. Vingt ans à essayer d'apprendre aux gens à parler, alors que tout ce qui se disait dans les conversations se trouvait dans les silences."

Un drame est survenu dans la vie de Julia et Brian, un drame fait de culpabilité et de ressentiment violent. Leur fils, Sam, sept ans, a fait une chute mortelle. Brian est coupable de l'avoir mis en danger, de ne pas avoir su le retenir, Julia n'en peut plus de douleur. Comment continuer à s'aimer après cela, à vivre ? Déjà que leur couple ne savait plus très bien où il en était auparavant. Chacun doit s'éloigner l'un de l'autre pour apaiser ses souffrances. Julia part à la recherche de son fils auprès de son beau-père, taciturne et fier, tyrannique, Jeremiah. Brian, seul dans une maison qu'il doit se résoudre à vendre, cherche son fils en accrochant des photos partout.
Mais la terreur présente n'est que l'écho d'un évènement plus ancien qu'il faudra regarder en face pour enfin espérer renaître...

heart Voici le troisième roman que je lis de l'auteure (Pierres de Mémoire, Un autre amour). On retrouvera ici encore une fois ces thèmes qui semblent lui être chers, ceux de la famille, des secrets qui enferment et peinent, de la nature aussi, omniprésente, ici l'Irlande. Personne n'est parfait dans les romans de Kate O'Riordan, tout le monde a quelque chose à se reprocher. Violence et culpabilité sont au programme. Mais l'amour est là aussi, fort et imparfait, proche du réel.
Ah, ce roman m'a cueillie comme une débutante, les larmes ont coulé, fait assez rare pour le signaler. Il a sans doute quelques défauts ce texte, j'en suis même certaine en y repensant (allez quelques longueurs peut-être), mais je l'ai réellement beaucoup aimé. Emotion garantie.

Folio - 7.30€ - Juin 2009 - Merci ma bibli !!

Vous êtes nombreuses à avoir déjà lu ce titre, Cathulu ayant fait voyager son exemplaire à l'époque de sa sortie en grand format. Son billet et celui de Cuné se sont malheureusement perdus dans les limbes du net, mais j'ai pu retrouver d'autres lectures...
Amanda, Laure, Choco, Lily, Anne, ElfeClara


29 septembre 2010

Un autre amour, Kate O'Riordan

un_autre_amour"Pour être parfaitement honnête, je ne sais pas quoi penser. Je ne me reconnais pas. Je ne sais pas si c'est mon moi réel, celui que j'aurais dissimulé toute ma vie. Ou juste une mauvaise excuse pour faire une pause dans la réalité."

Connie et Matt forment un couple sans histoires. Avec leurs trois garçons, ils vivent à Londres. Lui est dentiste et elle crée, avec son amie Mary, des cartes originales qui connaissent un succès certain.
Cependant, lors d'un week-end à Rome, les époux font la rencontre inopinée d'une ancienne amie d'enfance, Greta, visiblement à la dérive. Matt décide de rester en sa compagnie pour lui venir soi-disant en aide. Connie rentre seule, effondrée, dans l'obligation d'affronter le regard inquisiteur de ses garçons, dans l'obligation de faire façe, déterminée finalement à ne pas renoncer si facilement à l'amour de sa vie...

A l'instar de Pierres de mémoire, dont je conserve un excellent souvenir, Kate O'Riordan tarde dans ce roman à nous plonger dans l'essentiel émotif de ses personnages...mais ce n'est que pour préparer mieux le terrain d'un tourbillon qui laisse encore une fois le lecteur pantelant en fin d'ouvrage.
En effet, loin de nous bercer d'illusion, de ne nous donner à voir qu'une Connie bafouée et innocente, l'auteure sait par petites touches dresser un portrait original de l'adultère. J'ai aimé que dans ce roman, personne ne soit parfait, chacun ravale en soi des pensées pas très belles, que l'amour y soit si tenace et aux multiples facettes.
Matt y est le personnage sacrifié. Les enfants en sont les héros malgré eux. La solitude étend sa toile et pousse Mary, l'amie reléguée en périphérie, au bord du précipice. Connie ne sort pas grandie de son combat pour l'amour et la famille. Seule Greta semble retrouver au final son chemin vers elle-même...
Une lecture troublante et passionnée, et un judicieux portrait de société.

bouton3 Note de lecture : 4/5 - Editons Joelle Losfeld - 22€ - Sept 2010

La lecture de Cathulu - Celle de Kathel - Et bien d'autres avis chez Bob !

