17 octobre 2011

La confusion des peines, Laurence Tardieu

la_confusion_des_peines"Voilà, tu finiras peut-être par me dire ça, de ta voix redevenue basse et douce parce qu'en les prononçant tu auras mesuré la violence de ces paroles-là, que tu aurais tant aimé ne jamais avoir à prononcer - puisque tu es mon père, et que je suis ta fille. Je ne te reconnais plus."

Il y a cet épisode, impossible à oublier, violent. Soudain, le père que l'on admirait, respectable, puissant, est jugé pour corruption, reconnu coupable, emprisonné. Le confort, le luxe, la douceur sont brisés. Tandis qu'aussi sa mère s'éteint de jour en jour dans leur appartement parisien, tout à coup déserté, Laurence est anéantie. 
A trente-huit ans, il est alors temps de revenir sur ce moment que le silence - depuis - recouvre peu à peu, avec un livre, même si ce livre est interdit. "Tu l'écriras quand je serai mort". Il s'agit de ne plus attendre justement et d'enfin parler pour tenter de comprendre et de réparer la honte...

De roman en roman, Laurence Tardieu échafaude une oeuvre intime et sensible dont elle pose ici encore une fois une nouvelle pierre. Ce livre est un message destiné au père, forcément subjectif, maladroit, personnel... Mais l'auteure a raison cependant de le souligner dans ses phrases, au hasard des paragraphes, effectivement lorsqu'elle parle d'elle, c'est toujours un peu de nous dont elle parle.
Ne reste qu'à espérer que le message ait de son côté été reçu, entendu et accepté.
Une lecture toute en grâce et simplicité.

Editions Stock - 16€ - Août 2011

"Là où les livres sont chez eux" aime 

Laurence Tardieu en parle très bien par ici 

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16 février 2011

A l'abandon

a_l_abandon"La première chose que j'ai vue lorsque j'ai ouvert les yeux, c'est ton visage au-dessus du mien. Je ne savais pas s'[...] il n'était qu'un mirage. S'il allait peu à peu s'effacer, disparaître. J'aurais voulu te le demander, mais je ne pouvais pas parler. Aucun son ne pouvait sortir de moi. Je te regardais. Tu me regardais. Tout était en suspens, immobile autour de nous. Plus rien ne tournoyait. Plus personne ne me berçait. Mon corps ne roulait plus. J'ai senti la chaleur soudaine de l'été, qui fondait sur moi, pénétrait mon corps. Ca a duré très longtemps. Tu ne bougeais pas. Tu ne t'effaçais pas. Tu me regardais, et il me semblait que tu me donnais à boire. Je n'avais plus soif. Je sentais l'eau revenir dans ma bouche, dans ma gorge, dans mon corps. Mes lèvres sont devenues humides. J'avais la sensation de revenir de très loin, d'un endroit où je ne voulais plus retourner. D'un endroit que je ne te raconterai jamais.
Je me suis redressée. J'ai tendu mon bras vers toi. Mon doigt a effleuré ton visage. Tu n'as pas bougé. J'ai touché ta peau. Elle était chaude. Je l'ai carressée longuement. Tu n'étais pas un rêve. Tu étais là. Je pouvais sentir tes lèvres, tes joues, tes paupières. J'avais envie de pleurer, et de rire aussi. De rire beaucoup, longtemps."

Extrait de A l'abandon de Laurence Tardieu pour le texte et de Aude Samama pour les illustrations, 2009, édition naïve, collection Livre d'heures, 8€

La collection Livre d'heure dirigée par Jean Rouaud se propose de réunir des textes illustrés ne relevant d'aucun genre en particulier.
"C'est de la fantaisie, toujours." Arthur Rimbaud

Un joli moment passé en compagnie de ce tout petit ouvrage qui occupe bien moins qu'une heure les lectrices avides que nous sommes... Comme le sentiment de s'éveiller avec le personnage d'un rêve intense et profond, d'une expérience unique d'abandon total.

Un autre extrait chez Aifelle - La lecture de Sylire - Emprunté en bibliothèque

http://www.audesamama.com

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29 juillet 2010

Un temps fou, Laurence Tardieu

untempsfou"Depuis que je vous ai revu, depuis qu'à nouveau vous vous tenez là, à la lisière de ma vie, sans que ni vous ni moi ne sachions ce qui va advenir de nous, si proches et si loin encore l'un de l'autre, après vous avoir tant attendu, tant de jours, tant de nuits, découvrant ce que c'était d'attendre quelqu'un, l'attendre dans sa tête, l'attendre dans son corps, devenir cette attente, ne pouvant me résoudre à ce que vous ayez été qu'un éclat dans ma vie, quelques minutes de saisissement qui m'auraient fait entrevoir un royaume que j'ignorais, puis plus rien, depuis que votre présence si proche me fait éprouver pour la première fois combien le désir d'un homme peut faire vaciller une vie, l'anéantir, la pulvériser, bouleverser un corps, l'assoiffer, et qu'à cela il semble qu'il n'y ait pas de limites, aucune limite [...], depuis que vous êtes là, à nouveau, des souvenirs ressurgissent."

Maud a rencontré un homme un soir de fête. Assis tous les deux dans un coin, ils se sont dévorés des yeux, reconnus, désirés. Six ans plus tard, un coup de fil et la voix de l'homme à nouveau au téléphone fait renaître l'attraction chez la jeune-femme, écrivain et maman d'une petite Marie de six ans. Ils se revoient, pour un projet cinématographique, et s'aiment cette fois-ci pour de bon, physiquement, pleinement. Mais leur vie est occupée, ailleurs, dans le réel ...et la vie, justement, invente parfois ce que nous n'avions pas su imaginer.

J'avais eu pour un précédent livre de l'auteure, Rêve d'amour, un énorme coup de coeur de lecture, un sentiment naturel devant un roman ainsi mené tout en émotion heurtée, en talent si évident. Il était question de rechercher une mère à travers la voix de l'homme qu'elle avait aimé, en secret. L'écriture de celui-ci m'a laissée un peu plus dubitative, peut-être trop de fluidité dans les phrases, presque un sentiment de facilité. Cependant, la palette de sentiments que Laurence Tardieu développe dans son récit m'a beaucoup touchée, malgré les défauts de son texte. J'en garderai certainement des traces.
Après une première partie exaltée, une seconde moitié, moins haletante, plus raisonnée, donne heureusement une profondeur et un relief bienvenu à l'histoire qui permet de refermer ce livre avec une grande sérénité.

Une lecture passionnée, qui sait parler - malgré mes réserves - avec justesse du désir féminin et de l'attachement.

bouton3 Note de lecture : 3.5/5 - Ldp - 6.50€ - mars 2010

Sébastien souligne la platitude du style et je rejoins son avis - Laure, quant à elle, nous parle de la délicatesse de Laurence Tardieu et voilà que je suis d'accord aussi - Pour Clarabel, c'est beau et parfois un peu long- Véro décrit très bien l'ambiguité de cette lecture - Leiloona est du même avis...

Je vous laisse quelques temps...à bientôt !

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27 juillet 2010

En cours de lecture...

untemps"Je me suis levée. J'ai marché, pieds nus, jusqu'au salon. J'ai ouvert la fenêtre. La nuit était tiède. J'ai senti, sur mon visage, le souffle de l'air, et c'était comme une caresse, longue, et lente, et apaisante. J'ai pensé à vous qui n'aviez jamais pris mon visage entre vos mains. J'ai pensé à votre bouche, à vos yeux, à vos mains. J'ai essayé de les revoir. Je n'y parvenais pas : vos traits se dérobaient à moi. C'était douloureux."

Extrait de Un temps fou de Laurence Tardieu, Editions Stock
(Pour l'instant, malheureusement, je ne retrouve pas dans ce roman le style tant aimé auparavant, dans Puisque rien ne dure et Rêve d'amour...)

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21 juin 2008

Rêve d'amour, Laurence Tardieu

r_ve_d_amour"Nous sommes le 21 juillet 2006. Il est vingt heures. Je m'appelle Alice Grangé. J'ai trente ans. Gérard Oury est mort hier. Tout cela est certain. Vérifiable. Le réel. Je marche vers un homme que je ne connais pas. Ca encore, le réel. Cet homme a aimé ma mère. Ma mère a aimé cet homme. Je n'en suis déjà plus sûre. Cet homme va me parler de ma mère. Je ne sais pas. Je vais retrouver quelque chose de ma mère. Je ne sais pas.
Les chose les plus importantes sont-elles celles que l'on sait, ou celles que l'on cherche ?
Je m'appelle Alice Grangé. J'ai trente ans. Je cherche ma mère."
(extrait et quatrième de couverture)

heart J'avais déjà lu Puisque rien ne dure, de Laurence Tardieu, et les émotions suggérées alors m'avaient semblées un peu "too much" à mon goût...et puis voilà, j'ai ouvert son dernier opus et je ne l'ai plus lâché !!
Voici donc un roman lu d'une traite, dans un souffle, en un après-midi, l'émotion au bord du corps. Voici donc, pour moi, un énorme coup de coeur de lecture !!!

L'histoire...
Alice apprend sur le lit de mort de son père que sa mère en avait aimé un autre, quelques mois avant de mourir... Rien ne reste à présent de cette mère adorée que le souvenir flou d'une robe bleue. Son père a tout jeté à l'époque, ses photos, ses tableaux... Seule a subsistée la douleur, comme une présence froide et tendre, entre eux deux. Elle décide donc de partir à la recherche du seul être qui puisse encore l'aider dans sa quête - un être surgi brutalement du passé - lui parler de sa mère, et peut-être l'aider à s'aimer mieux...

Un extrait encore...
"Je crois que j'ai passé mon enfance à attendre ma mère. Je l'attendais, des heures durant, assise dans ma chambre, immobile, obstinée, je l'attendais, je ne pleurais pas, pour ne pas compter les jours je comptais les moutons, elle allait revenir, c'était évident, comment une mère peut-elle abandonner son enfant, comment ma mère aurait-elle pu m'abandonner, je l'attendais sans rien dire à personne de la brûlure de cette attente, je l'attendais, ma mère, son rire, l'odeur de sa peau, ses robes en coton, elle allait revenir, ce soir, ou demain, ou la semaine prochaine, je la verrais apparaître sur le seuil de la porte et sourire et me faire tournoyer comme s'il ne s'était rien passé, et dans ses bras je redeviendrais légère, ces longues journées sans elle n'auraient été qu'une mauvaise farce, je l'attendais, elle ne m'avait pas dit adieu or on dit adieu lorsqu'on ne revient pas, je pouvais attendre ma mère sans crainte, elle allait revenir."

bouton3 Note de lecture : 5/5

La lecture de Sylvie, de Clarabel, de Laure...(toutes trois subjuguées)
Papillon s'est ennuyée (Ah bon ?)

Laurence Tardieu en interview par AuteursTv...


Laurence Tardieu
par auteursTV

Posté par LESECRITS à 06:02 - - Commentaires [21] - Rétroliens [0]
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