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06 juillet 2009

Pierres de mémoire, Kate O'Riordan

pierres_de_m_moire"Nell passe ses mains sur son visage. C'est ça, songe-t-elle -le commerce quotidien, les transactions quotidiennes entre les humains, les peurs non formulées, les coups involontaires que l'on porte et que l'on reçoit-, c'est ça qui est réellement épuisant. Ca qui est sans fin."

Nell, parisienne depuis de longues années, irlandaise d'origine, a une vie bien réglée. Oenologue de profession, reconnue par ses pairs, affublée d'un caniche envahissant, d'un appartement propret et d'un amant occasionnel, elle "maîtrise". Bien entendu, elle n'est pas rentrée chez elle, en Irlande, depuis plus de trente ans, bien entendu, mais rien ne semble lui manquer, même pas sa fille Ali (qui lui rend visite de temps en temps), ni ses souvenirs. Un coup de fil au milieu de la nuit fera basculer l'équilibre précaire de sa vie, la forçant à ouvrir les portes de son passé. Un voisin s'inquiète pour Ali. Un mystérieux inconnu s'est immiscé dans la famille de la jeune femme et semble la faire chanter. Nell se lancera donc au secours de son enfant malgré ses craintes, franchissant pour cela enfin la frontière irlandaise, les grilles de son enfance et les émotions qu'elle parvenait jusque là à conserver à distance. 

Il est un peu dommage de ne rentrer dans un livre qu'un peu tardivement, en fait presque à la moitié d'une intrigue, car on en garde toujours un goût de dépit en fin de lecture. Et pourtant, Pierres de mémoire est un roman fort, à côté duquel il aurait été bien dommage de passer, aussi. Je m'explique. J'ai, en fait, assez peu adhéré à la période parisienne de Nell, à ses tribulations de quarantenaire aux prises avec un chien gâté, à son égoïsme de femme célibataire tenant l'homme qui l'aime hors de son quotidien. Heureusement, une fois l'Irlande inscrite au programme, les portes du pub familial ouvertes, la famille d'Ali (au bord de la déchéance) découverte, tout est enfin devenu intéressant. Nell, en tant que personnage, prend une dimension sympathique et les sensations sont omniprésentes. Je me suis surprise finalement à glisser quelques marque-pages au fil de ma lecture afin de conserver en mémoire quelques passages, ce qui est plutôt bon signe, pour le coup.
Pierres de mémoire est donc au final un roman à découvrir, indubitablement. Il nous parle avec énergie d'amour filial, des femmes, de la culpabilité, de ces choix de vie qui jalonnent sans cesse notre destin, des drames qui en marquent les détours, de tout ce qui fait notre imperfection, en bref de tout ce qui fait notre richesse humaine...et ce n'est pas rien.

"Elle prend une pierre entre ses doigts et la retourne. Surgit alors l'écriture familière de sa mère, avec ses caractères tracés à la hâte et ses grandes boucles penchant vers la droite. Le trait de feutre presque effacé maintenant, dissous dans la chaux. Elle soulève une autre pierre, puis une troisième. Certaines sont encore lisibles, d'autres n'ont plus qu'un texte flou. Mais toutes portent une date et un lieu. Pour se souvenir, expliquait Agnes. De moment particuliers."

bouton3 Note de lecture : 4/5

ISBN 978 2 07 078999 3 - 22.50€ - AVRIL 2009

Un grand merci à Cathulu !

La lecture d'Amanda, touchée - C'est un coup de coeur pour Aifelle -

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